Élections européennes
L’agriculture en campagne
Élections européennes
Publié le 03/05/2019
Les candidats des principales listes aux élections européennes de mai ont présenté les grandes lignes de leur programme pour l’agriculture, jeudi 18 avril devant la presse agricole. Trois axes principaux reviennent en boucle : réformer la Pac, rehausser le revenu des agriculteurs et préserver l’environnement. Mais les méthodes divergent selon les partis.
Tous les cinq ans, l’agriculture revient au centre des débats électoraux européens. Normal. La politique agricole reste le principal poste budgétaire de l’Union. De plus, la réalité du changement climatique pousse les partis à aborder le sujet de l’écologie. Et l’agriculture n’est jamais loin quand on parle d’environnement. À un peu plus d’un mois du scrutin, les candidats des six principales listes ont défendu leur programme agricole devant les représentants du Syndicat national de la presse agricole et rurale. La plupart des partis ont établi leur programme selon trois lignes directrices : Pac post-2020, revenu des agriculteurs et environnement. • Pac, Paf, Paac C’est le sujet numéro un de la campagne. La réforme de la Politique agricole commune post-2020 est en pleine discussion entre les États membres. Son budget est menacé (lire en pages 12-13 de notre n° 13 du 29 mars 2019). Un coup dur pour la France, première bénéficiaire des aides européennes. Tous les candidats s’affichent alors en défenseurs du budget agricole. « Notre premier point est évidemment de sécuriser la Pac », confirme Hervé Juvin, du Rassemblement national (RN). Idem du côté de La République en marche (LREM), des Républicains (LR) et des socialistes. Mais les projets divergent sur l’esprit même de la Pac et ses grands principes. Le parti de Marine Le Pen, fidèle à ses convictions, souhaite renationaliser en partie le dispositif. « Nous considérons que les stratégies se font au niveau des États nations », pointe Hervé Juvin. Selon lui, les pays européens devraient définir leurs propres politiques agricoles. La Pac deviendrait un simple coffre-fort dans lequel les États piochent leurs aides. Bref, une Politique agricole française (Paf) qui ne dit pas son nom. Horreur pour les Républicains. « La politique agricole doit rester commune, insiste Anne Sander. Nous ne voulons pas de 27 modèles différents avec une concurrence exacerbée. » De son côté, le parti présidentiel veut aller plus loin. « L’Europe doit refaire de son agriculture un secteur stratégique », appuie ainsi Jérémy Decerle. À gauche de l’échiquier, on se préoccupe plutôt du modèle agricole européen. Les partis souhaitent revenir à l’essence même de la Pac. À savoir : nourrir les habitants. La France insoumise (LFI) veut par exemple renommer le mécanisme en Politique agricole et alimentaire commune (Paac). « Comme ça, on donne bien l’objectif de l’alimentation, pas celui de la compétitivité ou de la productivité », explique Laurence Lyonnais. Benoît Biteau est au diapason. Le candidat d’Europe écologie les verts (EELV) parle de « mission de sécurité alimentaire ». Les socialistes défendent la même idée, avec des termes plus pointus. « Depuis 54 ans, l’agrochimie a cloisonné l’agriculture, l’alimentation et la santé humaine, rappelle l’eurodéputé Éric Andrieu. Cela a fait perdre son sens à l’agriculture. » Lui préconise une construction des filières à partir de la qualité des aliments et du respect de l’environnement. • En finir avec les paysans précaires L’ensemble des listes promet d’œuvrer pour augmenter le salaire des paysans. Deux leviers principaux émergent des débats. D’abord, plusieurs candidats proposent de modifier la répartition des aides Pac. Jérémy Decerle, de LREM, souhaite « diminuer les soutiens dirigés aux hectares et les rediriger vers l’activité humaine ». En clair, les subventions ne favoriseraient plus les grandes exploitations, mais celles qui emploient le plus d’actifs agricoles. Une logique adoubée par les écologistes. Elle serait porteuse « d’un modèle de développement agricole tourné vers l’installation et l’emploi », selon Benoît Biteau. Autre parti, autre approche. LFI plaide pour un plafonnement des aides. Elles seraient limitées à 60 000 € par actif et réservées aux fermes de moins de 100 ha. L’autre solution consisterait à rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux rendus. « Si l’industriel doit payer pour la tonne de CO2 qu’il émet, je ne vois pas pourquoi le propriétaire de cultures qui captent le CO2 ne serait pas rémunéré pour le service rendu », expose Hervé Juvin, du RN. Une logique suivie par LR. Le parti de droite se garde cependant d’avancer des mesures concrètes. Il se borne à demander une « rémunération pour des services rendus dans les territoires ». En parallèle, le parti socialiste montre les muscles. Il entend lutter contre la volatilité des prix. Éric Andrieu appelle à la création d’un régulateur sectoriel. Le concept ? Installer des observatoires des prix dans chaque filière des pays membres. Les experts informeraient en temps réel la Commission européenne de toute dégringolade ou envolée des cours d’une denrée. À partir de là, les instances de l’UE disposeraient d’un mois pour apporter des réponses. « Retrait volontaire du produit et si ça ne suffit pas, sanction de ceux qui continuent à produire plus à l’échelle de l’UE », dégaine l’eurodéputé. • Sauver l’environnement sans détruire l’agriculture L’écologie occupe une place centrale dans le débat politique. Un thème inhérent à l’agriculture. Chaque parti a préparé le verdissement de son programme. Jérémy Decerle réaffirme l’ambition du parti présidentiel à s’écarter des produits phytosanitaires. « Nous devons réussir la transition écologique, être moins dépendants des pesticides et en sortir à 50 % d’ici 2025. » Cependant, il défend plus de pragmatisme. Avec des objectifs de résultats préférés aux objectifs de moyens. Les Républicains aussi s’emparent du sujet de l’écologie. « Les enjeux environnementaux sont essentiels, admet Anne Sander. Mais nous ne voulons pas opposer l’agriculture à l’environnement. » Le sous-titre : pas de nouvelles mesures écologiques sans compensations ou alternatives pour les paysans. Le RN, d’habitude peu bavard sur l’écologie, a décidé d’en faire un thème central de sa campagne. Le parti d’extrême-droite défend le « localisme ». Le concept oppose local et global. Une philosophie en phase avec la préférence nationale prônée de longue date par la formation. Car pour le RN, la mondialisation ruine l’agriculture française et détruit l’environnement. Le parti plaide pour la sortie des accords de libre-échange et le rétablissement des barrières douanières. Moins radicale, La France insoumise demande la fin des accords commerciaux. Mais elle ne parle pas d’un retour aux barrières douanières. "Le localisme que nous défendons est la seule option qui soit réellement écologique, en inversant le coût de la distance : le produit qui vient de près doit être moins cher que le produit qui vient de loin, c'est du BON SENS !" #Rostrenen #Bretagne pic.twitter.com/uIsfXtDgOy — Marine Le Pen (@MLP_officiel) 5 avril 2019 Retour aux petites fermes pour les socialistes. Voilà leur credo en résumé. « Je prône un recentrage de l’agriculture vers des exploitations familiales et vertueuses », détaille ainsi Éric Andrieu. Les écologistes, eux, veulent avant tout réduire la dépendance au pétrole et produits chimiques. Retrouvez l'intégralité des entretiens en vidéo sur le lien suivant.












