A la une

Crédit Agricole Alsace Vosges

Le vignoble alsacien à la sauce bourguignonne

Publié le 09/08/2017

C’est un exercice peu banal auquel s’est livré le professeur Serge Wolikow, lors de la conférence organisée par le Crédit Agricole Alsace Vosges à la foire aux vins de Colmar. Après avoir retracé les grandes périodes de l’histoire du vignoble alsacien - une histoire faites de ruptures -, il a mis en avant sa diversité et sa cohérence.

« La production de vin ne peut pas faire abstraction de quatre notions : ordre, désordre, croissance et destruction », souligne Serge Wolikow, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Pour illustrer ses propos, il rappelle les ravages causés par la guerre de Trente Ans dans le monde germanique, en particulier en Alsace. Avec pour conséquence une réduction drastique de la population, une destruction du vignoble et une perte de savoir-faire. « Les allers-retours guerre-paix jalonnent l’histoire de l’Alsace. Il faut aborder le passé pour le démystifier. » Au XVIIIe siècle, le vignoble alsacien est connu en France, mais ne fait pas partie des vignobles de notoriété, précise l’historien. Sans doute parce que ses vins sont vendus dans le monde germanique. À partir de la Révolution, on note une extension des surfaces : au milieu du XIXe siècle, le vignoble s’étend sur plus de 30 000 ha. « Le vin devient une boisson répandue dans la population. » Dans un vignoble alsacien déjà fragilisé par l’impact du libre-échange, surviennent la crise du phylloxera, puis l’intégration dans le Reich. « Au XIXe siècle, la viticulture alsacienne se caractérise par la diffusion de la propriété, le morcellement parcellaire, l’implication du monde rural dans la viticulture, et une tentation quantitative forte », résume Serge Wolikow. Jusqu’en 1870, l’histoire du vignoble alsacien et celle du vignoble français sont communes. Mais ensuite, ils connaissent des évolutions divergentes. « Dans le reste de la France, la désorganisation du vignoble entraîne une crise majeure qui se poursuit jusqu’au début du XXe siècle. » Le marché français est secoué par le phylloxéra, mais pas seulement. L’évolution des techniques de transport met en concurrence les vins du sud (Languedoc, Algérie) et ceux du nord. « Le libéralisme total est de mise jusqu’au début du XXe siècle », explique l’historien. Cette situation catastrophique entraîne la révolte des vignerons du Languedoc, de Champagne et de Bourgogne qui réclament la délimitation de leur vignoble. C’est ainsi qu’à partir de 1908 apparaît la notion d’appellation d’origine. Une production de masse au détriment de la qualité En Alsace, la situation est différente, souligne l’historien. Jusqu’en 1890, les viticulteurs alsaciens bénéficient du statut de fournisseurs de « vins méridionaux ». La législation allemande de l’époque, plus laxiste, autorise en effet des pratiques comme le coupage et le sucrage-mouillage. Ils vendent de grandes quantités de vin, et la qualité n’est pas leur préoccupation majeure. Mais à partir de 1900, le marché allemand se tourne vers les vins espagnols et algériens pour faire ses assemblages. « Le vignoble alsacien perd sur les deux tableaux, quantitatif et qualitatif. » Les vignerons prennent conscience des risques et fondent les premières coopératives. La fin de la Première Guerre mondiale marque un tournant. La loi sur les appellations d’origine est publiée en 1919 : elle ne fait pas uniquement référence à une provenance géographique mais définit « les qualités substantielles du vin ». Il faut attendre 1927 pour que la première appellation, liée à un cahier des charges, voie le jour en Champagne. Quelques années plus tard, l’Inao est créée en 1935. Pendant ce temps, en Alsace, toute une série de tentatives sont menées pour faire évoluer la qualité des vins. « Depuis les années 1930, le vignoble alsacien prend ses marques, réfléchit à la définition de son identité. » Plusieurs documents retrouvés dans les archives de l’Inao en attestent. Comme cette délibération du CNAO de 1939 concernant un projet d’appellation du vignoble alsacien, porté par les représentants du vignoble alsacien. « Une appellation régionale définie par des experts reconnus, avec une liste de six cépages blancs et quatre cépages rouges, un degré minimal de 8 ° et une limitation des rendements à 45 hl/ha. » Le projet est mis en suspens par la Seconde Guerre mondiale. « Entre-temps, le vignoble se réduit d’un tiers et migre de la plaine vers les coteaux. » Le vignoble français est très abîmé par la crise et l’occupation : manque d’entretien des vignes, carence de main-d’œuvre, réquisition des stocks par l’occupant. Les années d’après-guerre se caractérisent par une montée quantitative des vignobles et une augmentation sensible de la consommation de vin. « On passe de 40 à 60 millions d’hectolitres. » Les vins AOC représentent moins de 5 % de ces volumes. L’Inao cherche à rehausser la qualité des vins de consommation courante en introduisant les VDQS. Une longue gestation Dans les années 1960, la France est le premier pays où la consommation de vin quotidien accuse une baisse. Elle coïncide, en Alsace, avec la mise en place de l’AOC régionale. La reconstruction du vignoble se fait sur la base de l’ordonnance du 2 novembre 1945 qui impose de pratiquer une délimitation du territoire viticole. L’AOC vin d’Alsace est officiellement reconnue en 1962. « Il faut attendre 17 ans ! » Pourtant, dès 1952, on commence à discuter de cette appellation régionale, mais les discussions butent sur certains écueils, comme le degré minimum, le rendement à l’hectare, l’enrichissement. Le décret de 1962 est le résultat de longues tractations. « Le texte suscite un gros débat entre les familles professionnelles. » Une nouvelle avancée est obtenue en 1972, avec la mise en bouteille obligatoire dans la région de production. Vient ensuite la définition de l’AOC grand cru, « alors que dans le reste de la France, le vignoble est étagé depuis longtemps ». De 1975 à 2007, 51 lieux-dits sont définis. L’officialisation de l’AOC crémant d’Alsace remonte, quant à elle, au 24 août 1976. « Aujourd’hui, trois appellations se côtoient dans la région. » L’impact des appellations est considérable : c’est un facteur de montée en qualité du vignoble. Une conception collective Dans les années 2010, une nouvelle démarche voit le jour, « qui montre la volonté d’une reconnaissance affirmée des communes et des lieux-dits. » En Alsace, souligne l’historien, il existe un nombre important de vignerons indépendants ou de coopérateurs qui veulent mettre en valeur un terroir. « C’est totalement différent du modèle bordelais des châteaux. » Pour lui, le vignoble est à la pointe de la revendication comme un bien collectif, grâce à la mobilisation et à l’unité syndicale et professionnelle. « L’Alsace a des règles communes. Contrairement à certains vignobles, elle n’est pas fracturée. » Pour autant, le vignoble alsacien n’a pas perdu ses traits distinctifs historiques, estime Serge Wolikow. Et de citer la diversité exceptionnelle de cépages, de terroirs et de microclimats dont peut s’enorgueillir la région. « Cette diversité peut se combiner et produire quelque chose d’exceptionnel. » Diversité et cohérence sont, de l’avis de l’historien, les caractéristiques de ce vignoble. « C’est l’histoire qui l’explique, ainsi que la volonté de surmonter cette histoire. » Quelques précisions ont été apportées par différents intervenants, notamment les présidents de l’Association des viticulteurs d’Alsace d’hier et d’aujourd’hui, Raymond Baltenweck, Gérard Boesch et Jérôme Bauer. Ce dernier a insisté sur le fait que l’Alsace est un vignoble qui joue collectif. « Nous sommes soudés et unis et avons toujours refusé d’avoir un vignoble à deux vitesses. »

Publié le 08/08/2017

Beaucoup de vignerons ont répondu présent à l’invitation de la Chambre d’agriculture d’Alsace pour sa démonstration de pulvérisateurs à Eichhoffen (67), le 20 juillet dernier. L’équipe de Jérôme Attard proposait de nombreux pulvérisateurs, avec à chaque fois une évaluation au buvard hydrosensible de la qualité des sprays sur l’ensemble du plan de palissage.

Beaucoup de monde et de pulvérisateurs le 20 juillet dernier à Eichhoffen. Avec en premier, un pulvérisateur de marque Friuli. Cet appareil italien, à panneaux récupérateurs traînés du constructeur italien Agricolmeccanica. Les panneaux sont ajourés, l’air est filtré avec captation des produits sur lamelles. Friuli annonce au moins 40 % de récupération et jusqu’à 90 %. L’ajustage des panneaux est autonome avec l’adaptation de ces derniers à l’écartement de la vigne et la largeur du feuillage. Chez Berthoud, la régulation du Twist’air est de type DPM proportionnelle au régime moteur. L’orientation des canons est manuelle ou électrique. Berthoud a prévu un rince-bidon dans le tamis filtre d’incorporation des poudres ou liquides, la filtration des bouillies s’effectue à l’aspiration et au refoulement. Chez Léon Durrmann, on propose un système d’adaptation des rampes à la largeur pour être au plus près du feuillage. À noter également que Sika offre la possibilité d’adapter un capteur de mesure de pression et de débit, donnant les volumes/ha en temps réel. Le boîtier adaptable sur tout appareil transmet les données sur smartphone par wifi. Les informations en temps réels sont ensuite cartographiées. Le pulvérisateur Idéal Bora dispose d’un réservoir lave-mains et d'un réservoir de rinçage du circuit. Il n’y a pas de cardan. Le volume appliqué est de 110 litres. L’inclinaison des canons est réglable électriquement, « idéal » quand on a des alternées, et des écartements différents.

Planète Légumes

La collection d’été

Publié le 07/08/2017

Tomates, poivrons, batavia, feuille de chêne, laitue… En ce dimanche ensoleillé, les adhérents de Planète Légumes ont composé une belle salade estivale, très professionnelle.

Dimanche 30 juillet, Planète Légumes a convié ses producteurs à une visite des essais de salades et légumes d’été chez Sébastien et Claudia Eschbach à Innenheim. L’EARL La Chapelle est spécialisée dans les salades, indique le maraîcher. « Nous en produisons un million de têtes. » Elle cultive en outre 2 hectares de radis, 4 ha de chou rouge et blanc, ainsi que du maïs grain. « Nous commercialisons nos salades et nos légumes auprès de la grande distribution et des grossistes du marché gare de Strasbourg. » L’entreprise emploie quatre salariés permanents et sept saisonniers, d’avril à octobre. C’est dans un champ de salades qu’a commencé cette visite d’essais. « Nous avons testé une toute nouvelle gamme de salades d’été, explique Johanna Bodendörfer. Elles sont résistantes à la nouvelle génération de Bremia lactucae (mildiou) apparue l’an dernier. Il fallait trouver de nouvelles solutions variétales car les produits chimiques ne sont pas efficaces, et pas acceptables sur salades, de toute façon. La plupart des producteurs ne veulent pas traiter leurs salades », ajoute la technicienne de Planète Légumes. L’essai mis en place permet de repérer les variétés qui supportent bien la chaleur, qui n’ont pas de bords nécrosés, qui ne montent pas trop vite en graine. « Bien sûr, il faut qu’elles tiennent la route : elles doivent avoir une bonne présentation, être faciles à couper, présenter une croissance homogène et pouvoir attendre au champ, au cas où la récolte doit être différée de quelques jours. » Le porte-greffe, pour booster les rendements Les producteurs se sont ensuite dirigés vers la serre où Lilian Boullard leur a présenté les premières conclusions de l’essai de tomates greffées. « C’est la deuxième année que nous mettons en place cet essai. L’an dernier, il avait été perturbé par une forte attaque de mildiou. » Les plants de tomates greffées sont globalement plus vigoureux et plus résistants que les variétés traditionnelles, indique le technicien. « La technique du porte-greffe est très ancienne, souligne Lilian Boullard. Elle est couramment utilisée pour la culture du melon dans le sud de la France. Elle permet de continuer à produire dans des sols fatigués, mais elle déprécie légèrement le goût. » C’est du moins la conclusion des dégustations grand public organisées l’an dernier par Planète Légumes, qui compte bien réitérer l’expérience en 2017, à la Foire aux vins de Colmar, à la Foire européenne de Strasbourg et au salon Saveurs et soleil d’automne à Sélestat. Sur l’essai mis en place à Holtzwihr, à une densité de 1,8 pied par m2, les variétés paola (Clause) et gloriette (Rijk Zwaan) ont été testées sur différents porte-greffes pour observer le gain apporté par rapport aux témoins non greffés. « Malgré le greffage, on retrouve les particularités des fruits », souligne Lilian Boullard. Paola donne des fruits plus petits et plus foncés, gloriette des fruits plus gros et plus fermes. Conclusion : sur une variété moins productive, comme paola, un porte-greffe performant comme Maxifort ou Balancefort (Deruiter) permet de doubler le rendement et le calibre des fruits. Par contre, certains greffons ne semblent pas apporter de plus-value de rendement. Tomates et poivrons sous la loupe Les premiers résultats de l’essai poivrons ont été présentés. Pour déterminer l’intérêt des 18 variétés testées, de nombreux critères sont pris en compte, comme le rendement du plant, le calibre des fruits, le taux de déchets, la vitesse de virage, l’homogénéité de la couleur ou l’aspect visuel. Dans le type carré jaune, la variété twingo (Clause) se distingue par son rendement (3,6 kg/plant), la grosseur de ses fruits et le faible taux de déchets. Yollow wonder séduit par sa très belle présentation, mais elle est sensible à l’oïdium, et donc à réserver à une production de début d’été. Pour les variétés de type carré rouge, on ne constate pas de grande différence en matière de rendement. Quelques variétés de poivrons trois-quarts-longs (lamuyo) ont également été présentées dans cet essai. Plusieurs partenaires du monde agricole avaient fait le déplacement pour présenter leurs produits. Agrivalor est un réseau d’agriculteurs engagés dans les filières de recyclage agricole des déchets organiques. La société commercialise notamment une gamme de composts, supports de cultures et solutions de paillage adaptée aux cultures de plein champ et sous serre. Un essai est en cours avec Planète Légumes sur tomates. Jérôme Schlosser, de la société Gustave Muller, a présenté les matériels de serre Toutentub : siège de travail, brouette maraîchère, brouette serre, landau de récolte, landau échelle, chariot manuel ou électrique, toute une gamme de matériel tubulaire de conception et de fabrication française. Des solutions innovantes Les maraîchers ont pu se familiariser avec Janny MT, une installation flexible d’atmosphère contrôlée, conçue pour prolonger la durée de conservation des fruits et légumes tout en préservant leurs qualités organoleptiques. Alors que les phénomènes de grêle s’intensifient et se multiplient - les épisodes orageux ont augmenté de 350 % au cours des dix dernières années -, de plus en plus d’agriculteurs et de viticulteurs sont à la recherche de solutions pour protéger les cultures et en finir avec les conséquences désastreuses sur leurs exploitations. Théara Sieng Yo, chargé d’affaires de la société Selerys, et sa collègue, Marina Langrenez, ont présenté Laïco, une solution innovante de lutte contre la grêle. Issue du partenariat entre Selerys, fournisseur de solutions de détection du risque orageux, et Lacroix, leader des services et solutions pyrotechniques, elle combine un système de détection du risque orageux et une solution de lutte active contre la grêle. Skydetect est une technologie permettant de détecter les risques d’orage par radar, ce qui permet d’alerter l’utilisateur en amont et de déclencher le système de protection au bon moment. Là dessus se greffe un système d’ensemencement des nuages. Il se compose de ballons gonflés à l’hélium sur lesquels sont embarquées des torches chargées de sels hygroscopiques. Après avoir remercié producteurs et exposants pour leur présence, Pierre Lammert, président de Planète Légumes, a donné rendez-vous les 22, 23 et 24 septembre aux Tanzmatten à Sélestat pour la 8e édition de Saveurs et soleil d’automne.

Pages

Les vidéos