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Publié le 08/12/2022

D’un tiers à la moitié des metteurs en marché alsaciens utilisent des bouchons pour vin tranquille Vinventions, d’après Bertrand Praz, le directeur de CDM œnologie, distributeur. La force des obturateurs synthétiques Nomacorc de Vinventions : pas de goût de bouchon et un apport d’oxygène au vin contrôlé, variable selon la gamme. De l’usine de Thimister, en Belgique, provient la quasi-intégralité de ces bouchons vendus en Alsace. Visite guidée.

800 millions des 3,4 milliards d’obturateurs Vinventions sont produits à l’usine de Thimister, en Belgique ; principalement des bouchons synthétiques Nomacorc, en polymères à base végétale ou en plastique polyéthylène recyclé, alimentaires, garantissant un apport d'oxygène au vin, une perméabilité, ainsi qu’une absence totale de goût de bouchon (lire encadré). « Nous sommes des vendeurs de durée de vie du vin, pas de bouchons », résume Romain Thomas, chef de produit chez Vinventions. Il existe six perméabilités différentes de bouchon. Quasiment la même proportion de chaque est vendue, sait Romain Thomas. Selon les objectifs des faiseurs, vignerons et metteurs en bouteille, Vinventions conseille. La qualité technique des bouchons, reconnue depuis une vingtaine d’années, et la proximité du producteur bouchonnier en font un fournisseur rêvé pour les metteurs en marché alsaciens. Le fondateur de Vinventions étant belge, le groupe fabricant des bouchons, quoi de plus logique que d’avoir installé le siège et la plus grande usine, près de Liège ? 220 personnes, dont 150 ouvriers, y travaillent, sur les 550 qu’embauche le groupe, à travers le monde (lire encadré). Par extrusion et injection L’histoire des bouchons Nomacorc débute en 1999. Aujourd’hui, le procédé de fabrication est toujours le même. La première étape est l’extrusion, à l’aide d’une vis sans fin. Les matières premières – les granules de plastique, à raison de 30 t par jour ou 60 t par semaine – sont mélangées dans un blender, puis dans une première extrudeuse. Ainsi, est élaborée la mousse du bouchon. Dans l’extrudeuse secondaire, est créée la peau du bouchon. La matière passe ensuite dans un outil de dosage et d’injection du gaz inerte (de l’azote précisément). C’est grâce à ce gaz (aux bulles d’azote) que le bouchon est, en partie, perméable à l’air : les bulles d'azote définissent la perméabilité à l’oxygène du bouchon. La filière, collée à l’outil d’injection du gaz, conforme le profilé extrudé. Le bouchon est « fini », une fois sorti de la filière. C’est un long jonc de bouchon incassable qui part, alors, dans un premier bain de refroidissement à 6 °C, pour arrêter son expansion, puis dans un second à 9 °C. Le matériel des bouchons étant très isolant, il est long à refroidir. Huit bains refroidissants sont nécessaires. La même eau est réutilisée, recyclée pendant cinq semaines, puis la ligne s’arrête 24 h pour être nettoyée, précise Axel Pirard, le directeur de l’usine, soucieux d’économies et d’écologie. Le contrôle millimétrique de l’épaisseur de la peau, de l’ovalité et du diamètre des joncs est systématique. À la fin de la ligne, le jonc de bouchon est travaillé par une tireuse : il est calibré à 25 mm de diamètre maximum. Il est, finalement, débité par un cutter, pour le transformer en bouchons. Cinq lignes d’extrusion permettent à l’usine de Thimister de produire 5 à 6 millions de bouchons par jour. Aspect naturel Après huit heures d’attente, nécessaires à la stabilisation de l’ensemble du bouchon en température, les obturateurs sont chanfreinés, puis embossés, et enfin décorés au bout, pour leur donner un aspect naturel. La technologie d’impression donne aux bouchons synthétiques l’aspect du liège. Quatorze lignes de chanfreinage et d’embossage, qui tournent comme l’extrudeuse 24 h/24, assurent le profilage et la décoration des bouchons : 112 000 bouchons par heure au total. Le bouchon haut de gamme Reserva de la gamme Green line de Nomacorc bénéficie d’une ligne de production dédiée. Il n’est pas embossé mais uniquement décoré, avec trois couleurs. Les bouts sont imprimés par tamponnage. Le bouchon Reserva est ultra-personnalisable. Pour cette gamme, comme pour les autres, Vinventions garantit qu’entre la réception de la commande (pour 3 000 bouchons minimum) et la mise en vente, s’écoulent seulement cinq jours. « Les bouchons sont garantis un an, parce qu’on ne sait pas comment les stockent les clients. Ici, ils pourraient rester cinq ans ou plus », déclare le directeur de l’usine. Agilité du système Dans la partie finition, il n’y a pas de stock : on travaille à la demande. Des intérimaires absorbent la charge de production supplémentaire, si besoin. Les bouchons sont personnalisés, grâce à l’impression offset ; la même technique que pour un journal. Une plaque photosensible est fabriquée par commande. Elle ne sert qu’une seule fois, pour éviter toute erreur. 150 plaques sont créées à l’avance, pour les 24 heures de production qui suivent. Axel Pirard vante l’agilité de tout le système. Sur les bouchons, l’encre pour contact alimentaire sèche aux UV. Outre le nom et le décor du client, un numéro de traçabilité identifie les obturateurs. Du silicone alimentaire enrobe les bouchons, pour qu’ils soient lubrifiés. Enfin, ils sont emballés par sacs de 1 000. Certaines commandes dépassent les 3 millions de bouchons. Un échantillon de trente bouchons de chaque lot est testé et conservé sept ans (quinze ans pour la gamme Reserva) à l’usine de Thimister, soit 15 000 sacs d’échantillons par an. Les nez les plus fins de l’entreprise sont mis à contribution pour détecter les lots impropres à la vente qui auraient, par exemple, une odeur de carton mouillé ou de brûlé. Puis, au laboratoire de contrôle qualité, sont vérifiés l’étanchéité des bouchons, le poids, le diamètre, la longueur, la force d’extraction (qui doit être comprise entre 200 et 700 t), etc. Bien vivre Il y a dix mini-usines dans l’usine belge. La salle d’expédition est organisée de telle sorte que les cartons suivent l’ordre de chargement dans le camion : un à deux jours de stock de produits y séjournent, pas plus, alors que dix jours de stock sont entreposés, après l’étape d’extrusion. Les expéditions rapides sont traitées par des services internationaux d’envoi et de logistique. La politique de Vinventions, c’est le management participatif : chaque équipe se gère, pointe les améliorations possibles ou les problèmes rencontrés. Des audits réguliers (une fois par mois) favorisent la remise en question et le progrès, ce qui a permis à l’entreprise de limiter les coûts d’emplois de personnes encadrantes non productives. « On donne plus d’autonomie, de liberté, au personnel. On y trouve tous notre compte, puisque le turn-over n’est que d’1 % par an », souligne Axel Pirard.    

Publié le 08/12/2022

En Alsace, les agriculteurs ne s’y trompent pas. Le renouvellement des générations est un enjeu clé. Pour preuve, les réunions d’information font salle comble. Au cœur de l’enjeu générationnel, le foncier fait sa loi. Et les prix des terres établis par la Safer sont observés de près, comme un indicateur de la santé des exploitations de la région.

Dans le Bas-Rhin, la pression foncière est toujours élevée en 2021, sans surprise. Néanmoins, les secteurs sont très contrastés, surtout sur le marché des terres et prés libres. Le plateau lorrain nord et la région sous-vosgienne retrouvent de l’attractivité après une année de sécheresse en 2020 qui avait fait baisser les prix. 2021 voit revenir de bonnes récoltes et, avec, des prix dynamiques. Le marché haut-rhinois est également dynamique dans son ensemble. Seule la montagne ne bénéficie pas de la même embellie. En toile de fond, l’artificialisation avance et augmente la pression foncière. « Dans le Haut-Rhin, l’équivalent d’une commune disparaît tous les deux ans », constate la Safer du Grand Est, dans son analyse disponible en ligne. Les législations n’évoluent pas assez vite Conséquence de la législation et des restrictions annoncées par la politique du « zéro artificialisation nette », le secteur de la construction est particulièrement vigoureux en 2021. Les particuliers et les personnes morales anticipent et bétonnent tant qu’il est encore temps. Pour le président de la Fédération nationale des Safer Emmanuel Hyest, le constat est amer. Malgré les politiques, « les ventes de terres destinées à être urbanisées sont au plus haut depuis 10 ans » sur le territoire français. « L’accaparement du foncier, la concentration des exploitations, l’agrandissement excessif, le vieillissement de la population agricole sont à l’œuvre depuis plusieurs décennies. Les Safer observent ces tendances, elles alertent. Les législations évoluent mais pas assez vite ! », s’alarme-t-il en introduction de la synthèse annuelle des prix des terres. L’AOP Alsace fléchit Répondant à d’autres dynamiques, le vignoble français a connu un nombre inédit de ventes de domaines en 2021, et beaucoup de prix sont à la hausse. Cependant, l’AOP Alsace fait exception dans le paysage : les prix atteignent un prix exceptionnellement bas. Si le Haut-Rhin, après une chute des prix importante en 2020, se stabilise, le Bas-Rhin connaît un fléchissement de 21 %. Pour la Safer, « ce décalage d’une année avec le département du Haut-Rhin est très vraisemblablement lié à une concrétisation tardive de certaines ventes négociées en 2019 et réalisées en 2020 ». Du nord au sud de la Route des vins, les trésoreries parfois fragiles des domaines laissent les potentiels acquéreurs plus frileux, et « très regardants sur les prix, le terroir, le cépage et la qualité de la vigne », analyse la Safer. En conséquence, les grands crus s’en sortent mieux. La sentence de la Safer est sans appel. « Les effets conjugués de la crise de la Covid-19 et des difficultés économiques rencontrées par les vins d’Alsace continuent d’affecter le marché foncier viticole. »

À Geispolsheim

Une forêt de trognes

Publié le 08/12/2022

Le 24 novembre, dans le cadre de la semaine de la trogne, l’association forestière Piémont Plaine d’Alsace et la Chambre d’agriculture Alsace ont organisé une balade en forêt de Hattisheim à Geispolsheim, où se côtoient plusieurs centaines voire milliers d’arbres trognés, pour la plupart en cours de dépérissement par manque d’entretien. La Collectivité européenne d’Alsace propose des aides pour entretenir ce patrimoine vivant.

Du village de Hattisheim, il ne reste qu’une chapelle. Les récits sur sa destinée divergent. Mais il semble probable que ce village de bergers, entouré de prés et de forêts, a été décimé par la peste. « Les habitants de Geispolsheim ont enterré les morts, brûlé le village sauf la chapelle, et récupéré les terres », raconte Jean-Marc Edel, ancien agent chargé des espaces naturels au sein du service technique de la commune de Geispolsheim, qui connaît donc la forêt de Hattisheim comme sa poche. Particularité de cette forêt qui s’étend sur 210 ha : elle regorge de trognes, plus connues sous le nom d’arbres têtards. Les plus connus, car les plus visibles, sont sans doute les saules têtards. Mais il existe toutes sortes de trognes : le têtard, la ragosse, le candélabre, la cépée… Toutes ces formes sont le résultat d’une technique d’exploitation des arbres qui consiste à tailler les troncs tous les 12-15 ans, plus ou moins à la même hauteur, pour provoquer le développement de rejets valorisés en bois de chauffage, en fourrage et autres poteaux, perches, piquets… En forêt de Hattisheim, toutes sortes d’essences ont été conduites de la sorte : saule, cormier, charme, frêne, aulne, peuplier, orme, et même chêne. Qu’est ce qui explique l’attrait des Geispolsheimois pour cette technique de taille ? La taille importante de la commune, justement, avance Jean-Marc Edel : « 400 maison, ça fait 400 foyers à alimenter, pour chauffer la pièce principale, mais aussi pour s’alimenter. Autrefois le bois était la ressource d’énergie principale pour cuisiner, cuire le pain, et chauffer la nourriture, été comme hiver. » « Une filouterie de paysans » Claude Hoh, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace, souligne que cette pratique est très ancienne. « La trace la plus ancienne de la conduite en têtard a été trouvée en Angleterre, sous la forme d’un arbre fossilisé, vieux de quelque 5 000 ans. » Cette pratique aurait été inspirée aux hommes par la nature. « Après un coup de foudre, une avalanche, les arbres reforment une couronne. C’est probablement partant de ce constat que les hommes ont élaboré cette technique de production de bois », poursuit Claude Hoh, qui évoque aussi « une filouterie de paysans ». En effet, au Moyen Âge, les arbres étaient propriétés des seigneurs, les paysans ne pouvaient en récolter que les fruits, le bois. En les taillant en têtard, ils pouvaient récolter du bois, sans toucher au tronc. Sous l’ère de l’énergie pas chère, la pratique du trognage s’est perdue. Jean-Marc Edel fait partie de ceux qui ont continué à entretenir la forêt en allant y récolter du bois. Il se souvient ainsi d’avoir récolté 11 perches partant d’un seul tronc de peuplier. Résultat : 27 stères de bois. Soit un ratio énergie dépensée sur énergie récoltée assez intéressant ! En outre, lorsque les arbres têtards ne sont pas entretenus, le tronc fini par céder sous le poids de la couronne. « En Alsace Bossue, en Moselle, les trois quarts des arbres têtard sont éclatés », estime Claude Hoh. Rénover des arbres patrimoniaux Pour étêter les arbres têtard, différentes techniques sont envisageables. À l’ancienne, avec un harnais et une tronçonneuse, avec une abatteuse, avec un woodcracker, sorte de sécateur géant… Chaque méthode présente des avantages et des inconvénients. Mais elles ont toutes un coût. Aussi, pour entretenir cette pratique et rénover ces arbres, et conserver ce patrimoine, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) propose une aide modulable selon si elle est souscrite par une collectivité ou un propriétaire privé, selon si la taille est mécanisée ou non. « L’objectif est d’avoir la couronne bord de route à 0 €», résume Claude Hoh. Reste que la récolte des arbres têtards constitue un chantier assez dangereux, qu’il est plus prudent de confier à des professionnels, comme des élagueurs.   Dans sa carrière Claude Hoh a organisé plusieurs chantiers d’étêtage de trogne qui lui permettent d’attester de la bonne reprise des arbres étêtés dans la majorité des cas. Toute personne intéressée pour la réalisation de chantiers ou de tests, est invitée à contacter Agathe Baechel au 06 18 49 98 74.

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