Lycée agricole d’Obernai
La cinquantaine épanouie
Lycée agricole d’Obernai
Publié le 23/05/2019
Vendredi 17 mai, le lycée agricole d’Obernai fêtait ces cinquante ans. D’une centaine d’élèves en 1968, l’effectif est passé à plus de mille étudiants. Avec une offre de formation étoffée et de nouvelles missions.
En 1968, on érigeait à la fois des barricades et des écoles. Le lycée agricole d’Obernai est en effet issu des lois Pisani de 1960-1962, qui visaient à retrouver l’auto suffisance alimentaire en France. Il ouvre ses portes le 30 septembre 1968, avec 108 élèves. Dont deux filles. « Les autres sont scolarisées à l’École d’enseignement ménager agricole du Bas-Rhin, à Erstein, où elles apprennent à devenir de bonnes ménagères », indique Thierry Girodot, directeur de l’établissement d’Obernai, citant des archives. Depuis, les temps ont bien changé. Les filles ne sont plus cantonnées aux casseroles. Les enseignements prodigués ont considérablement évolué. Pour s’en persuader, il suffit d’assister au spectacle donné par des élèves de seconde sur le thème de l’évolution de l’agriculture française depuis 50 ans. Ils ont largement abordé la question de pesticides qui empoisonnent la planète et les gens. Il y a 50 ans, c’est très certainement l’exact inverse qui était enseigné dans les murs de ce même lycée agricole… Microbrasserie et agroforesterie Une visite guidée a permis aux invités de prendre la mesure de l’évolution de l’offre de formation. Pour instruire de futurs professionnels, le lycée se doit en effet de coller à l’air du temps. C’est ainsi que le CFPPA a mis sur pied une formation en microbrasserie, dont les premiers brassins ont été proposés à la dégustation. Avec une belle découverte, la nouvelle variété de houblon commercialisée par le Comptoir agricole, Élixir, qui développe des arômes de melon et le litchi. Sur le site de l’exploitation agricole, Guillaume Bapst, professeur d’agronomie, a présenté un des projets du lycée agricole. Il s’agit de réintroduire des arbres dans les parcelles agricoles. Des haies entre les parcelles, composées d’essences nobles, à forte valeur ajoutée. Elles seront valorisées en bois d’œuvre. Mais aussi des haies intraparcellaires. Composée d’essences à port plus buissonnant (aubépine, sureau…) elles seront broyées tous les 6-7 ans. Le broyat sera mélangé avec du fumier et composté pour fournir un amendement organique. Un lycée dans le vent Le lycée agricole surfe également sur la vague des énergies renouvelables. Il a installé des panneaux photovoltaïques et une unité de méthanisation qui valorise des coproduits issus du territoire. Produire du biogaz, ça dégage aussi des gaz à effet de serre : à production d’énergie équivalente, 100 fois moins qu’une centrale électrique thermique, mais deux fois plus qu’une centrale nucléaire, qui produit aussi les déchets ultimes qu’on connaît. Un bilan carbone de l’exploitation a permis de conclure qu’elle piège 420 000 teq CO2. Essentiellement grâce à l’atelier végétal. Depuis septembre, un essai a commencé sur 5 ha. Objectif : comparer les effets du digestat, de l’engrais minéral et du fumier sur la composition du sol et des eaux de drainage. Situé en Alsace, le lycée ne pouvait que faire preuve d’une certaine ouverture à l’international. L’apprentissage transfrontalier est encouragé au CFA. Les BTS Gemeau participent chaque année à un voyage humanitaire. L’association « À l’eau Gemeau solidarité » a même été créée à cette fin. Et une section Europe a pour objectif d’améliorer l’employabilité des jeunes à l’international grâce à des échanges avec des lycées partenaires. Enfin, le lycée agricole fait évoluer ses pratiques pédagogiques. C’est ainsi que le Centre pour apprendre autrement (C2A) a vu le jour. Accolé au CDI, il a pour vocation de proposer des solutions aux jeunes qui rencontrent des difficultés d’apprentissage. Concrètement un adulte - animateur, enseignant - aidera les étudiants, notamment sur la méthodologie. L’offre de formation dispensée par l’EPL est large : les diplômes préparés vont du CAP à la licence professionnelle. Et les enjeux pour l’avenir sont nombreux. Thierry Girodot liste : participer à la transition vers l’agroécologie, intégrer les outils numériques, accompagner les élèves vers l’enseignement supérieur, développer la coopération internationale. Bon vent !












