Vie professionnelle

Publié le 17/06/2019

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne risque de creuser un trou de plusieurs milliards d’euros dans le budget de la Politique agricole commune. Le déficit risque de ne jamais être comblé.

C’est une conséquence inattendue du Brexit. La Pac pourrait devenir une victime collatérale du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. En effet, une fois le Brexit effectif, les Britanniques arrêteront de verser leur part au budget de l’UE. Un manque à gagner pour les politiques européennes, dont l’agriculture. Petit tour dans les chiffres. En 2016, le Royaume-Uni (RU) a financé le budget de l’Europe à hauteur de 12 milliards d’euros (Md€), selon les chiffres du Parlement européen. Environ 8 % du pot commun alimenté par les états membres. Problème, « le RU donne plus qu’il ne reçoit », explique Damien Broussolle, professeur d’économie européenne à Sciences Po Strasbourg. En effet, il n’a perçu que 7 Md€ d’aides européennes en retour. Les 5 Md€ de différence grèveront les lignes de crédits de plusieurs programmes. La Pac, une des principales politiques européennes (environ 40 % du budget), se verrait ainsi amputée de 3 Md€. Soit 5 % de ses ressources. Un gouffre. Pire. En mai 2018, la Commission européenne a présenté son projet de futur budget de l’UE. Selon cette ébauche, la Pac post-2020 subirait une baisse supplémentaire de 5 % de ses fonds. La raison ? L’exécutif européen veut financer de nouvelles politiques (défense, migration, recherche) sans demander plus d’argent à ses membres. L’idée fait jaser. « La Commission essaie de faire passer le financement de nouvelles priorités en se cachant derrière le Brexit », a ainsi tempêté Angélique Delahaye, ex-eurodéputée du PPE (droite), lors d’une réunion à Strasbourg début février. Trois scénarios sur la table Depuis cette annonce, trois scénarios se profilent. Les États membres pourraient combler l’ensemble du déficit. Un doux rêve. « Personne ne veut payer », confirme Damien Broussolle. Ensuite, l’UE pourrait compenser la moitié des pertes liées au Brexit et aux nouvelles politiques. En effet, la Commission souhaite lever de nouvelles ressources propres. Une taxe sur les plastiques non recyclés, un impôt commun sur les entreprises… Mais ces projets sont encore au point mort et pourraient ne jamais voir le jour. Dernier cas de figure : ne pas compenser les pertes. La Pac assumerait l’ensemble du déficit causé par le départ du RU. L’hypothèse fait froid dans le dos. Forcément, les agriculteurs pâtiront de ces turbulences budgétaires. Le think tank FarmEurope a ainsi estimé le niveau des pertes d’aides directes selon les différents scénarios. Bilan : les fermes européennes recevront en moyenne entre 2,4 et 9,1 % d’aides Pac en moins. Un sacré coup au portefeuille. « I want my money back » Mais la France pourrait s’en tirer à moindres frais grâce… aux Anglais ! Un comble. L’affaire remonte à 1979 et le fameux « I want my money back* » de Margaret Thatcher. La Première ministre anglaise impose un rabais de 6 Md€ sur la contribution de son pays au budget de l’UE. Depuis, les autres états membres compensent ce « chèque britannique » tous les ans. La France rembourse 1,60 Md€. Bien plus que ses partenaires. L’Allemagne ne donne que 400 M€ par exemple. Avec le Brexit, les États récupéreront cet argent. Mais surtout, « la France va avoir d’importantes marges de négociation », selon Damien Broussolle. La Commission souhaite supprimer de manière progressive le chèque britannique. En cinq ans minimum. Paris peut alors menacer de raccourcir ce délai si les négociations sur le futur budget ne lui conviennent pas. Le pays aborde les négociations en position de force. D’autant plus que le départ du RU, troisième économie de l’UE, consolide le poids de la France. « Elle pourra passer assez facilement des alliances », confirme Damien Broussolle. Avec la Pologne par exemple. La France pourrait peser pour maintenir le budget de la politique de cohésion régionale dont Varsovie bénéficie largement. En contrepartie, Paris pourrait lui demander de revoir sa politique d’achat de matériel militaire. Afin de favoriser les fabricants d’armes européens plutôt que ses fournisseurs historiques américains. Et l’agriculture là-dedans ? Un paramètre comme un autre. « Ce sont des négociations de marchands de tapis », acquiesce un connaisseur des affaires européennes. Bercy au cœur du jeu européen Une partie de l’avenir de la Pac va se jouer à Bercy. Deux doctrines s’opposent dans les couloirs du ministère de l’Économie. D’un côté, des conseillers défendent la Pac et plaident pour sauver son budget actuel. En face, certains critiquent des dépenses agricoles trop élevées. Anachroniques à l’heure où les dirigeants européens parlent de coopération dans l’aéronautique, l’armée ou la politique internationale. Problème. « Ce camp domine une bonne partie des cercles dirigeants à Bercy », confie un ancien du ministère. Le prise de position tardive du gouvernement au sujet du budget de la Pac illustre la lutte en cours dans les cabinets ministériels. Didier Guillaume a rejeté l’idée d’une baisse supplémentaire de ses ressources le 14 novembre. Six mois après les annonces de la Commission européenne. Une éternité. Le Brexit aura à coup sûr des conséquences sur les paysans européens. Mais les plus grands perdants se trouvent de l’autre côté de la Manche. La fin des aides Pac va creuser un trou béant dans les cagnottes des agriculteurs britanniques. Ils risquent de perdre jusqu’à 55 % de leurs revenus. Plus grave. Environ 90 % des exploitations anglaises seraient menacées, selon une étude du cabinet de conseil Agra Europe. Le gouvernement de Theresa May a assuré qu’il compensera les subventions jusqu’en 2020. Un an de sursis. Après ? C’est le flou. Les sujets de sa majesté naviguent à vue. Et ils ne pourront pas compter sur le continent pour les sortir du brouillard.   *Je veux qu’on me rende mon argent.

Publié le 14/06/2019

La brasserie Kronenbourg d’Obernai fête ses 50 ans cette année. Les 100 millions d’euros promis l’été dernier par le groupe Carlsberg, propriétaire de la marque, ont commencé à être investis sur le site. Autour de trois axes principaux : la production, les équipements et les pratiques écoresponsables.

« 1969 : le premier vol du Concorde, Armstrong marche sur la Lune… Kronenbourg s’installe à Obernai. » João Abecasis n’a pas peur des comparaisons. Qu’importe si cela fait sourire. Le PDG de la firme alsacienne est à la fête. La plus grande brasserie de France célèbre ses 50 ans. Et en attendant les festivités prévues en septembre, le dirigeant a détaillé les chantiers en cours à l’usine, mardi 11 juin. Car 2019 marque aussi un « tournant dans la vie du site », selon Stéphane Munch, vice-président en charge de la production. L’an dernier, le groupe Carlsberg, propriétaire de Kronenbourg, a annoncé une enveloppe de 100 millions d’euros (M€) sur trois ans pour la brasserie d’Obernai. Cette année, 45 M€ ont été débloqués. Une dépense nécessaire pour João Abecasis. « Cet investissement nous prépare aux 50 ans à venir. » • Augmenter la production C’est un des principaux axes de développement de l’entreprise. « Aujourd’hui, la brasserie touche à ses limites », observe le PDG. Avec 7 Mhl et plus d’1,5 milliard de bouteilles sorties de ses hangars en 2018, Obernai sature. Pour se donner de l’air, 40 M€ de l’enveloppe initiale serviront à augmenter les capacités de production. Avec en point d’orgue, l’ouverture d’une nouvelle ligne de conditionnement. Une vingtaine d’emplois et 500 000 hl à la clé. En parallèle, les dépôts vont être agrandis afin d’augmenter les capacités de stockage de 30 %. Soit 20 000 palettes supplémentaires. Ces nouvelles installations prennent de la place. À travers ses différentes phases d’agrandissement, la surface de Kronenbourg Obernai est passée de 10 à 70 ha en cinquante ans. Faut-il craindre pour les terres agricoles alentour ? « On a encore de la place », rassure João Abecasis. L’extension devrait se faire dans la partie sud de la zone, déjà occupée par l’industriel. « D’un point de vue logistique, c’est de toute manière plus intéressant de garder nos installations dans un espace resserré », ajoute Stéphane Munch, le vice-président. • « Rester à l’avant-garde » Moins visible mais tout aussi capitale, la modernisation des ateliers doit également recevoir 40 M€. Il s’agit de remplacer des machines et des pièces devenues obsolètes. Le centre de recherche inauguré en 2014 devrait aussi bénéficier de certains aménagements. Par ailleurs, la société finance depuis le début de l’année un programme de recherche sur cinq ans avec le Comptoir agricole. Le but : développer de nouvelles variétés de houblon. Kronenbourg veut se mettre à la pointe de la technologie. « C’est ce qui nous permettra de rester à l’avant-garde de la concurrence », souligne le PDG. D’après lui, sur le milliard d’euros de chiffre d’affaires généré par l’entreprise en 2018, 100 M€ seraient dues aux innovations des dix dernières années. Car Kronenbourg se diversifie depuis le milieu des années 2000. Bières spéciales, aromatisées, sans alcool… Les brasseurs d’Obernai produisent aujourd’hui plus de 50 bières différentes. Contre deux à l’ouverture de l’usine. • Vers une empreinte carbone nulle João Abecasis le répète à l’envi. La protection de l’environnement est devenue une priorité pour l’industriel. En 2017 Carlsberg a même lancé son programme « ensemble vers un impact zéro ». Le plan ambitionne une empreinte carbone nulle d'ici 2030. Ambitieux. Dans cette optique, les vingt derniers millions de l’enveloppe seront consacrés à améliorer la performance environnementale de la brasserie d’Obernai. « On va revoir nos process pour économiser encore plus d’énergie », explique Stéphane Munch, de la production. Comme donner une deuxième vie à l’eau utilisée. Les efforts ont déjà commencé. En 50 ans, les lignes de production ont divisé par trois leurs besoins en eau. « On est passé de 12 à 4 litres d’eau pour fabriquer un litre de bière », souligne le vice-président. Plus largement, l’entreprise se vante d’avoir diminué de 40 % sa consommation d’énergie nécessaire à la conception des bières depuis l’an 2000. « Et depuis 1995, nos méthaniseurs réinjectent de l’énergie thermique dans les cuves. » Soit 20 % de la chaleur utilisée sur le site. « C’est bon pour l’environnement et c’est bon pour l’entreprise, se félicite João Abecasis. Imaginez, ce sont 20 % d’énergie qu’on n’a pas à acheter ailleurs. » Mais une ombre vient noircir ce tableau idyllique. Kronenbourg n’a pas intégré le réseau Alsace consigne créé fin avril. La démarche vise à redynamiser la pratique des bouteilles consignées. Un rendez-vous manqué pour le brasseur modèle ? « On participera, évacue João Abecasis. Mais il vaut mieux faire plutôt que dire ce qu’on veut faire. » Une pique à peine voilée envers la concurrence. Alsace Consigne a en effet été lancée en grande pompe à la brasserie Meteor devant des dizaines de médias nationaux. Non, vraiment. Rien ne pourrait gâcher la fête du PDG de Kronenbourg.    

Publié le 11/06/2019

Mercredi 5 juin, le préfet du Haut-Rhin Laurent Touvet, le président de la Fédération Départementale des Chasseurs Gilles Kaszuk et le colonel Guillaume Leblond commandant le groupe départemental de gendarmerie ont signé un protocole qui acte la création des « Chasseurs Vigilants ».

Le protocole vise à former un réseau de volontaires parmi les chasseurs afin qu’ils puissent identifier des situations à risques et faciliter l’intervention de la gendarmerie dans les territoires les plus difficiles d’accès. À la suite de nombreuses dégradations constatées sur des installations de chasse, notamment dans le Sundgau, la Fédération des Chasseurs a été amenée à échanger régulièrement avec la gendarmerie. L’évidence d’un partenariat entre gendarmes et chasseurs sur le modèle « voisins vigilants » s’est imposée.     Concrètement, il s’agit de la mise en place d’une chaîne de vigilance structurée autour des chasseurs des trois secteurs, Sundgau, Plaine et Montagne. Identifié sous le label « Chasseurs Vigilants », ce maillage est fondé sur le principe de solidarité et du développement de l’esprit civique. Il vise à rassurer la population, améliorer la réactivité de la gendarmerie contre tout type de délinquance, et accroître l’efficacité de la prévention de proximité. En aucun cas les chasseurs ne devront intervenir Le Haut-Rhin est un des premiers départements français et le premier de la région Grand Est, à instituer ce statut bénévole de chasseur vigilant. Une trentaine de référents reconnus par les autorités, aura pour mission de recueillir les témoignages des chasseurs vigilants, dans le but de signaler à la gendarmerie tout fait anormal via un canal de communication privilégié. En aucun cas il ne sera demandé aux chasseurs d’intervenir, sauf si c’est pour porter secours à une personne. La gendarmerie pourra également faire appel aux chasseurs en cas de recherches ciblées, notamment de disparition inquiétante. En outre, les référents chasseurs font l’objet d’une sélection. Un casier judiciaire vierge est impératif pour intégrer ce dispositif.   Jean-Robert Haefélé

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