EARL Friess à Meistratzheim
Les escargots en héritage
EARL Friess à Meistratzheim
Publié le 24/12/2022
Christophe Friess élève des escargots, au lieu-dit Niederrott, à Meistratzheim, depuis qu’il a 18 ans. Ce sont ses parents Marie-Odile et Romain qui ont démarré l’activité, en 2001. Aujourd’hui, Christophe vend près de 10 000 douzaines d’escargots par an… et surtout en cette période festive.
La saison des escargots bat son plein. En décembre, Christophe Friess vend 80 % de sa production, qu’il transforme lui-même à sa ferme du Niederrott, à Meistratzheim, soit 8 000 douzaines d’escargots, fraîchement ébouillantés et assaisonnés. « On ramasse les escargots pendant une dizaine de jours avec deux salariés saisonniers, en octobre. On les met dans des filets de cinq kilos, puis on les étale dans la grange sur des grilles. Une fois qu’ils ont jeûné et dégagé tous leurs excréments, les escargots hibernent. Ils seront stockés dans des sacs, à l’abri du gel… C’est là que commence le travail de transformation », raconte Christophe, passionné. Chaque semaine, d’octobre à Noël, Christophe Friess réalise un à deux abattages. Les escargots, dans des filets, sont ébouillantés cinq minutes. Christophe et ses salariés les décoquillent, arrachent les viscères, pour ne garder que le pied de la bête à cornes ; la chair est nettoyée avec du sel et du vinaigre, les coquilles sont bouillies pour être utilisées. « Quand tout est propre, on remplit les coquilles avec le pied et du beurre. La chair d’escargot est cuite dans un bouillon. On mélange l’ail, l’échalote, le persil et le beurre : tout en frais ! D’ailleurs, on vend en frais et on surgèle, pour avoir du stock », achève Christophe. Vente directe Magasin à la ferme, marchés hebdomadaires (à Obernai, Sélestat, Schaeffersheim et Strasbourg), marchés de Noël (dans le secteur d’Obernai, Erstein et Benfeld), magasin de producteurs à Villé, restaurateurs (entre cinq et dix, dont sa cousine, qui a repris l’auberge familiale en face de la ferme, Le Niederrott) : la vente directe fonctionne et pour cause, la réputation des escargots Friess dépasse les frontières du Centre-Alsace. « Nous sommes minutieux. Nous accentuons le nettoyage et la fraîcheur des produits fait la différence… C’est le beurre qui a du goût ! », admet Christophe. Belle transmission que cette affaire. Christophe Friess a repris la ferme familiale en 2016, soit trois ans avant la retraite de son père, Romain. Ce dernier est décédé en 2020 du Covid-19, lors de la première vague. « Il aurait voulu que ça continue », sait Christophe, conscient que cette transmission anticipée a favorisé la relève. Romain avait lancé l’élevage d’escargots en 2001, avec son épouse Marie-Odile, elle aussi défunte, pour remplacer le chou. Cette décision a fait suite aussi à l’arrêt du tabac, compensé par le lancement du restaurant. « L’escargot est un produit de niche. Au début, on le transformait dans la cuisine de l’auberge, puis on a eu un laboratoire de transformation et, depuis 2021, on en a un nouveau », précise Christophe Friess, heureux. Tout en bio, sauf les escargots Deux à trois personnes viennent encore renforcer l’équipe en décembre, uniquement pour la vente sur les marchés, mais elles ne sont pas embauchées à plein temps. Hormis l’automne-hiver, Christophe travaille seul. Sa SAU est de 25 ha, conduits en bio, depuis 2018 : 6 ha de blé, 4 ha de maïs, 1,5 ha de chou à choucroute, mais aussi 10 ha de luzerne qui deviendront du blé et du seigle en 2023, 2 ha de miscanthus (pour du chauffage) et 2,5 ha de prairies. Les cultures sont gérées à façon. L’investissement est réalisé pour les escargots, qui représentent 70 % du chiffre d’affaires. En 2021, Christophe a aussi investi (pour la retraite, dit-il) dans l’énergie photovoltaïque : une installation de 100 kW, dont la production qui n’est pas en adéquation avec les besoins de l’exploitation, est revendue. L’élevage des escargots démarre en mai, lorsque Christophe lâche les 200 000 naissains (les bébés escargots achetés à deux producteurs des environs de Lille et Lyon) dans ses parcs de 10 ares, qu’il a préparés en avril. « J’ai semé de la verdure pour conserver l’humidité, posé des planches pour que les escargots puissent s’y coller. Il y a un système d’irrigation aussi, par aspersion, dans les parcs, parce que les escargots peuvent supporter les grosses chaleurs, tant qu’il y a de l’eau. J’ai planté des pommiers récemment, pour qu’ils aient de l’ombre. Je pourrai vendre les pommes en bio. Mes gros gris eux, la race des gastéropodes, ne sont pas labélisés », détaille Christophe Friess. Cinq mois de surveillance L’éleveur compte 30 % de perte, dues à des prédations de rongeurs et d’oiseaux, à la sécheresse ou parce que les petits ne grossissent pas. « Les deux premiers mois, il ne se passe rien : les escargots restent cachés dans la verdure et se nourrissent des plantes des parcs, ainsi que de farine végétale, saupoudrée, un mélange de céréales et autres plantes broyées dopé en minéraux, visant à fortifier la coquille. On achète l’aliment spécifique chez Hélinove, en Vendée. Il n’est pas bio », partage Christophe. Il passe 3 à 4 t d’aliment par saison, pour sortir 2,5 t de mollusques. À partir de juillet, les doses changent : l’éleveur peut distribuer plusieurs dizaines de kilos par jour, sur les planches. En septembre, la coquille des escargots durcit. Quand elle est « bordée », le ramassage peut commencer. L’éleveur n’a pas l’air d’en baver. « Je souhaite m’affranchir au maximum du commerce mondial. Il y a une belle dynamique en Alsace, profitons-en ! » conclut-il, avant de servir un client.












