Lors de l'assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin.Une table ronde a permis de dresser la liste des défis que les agriculteurs ont à relever. Et les moyens qu’ils envisagent de mettre en œuvre pour y parvenir.
Le premier défi, c’est d’être agriculteur. C’est-à-dire à la fois un technicien, un administratif, un commercial, un chef d’entreprise, parfois un employeur… Bref, le fameux mouton à cinq pattes que cherchent les chasseurs de têtes. Tout en sachant qu’il n’existe pas : « Les agriculteurs ne peuvent pas tout faire, constate Franck Sander. Ils doivent donc être entourés de techniciens compétents, dont le recrutement doit émaner des compétences nécessaires aux agriculteurs. Et ces techniciens doivent être proches du terrain, d’où l’intérêt de maintenir les Adar. »
Le deuxième défi, c’est de rester agriculteur, ce qui passe par la préservation de l’outil de travail des agriculteurs. Or dans une région densément peuplée comme l’Alsace, il est menacé de toutes parts. C’est pourquoi il est crucial de défendre les intérêts agricoles dans la construction des PLUI. « La Chambre d'agriculture est en capacité de donner son avis, de demander une étude d’impact, un diagnostic agricole afin que les PLUI permettent le développement des exploitations. Il s’agit aussi de trouver des solutions pour concilier agriculture et environnement dans le cadre des compensations des infrastructures », décrit Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace.
Pour que les agriculteurs le restent, ils doivent aussi vivre de leur travail. « Dégager de la valeur ajoutée, c’est indispensable, pose Joseph Behr, directeur de la FDSEA, mais comment fait-on ? » Élément de réponse avec Didier Pettermann, président du Civa, qui décrit : « Le vignoble alsacien est bio à 20 %, nous sommes leader européen en matière de vins biodynamiques. Nous produisons des vins qui sont complémentaires sur différents types de marché, ce qui nous permet d’être présents aussi bien en GMS que sur les tables étoilées. Pour réussir cette stratégie, il faut connaître à la fois les entreprises et les marchés, c’est pourquoi le service économie de la Chambre d'agriculture est un outil important. »
Renouveler les générations
Et pour qu’il y ait encore des agriculteurs pour les siècles à venir, il faut que de jeunes agriculteurs remplacent ceux qui partent à la retraite. Or actuellement, la balance est dangereusement déficitaire. Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin, donne des chiffres : « Pour 200 départs à la retraite, on recense 40 installations aidées et 30 non aidées. » Les Jeunes Agriculteurs ont mené un travail de revalorisation de la DJA en Grand Est, afin de rendre le parcours à l’installation plus attractif. Le défi du renouvellement des générations est aussi humain : « Nous aidons les futurs installés dans le parcours administratif, et nous les accompagnons vers la formation continue », poursuit Julien Koegler.
Le métier d’agriculteur aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’hier. Et de nombreuses évolutions s’annoncent. Le climat change. Les agriculteurs sont aux premières lignes des accidents climatiques qui se succèdent. Ils s’organisent pour améliorer la résilience de leurs systèmes de production. « Face aux excès d’eau, nous élaborons avec la Chambre d'agriculture des assolements concertés afin de limiter l’ampleur des coulées d’eau boueuse », illustre Denis Ramspacher. Il faudrait encore pouvoir mieux stocker l’eau lorsqu’elle tombe en excès. Et, lorsqu’elle vient à manquer, la réponse sera d’abord agronomique, « avec de nouvelles variétés, des techniques d’irrigation innovantes, un aménagement foncier adapté, une meilleure autonomie fourragère… », détaille Denis Ramspacher.
Face au changement climatique, l’agriculture a d’ailleurs des solutions à faire valoir. C’est pourquoi la Chambre d'agriculture s’est emparée des dpssiers énergétiques. « Cela a permis un fort développement des installations photovoltaïques », souligne Franck Sander. Il en va de même pour la méthanisation : « Les agriculteurs doivent garder le pouvoir sur l’approvisionnement des outils et la valorisation des digestats car cela constitue une source de diversification des revenus », indique Franck Sander. Les agriculteurs ont aussi des solutions à mettre en avant pour capter du carbone : « Il existe un marché du carbone et si le monde agricole peut accéder à ce marché, il saura le faire. »
Soutenir plutôt qu’interdire
L’agriculture est donc une solution au principal défi que l’humanité aura à relever à moyen terme ! Ce n’est pas l’impression que donnent les contraintes qui sont imposées aux agriculteurs, toujours plus nombreuses. Donc, plutôt que d’interdire, la FNSEA prône le « contrat de solutions » pour aller vers moins de produits phytosanitaires. Franck Sander décrit : « Il s’agit d’une charte qui a été signée par 40 acteurs pour mettre en avant les solutions alternatives aux produits phytosanitaires. Car il en existe déjà, mais elles ne sont pas assez mises en avant. Ce contrat dit que s’il y a des solutions il faut les appliquer, mais que s’il n’y en a pas, il faut se laisser le temps d’en trouver, et injecter davantage de moyens. »
Le dernier défi à relever évoqué au cours de cette table ronde, et non des moindres, est celui de l’agribashing, qui plombe le moral des agriculteurs : « Il faut prendre ce défi à bras-le-corps, en valorisant ce que nous faisons, en prenant en main les outils de communication. Mais nous devons rester mesurés. Il s’agit d’apporter des réponses chiffrées et scientifiques. Et de le faire collectivement. Nous allons donc créer un réseau d’agriculteurs qui fera de la veille sur les réseaux sociaux. Et c’est la Chambre d'agriculture qui coordonnera la communication. »