A la une

Publié le 11/04/2019

À Bennwihr, Julien Minery démarre son domaine en partant de zéro. S’il réalise un rêve d’enfance, celui-ci prend aujourd’hui les allures d’un défi.

Vingt-cinq ans et insouciant Julien Minery ? Pas vraiment. « J’ai abandonné des études d’infirmier pour faire un BTS viti-œno à Rouffach en 2013, d’abord à plein temps, puis en alternance. J’ai enchaîné avec une licence vin et commerce à Colmar. J’ai donc eu beaucoup de temps pour réfléchir à mon projet d’aller du raisin à la bouteille, à mes choix, ma manière de m’organiser et de travailler. Et mes parents me soutiennent à fond » lance-t-il. Son principe ? « Faire les choses dans l’ordre ». En 2016, il signe un CDD d’un an chez un viticulteur proche de Colmar pour acquérir de l’expérience en vigne comme en cave. En 2017, il crée son domaine, le Vignoble des 5 sens, en nom propre sous le régime du microbénéfice agricole. La même année il loue 20 ares. En 2018, une cessation d’activité lui permet d’augmenter sa surface de 1,9 ha d’un coup. En 2019, une nouvelle opportunité se présente. Julien reprend 50 ares d’un même propriétaire, autant que Thierry, son père, coopérateur sur 6 ha. « Il vaut mieux ne pas être trop gourmand au début. Je ne veux pas me laisser dépasser par les événements, mais garder la maîtrise du temps », justifie Julien. D’autant plus que ses vignes sont éclatées entre Sigolsheim, Bennwihr, Mittelwihr, Beblenheim et Zellenberg. En revanche, Julien n’a pas pu faire l’impasse sur l’équipement. Il achète tracteur, faucheuse, prétailleuse, rogneuse, un pressoir de 12 hl, dix cuves inox de 2,4 à 25 hl et même une petite ligne de mise en bouteille qu’il partage avec un collègue… Il finance le tout par un emprunt sur huit ans. Un projet de hangar avec un collègue échoue, faute d’accord de la commune. Alors Julien se replie sur une maison avec un peu de terrain en face de chez ses parents. Il aménage sa cave dans un garage de 40 m² qu’il isole pour que la température ne dépasse pas les 14°. Ce printemps, il commence à rénover la demeure. Elle doit accueillir un gîte de six à huit lits. « Mon idée est de développer l’œnotourisme, de diffuser dans les offices de tourisme un calendrier de visite et/ou de pique-nique au vignoble » explique Julien. Tout compris, le jeune homme a investi pour plus de 300 000 €. « Ma banque croit en mon projet » sourit-il. Trouver l’équilibre en cinq ans À la vigne comme en cave, Julien ne se ferme aucune porte. « Je débute. Je n’ai pas de droit à l’erreur », rappelle-t-il. Il ne se montre pas frileux pour autant. Sa première décision a été d’expérimenter la piloselle. Il en a semé sur le rang en 2017. « La plante concurrence un peu la vigne, sans que cela dérange. Il me faut en revanche bien travailler les deux côtés du rang pour éviter qu’elle envahisse tout. Je ferai le bilan au bout de cinq ans », dit-il. Les autres cavaillons sont désherbés deux fois par saison à l’aide de disques crénelés. Le rang travaillé et alterné tous les deux ans voit également passer des disques. Les fils ont été ramenés à 25-30 cm pour « favoriser la qualité ». Julien réfléchit au bio mais n’est pas décidé à franchir le pas. « Je crains les années pluvieuses qui obligent à multiplier les traitements et à tasser un peu plus le sol. Dans un premier temps je vais plutôt m’orienter vers une certification HVE*. En 2018, quatre sorties avec du cuivre et une spécialité systémique ont suffi à protéger mes parcelles ». Julien vise les rendements des appellations qu’il produit. Il a récolté 14 hl en 2017 et 90 hl en 2018, tout en livrant quelques raisins au négoce pour se faire de la trésorerie. En cave, il sulfite le moût à 2 g/hl et 4 g/hl à la mise. Il levure. « À terme, je m’en passerai peut-être, mais au début je ne veux pas prendre de risque », assure-t-il. Le jeune homme pense écouler ponctuellement un peu de vrac. Comme cette année une vingtaine d’hectolitres de gewurztraminer du millésime 2018. Il a vendu ses premières bouteilles en mars 2019. « Uniquement grâce au bouche-à-oreille. Des amis, des connaissances, achètent pour me donner ma chance. Ils veulent découvrir. Ils en offrent ou font déguster. Cela démarre doucement », avoue-t-il. « Le commerce me fait un peu peur car je manque de temps pour m’y consacrer. Je dois encore prospecter en restauration et pour des salons. »  Le dernier millésime va lui permettre d’étoffer sa carte. Julien prévoit quatorze vins à dominante sec. Il a également élevé en barrique de chêne un auxerrois, un pinot gris et un pinot noir qu’il a conditionnés en bouteille bourguignonne. « Enfant, mon rêve était de devenir œnologue. Là, il devient réalité. Mais c’est aussi un défi. Le risque climatique, le dépérissement des ceps sont des éléments qui m’inquiètent. J’aimerais parvenir à un équilibre d’ici cinq ans avec cinq hectares. Le fait que mes proches, des amis et mes premiers clients me soutiennent, me rassure ».   *HVE : Haute valeur environnementale

Patrimoine culturel immatériel

La boucherie française aux portes de l’Unesco

Publié le 10/04/2019

Victor Dumas souhaite inscrire la boucherie française sur la liste du patrimoine culturel universel de l’Unesco. Mardi 9 avril, le jeune boucher lyonnais s’est arrêté en Alsace pour promouvoir son projet.

« Silence ça tourne. » Caméras, micros, script… La salle du restaurant Le Cerf, à Marlenheim, ressemble à un studio de cinéma, ce mardi après-midi. Pas de Masterchef ou de Dîner presque parfait au programme. Mais une web-série intitulée « Victor à l’Unesco ». Les six épisodes documentent le tour de France de Victor Dumas, du 27 mars au 15 avril. À 20 ans, ce boucher lyonnais rêve de voir son métier sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. D’où lui vient cette idée ? Du mondial de boucherie, l’an dernier à Belfast. Il y a remporté le 3e prix des apprentis. « J’ai vu que notre boucherie se démarque des autres pays, commence ce grand brun aux yeux bleus. On est un peu les chirurgiens de la viande. » Le Meilleur apprenti de France 2016 aime citer une particularité tricolore. Ici, les bouchers détaillent près de quarante morceaux sur une demi-bête. À l’étranger, à peine cinq ou six. « C’est vrai qu’on fignole plus, on cherche les petits morceaux », appuie Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la Fédération des artisans bouchers en Alsace. Ainsi, merlans et araignées sont absents des étals allemands ou italiens. « Je veux montrer la belle image » À son retour en France, médaille de bronze autour du cou, Victor toque à la porte de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs. Il explique son projet de conquête de l’Unesco. Bingo, le puissant syndicat lui apporte son soutien. La confédération se charge de constituer le dossier et finance son road-trip (et la web-série). Victor joue le rôle de porte-étendard. « C’est une chance d’avoir des ambassadeurs jeunes et motivés », s’enthousiasme Jacqueline Riedinger-Balzer, conquise. Outre la reconnaissance du savoir-faire national, la démarche séduit car elle défend la profession. « Le métier est souvent sali, justifie Victor. Je veux montrer la belle image. » Une allusion à peine voilée aux récentes attaques de militants antispécistes sur les réseaux sociaux et contre les vitrines des artisans. Autre intérêt pour la profession : assurer la relève. Victor connaît bien le problème, son père est éleveur. Et à l’instar de l’agriculture, la boucherie voit ses professionnels partir à la retraite sans être remplacés. « L’idée est aussi de redonner envie aux jeunes de se lancer dans le métier », confirme le Lyonnais. Pour cela quoi de mieux qu’une mascotte jeune, qui communique sur les réseaux sociaux ? La deuxième étape de sa tournée s’est d’ailleurs déroulée au Centre de formation d’apprentis d’Avignon. « Il va y avoir plein d’entreprises à reprendre dans les prochaines années, insiste la patronne des bouchers alsaciens. Il faut motiver les nouvelles générations. » Entre boucherie et gastronomie, des liens indéfectibles Mais la journée à Marlenheim vise surtout à montrer les liens entre boucherie et gastronomie. Victor s’est incrusté parmi les casseroles et poêles du Cerf, plus vieux restaurant étoilé de France. Car la haute cuisine a besoin de bons bouchers. Joël Philipps, le chef de la maison, s’illumine : « Quand on a une belle pièce de viande devant nous, c’est comme notre bébé. » D’ailleurs, la boucherie serait le maillon le plus important de la chaîne, selon lui. « Elle est au milieu de la filière. Grâce à elle, on peut remonter dans l’élevage et descendre jusque dans l’assiette. » Dans la salle du restaurant, les caméras se sont arrêtées de filmer. Victor doit déjà partir. Prochain arrêt : Paris, le 15 avril. Un responsable de l’Unesco devrait le recevoir au siège de l’organisation. Un passage symbolique. La chasse aux signatures d’élus et la constitution du dossier commenceront après. « La procédure dure au moins deux ans », tempère Victor. D’ici là, le jeune prodige sera peut-être médaillé avec l’équipe de France de boucherie. Il compte participer aux mondiaux de 2020. Dans la catégorie « adultes » cette fois.

Interprofession des fruits et légumes d’Alsace

Du producteur au distributeur

Publié le 08/04/2019

Une contractualisation portant sur un volume d’achat et un prix annuel a été signée mercredi 3 avril entre l’enseigne Système U Est et la SARL ID3A à Balgau. Elle s’inscrit dans un contexte national de rénovation des relations commerciales qui fait écho à la loi Egalim.

Cette signature n’est que l’officialisation de ce qui a été discuté dès 2017. « Nous nous étions engagés mutuellement sur des quantités et sur un prix des produits », rappelle Claude Keller, gérant de la société ID3A à Balgau. Il s’agit en effet de l’élargissement de ce premier accord qui avait pour objectifs de relancer la création de valeur sur le territoire et en assurer l’équitable répartition. Permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes. Mettre à la disposition du consommateur une alimentation saine, sûre, durable, accessible à tous, en veillant à maintenir une souveraineté alimentaire. Poursuivre la transformation des systèmes agricoles afin qu’ils soient hautement performants. Pile dans l’esprit de la loi Egalim Le contrat a été basé sur une construction des prix à partir de l’amont. Il prend en compte les coûts de production des produits agricoles dans un contexte mondial concurrentiel, ainsi que la volatilité des marchés agricoles. Depuis, les partenaires se sont revus et ont fait évoluer leur entente. Le prix de la salade a été réajusté pour tenir compte des contraintes de travail. Un accord a également été trouvé sur le prix du persil et un nouveau produit, le radis rosé. « Nous sortons d’une année 2018 atypique en termes de météorologie. Nous avons réalisé un volume intéressant, en progression de 10 %, et un chiffre d’affaires en augmentation de 12 %. Ces derniers mois, Système U a joué le jeu et nous a permis d’obtenir des prix adaptés au marché. Nous avons été mutuellement réactifs », se félicite Claude Keller. Pas d’intermédiaire Ces bonnes relations de toute la chaîne sont dans l’intérêt de tous les professionnels et des consommateurs. L’occasion de rappeler que le circuit court est aussi dans les grandes et moyennes surfaces. « Les GMS ne sont pas que des intermédiaires. Dans le cas présent, nous travaillons directement avec les producteurs. Nous discutons ensemble sur les prix de produits que nous achetons localement et que nous revendons localement. Il n’y a personne entre nous. Pour les consommateurs, c’est l’assurance de trouver une alimentation saine et locale. Les circuits courts ne se cantonnent pas seulement à des ventes à la ferme. Là, nous revendons des produits récoltés le jour même », rappelle Thierry Boltz, président de Système U Est. Présent lors de la signature de cette contractualisation, le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, Pierre Lammert, s’est félicité de cette bonne entente et de ces relations commerciales positives. « À l’interprofession, nous nous réjouissons de ces actions professionnelles communes. Avec l’enseigne U, cela devient une bonne habitude. C’est important pour les producteurs de connaître les prix de leurs produits, de savoir ce qu’ils peuvent faire. Ils ont ainsi une meilleure visibilité. Vous êtes en avance sur la loi. C’est une bonne chose. »  

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