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DRM et autres tracas administratifs

Séance de psychothérapie collective à Andlau

Publié le 27/03/2019

« Ras-le-bol, ridicule, ça suffit, bug syndical, limites atteintes, manque d’interfaces entre administrations… » Les vignerons se sont exprimés sur la réforme de la Déclaration récapitulative mensuelle (DRM) et autres tâches administratives le 12 mars à Andlau. Au-delà, c’est le modèle du vigneron vendeur de vin en direct qui est selon eux « en train de mourir ».

C’est « la pire crise viticole depuis 40 ans », estiment certains. Une pétition en ligne, pour dénoncer la complexité administrative de la Déclaration récapitulative mensuelle (DRM) liée à la multiplicité des appellations-cépage, a incité des jeunes vignerons à organiser une réunion sur la charge administrative, dans le cadre du Grand Débat national. Une trentaine de vignerons se sont ainsi réunis le 12 mars à Andlau à l’initiative de Yann Durrmann et Denis Hébinger. Le premier a organisé le débat et listé plus d’une soixantaine d’obligations administratives : un tiers d’entre elles sont redondantes par manque de connexions entre les administrations et institutions du vignoble. Le second a mis en ligne une pétition sur le site change.org intitulée « Remise en cause de la réforme de la DRM », dont le texte a été rédigé par Jean-Pierre Frick. La réunion s’est tenue dans une ambiance lourde marquée par le suicide, le matin même, d’un vigneron à Bernardswiller, juste après avoir expédié 1 200 hectolitres de vrac. Trop de temps perdu et de complexité En introduction, Yann Durrmann prend l’exemple des dossiers d’aides FranceAgriMer à remplir en trois volets, le premier de 150 cases, le deuxième avec 200 cases et le troisième avec 330 cases : « C’est ridicule » ! Puis chacun s’est exprimé : « Un véritable ras-le-bol avec des formulaires et des formulaires », pour Richard Geiger de Bernardvillé. « La DRM est vraiment problématique », pour Louis Metz d’Epfig. « On est déjà surchargé, on est aidé des retraités et on n’a plus de possibilité d’embaucher étant donné la situation », reconnaît Évelyne Kientz de Blienschwiller. « Je cultive 13 hectares, j’achète des raisins, je vends 120 000 bouteilles. En quatre ans, on est passé d’une à deux personnes pour les tâches administratives et on n’y arrive toujours pas », explique Antoine Kreydenweiss d’Andlau. « Je suis double-actif, la Mutualité sociale agricole plus les Douanes, c’est devenu trop compliqué », exprime Stéphane Gassmann d’Andlau, appuyé par Céline Metz, viticultrice à Blienschwiller, en charge de la paperasse en plus de la vinification sur son domaine. Elle pointe les doublons et les aberrations entre le cadastre et les parcelles sur dossiers Pac. Luc Faller d’Itterswiller raconte qu’il a consacré une demi-journée à mettre au clair les problèmes de cartographie et qu’il passe tous les ans un certain nombre d’heures à corriger les erreurs de l’administration. Le comble est une lettre du contrôle Qualisud que Claude Moritz d’Andlau a reçue récemment : « Nous avons constaté une absence de non-conformité ». Selon Antoine Kreydenweiss, « parfois, il faudrait un traducteur de langage administratif ». Rires dans la salle… Des rires jaunes : « Ça suffit. On n’est pas des idiots ! », s’énerve Alexandre Carl de Dambach-la-Ville. Il raconte ces heures passées au téléphone à patienter pour des services en ligne… Quand ce n’est pas le service qui bug après deux heures de saisie, ajoute Évelyne Kientz. Angoisse d’être toujours à la limite de légalité La question des tâches administratives sociales irrite particulièrement : « Pour les vendanges, c’est devenu insupportable », s’écrie Marjorie Muller. « C’est difficile de tout connaître des lois sociales », ajoute Antoine Kreydenweiss. « Exemple avec un salarié qui ne vient que pour 4 heures de vendanges, soumis aux mêmes lourdeurs administratives : c’est vraiment inadapté », fait observer Florian Beck-Hartweg. Philippe Maurer d’Eichhoffen revient sur cette affaire d’un vendangeur qui de façon récurrente a joué sur les failles du système pour faire condamner des vignerons : « Ça révèle un bug syndical et un manque de soutien entre nous », estime-t-il. Car le sentiment qui domine, « c’est de se sentir toujours dans la limite de la légalité », étant donné la complexité des tâches administratives, soulève Philippe Maurer. Aux dépens de la famille… « Nous avons droit aussi à une vie de famille », clame Marjorie Muller de Traenheim. Quant à Gilbert Beck, vigneron préretraité à Dambach-la-Ville, il estime que ce sont ces difficultés qui ont découragé son fils de reprendre son domaine. … de la mobilisation syndicale… Il pointe également les défaillances du syndicalisme, notamment dans ce dossier de la DRM. Même analyse pour Frédéric Heitz de Mittelbergheim. Marie-Claire Borès de Reischfeld avait réclamé un audit « pour voir où on en est avec l’administration ». « En fait, le syndicat c’est nous ! On devrait se fédérer pour montrer que nos limites sont atteintes », estime Philippe Maurer. « Pour les déclarations parcellaires, j’ai décidé de ne plus me prendre la tête », indique Antoine Kreydenweiss. « Et pour quelles vendanges tardives ? », interroge Philippe Maurer, faisant allusion à la dévalorisation de ces vins liquoreux. La cause de ces « faiblesses, c’est le manque de temps pour faire de la présence syndicale », estime Gilbert Beck. Ces lourdeurs « posent un problème de démocratie, car ça nous est imposé », renchérit Éric Kamm de Dambach-la-Ville. … et du boulot ! « J’ai encore la chance que mon père soit là. Mais le jour où il arrêtera, je serai dans l’impasse » poursuit-il. « On ne peut même plus sortir dans les vignes avec ces lourdeurs », souligné Christophe Lindenlaub de Dorlisheim. Pour Gérard Goepp, vigneron à Heiligenstein, s’ajoute aux lourdeurs administratives, un prix du vrac qui ne rémunère plus le travail. Selon Denis Hébinger d’Eguisheim, « c’est bien le modèle du vigneron vendeur de vin en direct qui est dans la difficulté », à travers ce poids administratif que « seules les grandes structures peuvent assumer ». « On vit une crise. La conséquence est la fin de la vente directe sur la route des vins », estime-t-il. « Notre modèle s’éteint », confirme Yann Durrmann. « Ces deux dernières années sont les pires de mes 42 années de carrière de vigneron », lance Claude Moritz. En cause, « le millefeuille administratif. Et la DRM, c’est la goutte de trop », de surcroît jugée « inutile ». « Je ne sais pas si l’État se trouvera plus renseigné qu’avant, avec cette DRM. Quoi qu’il en soit, ça va nous foutre dedans », s’alarme-t-il. Il dénonce également les téléprocédures gamma nécessaires pour expédier 18 bouteilles pour Prowein. « C’est déjà 2 heures de travail avant même d’avoir cherché à vendre le vin, quand nos voisins allemands ou autrichiens l’ont déjà vendu. » « Tout ce temps consacré à l’administratif : on serait plus efficace à le passer à vendre », pointe Claude Hauller de Dambach-la-Ville. « On traverse une très mauvaise passe, reconnaît-il. Et ce n’est pas la DRM qui va nous faire avancer. » D’autant « qu’on n’est pas bureaucrates », ajoute Jérôme Brandner de Mittelbergheim. La simplification possible ? Pour Frédéric Hansmann, de la même commune, « les redondances seraient pourtant faciles à supprimer ». Il ajoute avoir eu un entretien avec les services des Douanes « qui disent se satisfaire des mentions blanc, rouge, effervescent ». « Oui ! Les Douanes s’en contenteraient », affirme Christophe Bleesz. D’où l’incompréhension. Pour Florian Beck-Hartweg de Dambach-la-Ville, ce sont en réalité « les vins d’Alsace qui doivent se réinventer ». Attention cependant, « ce n’est pas la dématérialisation qui est en cause, et qui en réalité simplifie les démarches », précise Christophe Lindenlaub. Le problème vient de la multiplicité des codes générés par les cépages, une spécificité alsacienne, qui fait que cette réforme de la DRM est plutôt bien vécue dans les autres appellations, mais très mal ici. « Certaines tâches administratives pourraient être adaptées aux petites structures, qui pourraient en être exemptées », reprend Florian Beck Hartweg. Quant à Antoine Kreydenweiss, il identifie un « manque d’interfaces » entre les administrations. Entre autres exemples : la DEB et la TVA. Ce qui le fait sortir de ses gonds, c’est le slogan : « Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout ».

Publié le 26/03/2019

La production biologique poursuit sa croissance en Alsace. Elle attire des professionnels toujours plus nombreux et des consommateurs qui cherchent à faire évoluer leurs habitudes alimentaires. Réunis en assemblée générale le 11 mars à Muttersholtz, les agriculteurs concernés s’inquiètent cependant des retards de paiements des aides de l'État.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le 31 décembre 2018, 838 fermes étaient engagées en bio en Alsace, dont 107 nouvelles fermes pour la seule année 2018. Elles occupaient 27 190 hectares, soit 8 % de la surface agricole utile (SAU). Toutes les filières sont concernées par cette croissance : la viticulture évidemment, mais également le lait, les légumes, la viande, les fruits ou encore le monde de l’aviculture. « Nous avons multiplié par trois le nombre de producteurs bio dans la région entre 2007 et 2018. Nous sommes dans une belle et réelle dynamique. Nous avons dépassé le stade d’une agriculture de niche. Notre objectif est d’atteindre les 33 660 hectares soit 10 % de la SAU en 2020. Cette hausse permettrait d’atteindre symboliquement la barre des 1 000 exploitations engagées en bio », explique le président sortant de l’Organisation des producteurs de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Julien Scharsch. Pour structurer la demande et l’offre, mais également pour pérenniser ce développement du bio, un réseau s’est organisé. Il s’articule autour de trois échelons : les groupements départementaux des agriculteurs bio, les groupements régionaux et la fédération nationale d’agriculture biologique. Dans le Grand Est, ce réseau s’est donné pour mission d’accompagner le développement de l’agriculture biologique, par le partage d’une agriculture ouverte à tous les agriculteurs. Il souhaite aussi développer des filières structurées et équitables pour permettre le développement de fermes viables avec des produits bien identifiés localement par les consommateurs. Enfin, il s’agit de contribuer au développement du tissu agricole et de l’économie rurale, autour de projets territoriaux contribuant au développement local, à la préservation de la qualité de l’eau, de l’air, des sols et de la biodiversité. Ce réseau était constitué fin 2018 de 988 adhérents dont 459, soit 63 %, pour la seule Alsace. « Vivre de nos métiers » La dynamique est réelle. Mais, elle est freinée par des difficultés administratives et financières. « Le retard des aides pour le bio est une réelle source d’inquiétudes. Et, surtout, elle engendre de très gros problèmes de trésorerie pour de nombreux exploitants. La réponse que l’on nous donne n’est plus tenable. On envoie des sondes sur la planète Mars, mais l’informatique empêcherait un paiement en temps et en heure du travail des agriculteurs bio. Cela suffit ! Les fermes bio rendent un service à la société qui n’est pas marchand. Nous attendons en retour que la société reconnaissance cette réalité », s’agace Julien Scharsch. Des propos complétés par Paul Fritsch de la Coordination Rurale. « Il faut que l’on puisse vivre de nos métiers. Pendant longtemps, on a orienté les agriculteurs à produire des choses que la société ne voulait pas acheter. Les exploités allaient là où il n’y avait pas de marché. Il est temps de changer de philosophie. Il faut inciter les agriculteurs à suivre le choix des consommateurs. Sur ce point, à l’Opaba, vous êtes en phase avec la réalité du marché. » Présent à la réunion, Denis Schott pour la direction départementale des territoires (DDT) a tenté de rassurer les professionnels sur le paiement des aides. « Il est en cours dans sa plus grosse partie pour l’année 2016. Les dossiers sont en instruction pour l’année 2017. Et pour 2018, l’objectif est de pouvoir dégager une première partie du budget d’ici un mois. Nous pensons que d’ici l’été, voire l’automne prochain, l’essentiel de ces paiements aura été réalisé. » Des propos qui n’ont pas semblé convaincre les agriculteurs présents. Des grandes cultures à la viticulture Pour développer l’agriculture biologique dans les territoires, l’Opaba poursuit son travail de recherche et de développement sur deux thèmes principaux : la restauration de la qualité de l’eau d’une part, la relocalisation de l’alimentation et la limitation de l’impact environnemental d’autre part. Pour le premier point, un travail est effectué autour des captages dégradés (Kintzheim, Hilsenheim, Mommenheim, Rouffach). Sur le second point, une étude de faisabilité est en cours pour le développement d’un magasin de producteurs dans l’Eurométropole de Strasbourg, l’introduction de produits bio en restauration sur l’agglomération de Mulhouse, de nouveaux projets alimentaires en Alsace Bossue ou encore l’accompagnement de la mutation agricole de la ferme de l’association Adèle de Glaubitz à Cernay. « Nous œuvrons sur tout le territoire avec différents partenaires. Ces états des lieux, ces diagnostics ou encore ces sensibilisations auprès des collectivités ou des habitants sont un préalable à la réussite de ce développement du bio », indique Antoine Gueidan, en charge de la question à l’Opaba. Un tour d’horizon de la situation des différentes filières a été effectué. Pour les grandes cultures, le secteur d’activité est encore le moins concerné par le bio puisque seulement 210 fermes sont concernées pour une surface de 4 089 hectares, soit 2,1 % des surfaces des céréales. Des perspectives de développement existent cependant et de nouveaux professionnels s’inscrivent dans la démarche. C’est par exemple le cas de Thomas Ditner, jeune céréalier installé dans le Sundgau et élu lors de cette assemblée générale au sein du conseil d’administration. En revanche, la filière viticole en Alsace est exemplaire, et même « moteur » dans son développement. Il y a dans la région 359 domaines en bio et 55 en conversion en 2018. Cela représente environ 3 016 hectares soit 19 % de l’ensemble du vignoble. « La dynamique de conversion est forte et elle est réelle dans toutes les structures. Tout le monde n’a pas le même objectif, mais le travail de qualité est bien là. Nous accompagnons ces mouvements en réalisant un gros travail de communication comme, par exemple, les rendez-vous des vignerons bio ou différentes dégustations », se félicitent Martine Becker et Bruno Schloegel en charge du dossier à l’Opaba. Un constat cependant : la prudence est de rigueur. « Aujourd’hui, tout le monde veut être plus bio que son voisin alors que, nous pionniers, nous avons dû nous battre pour pouvoir exister au départ. Faisons attention à ce que nous faisons », préviennent les professionnels. Cela passe par de la pédagogie. Il ne s’agit pas seulement de produire, mais également de pouvoir accroître la consommation des produits bio. « Nous comptons donc développer la consommation des produits bio en restauration collective. Différentes animations sont ainsi proposées dans les écoles primaires, dans les entreprises ou dans les établissements scolaires », indique Dany Schmidt, vice-président sortant de l’Opaba. Il s’agit également de développer la distribution des produits bio régionaux en circuits courts, ou encore de mener de nouvelles opérations de communication. Aurélie Quirin succède à Julien Scharsch Enfin, l’assemblée générale a approuvé le rapport financier qui présente un excédent de 1 053 €, le tarif des cotisations dont le système est basé sur des tranches de chiffre d’affaires et renouvelé son conseil d’administration. Sur ce dernier point, Julien Scharsch a indiqué qu’il allait céder la présidence de l’Opaba. « Je viens d’effectuer un mandat qui a débuté en 2015. Merci à toutes et à tous pour ces quatre belles années. Un important travail a été mené en équipe. Il n’est pas fini. On ne lâche rien », conclut Julien Scharsch. Le conseil d’administration de l'OPABA qui a eu lieu quelques jours plus tard lui a trouvé un successeur. Il s'agit d'Aurélie Quirin. Elle est exploitante agricole à Weyer en Alsace bossue.

Syndicat de la simmental française d’Alsace

Génotypage des femelles : c’est parti !

Publié le 25/03/2019

Malgré la conjoncture économique difficile, les éleveurs de simmental tentent de garder le cap. Comme leurs collègues prim’holstein, ils peuvent désormais faire génotyper leurs femelles.

Une page se tourne pour le syndicat de la simmental française d’Alsace, qui tenait son assemblée générale le 8 mars à Mietesheim : Jean Bernhard, son président, ayant décidé de passer la main, son successeur sera désigné dans les jours à venir. Il a tenu à remercier l’équipe qui l’entoure pour son dynamisme et le soutien apporté dans les différentes manifestations. Les éleveurs de simmental ont souffert de la sécheresse en 2018, a rappelé Jean Bernhard. Et les conséquences de cet épisode climatique se font encore sentir aujourd’hui. Ils sont obligés de nourrir leur troupeau « avec un ensilage de qualité moyenne » et ne sont pas sûrs de pouvoir reconstituer leur stock de fourrage tant les prairies ont souffert l’été dernier. Le prix des produits, quant à lui, « n’a pas beaucoup évolué » et le marché des génisses, qui constituait un revenu non négligeable pour les éleveurs de simmental, est devenu « quasiment inexistant ». Coincés entre un consommateur qui réclame du bio ou du sans-OGM et des pays concurrents qui augmentent leur production sans état d’âme, les éleveurs français sont « toujours à la recherche d’un modèle agricole » approprié, constate le président du Syndicat de la simmental française d’Alsace, persuadé que la mécanisation va continuer à se développer dans des exploitations toujours plus grandes. « Il faudra vivre avec ça », prédit-il, en insistant sur la nécessité de donner des perspectives aux jeunes qui s’engagent dans la production laitière. Festival de l’élevage : un maximum d’animaux Jean Bernhard a remercié les éleveurs pour leur participation au festival de l’élevage qui est devenu la seconde fête agricole dans le Bas-Rhin après le concours départemental de labour. Il encourage les éleveurs à présenter un maximum d’animaux à la prochaine édition, qui aura lieu à Brumath les 11 et 12 mai prochains. Tout en exprimant un regret : qu’il n’y ait plus de grand concours régional depuis la disparition d’Eurogénétique. « Il faudrait une vraie manifestation d’élevage dans le Grand Est », déclare-t-il. Dans son rapport d’activité, Claude Ettlinger, d’Élitest, a lui aussi évoqué le festival de l’élevage. Sept éleveurs ont participé au concours simmental 2018, dont un pour la première fois. Le Gaec Cousandier de Rœschwoog et le Gaec Fichter d’Uhrwiller ont trusté les prix de championnat, tandis que l’EARL Engel de Buhl s’adjugeait le prix du meilleur lot. À l’occasion de leur assemblée générale 2018, qui s’était tenue en Allemagne, les adhérents du syndicat ont également eu l’occasion de visiter un élevage simmental outre-Rhin. Hervé Vignon, directeur de Simmental France, a fait le point sur le schéma de sélection et l’offre génétique en simmental. Le schéma de sélection actuel repose sur un réservoir de 16 000 vaches dont les performances sont contrôlées au Contrôle laitier. Sur ces 16 000 vaches, 11 000 bénéficient en plus d’un suivi morphologique et c’est dans ces 11 000 vaches que l’Organisme de sélection (OS) puise des mères à taureaux, qui sont accouplées avec le meilleur de la génétique européenne. Tous les ans, 100 candidats mâles sont génotypés et évalués génétiquement en Allemagne avec la population de référence allemande. Les index de ces mâles sont convertis en base française, à charge pour l’OS de trier les candidats retenus dans l’offre génomique pour en sortir cinq ou six. Puis ces taureaux sont indexés sur descendance et viennent enrichir l’offre de taureaux utilisables par les éleveurs. Celle-ci est segmentée en plusieurs catégories : le catalogue Simmental France comprend des taureaux indexés sur descendance qui ont des filles en production ; la gamme génomique, qui comprend huit taureaux aux profils variés, auxquels s’ajoutent quelques taureaux allemands et autrichiens, proposés par les partenaires de l’OS ; la gamme des taureaux étrangers disponible sous forme de semences importées, qui comprend à la fois des taureaux indexés sur descendance et des taureaux génomiques. Au final, ce sont 77 taureaux différents qui sont proposés par Simmental France. Un nouvel Isu en 2020 L’Isu, l’index de synthèse utilisé pour évaluer le niveau génétique des animaux, sera révisé en 2019, a annoncé Hervé Vignon. « La dernière révision remontait à 2012, souligne le directeur de Simmental France. Compte tenu de l’évolution de la conjoncture économique et de l’arrivée de l’index aptitudes bouchères, une révision s’imposait. » Simmental France a fait appel à l’Institut de l’élevage (Idele) et à une jeune ingénieure, Camille Vial, qui va étudier, en fonction de différents cas-types d’élevage, l’influence de chaque caractère élémentaire dans le revenu des éleveurs. L’objectif est « de pondérer l’Isu pour permettre à l’éleveur de dégager le meilleur résultat économique. » Le nouvel Isu pourrait se mettre en place courant 2020, prévoit Hervé Vignon. Autre sujet d’actualité, la révision du règlement zootechnique européen (RZE). Ce nouveau règlement, applicable depuis le 1er novembre 2018, donne de nouvelles missions et responsabilités aux OS. « Avant, l’enregistrement des filiations était assuré par l’EDE, le contrôle de performances par le Contrôle laitier, les index et l’évaluation génétique par l’Inra, la diffusion des index par l’Idele, la gestion des schémas de sélection par les entreprises de sélection, les orientations raciales, le Livre généalogique et la promotion de la race par les OS, énumère Hervé Vignon. Depuis le 1er novembre dernier, l’OS est responsable de tout, sauf de l’identification qui reste à l’EDE. » Pour pouvoir assurer ces nouvelles missions, Simmental France, dont les moyens humains sont limités, passera des contrats de délégation de service. Les éleveurs, quant à eux, vont devoir signer un consentement pour mettre à disposition de l’OS leurs données qui serviront à calculer les index. À l’initiative du monde de l’élevage, un nouvel organisme a été créé, GenEval, qui remplacera l’Inra pour l’évaluation génétique. « Rien ne nous oblige à faire indexer les animaux par GenEval, précise Hervé Vignon. Nous sommes en pleine réflexion pour savoir si nous continuons à faire évaluer en France ou si nous avons intérêt à faire indexer nos animaux en Allemagne ou en Autriche. » Le coût de l’indexation, de l’ordre d’1 € par animal au départ, voire 1,50 € dans les années futures, sera à la charge de l’éleveur, précise encore Hervé Vignon. Si l’indexation devait se faire en Allemagne, le prix serait supérieur puisqu’il faudra intégrer le coût du transfert d’informations, ajoute-t-il. Comparer la fiabilité des index Simmental France a décidé d’ouvrir le génotypage aux femelles. Celui-ci n’était jusqu’alors réalisé que sur les mâles. L’OS estime qu’avec près de 3 000 animaux génotypés en 2018, la précision des index est désormais suffisante. Toutefois, cette ouverture du génotypage se fait avec certaines restrictions : elle est limitée aux femelles ayant un pedigree complet (trois générations) et aux éleveurs adhérant au service génétique de Simmental France. Une offre promotionnelle est proposée jusqu’au 30 juin, à 30 € par génotypage, hors frais de prélèvement. Le but est de génotyper un maximum d’animaux et d’envoyer une partie des prélèvements en Allemagne, afin de pouvoir comparer la fiabilité des index français et allemands. Depuis un an environ, la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) propose aux éleveurs d’intégrer un groupe de suivi technico-économique. Cette prestation de conseil collectif est le fruit d’une coopération entre la CAA et le Centre de fiscalité et de gestion, a expliqué Sophie Weidmann, du service élevage de la CAA. L’objectif est de valoriser les données technico-économiques des éleveurs, de leur transmettre un compte rendu trimestriel permettant une meilleure réactivité dans la gestion de leur exploitation et de permettre une comparaison entre éleveurs géographiquement proches et appartenant à des systèmes comparables. Cette prestation nécessite d’avoir une comptabilité à jour trimestriellement, mais elle n’occasionne pas de double saisie, précise la conseillère. Elle peut être incluse dans les offres de conseil déjà souscrites. Six groupes fonctionnent actuellement en Alsace et un septième groupe pourrait se créer.

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