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Bernard Angelras, président de l’Institut français de la vigne et du vin

L’agroécologie, sans les dogmes

Publié le 31/03/2019

Sous la présidence de Bernard Angelras, l’Institut français de la vigne et du vin accompagne la filière vitivinicole pour répondre au défi agroécologique. Mais l’institut de recherche appliquée contribue également à désamorcer certains dogmes sociétaux.

Vigneron bio en Costière de Nîmes, sur une centaine d’hectares, Bernard Angelras s’est fixé comme challenge, lors de son arrivée à la présidence de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), de « mettre en adéquation la recherche, l’évolution et les attentes sociétales ». Des attentes qui « évoluent fortement » et qui imposent à la viticulture et ses pratiques des défis énormes « pour en tenir compte ». Car le vin n’est plus un produit de première nécessité et, de moins en moins, un produit de consommation courante. C’est donc acté, « la viticulture doit évoluer », mais pas à n’importe quel prix. « On doit être capable de démontrer que des choses sont faisables et d’autres pas », tempère Bernard Angelras, face à un consommateur dont les exigences relèvent parfois ou souvent du « dogme », estime-t-il. « La dernière fois, je suis intervenu devant un groupe de consommateurs qui ne comprenait pas qu’on continue d’utiliser des produits phytosanitaires. Le consommateur de bio pense souvent que c’est non traité : c’est faux. Les gens ne se rendent pas compte que les paysages sont entretenus et que, sans cela, ce serait des friches. » Aussi inéluctable soit-elle, l’évolution agroécologique demandée par la société requiert « du pragmatisme car on est vite rattrapé par les réalités », prévient Bernard Angelras, qui fait part de son expérience personnelle. « Je mettais des fleurs dans les vignes, parce que je trouve que c’est joli. D’ailleurs, certains n’ont pas compris cet enjeu de paysage pour un produit tel que le vin. Mais, qui dit fleurs, dit abeilles, dit contraintes sur les insecticides. D’abord l’Anses* nous a dit : impossible de traiter en journée, et aujourd’hui on nous dirait : interdiction définitive de traiter, à cause des fleurs. » De tels paradoxes engendrés par les enjeux agroécologiques, la filière n’en manque pas : la bouteille lourde appréciée du consommateur, tout comme la suppression du glyphosate. Deux exemples que cite Bernard Angelras, parce qu’ils dégradent ou risquent de dégrader le bilan carbone de la filière. Faire de la pédagogie « Il faut faire de la pédagogie », explique-t-il sur un ton offensif. « Quand j’ai été élu, j’ai dit que nous devions être le bras armé de la filière. » Le président de l’IFV voulait-il dire : soumettre les scientifiques de l’IFV aux besoins du syndicalisme et autres corporatismes ? « On n’est pas des défenseurs de lobby, prévient-il. On se cantonne sur le concret. Et, il n’était pas normal qu’on se passe des compétences des chercheurs de l’IFV. » Un « réseau de compétences important et d’ingénieurs déployés sur les territoires », souligne Bernard Angelras, riche de « ses échanges inter-régionaux ». La recherche appliquée à l’IFV est le lien entre la recherche fondamentale et le vigneron, précise-t-il. Exemple de travaux de recherche appliquée : le programme de testage des variétés résistantes de l’Inra. Autre pédagogie : celle des signes de qualité. La loi EGAlim impose la certification environnementale des exploitations. « Les certifications paraissent lourdes, mais une fois qu’on y est ça roule. Il faudra cependant tenir compte de la valorisation. Et il faudra l’expliquer au consommateur. » Qui paradoxalement demande toujours plus d’environnement sans être prêt à financer l’effort demandé… « On ne peut plus se contenter de l’agro, souligne Bernard Angelras. Il faut aller de l’agro à la bouteille, et de la bouteille au consommateur. C’est une chaîne ! » Mais le président de l’IFV se dit optimiste : « Se remettre en question, c’est bien ».   Lancement officiel du Guide de sensibilisation à la certification Haute Valeur Environnementale en viticulture sur le stand du ministère de l'Agriculture, en présence du ministre Didier Guillaume et des représentants de la filière vins.https://t.co/00SJuU7AVh #HVE #Vin #vigne pic.twitter.com/yGiAek92Zi — IFV (@vignevinfrance) 28 février 2019 * Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

Avec l’EM Strasbourg et le conseil interprofessionnel des Vins d’Alsace

La digitalisation du tourisme : une opportunité de développement

Publié le 29/03/2019

Les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle essentiel dans la compétitivité des organisations et des destinations touristiques, ainsi que pour l’ensemble de l’industrie du tourisme. C’est sur ce thème qu’a été organisée jeudi 7 mars, au château Kiener à Colmar, une conférence proposée dans le cadre de la convention entre l’EM Strasbourg et la marque Alsace.

Le rapport à la consommation de produits et de services touristiques devient de plus en plus informé, intelligent, communautaire et connecté. Dans le même temps, on assiste à une mutation de l’offre avec l’apparition de nouveaux services liés à ces nouveaux usages. L’augmentation de la flexibilité et de la rapidité, avec lesquelles un large éventail de services et de produits est proposé aux consommateurs, modifie la structure de l’ensemble du secteur. Cela crée à la fois des opportunités et des menaces pour toutes les parties prenantes. Néanmoins, il ne s’agit pas seulement de technologies, mais également de permettre l’inter-connectivité, l’engagement, la co-création et la création de valeur pour l’ensemble des acteurs de l’industrie du tourisme. « Cette conférence doit permettre d’aborder cette problématique dans le cadre d’un cycle qui a débuté en 2016 avec une première rencontre portant sur le vin et la santé. Puis en 2017, avec le vin et le numérique, et enfin en 2018, avec un sujet portant sur la valorisation du vignoble alsacien à travers l’œnotourisme », explique Coralie Haller, enseignante-chercheuse à l’EM Strasbourg et porteuse de la Chaire « vin et tourisme ». C’est en 2017 qu’a été créée cette chaire qui a pour ambition de mettre la recherche académique au service de la filière. Elle doit également former de jeunes diplômés du monde entier, imprégnés de la culture du vin, des terroirs et paysages d’Alsace. Elle renforce la position de l’école de management de Strasbourg aux côtés des vignerons, coopératives, négociants et de l’interprofession. Elle s’impose aussi comme une nouvelle étape de cette démarche, après avoir en 2015 lancé un Master 2 et une spécialisation du programme Grande école, intitulé « wine management and tourism ». Le « eTourisme » En partenariat avec le conseil interprofessionnel des Vins d’Alsace, le Crédit Agricole Alsace Vosges ou encore les grands chais de France, ce dispositif s’est donc développé en s’intéressant aux problématiques spécifiques des filières de la viticulture et du tourisme. Avec trois objectifs principaux : innover en constituant un lieu d’échanges professionnels, proposer des formations de haut niveau, échanger sur les besoins et les bonnes pratiques pour favoriser des partenariats et des rencontres. Le #CIVA sera partenaire de la Chaire de recherche "Vin et tourisme" de l'EM Strasbourg. @VinsAlsace pic.twitter.com/l6lM72OH4Z — EM Strasbourg (FR) (@EMStrasbourg) 17 mai 2017 Le sujet de la digitalisation de l’industrie du tourisme rentre dans ce cadre de travail. La conférence a tout d’abord permis d’éclairer le public présent sur une réalité : on est passé du tourisme au « eTourisme ». Pour cela, la technologie de l’information et de la communication (TIC) joue un rôle essentiel dans la compétitivité des entreprises liées à l’industrie du tourisme. Les modes de consommation ont changé. Le tourisme électronique est devenu une réalité. Il est grandement lié à l’utilisation et à l’application des TIC à tous les processus et à toutes les chaînes de valeur du tourisme, des voyages à l’hébergement. Le rapport à la consommation de produits et de services touristiques devient de plus en plus connecté via différents supports comme les tablettes, les ordinateurs, les applications, les téléphones. Sans oublier les réseaux sociaux. De nouveaux décideurs Désormais, il y a également de nouveaux « décideurs » qui fixent les règles du jeu, augmentant du même coup la flexibilité des entreprises et la rapidité de leurs services. Pour séduire la future nouvelle clientèle, les entreprises du tourisme n’hésitent plus à utiliser le virtuel pour expérimenter leurs propositions de voyages. La société haut-rhinoise LK Tours en est un exemple. C’est une entreprise en pleine transformation digitale. « Cette transformation se base sur trois piliers : l’expérience client, les processus opérationnels et les modèles d’affaires. Nous avons fait le constat que le voyageur s’inspire de contenus en ligne pour découvrir et préparer son voyage. Par le passé, nous répondions à ses interrogations avec des catalogues, des livres, des documentaires. Aujourd’hui, nous utilisons les réseaux sociaux et le virtuel. De chez lui ou de nos agences, nous lui permettrons de découvrir virtuellement son futur séjour. Cette réalité virtuelle permet également à LK Tours de communiquer sur la réalité d’un voyage en autocar de grand tourisme, de donner envie de découvrir des destinations à faible notoriété ou encore d’interpeller et d’attirer les clients sur des salons et en agences. Les solutions proposées sont alors des simulateurs de voyage en autocar, des vidéos à 360° courtes et commentées », explique Stéfan Vrtikapa, chargé de marketing et développement au sein de la société. Dans le même esprit, le digital s’installe progressivement dans le back office des acteurs du tourisme. Souvent confrontés à des difficultés de recrutement, les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie voient fleurir une offre nouvelle de service spécialisée pour trouver la main-d’œuvre nécessaire qualifiée. Des plateformes en ligne destinées à leur faciliter la vie à l’image de Badakan, une application qui met en relation un vivier de personnels compétents et les professionnels qui ont des missions à proposer. « Outre la prise en charge par le site des aspects administratifs et contractuels, Badakan repose également sur un système de notation de ses membres pour rassurer les employeurs et vice-versa », explique Marion Besancenot, chargée des opérations et du recrutement du site.  Il en va de même pour la « Legal Tech » créée par l’avocate spécialisée en droit du tourisme, Élise Fabing, à l’origine pour le réseau des Offices tourisme de France. « Nous voulons proposer à nos clients une plateforme regroupant toute l’information juridique, accessible et claire sur le droit du tourisme et un système de réponses automatisées aux questions les plus simples qu’ils se posent », explique-t-elle. Un moyen de gagner du temps et de l’argent tout en renforçant la relation avec les professions juridiques. « Cela nous permet d’optimiser les process et les coûts pour être plus disponibles et nous concentrer sur les taches à forte valeur ajoutée », ajoute Élise Fabing. Enfin, la conférence s’est terminée avec l’intervention de Jean-Philippe Loir-Mongazon, « maire du village by CA » du Crédit Agricole Alsace Vosges. Il a présenté ce village. À savoir : un écosystème innovant conçu comme un lieu de partage et de création qui favorise les échanges innovants et accompagne les start-up.  

Asperges d’Alsace

Une précocité exceptionnelle

Publié le 28/03/2019

Après un hiver particulièrement clément, les asperges d’Alsace débarquent avec plusieurs jours d’avance sur les étals alsaciens. L’occasion de rappeler que privilégier des asperges estampillées « L’asperge d’Alsace », c’est faire le choix de la qualité et d’une consommation locale et responsable.

Depuis une dizaine de jours, les premières asperges d’Alsace pointent le bout de leur nez dans le secteur de Hœrdt, qui bénéficie de terres sableuses, aérées et se réchauffant vite. Par rapport aux années précédentes, les asperges sont donc en avance. De presque dix jours. Une précocité qui s’explique par la météo, avec un hiver peu pluvieux, voire ensoleillé en févier, qui a permis aux producteurs de préparer la saison (buttage, paillage) dans des conditions de travail optimales. « Les buttages ont été effectués tôt et les paillages sont en place depuis un mois », rapporte Emmanuel Dollinger, producteur à Hœrdt. Les paillages que les agriculteurs utilisent pour booster la pousse des asperges ne fonctionnent vraiment bien que quand il fait beau et chaud. « Et ce sont justement les conditions dont on bénéficie actuellement », se félicite Emmanuel Dollinger. Actuellement, les buttes d’asperges de Thierry Riedinger, producteur à Hœrdt, sont recouvertes d’un paillage thermique de 25 µm, lui-même recouvert d’une deuxième couche de bâche, qui réchauffe la terre entre les buttes, afin de gagner encore quelques degrés. Objectif : « Emmagasiner de la chaleur dans le sol en journée. Et l’y garder la nuit », décrit-il. Car pour que les asperges émergent, le sol doit atteindre une température de 11 à 13 °C à 40 cm de profondeur. Le forçage consiste à accélérer l’augmentation de température dans le sol, pour hâter l’émergence des turions. Pourquoi ne pas attendre que les asperges arrivent à leur rythme : « Nous devons répondre à la demande du consommateur, qui veut manger des asperges de plus en plus tôt, et étaler la campagne de production, pour valoriser au mieux la production », argumente Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace (APAA). Faire durer le plaisir Cette phase de forçage ne concerne que les variétés précoces. Pour les autres, demi-tardives et tardives, les objectifs sont différents, donc la conduite aussi. Cette fois, il s’agit de réguler leur croissance, voire de la retarder pour faire durer la saison des asperges. Les variétés demi-tardives sont couvertes de plastiques noirs qui attirent la chaleur, mais moins que le paillage thermique. Ils sont imperméables aux rayonnements lumineux, ce qui, en bloquant la photosynthèse des turions garantit la blancheur des asperges, chère au consommateur. Les variétés tardives sont au contraire couvertes de bâches blanches, qui rejettent la chaleur, pour retarder leur pousse. Mais les nuits sont fraîches et les asperges poussent encore au ralenti. Actuellement, au prix d’une marche de 5 km dans les aspergeraies, il est possible de récolter quelque 30 kg d’asperge par hectare en une journée. Un chiffre qui sera multiplié par cinq dans quelques jours, lorsque les aspergeraies seront entrées en pleine production. Et qui explique aussi le tarif de ces toutes premières asperges : quelque 14 €/kg. Pour récolter un hectare et conditionner sa production, il faut compter une personne et demie. La production d’asperges est donc gourmande en main-d’œuvre et, d’année en année, les producteurs peinent à recruter. Plusieurs raisons à cela. Il s’agit de travaux physiques et de plein air, notamment la récolte. Les conditions de vie et de salaire dans les pays de l’Est se sont significativement améliorées, et il devient donc de plus en plus difficile d’attirer cette main-d’œuvre en Alsace. Pour trouver des salariés, les producteurs doivent donc les payer plus cher - « Ils gagnent plus que le Smic », précise Emmanuel Dollinger - et le répercuter sur le tarif des asperges. De terre à table Les premières asperges récoltées laissent augurer d’une bonne qualité. Pour ce qui est du rendement, il est encore trop tôt pour se prononcer. Une chose est sûre, les producteurs vont bénéficier d’un calendrier favorable, avec des fêtes de Pâques tardives, en concordance avec la période de production, tout comme plusieurs jours fériés en semaine. Par contre, la précocité alsacienne se vérifie aussi pour les autres bassins de production (Landes, Pays de Loire) et toutes ces asperges risquent d’entrer en concurrence sur les marchés de la distribution et de la restauration, ce qui se traduira inéluctablement par une baisse des prix. Aussi est-il important de rappeler qu’en choisissant des asperges estampillées « L’asperge d’Alsace », le consommateur achète un produit dont les règles de production sont soumises à un cahier des charges et régulièrement contrôlées par un organisme indépendant. « L’asperge est une culture qui ne reçoit aucun traitement avant récolte. Nous effectuons régulièrement des analyses de résidus de pesticides, et nous n’en avons jamais détecté », rapporte Philippe Sigrist. Retrouvez la récolte et le conditionnement des asperges en images :  

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