Vie professionnelle

Lycée professionnel agricole privé Schattenmann de Bouxwiller

L’attrait de la soixantaine

Publié le 31/05/2019

La création du Lycée Schattenmann de Bouxwiller remonte à 1959. 60 ans plus tard, la flamme de l’équipe enseignante reste intacte, en dépit des changements de cap et de dénomination. L’anniversaire a été fêté lors de la journée portes ouvertes du samedi 11 mai.

L’aventure commence en 1954, avec la création d’un centre d’enseignement ménager pour jeunes filles. L’idée est de scolariser les jeunes filles dès 13 ans, une ou deux journées par semaine, explique Marie-Jeanne Nussbaum, directrice du Lycée Schattenmann. « À Bouxwiller, le centre était situé à côté d’une école de couture. La décision a été prise de fusionner les deux structures. Mais le fonctionnement était chaotique, car très souvent, les filles étaient retenues par les travaux des champs. » La Mutualité sociale agricole du Bas-Rhin s’investit de plus en plus dans le financement du centre et en 1959 devient le partenaire numéro un. L’école de couture et d’enseignement familial rural s’installe en 1962 au premier étage du tribunal cantonal. Dans les années 1970, l’établissement est reconnu par le ministère de l’Agriculture. En 1975, il change de nom : il devient l’école privée d’enseignement ménager agricole. Deux ans plus tard, la MSA achète l’ensemble du bâtiment de l’ancien tribunal et aménage une cuisine pédagogique et un laboratoire, ainsi qu’une salle de TP en sous-sol. Une réorganisation de l’enseignement agricole intervient en 1984. En 1986, plusieurs nouveautés : création du Bepa Dicopa, introduction de la mixité et introduction des premiers ordinateurs pour les élèves. Par la suite, de nouveaux espaces sont aménagés au grenier : deux salles de classe - elles deviendront plus tard la comptabilité et la salle informatique -, le CDI et une réserve. L’Unrep Est prend le relais En 1992, l’école change une nouvelle fois de dénomination et devient le lycée professionnel agricole privé Schattenmann, du nom de Charles Henri Schattenmann, enfant de Bouxwiller. C’est aussi l’année du lancement du partenariat avec la Hongrie, qui dure 25 ans. Lorsque la MSA décide de se retirer, un partenariat est conclu entre l’Unrep Est (Union nationale rurale d’éducation et de promotion) et le ministère de l’Agriculture. Il prend effet le 1er septembre 1995. Grand tournant dans les années 2000. Le service à la personne a le vent en poupe mais il devient de plus en plus difficile de loger les élèves chez les habitants de Bouxwiller. La décision est prise de construire un internat à quelques mètres de l’établissement. Une extension est construite dix ans plus tard : elle accueille l’internat des garçons. Dernière nouveauté en date, la création d’une classe de 4e Initiative pour mieux accompagner les élèves « dys » (dyslexie, dyspraxie…) ou ayant des troubles de l’apprentissage. « Et depuis la rentrée, nous sommes un lycée 4.0 », souligne Monique Nussbaum. Mais le Lycée Schattenmann ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Nous comptons sur vous pour nos projets futurs, comme l’ouverture d’un BTSA Services en milieu rural, le développement de la formation continue dans le cadre du CFP Nord Alsace récemment créé et la mise en place d’une section européenne en bac pro », annonce Myriam Schott, présidente de l’association gestionnaire du lycée. Et pour conserver les souvenirs de ses soixante ans d'existence, l'équipe va rédiger les « mémoires » du lycée.

Publié le 29/05/2019

Dans un contexte difficile, l’assemblée générale de la section d’Erstein de Cristal Union a pris des allures de séance de psychothérapie collective. Tout le monde a besoin d’être « rassuré ». Et les planteurs sont exhortés à continuer à cultiver des betteraves, pour alimenter l’usine d’Erstein, afin qu’elle résiste jusqu’à l’embellie des cours.

Âcre. C’est la saveur qui s’est dégagée de cette assemblée générale. En avril, le groupe Cristal Union annonçait la possible fermeture des sucreries de Bourdon, dans le Puy-de-Dôme, et de Toury, dans l’Eure-et-Loir, ainsi que la réduction de l’activité de conditionnement d’Erstein, laissant des salariés et des planteurs sur le carreau. Un coup dur pour les betteraviers. Ceux des deux usines concernées par des projets de fermeture bien sûr, mais aussi pour ceux d’Erstein. Car Bourdon, Toury et Erstein sont les trois plus petites unités du groupe. Les planteurs d’Erstein ont des raisons légitimes d’avoir froid dans le dos. « La confiance s’est perdue. Le doute s’est installé. C’est un coup qui reste en travers de la gorge », témoigne l’un d’eux. Produire pour saturer les outils industriels Les dirigeants de Cristal Union, l’ont donc affirmé en long, en large et en travers : il n’est pas question de fermer Erstein. À condition que les producteurs continuent de produire des betteraves pour que l’usine tourne à plein régime. Alain Commissaire, directeur général, n’est pas là pour raconter des histoires : « Nous n’avons pas envie de fermer le site d’Erstein. Mais nous ne pouvons pas non plus admettre qu’un site perde systématiquement de l’argent. Le monde a changé, la compétition a changé. Il faut s’y adapter. Et vite. Le projet d’Erstein était basé sur une surface de 8 000 ha, je le rappelle, or cette année la surface a baissé de 15 %… Il n’y a pas de monde magique, il y a des chiffres et des objectifs. Et la solidarité ne fonctionne que si elle est jouée par tout le monde. Nous, nous avons besoin de betteraves. » Ça, c’est dit. Bruno Labilloy, directeur agricole, abonde : « Il est important de saturer les outils industriels, donc de maintenir les surfaces ». Et Gérard Lorber insiste : « L’objectif est de produire un maximum de betteraves pour faire tourner l’usine. » Il sait que c’est compliqué, avec la cercosporiose, mais il est « confiant dans le progrès génétique ». Il sait aussi que 22 €/t de betterave ne constitue pas une rémunération suffisante. Mais il rappelle : « Ce n’est pas figé dans le marbre. » Les producteurs en ont conscience. Mais ça n’enlève pas grand-chose à leurs inquiétudes : « La délocalisation n’est-elle pas une erreur stratégique alors qu’il y a des marchés de niche à satisfaire ? », s’interroge Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs. Un autre enchaîne : « On ne peut plus continuer à produire à ces tarifs. Cela fait trois ans que je prends le bouillon. Mais je continue à faire l’effort de produire de la betterave, car je sais que si l’usine devait fermer, elle ne reviendra plus. Je joue le jeu de la solidarité. Mais j’espère qu’il y aura un retour. » Des décisions douloureuses dans l’intérêt général Olivier de Bohan, président du groupe, prend plus de pincettes que son directeur général. « J’ai la conviction que nous allons y arriver. Mais nous n’y arriverons pas seul. Les deux camps doivent être rassurés. La coopérative est le prolongement de l’exploitation. » Tous dans la même galère, en somme. Il affirme aussi : « Ce n’est pas parce que nous sommes une coopérative que nous ne devons pas prendre de décisions. Nous avons été capables d’en prendre. Elles sont douloureuses pour tout le monde. Mais elles relèvent de l’intérêt général. Car si nous ne nous mettons pas en ordre de marche nous nous affaiblissons collectivement. ». Il rappelle : « Tous les groupes sucriers sont dans le rouge. Il s’agit de prendre les décisions qui nous permettront de rebondir lorsque la situation s’améliorera. » À ceux qui verraient derrière ces restructurations le reflet de l’âpreté au gain des industriels, il rétorque qu’elles sont « les conséquences de politiques nuisibles à l’agriculture » et qu’il s’agit dès lors de se demander « quelles sont les décisions qui ont été prises qui ont conduit à ça. Et lesquelles prendre pour que ça ne se reproduise plus ». Avec les fermetures annoncées de Bourdon et Toury, Erstein devient la plus petite unité de production de sucre de France, mais « elle est et restera la plus grande alsacienne », conclut Gérard Lorber.

Association de la bourse de commerce de Strasbourg

Grosse inquiétude sur les basses eaux

Publié le 25/05/2019

L’Association de la bourse de commerce de Strasbourg a tenu son assemblée générale vendredi 24 mai. Les membres de la filière céréales accusent le coup du phénomène de basses eaux du Rhin de l’an dernier. Mais des parades émergent.

« Le Rhin est une autoroute, mais aujourd’hui des trous apparaissent. » Des trous dans un fleuve ? Jean-Laurent Herrmann parle ici des basses eaux dont le Rhin a souffert durant la sécheresse de l’été 2018. Les bateaux ne pouvaient plus naviguer les cales remplies. Sous peine de s’ensabler. Le président de l’Association de la bourse de commerce de Strasbourg (qui regroupe toute la filière céréalière) a longuement abordé le sujet lors de son assemblée générale. Les conséquences du faible niveau du fleuve se révèlent catastrophiques. Durant des semaines, les péniches n’ont pas pu charger la totalité des soutes. « Les bateaux d’une capacité de 1 000 t ne chargeaient plus que 400 t », se rappelle Antoine Wuchner, responsable des ventes au Comptoir agricole. Un drame. Les négociants n’ont pas pu écouler tous leurs stocks. Certains silos contiennent encore des grains de la dernière récolte. Des Hollandais traumatisés Pire. Le phénomène a effrayé de nombreux acheteurs. Le prix du transport s’est envolé. « Les clients ont payé jusqu’à 40 €/t de céréales livrée, contre 10€/t d’habitude », poursuit Wuchner. Et Christophe Armbruster, de l’organisme stockeur du même nom, d’enchaîner : « Depuis janvier, les Hollandais n’ont signé aucun contrat de longueur ». Des commandes passées en janvier pour livraison en juin ou septembre. Normal. Ces achats représentent un pari risqué vu le débit du Rhin en été. « Ça les a traumatisés », reprend le commercial du Comptoir agricole. Désormais, les clients basés aux Pays-Bas commandent à peine 10 jours à l’avance. Plus sûr. Peu de chances que les eaux baissent d’un mètre en si peu de temps. Mais cela pose des problèmes logistiques aux fournisseurs. « On peut moins anticiper », reconnaît Antoine Wuchner. Plus inquiétant, certains partenaires hollandais se sont détournés du bassin Rhénan. Au profit d’entreprises ukrainiennes. Les céréales rejoignent Rotterdam par la mer, dans des bateaux de 20 000 t. Plusieurs semaines de voyage contre quatre jours depuis Strasbourg. « Mais eux n’ont pas de problèmes de basses eaux », sourit le commercial. Imparable. « On construit des bateaux comme il y a 30 ans » Les membres de la filière cherchent donc des solutions. Jean-Laurent Herrmann, le président de l’association, a sa petite idée sur le sujet. Ce fils de marinier a fait carrière dans le transport fluvial. Les rivières, il connaît. « On pourrait remonter un peu le niveau de l’eau entre les écluses de Bâle à Lauterbourg », suggère-t-il. Ou réaménager le Rhin à partir de l’Alsace du Nord. « Cette partie n’est pas canalisée, on pourrait créer des lignes droites (des bras de fleuve plus profonds. N.D.L.R.). » Des travaux titanesques. Vingt ans minimum selon le responsable. Et les discussions avec les autorités n’ont même pas encore commencé. Fournisseurs et mariniers peuvent-ils attendre ? Pas vraiment. Les épisodes de sécheresse s’aggravent et se rapprochent dans le temps. Les glaciers, réservoirs naturels du Rhin, fondent à vue d’œil. Bref, pas de temps à perdre. Alors Jean-Laurent Hermann réfléchit à des solutions à moyen terme. « Aujourd’hui, on construit des bateaux en acier comme il y a 30 ans, développe-t-il. Ils sont très lourds et peut-être plus adaptés au climat actuel. » Il imagine des navires nouvelle génération. Plus larges et moins hauts. Conçus avec des matériaux légers. Faute de mieux, le président envisage de demander un soutien à l’Union européenne. À l’image des aides sécheresses pour les agriculteurs. « Mais elles ne doivent pas remplacer les travaux d’infrastructure », prévient-il. Au risque de voir un jour l’autoroute du Rhin transformée voie sans issue.  

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