Vie professionnelle

Syndicat betteravier d’Alsace

La libéralisation c’est maintenant

Publié le 06/06/2018

Durant l’assemblée générale du syndicat betteravier d’Alsace, les intervenants sont revenus sur les conséquences de la fin des quotas et de la chute du cours mondial du sucre sur la filière. Ainsi que sur la marche à suivre pour en sortir sans trop de dégâts.

Maintenant que la filière betteravière a basculé de plain-pied dans un marché dérégulé, ce sont les marchés qui fixeront les prix. Dans ce contexte, avoir augmenté les surfaces peut être perçu comme une erreur stratégique. Il n’en est rien, affirme Franck Sander, président du syndicat betteravier : « Si la France ne l’avait pas fait, nous aurions perdu des parts de marché ». Il rappelle que pour Erstein, le projet est d’atteindre 8 000 ha de betterave. Désormais, il y aura des périodes difficiles, et d’autres moins. Il s’agit donc de mettre en place des outils de stabilisation du revenu. Un chantier qui est « en bonne voie », estime Franck Sander. « C’est à nous de construire un dispositif adapté à la filière au niveau interprofessionnel ». La transparence à la base de la confiance Pour faire face à la volatilité du marché, la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) a formulé plusieurs propositions : « Des outils de gestion des risques, comme l’épargne de précaution, l’assurance récolte, l’adossement d’une partie de la production sur le marché à terme, et la gestion partenariale de la volatilité à travers l’instrument de stabilisation du revenu sectoriel », précise Éric Lainé, son président. Autant de solutions qui auraient « prouvé leur pertinence dans contexte prix bas », si un travail interprofessionnel constructif avait été mené pour les rendre opérationnelles. Ce qui n’a, pour le moment, pas été le cas. « Je ne fais de procès à personne, mais nos propositions auraient mérité une meilleure écoute », estime Éric Lainé. Pour lui, la suppression du prix minimum de la betterave constitue un « mauvais signal » quant aux engagements pris et à leur respect. La construction de la contractualisation a donné lieu à des « affrontements difficiles » avec les fabricants, rapporte-t-il. « Nous avions proposé que l’interprofession élabore des indicateurs et que les agriculteurs et les industriels s’appuient dessus pour bâtir les contrats. » Après avoir essuyé une fin de non-recevoir, il semble que les fabricants soient désormais plus ouverts à la mise en place de ces indicateurs. Pour Éric Lainé, il est également indispensable que les contrats mentionnent comment sont rémunérées les betteraves contractées et excédentaires, car, très souvent, « leur prix est décorrélé du prix du marché alors qu’elles permettent de produire le même sucre que les autres ». Si de nombreux sujets rapprochent la CGB des coopératives de transformation, il en est un qui les sépare : « Je ne comprends pas la forte mobilisation de la coopération pour maintenir l’exclusion du secteur sucre de la future loi EGAlim alors qu’elle vise à objectiver les conditions de rémunération des productions agricoles en utilisant les indicateurs de marché. » Des atouts de la betterave Face à la période de turbulence que traverse la filière, Franck Sander rappelle les atouts de la betterave à ceux qui seraient tentés de la remplacer. Par quelle culture d’abord ? La règle de diversité de l’assolement fait que ce ne sera souvent pas par du maïs, mais du blé, du colza ou du soja. « Des cultures alternatives soumises à la même volatilité des prix, et à une volatilité des rendements plus importante encore. » Et Joseph Behr, directeur du syndicat, incite les planteurs à être objectifs quant à l’intérêt de la betterave dans les assolements, la régularité de son rendement, et son important potentiel de gain de rendement : « Le projet Aker va faire décoller ce potentiel, notamment avec des betteraves d’hiver, à la période de production plus longue. »

Publié le 06/06/2018

Lors de l’assemblée générale de la section d’Erstein, le groupe coopératif Cristal Union a annoncé que face à la chute du prix mondial du sucre au cours de l’exercice 2017-2018, son seul objectif était de sortir de la tempête et de passer ce cap difficile collectivement.

Certes il y a eu la fin des quotas sucriers, le 1er octobre 2017. Mais Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union, explique aussi que le Brésil a fait moins d’alcool et mis 5 millions de tonnes (Mt) de sucre en plus sur le marché. Premier élément de baisse des marchés. Puis, les productions de sucre en Inde et en Thaïlande ont atteint l’équivalent de trois fois la production française. Les stocks se sont accumulés et les prix ont baissé. Olivier de Bohan, président de Cristal Union, compare la mauvaise passe dans laquelle se trouve le secteur sucrier à une violente tempête. Il a encouragé les planteurs à se projeter dans l’avenir : « Il s’agit d’un défi de plus à relever. Nous en avons déjà relevé d’autres et nous allons le faire encore une fois, tous ensemble. » Il a également tenu à expliquer pourquoi la hausse des surfaces encouragée par le groupe était nécessaire : « Si on n’avait pas augmenté les surfaces, les cours mondiaux auraient chuté quand même. Nous aurions alors subi cette baisse du marché sans pouvoir écraser nos charges fixes et cela aurait été une double peine. » En réponse aux rumeurs qui bruissent dans la campagne alsacienne sur une possible fermeture de l’usine d’Erstein à moyen terme, le comité de direction valorise les investissements qui y ont été faits au cours de la dernière campagne, et René Schotter, président de la section d’Erstein de Cristal Union, précise : « Notre usine a des atouts, notamment un bassin de consommation très proche. La Région saura soutenir la filière, j’en suis convaincu. Mais son avenir est avant tout entre les mains des planteurs. » La fin du prix minimum garanti de la betterave « Cristal Union reste le meilleur payeur de la filière française », a tenu à rappeler Olivier de Bohan. « Mais avec la fin des quotas, notre filière devient une filière agricole comme les autres. Nous ne pouvons plus garantir un prix minimum de la betterave pour la récolte 2018 car nous ne sommes plus assurés de pouvoir tenir ce prix. » Conscient que cette mesure représente « un choc culturel pour les planteurs », Olivier de Bohan la justifie en évoquant la pérennité du groupe : « Nous ne devons pas nous affaiblir en nous éloignant des réalités économiques ». Il s’est voulu rassurant : « La préservation du revenu betteravier reste l’objectif de tous les instants de Cristal Union ». Et d’égrainer un inventaire de facteurs encourageants. À commencer par un rendement qui progresse inexorablement, en lien avec la capacité de la betterave à valoriser à plein régime une durée de végétation qui tend à s’allonger. En outre, la structure financière du groupe est saine : « La dette bancaire est sécurisée pour les cinq ans qui viennent. De quoi aborder cette tempête sur les marchés avec sérénité. » Néanmoins, à court terme, la sobriété sera de mise. Xavier Astolfi, directeur général adjoint de Cristal Union, annonce une réduction des investissements : « Nos outils sont en mesure d’absorber ce ralentissement des investissements tout en restant compétitifs », constate-t-il. Pour des politiques publiques cohérentes Pour traverser cette tempête, le groupe coopératif aurait bien besoin de politiques publiques plus cohérentes, que ce soit en France ou en Europe : « C’est bien de défendre les aides européennes. Mais il faut aller au-delà, notamment sur des dossiers comme le Mercosur… Car il y a là un vrai sujet de fond sur le modèle agricole que l’on veut encourager », indique Olivier de Bohan, qui prône davantage de protection pour l’agriculture française et européenne, et qui estime que « le comble est atteint lorsque notre gouvernement soutient les importations d’huile de palme destinée à être intégrée dans des biocarburants ». Et rappelle : « Il faut faire les choses dans l’ordre. Avant qu’une filière betterave sucrière bio pérenne émerge, il faut soutenir la filière sucre européenne par des politiques publiques cohérentes. » On l’a compris, la betterave sera sans doute moins rémunératrice dans les prochaines années. Certains planteurs pourraient avoir des velléités de baisser leur surface, au profit d’autres cultures. « À partir de quel seuil de surface l’usine d’Erstein fermerait ? », interroge Matthieu Goehry, président de la FRCuma Grand Est. « Nous ne sommes pas dans cette logique. Il ne s’agit pas de raisonner en réduction de production mais en optimisation de la production », répond Olivier de Bohan. « Nous en avons connu d’autres, comme la rhizomanie », rappelle René Schotter.

Projet de loi agriculture et alimentation

Le trop est l’ennemi du bien

Publié le 04/06/2018

Le projet de loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable » a entamé son parcours à l’Assemblée nationale. Les députés l’examinent depuis mardi 22 mai, pour un vote en première lecture prévu mercredi 30 mai. Analyse et point d’étape.

Permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail. Tel est le principal objectif de la loi agriculture et alimentation. Le problème, c’est qu’il y en a beaucoup d’autres : promouvoir une agriculture saine et durable ; accompagner la transformation des modèles de production et de consommation ; renforcer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle de notre alimentation ; enclencher la sortie des produits phytosanitaires ; renforcer le bien-être animal… Pour expliquer comment cette loi s’est construite, les députés du Bas-Rhin Martine Wonner et Vincent Thiebaut ont organisé une présentation du projet de loi quelques jours avant l’ouverture des débats. Ils ont rappelé qu’elle est née des États généraux de l’alimentation, au cours desquels citoyens et professionnels - qu’ils soient agriculteurs, industriels, transformateurs, distributeurs… - ont été mis autour de la table. « Une démarche inédite de consultation qui a permis d’élaborer des propositions qui ont été remontées au niveau national afin d’enrichir la préparation du projet de loi », souligne Martine Wonner. 2 500 amendements Le 31 janvier 2018, le texte a été présenté en Conseil des ministres. Puis a été étudié en commission à l’Assemblée nationale. Un travail qui a débouché sur près de 2 500 amendements. « Pour le fond c’est la commission des affaires économiques qui a été saisie », précise Martine Wonner. Elle a examiné 1874 amendements et en a adopté 234. À l’issue du vote en première lecture, le projet de loi sera examiné par le Sénat, avant de revenir à l’Assemblée nationale. Le projet de loi vise d’abord à améliorer l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire afin de préserver la capacité de production agricole et la juste rémunération des agriculteurs. En effet, « le salaire horaire moyen du secteur est de 12,24 €/h brut soit 1,3 Smic. Un tiers des agriculteurs ont vécu avec moins de 350 € par mois en 2015. En 2016, le taux de suicide chez les agriculteurs est supérieur de 20 % à la moyenne nationale. Et, en 10 ans près de 25 % des exploitations de France ont disparu, surtout les plus petites, de moins de 6 ha », ont rappelé les députés. La juste rémunération des agriculteurs apparaît donc comme un préalable indispensable aux deux autres objectifs de la loi : Renforcer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle des produits pour une alimentation saine, de qualité et durable ; Permettre à chacun d’accéder à une alimentation saine, sûre et durable. Vers de nouvelles normes et interdictions ? Or les débats qui ont eu lieu lors de cette réunion, tout comme la pluie de communiqués qui a émaillé cette semaine de débat, ont surtout évoqué les questions du bien-être animal, de la restauration collective, de l’étiquetage des produits, de la sortie des produits phytosanitaires… Des enjeux réels, mais les agriculteurs sont inquiets. Leur plus juste rémunération serait-elle tombée aux oubliettes, noyée dans la masse des autres objectifs de la loi ? Non (lire en encadré). Mais un certain nombre d’amendements sont perçus comme autant de normes supplémentaires qui viendront encore grever les coûts de production des agriculteurs français. Alors que, dans le même temps, les accords de libre-échange qui sont dans les tuyaux ne vont pas réduire les importations de denrées agricoles produites à des niveaux d’exigence souvent inférieurs. Les députés entendent ces craintes : « Le Ceta n’est pas ratifié. Nous serons attentifs à ces aspects », promet Martine Wonner. Reste que, comme le souligne Thomas Meyer, directeur commercial d’Alsace Lait : « Nous sommes dans une économie de marché ». Se faisant, il pointe du doigt un écueil de cette loi, écrite dans un contexte « de marché mondialisé, avec des coûts de production complètement différents ». « Il faut mettre en place un prix minimum garanti » Michel Biero, gérant aux achats de Lidl France, reconnaît bien volontiers que « dans les négociations entre distributeurs et industriels, l’agriculteur est bien souvent la variable d’ajustement ». Et il convient tout aussi volontiers qu’il s’agit d'« inverser les négociations ». Mais, pour lui, « le dire dans une loi ne va rien changer ». Ce qu’il faudrait, c’est « mettre en place un prix minimum garanti. Alors la distribution et les industriels pourront continuer à négocier entre eux, et les agriculteurs vivront de leur métier ». C’est en ce sens que Lidl avait proposé trois amendements : « L’interdiction totale des promotions sur les produits d’élevage sauf en cas de surproduction. La mise en place d’un prix de vente minimum. Et la mise en place d’un prix d’achat minimum pour l’éleveur. » Martine Wonner et Vincent Thiebaut défendent le projet de loi, qui donne un cadre, dont « le remplissage est entre les mains des acteurs », et doit se faire sur la base de négociations autour du prix de revient, du coût de production… C’est une avancée. Mais peut-être aurait-il mieux valu concentrer la loi sur ce premier objectif - un chantier suffisamment important en soi - pour lui donner plus de chance d’aboutir à un rééquilibrage concret des négociations commerciales, afin d’assurer un revenu stable aux agriculteurs. Car il s’agit d’un préalable indispensable à la poursuite de la transition agricole.

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