Balades Élevages et Paysages
Éleveurs et bâtisseurs
Balades Élevages et Paysages
Publié le 05/05/2019
Dimanche 28 avril, Interbev Grand Est, l’interprofession bétail et viande, organisait la 10e édition de son opération « Balades Élevages et Paysages », à la ferme du Jodie à Steige. Au programme : balade agroécologique, visite de la ferme, produits du terroir…
Les éleveurs sont des bâtisseurs de paysage. Même s’ils n’en ont pas toujours conscience, puisque ces prairies sont leur lieu de travail. C’est ce que les participants aux balades commentées par Arnaud Hachon, conférencier-paysagiste, ont pu découvrir, dimanche 28 avril. Paysagiste de profession, il est aussi formateur à l’École d’horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes, dans les Vosges. La balade, qui fait un arc de cercle autour de la ferme du Jodie, dure une heure pour à peine un kilomètre. C'est que de nombreuses pauses sont prévues sur le parcours. Première étape, sous un ciel légèrement menaçant. « C’est quoi, pour vous, un paysage ? », interroge Arnaud Hachon. Quelques timides réponses de la part de l'auditoire. Le guide affine : un paysage est constitué d’éléments concrets, physiques, comme le relief, mais aussi d’éléments qui le sont moins : les odeurs, les bruits… Une moto pétarade dans la vallée. Le groupe s’esclaffe. Arnaud décrit le panorama qui s’étale sous les yeux des promeneurs : « Il s’agit d’un paysage vallonné, agroforestier. Partout où la mécanisation est possible il y a des cultures, sinon des boisements. » Ouverture des paysages Un paysage, c’est aussi le reflet d’une époque. En 1886, le ban de Steige comprenait 200 ha de forêt, contre 800 ha actuellement. Une tendance qui reflète l’exode rural d’après-guerre. « Il fallait reconstruire le pays, les hommes ont préféré planter des arbres sur ces terres difficiles à cultiver, pour aller travailler en ville. Les vallées se sont enrésinées, sont devenues plus sombres, plus humides, moins attractives. » Actuellement la tendance s’inverse, sous l’effet d’une volonté politique de réouverture des paysages. Une mue paysagère qui s’opère grâce au bétail, qui entretient les nouvelles pâtures. Puis, le conférencier invite à observer la végétation environnante. Il désigne une espèce d’orchidée sauvage, dont le biotope est intimement lié à l’élevage. Il fait observer un alignement de ces orchidées sous une clôture. « Elles fonctionnent comme des couloirs écologiques », souligne-t-il. Et ce n’est pas tout. Pour abreuver leurs animaux, les éleveurs disposent des points d’eau dans les pâtures, qui sont autant de niches écologiques. Tout comme les bouses, « qui nourrissent des insectes ». Deuxième étape, un peu plus haut, et sous un léger crachin, Arnaud Hachon donne l’étymologie de Steige : « C’est un nom qui vient de l’Allemand, qui veut dire sentier étroit et escarpé. ». Le nom correspond bien à la commune. Ses maisons s’étirent le long de la route qui relie l’Alsace et la Lorraine. Une particularité qui se retrouve dans l’habitat, mêlant des éléments architecturaux typiquement alsaciens et lorrains. Sous une pluie devenue battante, il informe : « A Steige, il y a beaucoup d’eau, on compte pas moins de 11 fontaines. » Des paysages façonnés par l’histoire Avant d’aller se mettre à l’abri - relatif - des frondaisons forestières, petite halte devant une haie, « c’est une clôture naturelle, avec du sureau, du noisetier, des ronces, qui fournissent de quoi nourrir oiseaux et rongeur, et qui fonctionne comme un corridor pour leur permettre de se déplacer à l’abri des prédateurs ». Juste en face affleure la roche-mère, du schiste, une roche métamorphique. Ici elle donne naissance à une formation très particulière : « les schistes de Steige ». Puis le groupe débouche sur une clairière. Heureusement l’averse est terminée. Autrefois un hagis, la plaine a été déboisée. « Avec le changement climatique, l’épicéa est de moins en moins adapté au contexte local. On voit plein de sujets qui souffrent de la sécheresse, qui sont attaqués par les scolytes… » Devant une pousse d’Alchémille commune, Arnaud Hachon évoque la « mémoire du sol », qui n’est autre que son stock semencier. Lorsqu’une parcelle d’épicéas est déboisée, le sol est remué et les graines qui étaient en dormance germent, et la végétation reprend ses droits. Il ne reste plus qu’à dévaler la pente qui débouche derrière l’étable de la ferme du Jodie, à suivre les effluves du stand de grillades, et à se revigorer au contact de quelques timides rayons de soleil.












