Vie professionnelle

Philippe Barbier, président de la Fnaropa

Quand retraité rime avec maltraité

Publié le 05/04/2019

« Nous avons le devoir de faire évoluer la perception des seniors dans l’opinion publique et de lui faire prendre conscience de notre place réelle dans la société », affirme Philippe Barbier, président de la Fédération nationale des Aropa (Fnaropa) et vice-président de la Confédération française des retraités.

« Oisifs », « nantis », « coûteux »… Les seniors sont régulièrement montrés du doigt. « Face à cette stigmatisation, nous voulons que les hommes politiques prennent conscience de la place que nous occupons dans la société, la cellule familiale, la politique », indique Philippe Barbier, président de la Fédération nationale des associations de retraités d’entreprises et d’organismes professionnels agricoles. Petit rappel : le montant moyen de la retraite est de 1 288 €/mois en France. « Près de 45 % des retraités touchent moins de 1 200 €/mois. On est très loin de l’opulence ! » Par contre, concède Philippe Barbier, les Français sont les champions d’Europe du temps passé à la retraite. « Nous avons la meilleure espérance de vie de l’Union européenne, avec 88,6 ans pour les femmes et 84,3 ans pour les hommes. » Et l’âge du départ à la retraite est fixé à 62 ans en France, contre 65 dans la plupart des pays européens. « En moyenne, nous passons six ans de plus à la retraite que nos voisins européens. » Lorsqu’elle a été créée, en 1945, la durée moyenne de la retraite était de cinq ans. Aujourd’hui, elle est de 25 ans. « D’où l’urgence de réformer le système. » Avec l’allongement de la durée de vie, un nouveau phénomène de société est en train d’apparaître. « Nous sommes une génération pivot. Il n’est pas rare de voir coexister quatre générations, nos parents, nous, nos enfants et nos petits-enfants. » Un retraité sur deux s’occupe d’ailleurs de ses parents - il y consacre plus de 5 h par semaine. Sur les 11 millions d’aidants familiaux que compte la France, 4,3 millions sont des retraités. Seules 44 % des familles font appel à une aide extérieure. Les retraités sont aussi disponibles pour les petits-enfants. L’âge moyen d’arrivée du premier petit-enfant est de 55 ans. 75 % des plus de 65 ans ont en moyenne 5,2 petits-enfants. « Ils leur consacrent chaque année 23 millions d’heures de garde. Autant que les assistantes maternelles. » Et nombre de retraités exercent un nouveau « métier ». Chauffeur de taxi, pour amener leurs petits-enfants aux cours de musique, de danse, de sport, etc. La valeur des prestations fournies par les grands-parents, y compris les aides financières, est chiffrée à 30 milliards d’euros par an. « En retraite, mais pas en retrait » Les 9 millions de grands-mères et les 6 millions de grands-pères sont des porteurs de mémoire et des témoins du passé. Ils transmettent l’histoire familiale, les traditions, la langue régionale. Ce sont aussi des passeurs de savoir-faire - cuisine, jardinage, bricolage, couture, etc. Mais surtout, ce sont des acteurs engagés de la vie de la cité. « En retraite, mais pas en retrait », insiste Philippe Barbier. 87 % des retraités ont voté aux dernières élections présidentielles, soit 7 % de plus que le reste de la population. Et ils occupent des postes clés : l’âge moyen des maires est de 57 ans et près de 30 % des conseillers municipaux ont plus de 60 ans. Et que dire de leur implication dans le milieu associatif ? 48 % des associations françaises sont présidées par des retraités. Ils jouent un rôle moteur dans le fonctionnement des associations caritatives, comme les Restos du Cœur, la Banque Alimentaire, la Croix Rouge. Un retraité sur deux est bénévole dans une association - il effectue en moyenne 110 h/an de bénévolat. Cela fait un milliard d’heures, dont on peut estimer le coût à 10 milliards d’euros par an. Le poids des plus de 50 ans dans l’économie française est très important. « Ils pèsent pour 54 % des dépenses de consommation. Avec une particularité : ils achètent de préférence français. » 33 % d’entre eux possèdent une tablette et achètent en ligne, précise Philippe Barbier. Ils dépensent trois fois plus pour leur santé et sont créateurs de milliers d’emplois (services à la personne et aide à l’autonomie). Conscients de la performance de leur modèle social, les seniors sont aussi créateurs de lien social et promoteurs du changement. Ils sont lanceurs d’alerte sur la perte d’autonomie. En 2030, 25 % des + de 65 ans seront dépendants. La perte d’autonomie et sa compensation deviennent un enjeu majeur. Mais les retraités ne peuvent pas se mettre en grève. Leur seul poids est électoral. « Soyons organisés pour agir et peser dans les débats qui s’ouvrent. »

3e Prix régional des solidarités rurales

« La ruralité, ce n’est pas le désert »

Publié le 01/04/2019

Pour la troisième année consécutive, le Prix régional des solidarités rurales souhaite récompenser celles et ceux qui soutiennent et font vivre la ruralité du Grand Est à travers leurs actions. Sous-représentés jusqu’à maintenant, les Alsaciens sont invités à concourir. Ils ont jusqu’au 30 juin pour le faire.

Dans les campagnes aussi, il y a de la vie. C’est en tout cas ce que cherche à démontrer le Conseil Économique, Social et Environnemental Régional (Ceser) Grand Est avec la troisième édition de son Prix régional des solidarités rurales. Cette initiative, unique en France, est née en Champagne-Ardenne en 1993. Étendue à l’échelle du Grand Est en 2016, elle a conservé son ADN originelle : mettre en lumière celles et ceux qui œuvrent pour soutenir l’initiative économique, sociale ou environnementale dans les territoires ruraux. À la clé, 71 000 euros de dotations, dont 15 000 euros pour le premier prix, 10 000 euros pour le second, et 7 000 euros pour les sept lauréats suivants. Une « mise en lumière » des actions Les associations, entreprises, collectivités et établissements des 4 354 communes de la région peuvent concourir depuis le 1er avril. Ils doivent remplir un formulaire d'inscription sur le site internet du Ceser Grand Est. Seules les actions déjà mises en œuvre au plus tard au 31 décembre 2018 sont éligibles. Comme l’explique Véronique Klein, première vice-présidente du Ceser Grand Est, « ce prix est une récompense, pas une subvention ». Elle poursuit : « Ce qui compte surtout pour les lauréats, c’est l’éclairage qui est fait sur eux au niveau de la région. Aujourd’hui, la ruralité se sent délaissée. Avec cette opération, elle est mise en lumière aux yeux de tous. » Pour postuler à ce concours, l’action proposée doit répondre à l’un des critères suivants : avoir une dimension économique (emploi, autofinancement, diversification des ressources) ; favoriser le développement local ou durable ; ou encore revêtir un intérêt manifeste pour la ruralité et les liens sociaux. Ce prix régional est complété par huit autres prix décernés par les partenaires de l’opération : la Caisse d’Épargne Grand Est Europe, la Banque des Territoires-Groupe Caisse des Dépôts, EDF, le groupe La Poste, AG2R La Mondiale et la Foire de Châlons-en-Champagne. Chacun de ces prix partenaires dispose de ses propres critères (voir encadré). La ruralité alsacienne manque à l’appel Lors des deux premières éditions, des profils très divers ont été récompensés : l'association La Fabrique, en Meurthe-et-Moselle, propose des emplois en CDI à des chômeurs de longue durée, une association d'aide aux migrants dans la Meuse, une association dans l’Aube qui réhabilite un potager historique de 1 ha, ou encore le chantier de réinsertion professionnelle aux Jardins du Giessen, à Muttersholtz. À ce jour, le seul lauréat alsacien. « Malheureusement, nous avons reçu très peu de dossiers issus de nos territoires. Pourtant, la ruralité est très présente chez nous et il y a des choses qui se font le long des collines sous-vosgiennes, dans le Sundgau, ou en Alsace Bossue », souligne Véronique Klein. L’appel est donc lancé pour les potentiels candidats haut-rhinois et bas-rhinois qui souhaiteraient démontrer, à leur tour, que « la ruralité n’est pas une fatalité, qu’elle est moderne, connectée, et surtout pleine de vie ». Les intéressé(e)s ont jusqu’au 30 juin pour déposer leur dossier. La remise des prix est prévue au mois de novembre prochain. PRSR 2017: Prix @GroupeLaPoste 7000€ attribué à la Section d’Aménagement Végétal d’Alsace à Muttersholtz (67) « la Nature au service de l’insertion » @CeserTassin @regiongrandest pic.twitter.com/hc8dl1szhT — CESER Grand Est (@cesergrandest) 9 novembre 2017

Publié le 01/04/2019

Alors que le mouvement des gilets jaunes poursuit tous les week-ends ses manifestations pour se faire entendre du gouvernement, la FNSEA a soulevé lors de son congrès la question de l’importance des corps intermédiaires dans la concertation et l’élaboration des décisions publiques, rôle que le syndicat exerce au quotidien au sein du monde agricole.

S’il y a eu compréhension du monde agricole vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes, avec des problématiques proches, pour les agriculteurs, de celles des habitants de la ruralité, « la structuration d’un réseau terrain, qui porte les dossiers, a pu remplacer le mouvement », explique Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, lors de la table-ronde sur les corps intermédiaires organisée par la FNSEA le 27 mars, à l’occasion de son congrès annuel, à Nancy. Cette structuration avait d’ailleurs permis « au syndicalisme d’obtenir certaines choses, comme l’exonération du gasoil », rappelle Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint. Parallèlement, les gens qui viennent manifester tous les samedis « n’ont pas de culture syndicale », explique le sociologue Jérôme Fourquet. La part des primo-manifestants y est importante, et la défiance à l’égard du pouvoir en place est extrêmement forte. Et c’est la non-structuration de ce mouvement qui rend difficile la sortie de crise pour le gouvernement. Alors que le syndicalisme sait initier des actions mais aussi y mettre fin après avoir obtenu des avancées. Débattre pour décider Car le rôle des corps intermédiaire, c’est avant tout de débattre pour porter ensuite une position commune. « Dans notre structure, on a un débat, on défend une unité avec de multiples différences », souligne Eric Thirouin, secrétaire général adjoint de la FNSEA. « Le sens de la délibération, ce n’est pas le bavardage, c’est la discussion avant et pour la décision », rappelle de son côté le philosophe Pierre-Henri Tavoillot. Ce que le syndicalisme agricole a bien compris : « nous faisons notre grand débat permanent, nous portons et assumons la délégation, et c’est comme ça que nous avons gagné », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Les gens ont découvert sur les ronds-points ce qu’on a dans nos réunions locales », poursuit-elle.   Table ronde "Place et rôle des corps intermédiaires" avec Pierre Henri Tavoillot "la délibération ce n'est pas le bavardage, c'est la discussion avant et pour la décision. On a tendance à confondre, on aime bien s'indigner en France" #CongresFnsea2019 pic.twitter.com/YLXoLsGVBe — La FNSEA (@FNSEA) 27 mars 2019   Mais si le monde agricole peut à ce niveau être considéré comme un exemple de représentativité et de participation, les corps intermédiaires sont clairement en perte de vitesse dans la majorité des autres secteurs, ignorés par Emmanuel Macron et jugés éloignés de la société. Leur rôle est donc de se renouveler pour mieux répondre aux préoccupations actuelles. Pour apporter des solutions à la crise actuelle, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a « mis en place une commission temporaire enrichie par l’apport de citoyens tirés au sort, pour proposer des solutions sur le sujet de la fracture et de la transition », explique Michel Chassang, président de cette commission temporaire au Cese. Pour Pierre-Henri Tavoillot, il faut cependant rester vigilant : « je suis un peu réticent à l’égard du participatif… Il faut des médiateurs : journalistes, corps intermédiaires… », insiste-t-il. Si le monde agricole reste encore très attaché aux corps intermédiaires et reconnaît leur efficacité, la participation aux élections chambres d’agriculture était en baisse de près de 10 points cette année. Tout l’enjeu de cette mandature sera donc de valoriser encore plus la discussion, l’explication, et les débats sur le terrain.

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