Vie professionnelle

Publié le 22/03/2019

Maintenant que la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire a été votée, « il va falloir très vite passer à la phase opérationnelle », estime Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine, qui participait à une table-ronde le 12 mars au lycée agricole d’Obernai. La pérennité de la filière bovine française est en jeu.

Comment enrayer la baisse du cheptel et de la production de viande bovine française ? Que faire pour assurer un revenu décent aux éleveurs ? Comment convaincre les distributeurs de prendre effectivement en compte le coût de production de la viande bovine dans la fixation du prix de vente ? Ces questions étaient au cœur de la table-ronde organisée le 12 mars au lycée agricole d’Obernai en présence de Bruno Dufayet, président de la commission "enjeux sociétaux à la Fédération nationale bovine (FNB). Cette table-ronde a réuni Christian Schleiffer, engraisseur de jeunes bovins à Uhrwiller, Jacky Ernwein, éleveur de vaches allaitantes à Oberhausbergen, Gaétan Vix, éleveur de vaches allaitantes et de veaux de lait en filière intégrée à Wolschheim, et Thomas Urban, éleveur à Schwindratzheim et membre du bureau de l’Association de production animale de l’Est (Apal). « Dans une région comme la nôtre, avec des productions diversifiées, on peut facilement faire le choix d’arrêter l’élevage, a d’abord exposé Philippe Boehmler, membre du bureau de la FNB, qui animait la rencontre. Et une fois qu’on arrête, on ne revient plus en arrière. » Ce phénomène, que l’on observe en France dans des proportions jamais vues auparavant, touche également l’Alsace, bien qu’à un degré moindre, selon les chiffres présentés par Mathieu Vaillant, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Éleveur de vaches salers dans le Cantal, en système naisseur-engraisseur, Bruno Dufayet reconnaît que les revenus tirés de l’élevage ne sont « pas réjouissants » - 15 000 € par exploitation bovine en 2018. C’est l’une des causes de la décapitalisation actuelle : « Il y a 400 000 vaches allaitantes en moins depuis juin 2016, soit un recul de 10 % du cheptel, c’est extrêmement inquiétant. Nous sommes à un moment charnière, il faut interpeller les pouvoirs publics par rapport à l’enjeu du maintien de la production. » D’autres raisons expliquent le recul du cheptel bovin français, selon le responsable de la FNB : le manque de perspectives et le vieillissement de la population d’éleveurs. « Un vrai engagement de chaque famille » Pour leur redonner des perspectives, estime Bruno Dufayet, il est nécessaire de mieux rémunérer les producteurs pour qu’ils puissent, au minimum, couvrir leurs coûts de production, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Pour cela, il compte sur les dispositions de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire (loi EGAlim), adoptée en octobre dernier. « Nous avons bâti un plan de filière autour de cette ambition », explique le président de la FNB. Ce plan prévoit la montée en gamme de la production de viande bovine française : l’objectif est d’atteindre 40 % de la production sous label, contre 3 % aujourd’hui. Il prévoit également de renforcer la contractualisation, qui concerne moins de 1 % de la viande bovine actuellement. L’ambition est de monter à 30 % de volumes contractualisés toutes catégories confondues, précise Bruno Dufayet. « Ce plan a été signé par l’ensemble de l’interprofession, c’est donc un vrai engagement de chaque famille, de la production à la distribution », insiste le président de la FNB. En marge du #congresfnb2019, le Ministre @dguillaume26 s’engage à mettre en place un suivi périodique par le @gouvernementFR des avancées concrètes du plan de filière viande bovine @Min_Agriculture — FNB (@EleveursBovins) February 5, 2019 Maintenant que le plan de filière est signé, « nous devons passer très vite à la phase opérationnelle. Il y a urgence », déclare Bruno Dufayet, rappelant que la FNB a dû batailler pendant 17 mois avant de faire valider les indicateurs de coûts de production pour les différentes catégories d’animaux. Il va désormais falloir « combler le fossé entre les coûts de production et les prix réellement payés aux éleveurs ». « Nous sommes dans les moments durs de la mise en application » de la loi EGAlim, reconnaît-il. Contractualisation : une réponse par écrit Concrètement, l’éleveur doit proposer un contrat écrit à l’acheteur, celui-ci a l’obligation d’y répondre par écrit. En cas de désaccord sur le prix, il sera possible de se référer aux indicateurs de coût de production. Ne pas respecter ces indicateurs expose à des poursuites pour « prix abusivement bas », ce qui peut être sanctionné par la loi. « C’est un bouleversement, assure le président de la FNB. C’est le choix de chacun d’utiliser la loi. À la FNB, on veut s’en servir pour faire entendre notre ambition et peser sur les opérateurs. » Dans la salle, des interrogations s’expriment. « Jusqu’où aller si un distributeur n’est pas prêt à payer le prix demandé ? », interroge Philippe Boehmler. « La contractualisation est-elle réellement possible en élevage allaitant ? », se demande Jacky Ernwein. « Peut-on se battre avec un distributeur local qui importe la majorité de sa production d’ailleurs ? », intervient un troisième éleveur. Face à ces questions, Bruno Dufayet réitère la nécessité de la contractualisation, « réclamée depuis longtemps par l’amont de la filière et freinée par l’aval, qui joue sur l’engorgement du marché pour faire fluctuer les prix vers le bas ». Pression syndicale À propos des importations, le président de la FNB affirme que celles-ci n’inondent pas le marché, contrairement à une idée reçue. « Notre action, c’est de travailler sur le marché français, même si nous avons une stratégie à l’export. On se bat pour la répartition de la valeur sur ce marché », insiste Bruno Dufayet, persuadé que de la valeur, « il s’en crée » et que « la loi va permettre de peser davantage sur les discussions interprofessionnelles que durant ces vingt dernières années ». « Il ne faut pas être angélique, avertit de son côté Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Sans la pression syndicale, il n’y aura pas de partage de valeur. » Marc Moser, président du Comptoir agricole, approuve : « Nous sommes au milieu du gué. Pour l’instant, ce sont les quatre distributeurs nationaux qui profitent de la loi EGAlim et communiquent sur le fait de rémunérer la production. Il faut les mettre devant le fait accompli et maintenir la pression syndicale au plus fort. » Interpellé par Jean-Luc Hoffmann, président de la Corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin, le président de la FNB reconnaît que « pour les bouchers qui travaillent avec des éleveurs, la couverture des coûts de production y est. Mais les boucheries ne représentent que 15 % des volumes, les gros volumes passent par la grande distribution. » Et si aujourd’hui, plus de 95 % de la viande bovine vendue en GMS est française, c’est aussi le résultat de la pression syndicale, ajoute Bruno Dufayet. Pour la restauration collective, « c’est la loi qui va faire le boulot puisqu’elle oblige à recourir à de l’approvisionnement local à hauteur de 50 % ». La FNB a d’ailleurs commencé à recevoir tous les groupes de restauration commerciale, pour que ces ambitions ne restent pas lettre morte. Qualité de la viande et du service Daniel Dreyfuss, dirigeant de la société Dreyfuss et vice-président de l’Apal, met en avant le décalage entre l’offre et la demande, qui expliquerait, selon lui, les importations de viande étrangère. Il évoque aussi une sous-consommation de viande bovine et la décision prise par certains opérateurs de suspendre les abattages une journée par semaine. Le président de la FNB précise que la consommation baisse effectivement en GMS (- 6 %), mais qu’elle est en hausse dans la restauration hors foyer. Toute destination confondue, elle serait même en hausse de 2 %. La décision de suspendre les abattages, quant à elle, a été prise en pleine négociation commerciale du steak haché, Bigard ayant décidé de faire pression pour faire passer des hausses de prix. Une décision qui, « pour une fois, va dans le sens de la production », indique Bruno Dufayet. Le prix n’est pas la seule variable sur laquelle travaille la profession, ajoute le président de la FNB. « Nous sommes en train de travailler sur la qualité de la viande et du service. Plus on se rapproche de 21 jours de maturation, plus le client est content. Aujourd’hui en GMS, cette durée est de sept jours. »

Coopérative des sylviculteurs d’Alsace (Cosylval)

Un exercice record

Publié le 21/03/2019

La Coopérative des sylviculteurs d’Alsace (Cosylval), clôt son exercice 2017-2018 sur un résultat record, porté par un marché du bois favorable. Mais l’avenir s’annonce moins radieux. En cause : une épidémie de scolytes engorge le marché avec du bois de moindre valeur.

Durant l’exercice 2017-2018, 83 000 m3 de bois ont été mobilisés par la coopérative Cosylval, soit une hausse de près de 4 %, conduisant à un résultat de 40 000 €. Une bonne performance liée à « un marché du bois favorable, surtout pour les résineux », indique Frédéric Böhm, directeur de Cosylval. Mais pas que : le chêne et le frêne ont également bénéficié de ce marché porteur. « Nous avons réalisé des ventes par appel d’offres avec des résultats intéressants en termes de valorisation pour les propriétaires », poursuit le directeur. Depuis, le contexte de commercialisation s’est détérioré. Le coupable : une épidémie de scolytes qui s’attaquent notamment aux épicéas. Latent depuis quelques années, le phénomène était contenu par des conditions climatiques qui limitaient les vols de l’insecte. Mais l’hiver dernier, des tempêtes ont mis à terre de nombreux chablis. Et la sécheresse estivale a affaibli les arbres, ce qui a accéléré la multiplication de l’insecte. « Quatre générations se sont enchaînées en un an au lieu de deux ou trois en année normale », rapporte Frédéric Böhm. Le pic de l’épidémie n’est probablement pas encore atteint. La vente du bois s’annonce compliquée pour les deux à trois années à venir, car le phénomène se traduit par un engorgement du marché du bois. Une saturation d’autant plus importante que l’épidémie concerne toute l’Europe. « Il va falloir récolter ces bois de moindre qualité et les valoriser, donc trouver des débouchés. Puis reconstituer ces boisements, alors même que les revenus des propriétaires seront en berne », anticipe Frédéric Böhm. Il a donc profité de l’assemblée générale de la coopérative pour demander aux pouvoirs publics des aides. Afin de financer le stockage temporaire et le transport de ces gros volumes de bois. « Il y a de la demande pour ce type de bois dans le sud de la France. Mais encore faut-il pouvoir l’acheminer jusque-là », constate Frédéric Böhm. « De toute manière, s’il ne part pas dans le Sud, il ira en Chine. » Plus loin, mais sans soutien à la valorisation locale des bois, ça coûte moins cher. Entretenir et régénérer la forêt : un enjeu primordial Avant de vendre du bois, la coopérative s’attelle à faciliter l’exploitation des boisements de ses coopérateurs. Cela passe par des dessertes forestières, des plateformes de stockage… Des infrastructures aujourd’hui insuffisantes. Mais les développer n’est pas une mince affaire. Frédéric Böhm illustre : « Avec l’Asa du Sprickelsberg, nous portons le projet de création de 11 km de pistes et chemins forestiers. Malgré la réalisation d’une étude d’impact ayant débouché sur des avis favorables, le projet mobilise des opposants ». Il stagne dans les méandres des recours judiciaires. « Quatre ans de travail et toujours pas un mètre de piste, regrette le directeur. C’est dommage parce que ça nous freine alors qu’entretenir et régénérer la forêt est un enjeu primordial. » Investir dans la sylviculture La coopérative a d’ailleurs comme principale ambition d’investir dans la sylviculture. Surtout après l’épidémie de scolytes qui sévit. En effet, les reboisements devront être effectués à bon escient. Ils doivent être adaptés à l’évolution du climat. Les coopérateurs doivent donc être accompagnés dans le choix des essences, dans la manière de gérer ces boisements… « Un technicien va être embauché à cette fin », informe Frédéric Böhm. Il aura aussi pour rôle d’aider les coopérateurs à mobiliser les différents dispositifs d’aides. Dispositifs qui ne sont pas tous adaptés à la forêt alsacienne, très morcelée, regrette le directeur. Sur la gestion du scolyte notamment, Cosylval attend des pouvoirs publics l’élaboration de dispositifs adaptés aux petites propriétés forestières. En outre, les reboisements doivent correspondre aux besoins. Or, de nouvelles installations de déroulage de peuplier s’étant installées dans le Grand Est, Cosylval mise sur cette essence. « Nous allons redynamiser cette filière en nous engageant prochainement dans la charte « Merci le peuplier ». Une charte qui permet de cofinancer les replantations après récolte via une convention tripartite. Un financement que la région Grand Est s’est même engagé à doubler », se félicite Frédéric Böhm. Voilà une bonne nouvelle.

Session d’installation de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est

Le nouveau visage de l’agriculture régionale

Publié le 20/03/2019

Les membres de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est ont élu Maximin Charpentier à la présidence de l’institution, vendredi 15 mars. Le Marnais de 44 ans compte moderniser la politique agricole régionale.

Sourire aux lèvres, allure décontractée, costume beige déboutonné. Maximin Charpentier présente bien dans le salon cossu de l’Hôtel du préfet, vendredi 15 mars à Strasbourg. Le Marnais de 44 ans vient d’être élu à 45 voix sur 56 à la tête de la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est (Crage). Il déroule son discours avec aisance. Donne volontiers une carte de visite. Répond aux journalistes avec pédagogie. En bref, un style moderne. Son parcours symbolise aussi à merveille le modèle agricole défendu par la FNSEA. Valeur ajoutée, diversification, compétitivité. Merci à tous pour vos félicitations ! Elles me touchent particulièrement. Je compte sur vous pour accompagner notre action dans cette recherche de compétitivité au service de nos agriculteurs et des territoires. pic.twitter.com/8QJ7f0f6Xp — Charpentier Maximin (@Maximin51) March 15, 2019 Petit historique. Maximin Charpentier démarre en 1999 avec 60 hectares sur la commune de Lachy, 300 habitants à une heure de Châlons-en-Champagne. Au fil du temps, il achète de nouvelles parcelles. Il cultive aujourd’hui 150 ha. Surtout des céréales et des pommes de terre. Il livre 1 200 tonnes par an de tubercules à l’usine de frites McCain, en banlieue de Châlons. En vingt ans, le producteur s’est aussi diversifié. « Nous avons ouvert un centre équestre et installé des panneaux photovoltaïques », indique-t-il. En parallèle, il gravit un à un les échelons politiques. Président des Jeunes Agriculteurs de la Marne de 2004 à 2008. Vice-président de la FDSEA par la suite. En 2013, il prend la tête de la Chambre d'agriculture départementale et devient, à 38 ans, le plus jeune président d’une Chambre d'agriculture. Dans le même temps, il arrive aux commandes de l’association Terrasolis, gérante de la ferme 112. Non, il ne s’agit pas d’un centre d’expérimentation de la CIA. L’exploitation située sur l’ancienne base aérienne 112, près de Reims, offre un immense terrain de jeu à une flopée de start-up et chercheurs dans les nouvelles technologies agricoles. Recherche et bioéconomie Le nouveau président de la Crage est un agriculteur 2.0. Cet aspect marque son programme pour les six prochaines années. L’innovation constitue une de ses priorités. Logique. « Nous devons créer plus de valeur ajoutée, appuie le Marnais. Pour cela il faut nous diversifier et innover. » Et le responsable d’énumérer les possibilités : circuits courts, production d’énergie, tourisme… Ces transformations doivent aider l’agriculture à surmonter la baisse des aides Pac qui se profile. Elles atténueraient aussi la différence de richesse entre producteurs et grande distribution. Pour mettre ces idées en musique, l’élu va créer un service régional « recherche et développement ». L’idée reste de « faire profiter tout le réseau des connaissances locales. » En clair, mettre en commun l’expertise des agriculteurs et des techniciens alsaciens, champardenais et lorrains. Une politique déjà instaurée dans plusieurs domaines. Ainsi en 2018, la Crage a créé un service commun de valorisation du bois. « Auparavant, chaque ancienne région disposait de son propre service », explique Jean-Luc Pelletier, président de la Crage jusqu’à vendredi. La bioéconomie occupe aussi une place importante dans les projets du nouveau bureau. Cette théorie promeut une économie basée sur la biomasse. Elle vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles et la pollution. « La bioéconomie permet de rendre nos fermes plus viables et de valoriser nos déchets, explique le président. L’agriculture est le seul secteur capable d’absorber du carbone pour le transformer en biens de consommation. » Exemples : le biogaz, l’électricité ou encore le digestat issu de la méthanisation. Dernier grand fil conducteur de sa future politique : la compétitivité. Le président base sa stratégie sur un constat simple. D’après lui, le Grand Est peut nourrir 15 millions de personnes alors qu’il ne compte que 5 millions d’habitants. Conséquence : le potentiel d’exportation est énorme. « Nous devons monter en gamme et jouer à fond la carte de l’Europe », estime-t-il. Les 5,5 milliards d’euros d’excédent commercial agricole du Grand Est ne lui suffisent pas. « Une organisation formidable » Mais Maximin Charpentier soigne aussi son électorat. Son discours tourné vers l’extérieur ne doit pas le couper de sa base. Lors de son allocution d’investiture, il a dressé un portrait détaillé de l’agriculture régionale. Un passage en revue de chaque secteur agricole sous sa juridiction. Le message est clair. Il connaît le terrain et les particularités locales. Ensuite, il a défendu un service de proximité de la part de la Crage. « Il faut conseiller les agriculteurs en fonction de leurs spécificités et des contraintes du territoire. » Traduction : il ne veut pas imposer un seul modèle de développement à toute la région. Enfin, il a loué le travail de son prédécesseur, Jean-Luc Pelletier, artisan de la fusion des anciennes Chambres régionales d’Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne. Pour lui, l’échelle Grand Est est la bonne. « On peut s’appuyer sur les services des dix départements, se réjouit le numéro un de la Crage. C’est une organisation formidable. » Et le nouveau patron de conclure : « Ensemble nous répondrons aux défis de l’agriculture de demain. » Deux mots-clés : collectif et moderne. Le compte y est.

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