A la une

Publié le 17/04/2019

Il est possible de ne plus boire une seule goutte de boisson alcoolisée sans forcément devenir un ennemi de la viticulture et du vin. L’approche lucide de Roger Ohresser, président local d’Alcool assistance.

« Roger, avons-nous du souci à nous faire ? » C’est la question que les viticulteurs d’Obernai ont posée en 2004 à leur ancien collègue Roger Ohresser, alors qu’il venait d’être élu à la présidence de la section locale d’Alcool assistance. Une association nationale qui vient en aide aux personnes dépendantes de l’alcool depuis 1910. Roger ne s’est pas démonté. « Je ne suis pas contre l’alcool. Je mets simplement en garde sur la façon de le consommer », leur a-t-il expliqué. Roger met tous les alcools dans le même sac. Y compris des boissons faiblement dosées comme le cidre. « Ce n’est pas le degré qui est important, c’est la molécule. Elle est la même dans toute boisson alcoolisée. Le problème c’est que le cerveau la garde en mémoire. C’est ce qui pose problème. Même après vingt ans sans y toucher. Et c’est pourquoi quasiment toutes les personnes abstinentes qui reprennent un jour une boisson alcoolisée replongent. » Le parcours de Roger Ohresser est déroutant. Dans sa jeunesse, il a été… viticulteur ! Comme feu son père. Dans les années 80, ce dernier démarre la bouteille sur 3 ha. Roger participe avec lui à plusieurs foires aux vins à l’hôtel de ville. Les deux hommes travaillent deux ans de concert avant de renoncer. « Il nous manquait la volonté commerciale », se rappelle Roger. Il bifurque successivement vers plusieurs emplois salariés. Mais il continue à y avoir, dans la cave familiale, du vin destiné à la « consommation personnelle »… En 2001, Roger se déclare « abstinent ». Pour autant il n’a pas jeté « l’époque d’avant » aux orties. « J’assume », déclare Roger. Le visiteur n’a pas besoin d’insister pour visiter la cave. Elle loge toujours un fût de 30 hl qui porte encore à la craie la date du 10.10.99, la dernière fois où son père l’a méché avec du soufre. L’ancienne pompe à bras pourrait encore servir. Et les caisses en bois façonnées de la main de Roger et marquées d’un « OHRESSER » en grandes lettres capitales noires stockent des bocaux à défaut de transporter des bouteilles. « Le vin fait partie de ma vie » « Le fait d’être proche de la route des vins change mon approche de celle de mes collègues ailleurs en Alsace ou d’extrémistes qui souhaitent la disparition de la vigne. Elle est génératrice de paysage, d’emploi et de culture. Le vin fait partie de ma vie. Consommé normalement, il ne pose aucun problème. Tout est dans la mesure. Ce n’est pas le diable, même s’il peut le devenir. Certaines personnes tombent petit à petit dans le piège et après c’est très difficile d’en sortir », analyse Roger. À ses yeux, l’agrandissement du logo femme enceinte sur l’étiquette serait une bonne chose, tout comme le retour des subventions permettant l’intervention de capitaines de soirée en fin de fête dans les discothèques. Sur le reste de la réglementation anti-alcool, Roger est assez partagé. Augmenter les prix ? « La plupart du temps, ce n’est pas un frein pour ceux qui veulent consommer et qui recherchent l’effet que leur procure l’alcool. Et les premiers prix restent très abordables. » La nouvelle campagne de santé publique qui préconise un « maximum de deux verres par jour, et pas tous les jours » ? « Personne n’en sait rien ! Se restreindre sur tout, et pas seulement sur l’alcool, ça va un peu trop loin. On peut traverser une vie entière en buvant du vin. Le danger vient de l’excès. » Et produire moins de vin ? « Ce n’est pas la peine si on arrive à le vendre. » En 2013, il manque quelques trimestres à Roger avant de pouvoir prétendre à sa retraite. Il se présente pour un emploi chez… un viticulteur. Son profil d’ancien dans le métier convient au professionnel. Il l’embauche comme salarié occasionnel. « Je plante, je taille, j’arque, je palisse. Les travaux de la vigne m’occupent entre 300 et 500 heures par an. Je ne suis qu’indirectement en relation avec le vin », raconte Roger. Il a informé de son engagement associatif son employeur qui ne s’en est pas plus ému que cela. À l’automne, Roger participe aux vendanges. Il ne rate pas les réjouissances qui clôturent la récolte du millésime. Comme tous les vendangeurs, Roger a une flûte en main. Sauf que de l’eau pétillante y remplace le crémant !   À lire aussi : Notre article sur les bières sans alcool d'Heineken  

Publié le 16/04/2019

Les producteurs d’asperges manquent de main-d’œuvre pour la récolte. Ils ont alerté les pouvoirs publics lors du lancement de la saison, lundi 15 avril à Haguenau.

Des légumes laissés en terre faute de bras pour les récolter. Le cauchemar des paysans. C’est pourtant arrivé l’an dernier aux producteurs d’asperges alsaciens. En cause ? Des volumes exceptionnels et pas assez de saisonniers disponibles. « On s’est fait complètement déborder », confie Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Costume noir sur les épaules, le cultivateur de Bilwisheim a tiré la sonnette d’alarme, lors du lancement de la récolte, lundi 15 avril à Haguenau. Il craint que le désastre se répète cette année. Car la situation n’a pas vraiment changé depuis le printemps dernier. La main-d’œuvre française rechigne à s’engager pour deux mois dans une récolte pénible, payée au salaire minimum. Les ouvriers d’Europe de l’Est se détournent aussi des travaux agricoles. La raison ? « On n’est plus compétitif », tranche le président des asperges. L’économie des pays de l’Est s’améliore. Les salaires grimpent et le Smic français ne vaut plus le coup. Résultat : Polonais et Roumains préfèrent rester dans leur pays. « Ils gagnent un peu moins, mais ne passent pas deux mois loin de leur famille. » Le manque de bras est énorme. Plusieurs dizaines de saisonniers manquent à l’appel des asperges. Plusieurs centaines toutes cultures confondues. « Si la semaine prochaine vous avec un pic, vous ne pourrez pas faire face », compatit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Lui-même avoue souffrir du déficit de main-d’œuvre dans ses houblonnières, en pleine période de mise au fil. Cumuler RSA et récolte La parade pourrait venir des Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Et de leur dispositif de cumul RSA-récolte. Le concept ? Le bénéficiaire conserve l’intégralité de son aide sociale et la cumule avec son salaire de saisonnier. Un argument de poids pour motiver ces personnes à travailler aux champs. En principe, le montant du RSA diminue lorsque le bénéficiaire touche un salaire. « Nous voulons assurer les besoins des agriculteurs », appuie Frédéric Bierry, président Conseil départemental du Bas-Rhin. L’expérience a été lancée avec succès lors des vendanges 2018. Cette année, les collectivités étendent le mécanisme aux asperges et au houblon. Mais certains paysans renâclent à embaucher des chômeurs de longue durée ou des personnes aux situations personnelles difficiles. Pour les convaincre de sauter le pas, la Chambre d'agriculture et le Conseil départemental proposent des stages de deux jours non rémunérés. En clair, l’ouvrier passe une période d’essai de deux jours sur l’exploitation. Le temps de s’assurer que le travail lui convient. Et qu’il satisfait l’employeur. « Nous présélectionnons des candidats motivés, rassure Mathias Lienhard, conseiller emploi au Conseil départemental. Ils me relancent souvent, y compris les samedis et dimanches. » « On est toujours dans la dentelle » En tout cas, l’initiative intéresse les agriculteurs. « Cinq volontaires vont venir sur ma ferme la semaine prochaine », confirme Jean-Charles Jost. Sept producteurs d’asperges et neuf houblonniers se sont rapprochés des services du Département. Ils auraient besoin de 60 travailleurs au plus vite. « Pour l’instant, nous avons pourvu 12 postes en asperges et 85 personnes se disent intéressées par la mise au fil du houblon », se réjouit Mathias Lienhard. Mais il reste prudent. Les bénéficiaires du RSA demandent un suivi de tous les instants. Plus de la moitié n’a pas le permis de conduire. Les travailleurs sociaux doivent donc organiser des covoiturages. Trouver des solutions en bus ou en train. « Parfois on aide à réparer un vélo ou à dénicher une tenue de travail, décrit le conseiller. On est toujours dans la dentelle avec ce public. » Voilà que la haute couture vole au secours de l’agriculture. Les asperges d’Alsace valent bien ça.

Earl du Roetling à Traubach-le-Bas

La Tuile du Sundgau, un fromage de diversification

Publié le 15/04/2019

Depuis le début de l’année, Maïté Richert et Stéphane Muller produisent un nouveau fromage : la Tuile du Sundgau. Il est proposé directement dans leur magasin en vente directe, situé dans le même bâtiment que leur nouvelle fromagerie. Ce jeune couple d’éleveurs a trouvé une voie de diversification pour pérenniser l’Earl du Roetling à Traubach-le-Bas.

Originaire de Carspach, Maïté Richert, 29 ans, n’était pas forcément destinée à travailler sur une exploitation agricole. Après un bac science et technique en laboratoire, puis une licence en génie de l’environnement, elle a souhaité se réorienter après un premier stage en entreprise. Auparavant, elle a passé une année en Irlande où elle A fait du Wwoofing. Elle se retrouve dans différentes fermes où elle s’occupe des vaches et de la traite. C’est sa première découverte concrète du monde agricole. Ensuite, elle effectue plusieurs stages à l’étranger. Des stages liés à la biodiversité, à l’agro écologie, à l’optimisation des déchets, à l'étude des impacts de l'utilisation de pesticides. « Ces stages ont forgé mon projet de vie et ma vie professionnelle. J’ai alors eu envie d’aller plus loin dans ma réflexion sur les pratiques agricoles, sur l’environnement, sur la façon d’agir pour la planète dans notre vie de tous les jours », explique Maïté Richert. Elle effectue un Master puis un service civique dans une association à Strasbourg travaillant sur différents projets sociaux et agricoles. Elle a un temps l’opportunité d’être contrôleuse Pac et de faire un stage en fromagerie. « Nous étions en 2015. Une année qui a été décisive. Je me rendais compte des limites du travail humanitaire qui était jusque-là ma priorité dans la vie. Je voulais faire quelque chose de plus concret. La solution était de faire de la vente directe sur son territoire, sur sa ferme. J’ai alors suivi une nouvelle formation. Cela correspondait à mon envie de travailler localement, afin de pouvoir fabriquer quelque chose de mes mains », ajoute la jeune femme. Dans le même temps, son compagnon, Stéphane Muller, 30 ans, a poursuivi ses études qui l’ont mené à une prépa à Nice et à réussir son diplôme d’ingénieur informatique en 2013. Une belle réussite pour ce fils d’agriculteurs qui a suivi l’évolution de l’exploitation à Traubach-le-Bas. « Adolescent, j’ai toujours aidé mes parents et j’ai continué à le faire à chaque fois que j’étais en congés pendant mes études. L’évolution de la ferme m’a toujours concerné. J’ai un temps travaillé à mi-temps dans l’informatique. Mais, cela était compliqué à concilier avec le travail à la ferme. J’ai donc décidé de rester définitivement sur la ferme. D’abord en tant qu’aide familial. Je me suis ensuite installé au terme d’un parcours non aidé qui était plus simple et avec bien moins de contraintes administratives. Une installation aidée aurait nécessité de se conformer à un projet initial alors que je voulais être libre de mes choix », précise Stéphane Muller. Le jeune couple décide donc de monter un projet commun sur l’Earl du Roetling.     Un sens pédagogique Maïté et Stéphane prennent le temps de construire ce projet professionnel. Il évolue au fil des mois. L’idée est finalement de rénover un bâtiment pour se doter d'une fromagerie et un local de vente directe. Les travaux débutent au début de l’année 2018. De nombreux artisans locaux interviennent. « On est passé d’un petit projet dans un local frigo de 30 m2 pour transformer 30 000 litres de lait à un projet de 100 000 litres sur 100 m2. On a pris le temps de maturer ce projet. On a fait en sorte que le coût énergétique soit le moins fort possible. Les travaux se sont ensuite bien déroulés. Le 8 janvier 2019, on a fait le premier écrémage de lait et le 15 janvier, on a pu officiellement ouvrir ce magasin », se félicite Stéphane Muller. Initialement, ce bâtiment avait a une charpente en bois sur un mur en agglo. Un étayage de la charpente a été réalisé afin de supprimer le mur. Une ossature bois a été réalisée avec une isolation de 14 cm de laine de verre et des panneaux « sandwichs » de 6 cm ont été installés. Au plafond, il y a 20 cm d’épaisseur pour assurer une isolation maximale. Les ventilations sont en VMC double flux décentralisé​ pour limiter les pertes de chaleur. Il y a un seul groupe froid avec un récupérateur de chaleur pour chauffer les pièces qui le nécessitent. Des fenêtres permettent, depuis l’extérieur, d'observer tout le travail autour du fromage. « Nous voulons expliquer aux gens de cette façon ce que nous faisons. Cela a un sens pédagogique », plaide Stéphane Muller. Depuis la fin du mois de janvier, la couple commercialise ses fromages appelés Tuile du Sundgau. La réussite a été immédiate. La demande très forte. Une cinquantaine de fromages hebdomadaire étaient prévus. 250 sont désormais écoulés chaque semaine alors que ce chiffre devait être atteint sur trois ans ! « Cela montre les limites d’une étude économique, d’un prévisionnel. Il faut dire que les gens nous connaissent et attendaient le produit. Nous le vendons ici au local de vente, mais également à l’îlot Fermier à Hirsingue, au Champs de l’Ill à Spechbach-le-Bas, au magasin « Fraîcheur Paysanne de l’Ill » à Ruelisheim, au marché fermier de Manspach, ainsi qu’à Traubach-le-Haut à la ferme du Hohbourg. C'est le produit phare de notre gamme. La Tuile du Sundgau est un fromage à pâte molle avec une croûte mixte. On le lave un peu et on laisse la croûte se développer. C’est un fromage grand public qui est doux avec un léger goût de noisette et un peu fruité », se réjouit Maïté Richert. Son nom est un clin d’œil au passé du Sundgau et à son essor économique.     Un cheptel qui évolue Le travail ne manque pas à la ferme. Il y a les autres produits laitiers que sont le beurre, la crème, le lait cru, le fromage blanc traditionnel type bibeleskaes, les fromages apéritifs, frais, affinés ou façon crottins. Tous ces produits sont en vente au magasin. Et, il y a toutes les autres productions de la ferme qui représentent toujours une autre charge de travail. 70 hectares de foncier et 65 vaches à dominante Holstein. « Mais, depuis trois ans, l'intégralité du troupeau est croisé avec des Brunes des Alpes, des Montbéliardes et des Jersiaises. La moyenne de production est de 8 000 litres par vache (moyenne économique à 43,5/34,5) », précise Stéphane Muller. L’exploitation est également céréalière avec une vingtaine d’hectares de blé, cinq hectares de maïs grain et des cultures fourragères comme la luzerne, le maïs ensilage, l’herbe. Là également, le jeune éleveur est en réflexion. « Je fais une rotation des cultures, mais je me cherche encore car nous sommes en transition vers le non-labour. Je tente de produire plus de protéines d’où l’intérêt de la luzerne et des méteils. À terme, nous souhaitons que le troupeau diminue si la fromagerie est bien rentable. Nous ne nous fermons pas de porte. Nous voulons augmenter la pâture et l’herbe dans les rations », poursuit Stéphane Muller. Le couple fait un peu de steak haché, du veau gras et de nombreux produits laitiers.   Les produits de la ferme sont également disponibles en vente directe le mercredi de 16 h à 19 h 30 et le samedi de 10 h à 12 h 30.

Pages

Les vidéos