économie

Publié le 28/05/2019

Wolfberger développe son troisième métier, les liqueurs et spiritueux, après les vins tranquilles et les crémants. Petite revue des derniers projets et investissements du groupe.

Authentique réussite Wolfberger, l’amer bière se réinvente dans une déclinaison d’amers aux arômes naturels de fruits, pour accompagner le renouveau des bières artisanales. À base de fleur de bière, une base d’alcools supérieurs extraits de fleur de bière, d’infusion d’écorce de quinquina et de caramel, l’amer bière est proposé en quatre versions : gingembre, cerise, mandarine et framboise, qui s’ajoutent à l’amer authentique. Cette nouvelle gamme d’amers bière était présentée ce lundi lors d’une « amer party » sur le site de la Fecht à Colmar, à l’ensemble des clients Wolfberger, les restaurateurs et prescripteurs du Grand Est. Dans une ambiance décontractée, signature de la marque, le groupe a présenté également sa gamme de crémants et de vins. Sans donner de chiffre, Bertrand Dufour, le directeur du groupe Wolfberger, observe une croissance de l’activité liqueurs et spiritueux, portée par l’innovation, tournée sur des produits tendance et des arômes naturels à base de fruits. « Contrairement aux AOP, c’est un monde qui ne nous limite pas dans la créativité. Nous sommes en train de construire deux salles blanches, l’une pour la distillation, l’autre pour la liquoristerie. Et le conditionnement sera refait l’année prochaine », indique le directeur. D’autres travaux s’annoncent imminents dans la partie vins et crémants : une cuverie de 30 000 hl supplémentaires toujours sur le site de la Fecht, et dès septembre la construction d’un nouveau vendangeoir à Dambach-la-Ville. « Notre monde évolue très vite, comme en politique, le consommateur lui aussi est bousculé depuis 2-3 ans », analyse Bertrand Dufour. Conséquence, il y a urgence à répondre à ses exigences parfois contradictoires : « Il veut plus de respect du développement durable, et en même temps il veut tout, tout de suite, des produits hyperqualitatifs et en permanence des produits différents. » Pour s’adapter à ces évolutions consuméristes, la transformation de l’entreprise depuis la vigne jusqu’à la mise en marché représente un vrai défi. « On travaille sur de nouveaux cépages, plus économes en eau, tout en conservant la typicité alsacienne, mais en tenant compte du changement climatique. » Un conservatoire des cépages sera installé dès cette année devant la boutique colmarienne sur les conseils de Guillaume Arnold. Il devrait conserver une sélection de vieilles souches de vignes massales des vignerons du groupe pour constituer une banque génétique. À la vigne, Wolfberger encourage les pratiques agroécologiques : 300 ha actuellement sont en semis directs pour stimuler la vie des sols, « nous devons aller plus loin ». Quant à l’entretien du cavaillon, Bertrand Dufour attend beaucoup de la robotique, avec plusieurs essais de robots en cours. Enfin, l’entreprise Wolfberger digitalise sa production : « Il y a beaucoup de choses à faire », note Bertrand Dufour. L’idée est « de limiter les risques psychosociaux et faire en sorte que les salariés se sentent bien dans l’entreprise. » La digitalisation devrait également répondre au défi logistique complexe chez Wolfberger avec plus de 2 500 produits référencés : « C’est un vrai sujet et ça devient le facteur limitant du développement aux États Unis ». Parallèlement, Wolfberger annonce une augmentation de son budget marketing « plus que jamais en 2019 et 2020 sur de la communication à 360°», c’est-à-dire sur l’ensemble des médias.

Frédéric Raynaud, directeur de la cave de Pfaffenheim

Il suffirait de peu de changements pour regagner les marchés

Publié le 19/10/2018

Nombre d’opérateurs du vignoble alsacien, de toutes tailles, s’inquiètent en sourdine de l’évolution de la situation économique, avec une récolte pleine et dans les caves du vrac qui s’accumule. Jusqu’en 2017, les petites récoltes suffisaient à justifier la baisse des ventes. Avec un potentiel d’appellation de plus de 1,15 million d’hectolitres, en vendange pleine, la capacité de mise en marché des alsaces se situe autour de 940 000 hl. Pour Frédéric Raynaud, directeur de la cave de Pfaffenheim, quelques mesures suffiraient pour mieux adapter les vins d’Alsace à la demande.

EAV-PHR : Pourquoi souhaitez-vous pouvoir conditionner des vins d’Alsace en bag in box (bib) ? Frédéric Raynaud : En particulier pour le marché suédois, quatrième marché d’exportation des vins d’alsace en valeur : plus de 50 % des volumes sont vendus en bib. On me rétorque que le bib altérerait l’image qualitative des vins d’Alsace. Des chablis sont vendus en bib. Leur image est-elle dégradée ? En Suède, je trouve aussi des vins allemands en bib à des prix très élevés. EAV-PHR : Pourquoi souhaitez-vous sortir du conditionnement unique en flûte alsacienne ? FR : J’ai de plus en plus de clients notamment à l’export qui me disent que le pinot noir ne se vend pas bien en flûte. Et ils me demandent de le conditionner en bourguignonne. La question du design de la bouteille est la même pour le rosé. Résultat : nous n’arrivons pas à nous positionner face aux rosés de Provence dont les ventes explosent. De surcroît, nous nous imposons la flûte qui n’est même pas protégée. Sur d’autres marchés, des Australiens ou des Languedociens en profitent pour nous subtiliser des parts de marché en utilisant la flûte avec des niveaux de prix très compétitifs. Et pour aborder le marché chinois où le design est très important, il nous faudrait également plus de liberté dans le choix du modèle de bouteille. EAV-PHR : Vous revendiquez la possibilité de mentionner les cépages sur vos étiquettes de cuvées bi- ou tri-cépage. La mention edelzwicker n’est-elle pas une réponse suffisante ? FR : Sur le deuxième marché export des vins d’Alsace, au Canada, et notamment au Québec, Pfaff représente plus de 40 % de parts de marché des vins d’Alsace. Notre cuvée bi-cépage Black Tie est la plus importante progression de ventes dans son segment de gamme. Et c’est devenu le quatrième vin d’Alsace le plus vendu au Québec en succursales. Je mentionne donc les cépages sur les étiquettes, car les acheteurs et les consommateurs aussi le demandent. Sans cette mention, pas de développement des ventes à l’export. Or l’Association des viticulteurs d’Alsace considère que c’est interdit, et que ça devrait s’appeler edelzwicker. Les cuvées bi-cépage sont les meilleures contributions à la marge brute de notre société. On me dit que ce n’est pas l’idée alsacienne. Je rappelle juste qu’avant-guerre, les vins de cépage étaient l’exception et que la règle était l’assemblage. EAV-PHR : Quels risques encourez-vous ? FR : Pour l’instant, nous considérons que la lecture du cahier des charges ne nous interdit pas de faire du bi- ou tri-cépage, et nous répondons de surcroît à la réglementation européenne plutôt favorable à l’information du consommateur en indiquant le nom des variétés de raisin entrant dans l’élaboration du produit. Les services de l’État et l’Ava ont une lecture différente du texte. Nous sommes sous le coup d’une amende. Et nous avons refusé la transaction proposée par les services de la DGCCRF, comme cela est la règle. L’affaire est en cours et j’ose espérer que l’Ava changera sa position pour permettre à tous les viticulteurs alsaciens qui le souhaitent de pouvoir prendre des parts de marchés à l’export avec des vins multicépages. J’ajoute qu’à ma connaissance, nous sommes le seul vignoble au monde qui interdit cette communication du nom des variétés de raisins sur l’étiquette dans le cas des bi- ou tri-cépages. S’il le faut, nous irons plaider devant la justice européenne. EAV-PHR : Pourquoi estimez-vous que le vignoble est déconnecté des réalités du marché ? FR : Malheureusement, il n’y a pas de contrepoids dans ce vignoble pour engager des discussions constructives face à ces blocages d’un autre temps. Le vignoble est géré par l’amont et non par l’aval. Nous devons évoluer et nous adapter aux marchés internationaux si nous voulons faire vivre et rayonner le vignoble alsacien et ses vins. L’exemple qui me vient est celui de la sucrosité des rieslings sur le marché américain, troisième marché à l’export pour les vins d’Alsace. Une idée généralement répandue tend à faire croire que désormais la demande est exclusivement tournée vers le riesling sec dans ce pays. Or, parmi les 50 rieslings les plus diffusés aux États-Unis, seuls trois sont secs, deux allemands et un français. Les deux marques de riesling les plus vendues aux États-Unis, Château Sainte Michelle et Kungfu Girl de Charles Smith (Washington estate) sont des rieslings off dry avec 10 à 15 g/l de sucres résiduels. D’ailleurs, nos voisins allemands l’ont très bien compris avec une gamme de rieslings secs et une autre de demi-secs, clairement mentionnées. En Alsace, nous ne pouvons élaborer ce type de riesling, puisque la quantité maximale de sucre résiduel est fixée pour ne produire que des rieslings secs. D’ailleurs, l’obligation d’apposer une mention SEC sur les rieslings alsaciens a été initiée par l’Ava… Un vignoble qui ne s’adapte pas à l’évolution des marchés est voué à disparaître. J’espère que les personnes en charge des destinées du vignoble écouteront les acteurs qui se battent chaque jour pour trouver des marchés, et mettront en place des mesures répondant aux attentes réelles de ces marchés.

Publié le 29/08/2018

Les titulaires du revenu de solidarité active (RSA) vont pouvoir cumuler leur allocation avec un salaire de vendangeur. Cette initiative du Conseil départemental vise à pallier le manque de main-d’œuvre dans les vignes et à remettre des chômeurs sur la voie du travail.

Ils n’ont qu’une idée en tête : décrocher un contrat pour les vendanges. 35 allocataires du revenu de solidarité active (RSA) ont participé à un job dating (entretiens d’embauche rapides) avec des vignerons, mercredi 22 août, à Barr. La scène, encore inimaginable quelques mois en arrière, est devenue réalité grâce au plan de cumul RSA et vendanges voulu par le Département. Jusqu’à présent, un allocataire perdait son RSA, ou le voyait diminuer, en cas d’embauche. Le travail saisonnier présentait alors peu d’intérêt. Désormais, le salaire des vendanges s’ajoutera à l’indemnité mensuelle versée par la CAF. « Faire les vendanges me permettrait de presque doubler le revenu de mon RSA », explique Alexandre Chatelet, chômeur de longue durée. Il compte beaucoup sur le job dating pour décrocher un précieux contrat. Pour cela, encore faut-il cocher toutes les cases. Aptitude physique, ponctualité… « Mais j’évalue surtout la motivation du candidat », indique Armand Landmann, vigneron à Nothalten. Le Conseil départemental espère que cette expérimentation remettra les chômeurs dans un cycle de recherche de travail. « C’est un premier retour vers l’emploi », estime Frédéric Bierry, président de la collectivité. « Ça peut faire l’effet d’un tremplin vers un emploi plus stable », imagine Pierre Bernhard, président du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira). Lui-même en a fait l’expérience sur son exploitation de Châtenois. « On a embauché une saisonnière il y a quelques années. Le travail lui a plu, on l’a rappelée pour des travaux ponctuels et maintenant elle travaille de manière permanente au vignoble. » Main-d’œuvre d’urgence Le dispositif vise aussi (surtout) à offrir des bras en urgence aux viticulteurs. En effet, il manquerait encore 6 000 vendangeurs sur les 20 000 nécessaires à la campagne. Alors même que la récolte pour le crémant a commencé mercredi 22 août et que celle pour les vins AOC a été fixée au 3 septembre. Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie de travailleurs. La précocité des vendanges d’abord. « Les gens sont encore en vacances en août et les étudiants commencent de plus en plus tôt les cours en septembre », constate Pierre Bernhard. Mais un autre problème de fond complique le recrutement. Le vieillissement de la population. Étonnant ? Pas vraiment. En Alsace, de nombreux postes de vendangeurs sont occupés par des retraités. « Des gens qui le font autant pour arrondir leurs fins de mois que par plaisir », précise Armand Landmann. Mais avec l’âge, de moins en moins d’anciens se lancent à l’assaut du vignoble. Et les nouvelles générations de retraités rechignent à les remplacer. Par manque d’intérêt pour la tradition ou parce qu’ils n’ont pas besoin d’un complément de retraite. Résultat, il manque encore dix saisonniers au vigneron de Nothalten. La moitié de ses effectifs. Mais il reste optimiste : « On va y arriver, ça va se décanter ». Mercredi, il a déjà rencontré un candidat. Un bon début…

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