Arrondissement de Sélestat-Erstein
La rentrée agricole du sous-préfet
Arrondissement de Sélestat-Erstein
Publié le 24/09/2017
La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs ont accueilli le sous-préfet de l’arrondissement de Sélestat-Erstein sur deux exploitations de Mussig. Une façon de lui faire découvrir la production laitière et celle de tabac, et de le sensibiliser aux problèmes agricoles d’actualité.
Alexandre Piton, sous-préfet de Sélestat-Erstein, a pris ses fonctions en mars dernier. Vendredi 15 septembre, la FDSEA et les JA de l’arrondissement l’ont invité à découvrir deux exploitations agricoles de Mussig, sous la conduite de Gérard Lorber et Julien Koegler, secrétaires généraux des deux syndicats, et des présidents cantonaux. Le Gaec Losser est spécialisé dans la production laitière. Ses trois associés - Adrien et Daniel Losser, Thomas Thirion - élèvent 145 vaches laitières produisant 1,7 million de litres de lait par an. Une production qui a été multipliée par deux depuis 2010. C’est une ferme laitière typique de plaine d’Alsace : les vaches ne sortent pas au pâturage, mais elles sont nourries avec les cultures de la ferme et des sous-produits. Le Gaec Losser dispose de 72 ha de terres labourables, dont 50 ha de maïs, 7,5 ha de blé, 10 ha de betteraves et 3,5 ha de céleri, précise Adrien Losser, l’un des associés. Le Gaec Losser est confronté à la crise laitière qui dure depuis trois ans. « On a perdu 125 000 € sans rien faire », témoigne Adrien Losser. Les associés sont parvenus à limiter la casse en réduisant le coût alimentaire, mais cette solution a ses limites. L’an dernier, les inondations ont gravement affecté la qualité du foin et les éleveurs ont été obligés de passer davantage de maïs sur l’élevage. Cette année, c’est l’inverse : le foin a été récolté très tôt, il est donc de bonne qualité, mais la quantité n’est pas au rendez-vous, déplore Adrien Losser. Devant le sous-préfet, l’éleveur de Mussig évoque un autre sujet : la demande des laiteries pour du lait provenant de vaches nourries sans OGM. « Cela va nous créer un surcoût de 10 €/t sans recette supplémentaire », expose Adrien Losser. La mise en place de cette filière va également engendrer un surcoût pour les laiteries, obligées de multiplier les circuits de ramassage alors que tout plaide pour rationaliser les coûts. La multiplication des cahiers des charges n’est pas le fait du consommateur, mais elle est imposée par les distributeurs, qui veulent se démarquer de la concurrence, ajoute Gérard Lorber. Tabac : un marché porteur Quelques centaines de mètres séparent l’étable d’Adrien et Daniel Losser du hangar à tabac de Rémy Losser et de son fils Étienne, en cours d’installation. Cette deuxième exploitation de polyculture (blé, maïs, betteraves sucrières) est spécialisée dans le tabac. Une plante historiquement présente en Alsace, mais dont les surfaces ont baissé de moitié depuis 20 ans, précise Étienne Losser. Rémy Losser et son fils sont à contre-courant de cette tendance : le tabac, qui représentait « une activité annexe », est désormais une culture phare de leur exploitation (36 ha en 2017). Suite à un essai mené en 2004, ils ont abandonné la récolte manuelle au profit de la récolte mécanisée. Le tabac blond produit en Alsace est entièrement exporté, en particulier en Égypte où il est très prisé par les fumeurs de chicha. « C’est un marché porteur découvert il y a cinq ans, précise Étienne Losser. Combien de temps va-t-il le rester ? On ne le sait pas. » Les cigarettiers ont de toute façon délaissé le marché français pour s’approvisionner au Brésil et en Pologne. Ce dernier pays est en train de monter en puissance sur le marché. Les coûts de revient y sont deux fois moins élevés que ceux des producteurs français, fait remarquer le jeune tabaculteur. Du semis au conditionnement des feuilles en passant par la plantation, l’entretien, la récolte, le tri et le séchage, les différentes étapes de la culture du tabac nécessitent de la main-d’œuvre saisonnière : l’équivalent de 4,5 équivalents temps plein sur l’année pour une exploitation comme celle de la famille Losser. En tant qu’employeur, Étienne Losser utilise le Tesa (Titre emploi simplifié agricole), mais ses conditions d’utilisation (durée maximum, obligation de déterminer à l’avance le nombre de jours du contrat) ne sont pas toujours adaptées aux contraintes agricoles. Toujours dans le domaine de l’emploi, le jeune tabaculteur dénonce le casse-tête que représente le compte pénibilité et la distorsion de concurrence qu’il induit. « Encore une fois, on met aux employeurs français du secteur agricole des contraintes supplémentaires par rapport au cadre européen et on pénalise la compétitivité de l’agriculture française. » Besoin de personnel compétent Malgré les mesures d’allégement concédées ces dernières années, le coût du travail en France reste supérieur à celui constaté en Allemagne, insiste Étienne Losser qui chiffre le surcoût à 3,06 €/h pour une exploitation spécialisée française. Il aimerait que les réductions de cotisations sociales soient étendues à la main-d’œuvre qualifiée car « les exploitations ont besoin de personnel compétent pour mener des projets de diversification ». En plus des mesures à court terme, il appelle à « plus de convergence sociale » en Europe. La gestion de la Pac est un autre sujet de préoccupation pour les agriculteurs bas-rhinois. Gérard Lorber s’en est ouvert à Alexandre Piton : l’augmentation du paiement redistributif et le transfert d’une partie des montants des crédits du premier pilier vers le second pilier de la Pac vont se traduire par une baisse des aides accordées aux exploitants du département. À cela s’ajoutent les retards de paiement pour l’agriculture biologique et les MAEC (mesures agro-environnementales). Sur le secteur de l’Ill, où beaucoup d’exploitants pratiquent la fauche tardive et sont exposés aux inondations de printemps, ces retards sont particulièrement mal vécus. Gens du voyage : l’aire de Benfeld prête l’an prochain Toujours au chapitre des inondations, le secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin évoque le PAPI d’intention Ill-Ried-Centre Alsace (programme d’actions de prévention des inondations). Ce programme prévoit différentes mesures comme l’arasement des digues de protection en secteur agricole pour protéger les habitations en cas de crue importante. Compte tenu des enjeux agricoles, la FDSEA et les JA du Bas-Rhin demandent à être associés plus étroitement aux discussions en intégrant le comité de pilotage du PAPI. Dans le domaine des phytosanitaires, Gérard Lorber met en garde contre les restrictions grandissantes dont font l’objet certains produits, quand ils ne sont pas purement et simplement interdits. Il appelle à ne « pas prendre de décision dictée par l’idéologie ». Un appel entendu par le député Antoine Herth, présent à cette rencontre, pour qui le « zéro phyto » n’est tout simplement « pas faisable en l’état actuel de nos connaissances » et qui recommande la prudence sur le sujet. Cette rencontre avec le sous-préfet a également été l’occasion d’évoquer les gens du voyage et les « dégâts collatéraux » causés sur les prairies lors de l’installation sauvage et en grand nombre de caravanes. Un médiateur a été mis en place cet été et le schéma départemental d’accueil des gens du voyage va être « retravaillé », précise Alexandre Piton. Les travaux de construction d’une aire d’accueil vont démarrer à Benfeld, ajoute Denis Schultz, conseiller départemental du canton d’Erstein. Cet équipement, qui devrait être prêt l’an prochain, contribuera à « améliorer les conditions d’accueil » des gens du voyage, présume le sous-préfet, dont le rôle consiste à « prévoir les arrivées pour limiter les dégâts. » « Du revenu pour les agriculteurs » Le faible montant des retraites agricoles et les actes de malveillance sur les cultures ont également été abordés. Tout comme les États généraux de l’alimentation. Denis Digel, qui participe à l’atelier sur les initiatives locales et le développement des synergies, a fait part de ses doutes quant aux résultats de ces rencontres. « L’enjeu principal, c’est de trouver du revenu pour les agriculteurs et de le garder », a-t-il expliqué. Le député Antoine Herth, lui, compare les États généraux de l’alimentation au Grenelle de l’environnement : « C’est extrêmement important que la profession y soit. C’est important aussi que l’Assemblée nationale se mobilise et c’est ce que nous faisons. Cela permet à une majorité qui n’est pas issue d’un parti politique de se forger une opinion sur un sujet qu’elle ignore et de fixer le cap à l’issue des États généraux. » Concernant la Pac, indépendamment des problèmes de retard de paiement, Antoine Herth estime que le système actuel « n’est pas le bon » et qu’il « génère sa propre perte à trop vouloir coller à des microréalités ». Il se dit attentif aux propositions que fera la profession pour faire évoluer la Pac en 2020.












