A la une

Publié le 25/08/2017

Pour sa deuxième sortie agricole en tant que sous-préfet de l'arrondissement de Saverne, Christophe Lotigié a rencontré trois jeunes agriculteurs ou en passe de le devenir. Trois témoignages qui reflètent les difficultés, mais aussi les aspirations de jeunes qui ont choisi de s'engager en agriculture.

Parmi les communes de son arrondissement, Baerendorf apparaît comme l’endroit idéal pour parler d’installation. Car, en plus d’arborer la Croix de guerre pour avoir été détruite à 65 % en 1944, la commune abrite encore six fermes en activités. Certes, on en comptait 47 il y a un quart de siècle, époque à laquelle les tas de fumier et les bouses de vaches fleurissaient dans les rues du village. Mais, dans chacune des fermes subsistantes, la relève est assurée, souligne Jean-Marc Masseran, éleveur laitier à Baerendorf. « C’est le fruit du travail de plusieurs générations, de remembrements qui ont permis de construire les structures actuelles. » Baerendorf n’a donc pas perdu sa vocation agricole. Sur les six fermes, quatre sont spécialisées dans la production laitière, deux dans la viande. Elles cumulent au total 1 000 ha de terres agricoles, dont 50 % en herbe, 30 % en céréales, 15 % de maïs et 5 % de colza, 1 350 bovins et 2,5 Ml de lait. « En 30 ans, le nombre d’animaux n’a pas diminué dans le village, mais il est plus propre », constate malicieusement Jean-Marc Masseran. L’éleveur y voit la preuve qu’il suffit d’une bonne gestion pour concilier agriculture dynamique et cadre de vie agréable. Mieux valoriser le système pâturant Outre le sous-préfet, cette sortie rassemblait, entre autres, le nouveau président des Jeunes Agriculteurs du canton d’Alsace Bossue, Éric Geyer, Guy Dierbach, vice-président cantonal de la FDSEA, Cécile Alpy, de la DDT, les jeunes et leurs familles, ainsi que Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace, qui orchestrait le tout. « L’objectif de cette sortie est de prendre connaissance des inquiétudes, des projets de futurs jeunes installés et d’un jeune déjà installé depuis quelques années », a-t-elle introduit. Ce thème de l’installation, le sous-préfet y tenait. « La moyenne d’âge des agriculteurs du département est de 56 ans, un peu moins à Barendorf, mais dans 10 ans, la moitié d’entre eux auront atteint l’âge de la retraite. » L’installation est donc un « thème important » car il s’agit d’anticiper le renouvellement des générations, que ce soit dans ou hors cadre familial. Le sous-préfet a d’ailleurs noté le retard du Bas-Rhin en la matière. « Seule une installation se fait hors cadre familial dans le département, contre trois au niveau national. Il y a donc du travail à faire si on ne veut pas perdre les investissements qui ont été réalisés. » Conscient des difficultés auxquels se heurtent les agriculteurs (prix bas, intermédiaires, retards de paiement de subvention, faibles revenus…),  il a souligné la force qu’ils tirent de leur rôle « d’entretien du cadre de vie en milieu rural » et de pourvoyeurs d’une alimentation de qualité. Mieux rémunérer le travail « L’image des paysans reste positive auprès d’une grande partie de la population », a affirmé Christophe Lotigié. Il n’a d’ailleurs guère de doute sur la fin de règne annoncée du dogme du prix bas. « De plus en plus de consommateurs sont prêts à dépenser plus pour leur alimentation. » En ce sens, le sous-préfet a évoqué plusieurs pistes à travailler : le tourisme, pour booster la vente directe dans une région qui a du potentiel ; et la communication sur le système pâturant, insuffisamment valorisé. « Lactalis y réfléchit », glisse Véronique Klein, qui, elle, appelle de ses vœux un meilleur accompagnement des consommateurs vers les produits de producteurs. Avec, pourquoi pas, un rayon dédié dans les grandes surfaces ? « La grande distribution s’adaptera à la demande, car elle en est tributaire », estime Christophe Lotigié. Les témoignages des jeunes agriculteurs diffèrent par bien des aspects (lire en encadré), mais se sont tous rejoints sur un point : leur travail n’est pas assez bien rémunéré. « Le problème, c’est que le prix de vente est égal au coût de production », résume Céline Untereiner. Autre source d’inquiétude commune : la main-d’œuvre, qui se fait de plus en plus rare et/ou constitue une charge importante dans les comptes des exploitations. « Notre salarié gagne plus que nous. Et il a droit à des jours de récupération que nous ne nous accordons pas », témoigne une agricultrice. « Vous, vous avez le patrimoine, le capital », répond le sous-préfet. « Oui, mais si on ne le vend pas, ou pas à sa juste valeur, ça ne vaut pas grand-chose. Ce système ne peut pas continuer… » Une nécessaire simplification administrative Tous les jeunes sont aussi agacés par un environnement administratif et juridique très fluctuant. Le sous-préfet a reconnu la « complexité infinie » du système français, tout en rappelant que c’était la contrepartie d’un État de droit. Pour lui, « il y a toujours une solution », il s’agit d’une « question d’interprétation des règles en fonction des contextes. » En réponse aux témoignages attestant de la lourdeur des procédures administratives, Christophe Lotigié s’est déclaré « 1 000 fois d’accord sur la nécessité de simplification administrative. C’est la complexité qui induit des erreurs, du temps perdu et du stress », a-t-il déclaré, tout en invoquant le droit à l’erreur. Et Jean-Marc Masseran a tenu à souligner le travail des agents de la DDT. « Quand on oublie de faire une demande de subvention, on nous appelle. » En réaction aux témoignages des jeunes agriculteurs, Éric Geyler a souligné l'« engagement contraignant » que représente ce choix professionnel et le défi de moderniser les structures que doivent relever les jeunes face à une raréfaction de la main-d’œuvre. « Un besoin de modernisation que doit comprendre le grand public. » Un nouveau système de soutien à l’installation La réunion s’est achevée par la présentation du nouveau système de soutien à l’installation. Les prêts bonifiés n’existent plus et sont remplacés par une DJA de base de 16 000 €, auxquels s’ajoutent des bonus en cas de respect de certains critères (conversion bio, culture de légumineuses, adhésion à un GIEE, à une Cuma, création d’emploi, projet d’investissement et montant investi…). La nouvelle DJA prend ainsi mieux en compte le montant des investissements réalisés et « il est possible d’atteindre assez rapidement 40 000 € de DJA», avance Daniel Brua, technicien à la chambre d’agriculture. Les dossiers déposés à partir de juillet seront soumis à ce nouveau dispositif. Par contre, le temps que le dispositif soit rodé, il faut s’attendre à des délais de paiement.

Publié le 24/08/2017

Plus de 300 viticulteurs alsaciens se sont retrouvés mercredi matin 23 août dans les rues de Colmar pour manifester contre les lenteurs de la justice dans le dossier « Albrecht ». Cinq ans après, 144 professionnels, victimes, attendent toujours le paiement de la vente de leurs vins et raisins.

Calmes et déterminés, les professionnels ont parcouru le chemin qui sépare le Centre de rencontres d’échange et de formation (Cref) et le tribunal de grande instance de Colmar. À leur arrivée, le président de l’association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, a pris la parole pour rappeler l’historique de cette affaire. Un dossier « chaud » qui tarde à trouver une solution. Mais, cinq ans après, les professionnels n’en peuvent plus d’attendre. Il faut dire que le total du préjudice financier se monte à 14 millions d’euros et que de nombreuses entreprises viticoles ont bien du mal, depuis 2012, à refaire surface et à « assumer » la perte d’une récolte entière. Jérôme Bauer a rappelé les différentes étapes de ce dossier. Des premières alertes données par les viticulteurs en février 2012 sur les impayés de la société Lucien Albrecht à Orschwihr, jusqu’à sa mise en redressement judiciaire le 11 septembre de la même année, puis sa mise en liquidation et enfin le dépôt de plainte de l’Ava en novembre, suivie de la mise en examen de Jean Albrecht pour banqueroute et escroquerie. « Depuis ? Plus rien ou si peu. La procédure est d’une lenteur incroyable. Mais, là, trop c’est trop ! L’Ava a pourtant fourni de nombreuses pièces justificatives à la justice. Ce travail d’enquête et de collecte d’informations n’a pas trouvé d’échos jusqu’à présent. La justice n’avait pourtant qu’à vérifier et à rendre, précisément, justice. Je le répète : les professionnels sinistrés ont perdu une année de revenus. Ce n’est pas rien. Les victimes se sentent méprisées par la justice. Elles souffrent économiquement, bien évidemment, mais aussi psychologiquement. Nous craignons tous que le temps qui passe n’arrange rien », explique Jérôme Bauer. « Il s’agit de la vie des gens » Les professionnels s’agacent aussi des commentaires lus et entendus, de la façon dont est présenté le dossier, qui serait « complexe », alors que pour eux il est très simple. « Un négociant a acheté du vin en grande quantité et les viticulteurs n’ont pas été payés. Ils attendent maintenant justice au civil et au pénal. Il s’agit de la vie des gens », répète le président de l’Ava. Il compare la lenteur de ce dossier à la vitesse éclair rendue par la justice sur de nombreux autres dossiers, notamment dans le monde politique. « Justice, réveille-toi ! S’il n’y a pas de réaction rapide, nous reviendrons. En attendant, restons unis et soudés dans ces temps de grande difficulté », conclut Jérôme Bauer, chaleureusement applaudi par les viticulteurs sinistrés présents mercredi matin devant le tribunal. Le « député du vignoble », Jacques Cattin, était également présent à cette manifestation. Il a apporté son soutien aux professionnels : « Je suis solidaire avec vous. La lenteur de la justice est inadmissible. Il faut mettre la pression et obtenir un dénouement rapide de cette affaire car la situation est dramatique pour de nombreuses entreprises. » Pour le président de l’Ava, cette manifestation devant le tribunal de grande instance de Colmar n’est pas inutile. « Réunir plus de 300 viticulteurs pendant les congés, en plein mois d’août, à quelques jours des vendanges, ce n’est pas rien. Cela montre bien la colère, la lassitude, la désespérance des gens. J’ose espérer que la justice nous entende. Jusqu’à présent, nous avons été sages. Nous avons été à l’écoute. Nous avons coopéré, fourni des éléments dans ce lamentable dossier. Il faut maintenant que la justice avance rapidement, qu’elle mette des moyens », précise, en aparté, Jérôme Bauer. « 5 ans, c’est long ! » Parmi les manifestants, deux exemples concrets. Henri Engler habite Orschwihr. Il ne possède que 60 ares de vignes, mais se sent concerné, comme tous les viticulteurs présents. « Cette affaire est effectivement simple. Elle est rendue compliquée par la justice. Il faut accélérer les choses. À mon niveau, la vendange perdue représente une certaine somme qui, à mes yeux, est toute aussi importante que pour de grandes entreprises viticoles. Depuis 2012, avec ma famille, nous vivons très mal cette situation. J’ai le sentiment qu’on a volé notre salaire. J’habite Orschwihr et depuis cinq ans, j’ai recroisé Jean Albrecht dans les rues du village. Mais je n’ai pas envie de discuter avec lui. Il y a une rancœur qui s’est installée. Ce qu’il a fait est intolérable. Il nous a menti, trahi et mis dans la difficulté. J’espère que la justice va bouger aussi rapidement que pour d’autres affaires. Car 5 ans, c’est long ! ». Sylvie Meyer, de Turckheim, est dans la même situation. Mais, son domaine compte, lui, 13 ha de vignes. « Cette affaire nous poursuit depuis trop longtemps. Je suis venue pour défendre nos intérêts personnels et soutenir la filière. J’avais livré il y a cinq ans une grosse partie de ma production à Jean Albrecht. Aujourd’hui, je me demande si je vais voir la couleur de ce paiement. J’ai un sentiment bizarre face à cela. Un contrôle fiscal ne prend jamais 5 années. Pourquoi, dans le cas présent, faut-il attendre aussi longtemps ? Le juge peut-il nous expliquer cela ? Alors, oui, manifester était une évidence. Il faudra revenir », assure-t-elle. Parmi les manifestants, il y avait également des soutiens des professionnels comme, par exemple, le directeur du syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), Bernard Jeantet. Il est au Synvira depuis 37 ans et directeur depuis environ trente ans. Dans quatre mois, il sera à la retraite. « Malgré cette heureuse échéance, j’ai tenu à être présent car je me sens concerné. C’est assez incroyable de constater que des gens qui ont travaillé toute une année et se sont investis sans compter, ne sont toujours pas rémunérés cinq ans après. Je me mets à la place de ces victimes. Il est temps de leur rendre justice, de leur donner une réponse ». Une conclusion évidente. Mais toujours pas concrétisée depuis cinq ans…

Publié le 23/08/2017

Si le raifort tient la vedette, dimanche prochain à Mietesheim, le lait n’est pas en reste. Trois fermes ouvrent leurs portes, toutes spécialisées dans le lait.

Le village de Mietesheim compte six agriculteurs, dont trois producteurs de lait, un éleveur allaitant, un éleveur ovin et un atelier d’engraissement. « Il y a une bonne entente entre nous, au sein du village », indique Jonathan Karcher, le président des JA du canton de Niederbronn-les-Bains. Dans ce canton où l’élevage est prédominant, les Jeunes Agriculteurs ont choisi de montrer le dynamisme de la production laitière, à travers trois exemples. À commencer par la ferme du président cantonal, Jonathan Karcher. Il est l’un des trois associés du Gaec du Hohrain, avec son frère, Gaétan Karcher, et leur oncle, Gilles Urban. L’exploitation s’étend sur 120 ha, dont 45 ha de surface en herbe. Les 75 ha restants se partagent entre betteraves à sucre, maïs, blé, triticale. Sans oublier 1 ha de raifort. Le troupeau se compose de 80 vaches laitières de race prim’holstein, la production s’élevant à 685 000 l, livrés à la coopérative Alsace Lait. Le Gaec du Hohrain a également une activité d’engraissement : « Nous gardons tous les veaux mâles nés sur l’exploitation. Nous produisons une trentaine de taurillons par an. » Tendance à l’agrandissement La deuxième ferme est celle de Marc et Pierre Schnepp, deux frères associés au sein du Gaec Schnepp. Le fils de Pierre, Ludovic, a achevé ses études en 2014, avec un bac pro CGEA Productions animales en poche. Depuis, il travaille sur l’exploitation en tant que salarié, mais il prévoit de s’installer au début de l’année 2018. Le cheptel laitier se compose de 65 vaches, pour une production de 480 000 l. La surface agricole utilise s’élève à 120 ha, dont une cinquantaine de prairies, le reste étant occupé par du blé, du maïs, du triticale et de l’orge. Le raifort a également toute sa place sur cette exploitation : les Schnepp en cultivent 2,2 ha. « À l’occasion de l’installation de Ludovic, nous allons agrandir l’étable et installer un robot de traite. L’objectif est d’augmenter progressivement la production jusqu’à 700 000 l », indique Marc Schnepp. Affaire de famille également au Gaec Obermatt-Peter, où Annie et Alfred Peter sont aux manettes avec leur fils Alexandre. Ce dernier s’est installé en 2015, avec à la clé une augmentation de la production de 120 000 l. Les Peter sont à la tête d’un cheptel de 100 vaches laitières et leur suite, soit au total 190 animaux, leur production atteignant 900 000 l de lait. Côté cultures, le Gaec exploite 140 ha. 30 % de la surface est dédiée au maïs grain, 21 % au maïs ensilage, 26 % aux céréales à paille (blé, orge, avoine, triticale), les prairies constituant le reste. « Nous avons profité de l’installation de notre fils pour faire une sortie d’exploitation », explique Annie. Ils ont construit une étable de 130 places avec logettes et matelas sur caillebotis, dont les vaches ont pris possession en mai dernier. L’ancienne étable est désormais occupée par les génisses et les vaches taries. La famille Peter souhaite elle aussi accroître les volumes de lait produit pour optimiser le second robot. Mais bien sûr, tout dépendra de l’évolution du marché laitier…

Pages

Les vidéos