FDSEA

Publié le 27/09/2018

par Denis Digel, président de la section fruits et légumes de la FRSEA

Le Premier ministre a annoncé la semaine dernière, la suppression pure et simple du dispositif d’allégement des charges des employeurs de saisonniers (TODE), pourtant nécessaire à un grand nombre d’exploitations bas-rhinoises. La conséquence sera un renchérissement du coût pour l’employeur de 189 € par saisonnier et par mois pour un salaire de 110 % du Smic (Smic + ICCP) ! Sur cette base, la perte globale pour les agriculteurs de la région Grand Est qui comptait 154 655 contrats TODE en 2016 s’élèverait à 29 millions d’euros (M€), dont 3,50 M€ pour le seul département du Bas-Rhin ! Cette décision est inacceptable dans la mesure où l’allégement des charges envisagé par le gouvernement dans le cadre de la suppression du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) ne compensera pas la remise en cause du dispositif TODE. Cette mesure vient donc dégrader encore davantage la compétitivité de nos exploitations alors même que nous devons faire face à une concurrence de plus en plus féroce des pays voisins. En effet, le gouvernement assume ce choix après des mois de discussions au cours desquels la FNSEA et son réseau ont alerté sur les conséquences dramatiques de ce choix. Alors que le coût du travail saisonnier est déjà 27 % plus cher qu’en Allemagne et 37 % plus cher qu’en Italie, on ajoute une charge supplémentaire de plus de 144 M€ pour les employeurs de saisonniers français ! Cette décision est incohérente et contraire aux engagements du président de la République de compenser intégralement la suppression du CICE. Elle va à l’encontre des conclusions des États généraux de l’alimentation que nous pensions partagées, en favorisant des importations qui s’appuient sur le dumping social, fiscal ou environnemental. Avec l’appui de la FNSEA, nous demandons une compensation totale et durable du coût supplémentaire engendré par la réforme envisagée par le gouvernement, sans quoi la délocalisation de nos productions agricoles et la décroissance rapide d’un secteur d’activité qui emploie 14 % des actifs français seront certaines.

MSA et anciens exploitants se rencontrent

« Vous êtes source de projets »

Publié le 11/08/2018

Les responsables de la Mutualité sociale agricole (MSA) d’Alsace et des Sections départementales des anciens exploitants (SDAE) du Bas-Rhin et du Haut-Rhin se sont rencontrés le mardi 31 juillet à Colmar pour évoquer les problèmes spécifiques des retraités agricoles, mais aussi l’avenir du régime agricole de protection sociale. Les élections à la Chambre d'agriculture se sont invitées au débat.

« Notre mission est bien sûr d’accompagner les aînés, mais il nous appartient aussi d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion. Or vous êtes source de projets », indique David Herrscher, président de la Mutualité sociale agricole (MSA) d’Alsace, en ouvrant la réunion. Paul Schiellein, président de la SDAE du Bas-Rhin, le confirme : « Nous travaillons en parfaite symbiose entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin ». L’an dernier, la section bas-rhinoise a organisé une série de quatre formations pour accompagner les anciens exploitants à la dématérialisation des documents, en partenariat avec les organisations professionnelles agricoles. Cette action a bénéficié du soutien de la MSA qui a participé à l’achat de tablettes numériques, une cinquantaine au total, et mise à disposition des formateurs. La section haut-rhinoise souhaite elle aussi proposer cette formation à ses adhérents, annonce Gabrielle Rolli, membre de la SDAE du Haut-Rhin. Elle a lancé une consultation qui a permis d’identifier une quarantaine de personnes intéressées par une initiation, voire un perfectionnement à l’informatique. Christelle Jamot, directrice de la MSA d’Alsace, indique que la MSA organise deux ateliers informatiques à l’automne 2018, en partenariat avec Atout Âge. « Vous pouvez vous greffer sur ces formations, ou bien nous pouvons en prévoir de nouvelles en 2019. » Encourager le maintien à domicile Durant les derniers mois, un autre sujet a mobilisé les anciens exploitants agricoles, celui du veuvage. Un dossier très étoffé a été constitué au niveau national pour guider veufs et veuves dans leurs démarches, après le décès de leur conjoint, à charge pour chaque partenaire de compléter, au niveau local, la fiche le concernant. Une réunion aura lieu en décembre à Strasbourg, en présence de tous les partenaires, pour divulguer ce dossier qui sera également présenté lors des réunions hivernales organisées par la SDAE du Bas-Rhin, annonce Paul Schiellein. « C’est Sylviane Fargeon, notre directrice adjointe, qui est chargée de compléter la fiche de la MSA », indique Christelle Jamot. Pour l’année à venir, c’est au dossier de l’autonomie que les retraités veulent s’atteler. « Nous avons rencontré récemment Bénédicte Autier, directrice de la Maison départementale de l’autonomie à Strasbourg, afin d’échanger sur la stratégie du Conseil départemental du Bas-Rhin en matière de maintien à domicile des seniors. Nous voulons sensibiliser les retraités et futurs retraités au fait qu’il faut aménager la maison le plus tôt possible afin de la mettre en adéquation avec les besoins du troisième âge, même s’il n’est pas toujours facile d’aménager un vieux corps de ferme », indique Christiane Bernard, ancienne présidente de la MSA d’Alsace, en charge de ce dossier. Bénédicte Autier a suggéré l’élaboration d’une fiche d’actions avec les partenaires de la SDAE - notamment la MSA d’Alsace, Groupama Grand Est, le Crédit Agricole Alsace Vosges, le Centre de ressources, d’information et de conseil en aides techniques et accessibilité (Cep Cicat), et d’éventuels financeurs - pour accompagner les retraités agricoles. Ce travail s’inscrit parfaitement dans le nouveau Schéma de l’autonomie qui sera soumis au Conseil départemental en janvier 2019. Christiane Bernard représentera la SDAE dans le groupe de travail chargé de la rédaction de la fiche d’action, l’idée directrice étant que « ma maison doit m’accompagner dans le vieillissement ». Dans le Bas-Rhin, 14 000 retraités sont potentiellement concernés. Le problème des aidants familiaux a également été soulevé. Il est urgent de mettre en place une formation pour leur permettre d’assumer plus facilement leur tâche, souvent fastidieuse au quotidien, mais aussi d’imaginer des dispositifs pour leur donner le droit au répit. Les anciens exploitants veulent, là encore, être force de proposition. Plan stratégique MSA 2025 : apporter sa pierre à l’édifice David Herrscher a évoqué le plan de développement stratégique MSA 2025. L’Alsace veut apporter sa pierre à l’édifice. « Dans cette optique, nous avons prévu de rencontrer l’ensemble de nos partenaires. » Après la présentation officielle de ce projet aux délégués de la MSA, le jeudi 2 août à la foire aux vins de Colmar, une journée de rencontre avec les JA et la FDSEA était prévue le mardi 7 août à Schiltigheim. Les élections à la Chambre d'agriculture, en janvier 2019, focalisent toutes les attentions. Pour René Quintlé, membre de la SDAE du Haut-Rhin, il est indispensable que deux sièges soient réservés aux anciens exploitants agricoles dans la future assemblée régionale, afin de respecter la représentation départementale. Un avis que partagent l’ensemble des membres présents à cette réunion d’information.

Publié le 10/08/2018

Lundi 6 août, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont visité une ferme de Mitschdorf sinistrée par la sécheresse et la canicule. Ils ont tiré un premier bilan des pertes et demandé de l’aide sur le court et le moyen terme au secrétaire général de la préfecture et aux élus locaux présents.

Lovée à flanc de colline entre Mitschdorf et Wœrth, la ferme Schnepp pourrait figurer sur une carte postale bucolique de la campagne alsacienne. Pourrait. Car depuis mi-juin, la sécheresse combinée à la canicule a ravagé le paysage. Les prairies autrefois vertes ont roussi. La terre est craquelée. Le maïs a grillé sur place et les épis rachitiques arborent une inquiétante couleur laiteuse. Bref, le décor tout désigné pour « constater la misère qui touche beaucoup d’exploitations en Alsace », selon Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Et pour demander l’assistance des autorités invitées sur les lieux du drame lundi 6 août. Car l’heure est grave. Sur cet élevage témoin, les pertes s’accumulent à tous les niveaux. Les 85 vaches laitières et les 60 génisses n’ont plus rien à manger dans les prés. Lionel Schnepp, qui a repris la ferme en 2012 avec son frère, a entamé les stocks hivernaux de fourrages et de foin depuis trois semaines. Un mois plus tôt que la normale. « Les bêtes mangent exactement la même chose qu’en hiver », se désole l’éleveur de 27 ans. Conséquence directe, il va ensiler la totalité de ses 45 ha de maïs pour nourrir son troupeau jusqu’à l’année prochaine. « D’habitude on vendait environ 15 ha de maïs grain. » Un manque à gagner de 16 000 €. De toute façon, les épis sont trop chétifs pour la vente. Dans l’ensemble, toutes les activités des Schnepp sont à la peine. Les vaches donnent 10 à 15 % de lait en moins. « Elles souffrent carrément passé 30 °C », compatit Lionel. À l’ombre de l’étable, les bêtes restent debout, statiques, halètent et soufflent. Des signes évidents d’un malaise. « Elles devraient être couchées en train de ruminer », selon le professionnel. Les prairies temporaires présentent aussi un rendement en baisse par rapport à la moyenne. Soit 4 tonnes de matière sèche/ha, contre 6 t une année normale. Le maïs fourrage affiche 7 t/ha au lieu de 16,5 t/ha. Catastrophe. Au final, les champs devraient produire 660 t de matière sèche en 2018. En recul de 25 à 30 % comparé aux années précédentes. « Sauver ce qui peut encore l’être » Au-delà du constat, les syndicats appellent à l’aide les élus et le secrétaire général de la préfecture. Dans l’immédiat, la FDSEA et les JA demandent aux autorités plus de souplesse sur les contraintes réglementaires. Ils plaident pour une dérogation à l’implantation de Cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan). En théorie, elles doivent être plantées à partir du 20 août. Mais « vu l’état du sol, impossible de planter quoi que ce soit », soutient Franck Sander. Et, s’il ne pleut pas, les nitrates ne risquent pas de s’infiltrer en trop grosses quantités dans le sol. La liste des revendications ne s’arrête pas là. Les syndicalistes demandent pêle-mêle : d’avancer la date de récolte des jachères pour « sauver ce qui peut encore l’être », des aides au transport et à l’achat de fourrages et de semences prairiales, ainsi que la reconnaissance de calamité agricole pour les cultures non-assurées. Autre chose ? Oui, les avances de trésorerie préoccupent les agriculteurs. Ils réclament leur versement le 15 octobre sans faute et le paiement de 90 % des aides Pac. « Elles doivent arriver en temps et en heure », prévient Julien Koegler, président des JA 67 habitué aux retards de l’administration. Plus tard, le responsable a sollicité la clémence des autorités sur les radiations de la dotation des jeunes agriculteurs. « Nous demandons qu’il n’y ait aucune déchéance pour cause de non-respect du critère du salaire minimum. » En effet, les jeunes exploitants s’engagent à se verser un Smic mensuel pour obtenir l’aide à l’installation. Mais cette année, la sécheresse risque de plomber la moyenne de ce revenu calculé sur cinq ans. Avec le risque de voir les subventions s’envoler. En réponse, Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture, est allé dans le sens des agriculteurs. « Il faut faire en sorte que le bon sens l’emporte sur la bureaucratie », a-t-il assuré. Sur ce point, tout le monde est d’accord. Le haut fonctionnaire s’est en revanche gardé de faire des promesses. Pour prouver sa bonne volonté et trouver des solutions concrètes, le bras droit du préfet a annoncé la tenue d’un comité sécheresse à la préfecture vendredi 10 août. Il a aussi invité les organismes agricoles à un rendez-vous technique sur le sujet la semaine prochaine. L’accès à l’eau, nouveau nerf de la guerre Voilà pour l’urgence. Mais à l’avenir, les épisodes de sécheresse et les vagues de chaud vont se multiplier et gagner en intensité. Mi-juillet, le climatologue Jean Jouzel alertait au micro d’Europe 1 sur des températures records dans l’est de la France de l’ordre de 50, voire les 55 °C dès 2050. Les agriculteurs doivent donc s’adapter. En cause : le réchauffement climatique. Et à ce sujet, l’Alsace pâtit d’un faible taux de cultures irriguées. Seuls 25 % des champs de la région sont arrosés. Surtout en plaine, où la nappe phréatique se situe à quelques mètres sous le sol. Ces cultures « s’en tirent plutôt bien aujourd’hui », selon Franck Sander. Logique. Le syndicaliste demande donc un « plan Marshall de l’irrigation ». En clair, plus d’aide financière de la part de l’État et des collectivités pour installer des systèmes d’accès à l’eau. Car le principal frein reste le coût de ces projets. « Plus on s’éloigne de la plaine, plus la nappe est profonde et les forages coûtent plus chers », glisse un participant. En plus des forages, de nombreux exploitants devront installer des réserves d’eau. « Ce sera particulièrement le cas pour les cultures spéciales, comme le tabac ou le maraîchage », anticipe Denis Ramspacher, 1er vice-président de la Chambre d'agriculture. En face, Patrick Bastian s’est montré positif. Le président de la commission agriculture à la Région a souligné que sa collectivité subventionne de plus en plus de projets d’irrigation. « Je n’aurais jamais pensé arriver à un tel résultat il y a dix ans », s’est-il exclamé. Toutefois, l’élu a promis de s’entretenir à ce sujet avec le président du Grand Est, Jean Rottner, lors de la foire de Châlons, début septembre. Reste à espérer qu’élus et fonctionnaires avancent rapidement. Car sans arrosage, la carte postale de la campagne alsacienne risque bien de flétrir au soleil. Et de devenir un lointain souvenir.

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