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Publié le 02/04/2019

Sept éleveurs de volailles bas-rhinois ont remporté le concours national « Agriculteurs d’avenir », destiné à encourager l’agroforesterie. Les paysans alsaciens ont planté 5 900 arbres entre fin février et début mars. Avec une préoccupation majeure : le bien-être de leurs poules.

Une quinzaine de personnes s’affaire sur la parcelle de Kevin Goetz. Le 12 mars, l’éleveur bio de Witternheim a invité famille et amis à une journée un peu spéciale. Ils vont planter des haies entre le bâtiment d’élevage de poulets et l’étable. Cent mètres de terrain vague transformés en mini-forêt. « On va poser environ 2 000 plants », renseigne le jeune agriculteur, tarière à la main et gouttes de sueur sur le front. Kevin Goetz est le dernier des sept lauréats alsaciens du concours « Agriculteurs d’avenir » à installer ses haies. Le programme a rendu son verdict en fin d’année dernière. Il vise à promouvoir l’agroforesterie en France. Le concept des éleveurs bas-rhinois ? Améliorer les parcours extérieurs de leurs volailles. « Les haies attirent les poulets dehors » Jusqu’à présent, les poulets restent cantonnés aux abords immédiats des bâtiments. Ils ne s’aventurent pas à découvert par peur des rapaces et autres prédateurs. Courageux mais pas téméraires. « Les haies les protègent et les attirent dehors », explique Gaëtan Puglisi, bénévole à l’association Haies vives d’Alsace. Le jeune homme apporte son expertise technique aux agriculteurs. Les arbres coupent aussi le vent et rafraîchissent l’air en été. Des arguments imparables pour se dégourdir les pattes. « C’est bien si les poules galopent », appuie Gaëtan. Autre avantage du terrain arboré : la nourriture. Ici, pas question de planter des lignes de thuyas. Stériles et étrangers à la végétation locale. « On essaie de reproduire ce qui se fait dans la nature », témoigne Céline Wisson, coordinatrice à Haies vives d’Alsace. Les volontaires plantent des dizaines d’essences différentes. Fusain, prunellier, noisetier… Les fruits de ces arbres fournissent un complément alimentaire aux animaux. « Cela favorise aussi la biodiversité et diminue le nombre de parasites », ajoute Chloé Schneller, conseillère de l’agence Bio en Grand Est. 55 500 € d’économie L’idée de planter des arbustes trotte dans la tête des sept Alsaciens depuis un moment. « On réfléchissait à ce projet depuis deux ans », confirme Kevin Goetz. Les compères découvrent le concours lors de l’assemblée générale de l’association de producteurs Plumes bio du Grand Est. Ils décident alors de tenter leur chance. Bingo. Ils font partie des 35 lauréats de toute la France. La récompense ? Une aide financière pour l’achat des plants. Ils reçoivent ainsi 12 000 € de la part du concours. Les études et l’expertise technique de Haies vives d’Alsace sont prises en charge par la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin Meuse. Au total, 55 500 € économisés. Mais Kevin Goetz l’assure : « On se serait lancé même sans le concours. » Quand on aime on ne compte pas.   Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 avril (suivre le lien).

3e Prix régional des solidarités rurales

« La ruralité, ce n’est pas le désert »

Publié le 01/04/2019

Pour la troisième année consécutive, le Prix régional des solidarités rurales souhaite récompenser celles et ceux qui soutiennent et font vivre la ruralité du Grand Est à travers leurs actions. Sous-représentés jusqu’à maintenant, les Alsaciens sont invités à concourir. Ils ont jusqu’au 30 juin pour le faire.

Dans les campagnes aussi, il y a de la vie. C’est en tout cas ce que cherche à démontrer le Conseil Économique, Social et Environnemental Régional (Ceser) Grand Est avec la troisième édition de son Prix régional des solidarités rurales. Cette initiative, unique en France, est née en Champagne-Ardenne en 1993. Étendue à l’échelle du Grand Est en 2016, elle a conservé son ADN originelle : mettre en lumière celles et ceux qui œuvrent pour soutenir l’initiative économique, sociale ou environnementale dans les territoires ruraux. À la clé, 71 000 euros de dotations, dont 15 000 euros pour le premier prix, 10 000 euros pour le second, et 7 000 euros pour les sept lauréats suivants. Une « mise en lumière » des actions Les associations, entreprises, collectivités et établissements des 4 354 communes de la région peuvent concourir depuis le 1er avril. Ils doivent remplir un formulaire d'inscription sur le site internet du Ceser Grand Est. Seules les actions déjà mises en œuvre au plus tard au 31 décembre 2018 sont éligibles. Comme l’explique Véronique Klein, première vice-présidente du Ceser Grand Est, « ce prix est une récompense, pas une subvention ». Elle poursuit : « Ce qui compte surtout pour les lauréats, c’est l’éclairage qui est fait sur eux au niveau de la région. Aujourd’hui, la ruralité se sent délaissée. Avec cette opération, elle est mise en lumière aux yeux de tous. » Pour postuler à ce concours, l’action proposée doit répondre à l’un des critères suivants : avoir une dimension économique (emploi, autofinancement, diversification des ressources) ; favoriser le développement local ou durable ; ou encore revêtir un intérêt manifeste pour la ruralité et les liens sociaux. Ce prix régional est complété par huit autres prix décernés par les partenaires de l’opération : la Caisse d’Épargne Grand Est Europe, la Banque des Territoires-Groupe Caisse des Dépôts, EDF, le groupe La Poste, AG2R La Mondiale et la Foire de Châlons-en-Champagne. Chacun de ces prix partenaires dispose de ses propres critères (voir encadré). La ruralité alsacienne manque à l’appel Lors des deux premières éditions, des profils très divers ont été récompensés : l'association La Fabrique, en Meurthe-et-Moselle, propose des emplois en CDI à des chômeurs de longue durée, une association d'aide aux migrants dans la Meuse, une association dans l’Aube qui réhabilite un potager historique de 1 ha, ou encore le chantier de réinsertion professionnelle aux Jardins du Giessen, à Muttersholtz. À ce jour, le seul lauréat alsacien. « Malheureusement, nous avons reçu très peu de dossiers issus de nos territoires. Pourtant, la ruralité est très présente chez nous et il y a des choses qui se font le long des collines sous-vosgiennes, dans le Sundgau, ou en Alsace Bossue », souligne Véronique Klein. L’appel est donc lancé pour les potentiels candidats haut-rhinois et bas-rhinois qui souhaiteraient démontrer, à leur tour, que « la ruralité n’est pas une fatalité, qu’elle est moderne, connectée, et surtout pleine de vie ». Les intéressé(e)s ont jusqu’au 30 juin pour déposer leur dossier. La remise des prix est prévue au mois de novembre prochain. PRSR 2017: Prix @GroupeLaPoste 7000€ attribué à la Section d’Aménagement Végétal d’Alsace à Muttersholtz (67) « la Nature au service de l’insertion » @CeserTassin @regiongrandest pic.twitter.com/hc8dl1szhT — CESER Grand Est (@cesergrandest) 9 novembre 2017

Publié le 01/04/2019

Alors que le mouvement des gilets jaunes poursuit tous les week-ends ses manifestations pour se faire entendre du gouvernement, la FNSEA a soulevé lors de son congrès la question de l’importance des corps intermédiaires dans la concertation et l’élaboration des décisions publiques, rôle que le syndicat exerce au quotidien au sein du monde agricole.

S’il y a eu compréhension du monde agricole vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes, avec des problématiques proches, pour les agriculteurs, de celles des habitants de la ruralité, « la structuration d’un réseau terrain, qui porte les dossiers, a pu remplacer le mouvement », explique Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, lors de la table-ronde sur les corps intermédiaires organisée par la FNSEA le 27 mars, à l’occasion de son congrès annuel, à Nancy. Cette structuration avait d’ailleurs permis « au syndicalisme d’obtenir certaines choses, comme l’exonération du gasoil », rappelle Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint. Parallèlement, les gens qui viennent manifester tous les samedis « n’ont pas de culture syndicale », explique le sociologue Jérôme Fourquet. La part des primo-manifestants y est importante, et la défiance à l’égard du pouvoir en place est extrêmement forte. Et c’est la non-structuration de ce mouvement qui rend difficile la sortie de crise pour le gouvernement. Alors que le syndicalisme sait initier des actions mais aussi y mettre fin après avoir obtenu des avancées. Débattre pour décider Car le rôle des corps intermédiaire, c’est avant tout de débattre pour porter ensuite une position commune. « Dans notre structure, on a un débat, on défend une unité avec de multiples différences », souligne Eric Thirouin, secrétaire général adjoint de la FNSEA. « Le sens de la délibération, ce n’est pas le bavardage, c’est la discussion avant et pour la décision », rappelle de son côté le philosophe Pierre-Henri Tavoillot. Ce que le syndicalisme agricole a bien compris : « nous faisons notre grand débat permanent, nous portons et assumons la délégation, et c’est comme ça que nous avons gagné », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Les gens ont découvert sur les ronds-points ce qu’on a dans nos réunions locales », poursuit-elle.   Table ronde "Place et rôle des corps intermédiaires" avec Pierre Henri Tavoillot "la délibération ce n'est pas le bavardage, c'est la discussion avant et pour la décision. On a tendance à confondre, on aime bien s'indigner en France" #CongresFnsea2019 pic.twitter.com/YLXoLsGVBe — La FNSEA (@FNSEA) 27 mars 2019   Mais si le monde agricole peut à ce niveau être considéré comme un exemple de représentativité et de participation, les corps intermédiaires sont clairement en perte de vitesse dans la majorité des autres secteurs, ignorés par Emmanuel Macron et jugés éloignés de la société. Leur rôle est donc de se renouveler pour mieux répondre aux préoccupations actuelles. Pour apporter des solutions à la crise actuelle, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a « mis en place une commission temporaire enrichie par l’apport de citoyens tirés au sort, pour proposer des solutions sur le sujet de la fracture et de la transition », explique Michel Chassang, président de cette commission temporaire au Cese. Pour Pierre-Henri Tavoillot, il faut cependant rester vigilant : « je suis un peu réticent à l’égard du participatif… Il faut des médiateurs : journalistes, corps intermédiaires… », insiste-t-il. Si le monde agricole reste encore très attaché aux corps intermédiaires et reconnaît leur efficacité, la participation aux élections chambres d’agriculture était en baisse de près de 10 points cette année. Tout l’enjeu de cette mandature sera donc de valoriser encore plus la discussion, l’explication, et les débats sur le terrain.

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