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Dégâts de sangliers et de cerfs

La situation s’aggrave en montagne

Publié le 19/05/2019

Sur les hauteurs de Sainte-Croix-aux-Mines, l’exploitation de la famille Botter élève ses vaches pour faire de la viande. Installé depuis 1985, Guy-Loup Botter a défriché les lieux et ouvert le paysage au profit de son cheptel. Mais, il a parfois du mal à le nourrir de l’herbe. La raison ? Les dégâts récurrents de sangliers et… de cerfs.

Il se présente comme un « néo-rural ». Originaire de la Moselle, il a fait un bac agricole avant de travailler dans des fermes et en fromagerie. Avec son épouse, Guy-Loup Botter arrive par hasard en Alsace et tombe sous le charme de ce lieu situé au-dessus de Sainte-Croix-aux-Mines, à 650 mètres d’altitude. « Le coin était un peu perdu. Les lieux étaient entourés de la forêt. Nous avons décidé de construire et de commencer cette aventure », explique l’éleveur. La ferme de la Bouille est née. La famille Botter a tout d’abord passé son temps à augmenter ses surfaces en défrichant les lieux pour s’ouvrir de nouveaux espaces. Au début des années 2000, un nouveau bâtiment voit le jour. Il va servir à abriter le cheptel. Actuellement, l’exploitation compte une vingtaine de vaches vosgiennes et 70 bêtes au total. « Nous cherchons à le stabiliser. Un système de stabulation est en place dans le bâtiment d’élevage que nous avons agrandi pour assurer davantage de confort aux vaches. Nous pensons que si elles sont bien installées, elles produisent mieux. Ce bâtiment tient sur trois étages. On a construit une fumière en complément du bâtiment historique », précise Guy-Loup Botter. Sa production ? Il ne fait que de la viande. Le couple produit des bœufs en les élevant jusqu’à l’âge de trois ans. Il les finit totalement pour obtenir de la viande grasse. La qualité naturelle de la Vosgienne, avec une bonne finition, permet d’obtenir une viande de qualité que l’on retrouve ensuite en boucherie. « Nous proposons une viande exceptionnelle. Quand ce n’est pas le cas et que nous pensons que la viande est « moyenne », nous la passons en steak haché ou en charcuterie. Cette viande est vendue aux particuliers, à des restaurateurs ou encore au magasin de producteurs à Sainte-Marie-aux-Mines. Nous faisons également un peu de produits transformés et un peu de forêt. De la prestation pour des propriétaires forestiers et du bois de chauffage en hiver », poursuit Guy-Loup Botter qui, comme son épouse, est en fin de carrière. Ce sont leurs enfants, Violette et Per-Loup qui vont prendre leur suite. Des pertes importantes Toutes ces années, la famille Botter a passé son temps à défricher les lieux. « On a du mal à trouver du foncier ici. Alors, on a ouvert le paysage. Ici, il y avait des ronces par exemple », précise l’éleveur en indiquant ce pré où se tiennent les vaches. Autre particularité de cette exploitation, elle se trouve au milieu de deux versants. Ils sont envahis par les sangliers et, phénomène nouveau et plus important, par les cerfs. « Là-bas par exemple, j’ai une parcelle de huit hectares. Je suis contraint régulièrement de déclarer environ six hectares de dégâts de sangliers. À chaque fois, je dois ressemer, fertiliser et espérer pouvoir récolter. À chaque fois, que ce soit les sangliers ou les cerfs, ils repassent dessus. L’année passée, j’ai pu avoir un rendement de seulement 500 kg de foin à l’hectare. Or, c’est ma seule récolte de l’année. Pour nourrir mes bêtes et passer l’année, je suis donc obligé d’acheter du foin ou de la paille », s’agace Guy-Loup Botter. Et les dégâts ne sont pas les mêmes. Visuellement, ceux des sangliers sont facilement observables à l’œil. Les parcelles sont saccagées. Pour les cerfs, il faut être davantage un spécialiste et un observateur des lieux. « Dans le « meilleur » des cas, l’herbe est tassée par les cerfs. Elle est du coup de moins bonne qualité. Dans le pire des cas, les cerfs la mangent. Ils ne se cachent presque plus. Ici, il y en a une vingtaine en permanence », ajoute l’éleveur. Il y a deux ans, le parc des Ballons des Vosges avait organisé une réunion dans la vallée de Munster sur le sujet. Un état des lieux avait été effectué. Une conclusion en était sortie : 28 % de l’herbe de la ressource fourragère dans cette vallée était mangée par lesdits cerfs. « Depuis, la situation s’est aggravée. Ici, j’ai mesuré que, depuis deux années, on pouvait faire monter cette estimation à 60 % et, dans tout le massif, à plus de 50 %. Ce n’est plus acceptable. Il y a dix ans, quand on voyait un cerf, on en parlait sérieusement. Aujourd’hui, c’est devenu une banalité et un problème », poursuit Guy-Loup Botter. Il pointe du doigt l’attitude des chasseurs qui, selon lui, ne respectent pas les plans de tirs. Il s’agace également de l’attitude des autorités qui ne font rien pour traiter le sujet qui est devenu un véritable problème économique qui s’ajoute à celui de la sécheresse. « On a toujours acheté du foin ou de la paille, mais jamais autant que ces deux dernières années et jamais aussi tôt dans l’année, ni de façon aussi fréquente. À ce rythme, l’agriculture de montagne est menacée », conclut Guy-Loup Botter.

Nouvelle campagne des Vins d’Alsace

Opérationnelle pour reconquérir le marché intérieur

Publié le 17/05/2019

Devant près de 500 metteurs en marché de vins d’Alsace, la nouvelle équipe du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace a dévoilé la nouvelle stratégie de campagne de communication, avec de nouveaux visuels et surtout des actions ambitieuses réorientées sur l’hexagone et son quart Nord Est en particulier et sur une cible consommateur élargie.

L’interprofession viticole alsacienne vit une révolution « rock’n’roll ». C’est un conseil interprofessionnel très opérationnel qui s’est présenté aux metteurs en marché de vins d’Alsace, jeudi soir à Ribeauvillé, en dévoilant la nouvelle stratégie de campagne de comm. « Cela fait 12 ans que je vais à des assemblées, c’est la première fois que je vois le vignoble applaudir spontanément à l’unanimité », constate un directeur de grande coopérative vinicole, au sortir de l’assemblée plénière du Civa. Il y a longtemps que la profession viticole alsacienne n’avait pas connu une telle ferveur, le sentiment unanime d’une ligne directrice avec un véritable projet pour la mise en marché des vins d’Alsace : « reconquérir les places qu’on mérite », souligne son directeur marketing Philippe Bouvet. De l’avis unanime, ça bouge au Civa ! Le dévoilement « de la campagne de comm du Civa » est le point d’orgue d’une révolution interne impulsée par le trio managérial : Didier Pettermann, le président, Gilles Neusch, le directeur et Philippe Bouvet, le directeur marketing. « Nous avons transformé l’institution en entreprise de services », car le vignoble a besoin de se « sortir de sa torpeur », avec des chiffres de ventes de vins d’Alsace orientés à la baisse. Mais le tableau n’est pas si sombre et Didier Pettermann souligne les atouts des vins d’Alsace : la référence en vin blanc, le vignoble le plus vert de France.   Si d’un point de vue macroéconomique c’est compliqué, les chiffres démontrent que les vins d’Alsace « surperforment » sur certains secteurs de vente, par exemple dans les restaurants étoilés, mais pas seulement, analyse Philippe Bouvet, chiffres à l’appui. D’où une orientation stratégique totalement revue, avec une méthode définie par le comité de direction sous l’impulsion de Philippe Bouvet. Et de nouveaux outils à disposition du vignoble comme l’enquête prix en GMS, CHR et cavistes qui permet à chacun de mieux comprendre son positionnement prix par rapport à la moyenne du vignoble. « On ne part plus de mythes, on part de réalité. Mieux comprendre comment mieux commercialiser et plus. Ça nous amène au fait qu’on doit être plus présents », explique Philippe Bouvet. Les vins d’Alsace entendent désormais agiter « l’écosystème complexe qu’est le consommateur de vin, sur des réseaux et circuits de distribution tout aussi complexes ». Cela va se traduire pour les équipes du Civa et les metteurs en marché alsaciens, par une intensification des opérations de dégustations, promotions, story-telling, repas, rencontres B to B, dans tous les secteurs de distributions. Autre objectif : élargir la cible consommateurs. « Il est temps de nous reconnecter à nos consommateurs. 71 % d’entre eux nous connaissent mais ne nous achètent pas ». Alsace Rocks D’où le concept Alsace Rocks, visant à « réveiller le consommateur, avec des temps forts ». L’idée est de reconquérir le marché français qui représente ¾ des volumes, « c’est une priorité. On va créer des ondes de choc, reconquérir des zones stratégiques, avec un investissement sur les grandes villes du Nord Est, dans les lieux, cafés, bars, restos emblématiques ». Mais le Civa est décidé à « ne s’interdire aucun circuit de distribution ». Et la guerre des prix ? « Il y a une schizophrénie de la GD de casser les prix et en même temps chercher de la valorisation, reconnaît Philippe Bouvet. Mais si on ne va même pas les voir, nous interpro, pour leur porter un message, un discours - ce qu’on n’a pas fait jusqu’ici - on leur laisse appliquer leur règle du jeu : le prix ». Donc sur ce terrain aussi, le Civa entend occuper l’espace : « On ne va pas aller voir les services achat, mais les services marketing, image-management, et leur raconter notre belle histoire, tourner les données à notre avantage et parler d’autre chose que du prix ». Difficile de citer tous les projets argumentés présentés lors de cette soirée. Mais citons encore l’œnotourisme, « c’est clé pour l’Alsace, vecteur d’émotion et de marge, c’est un métier à part ». Là aussi le Civa a établi un plan stratégique pour « saisir l’occasion du label Vignobles et découvertes de la route des vins d’Alsace » qui vient d’être attribué. Une évolution à mesurer lors du prochain slow-up de la route des vins d’Alsace le 2 juin. Reste désormais à savoir si « la partie production » du vignoble va suivre : « La balle est dans votre camp », a conclu Didier Pettermann. « Faites vivre ce projet ! Aux entreprises de se l’approprier, de l’adapter, d’adopter et accélérer cette dynamique, de la compléter et d’en faire le meilleur usage. »

Publié le 16/05/2019

Jeudi 9 mai, les syndicats agricoles d’Alsace, de Moselle et du Bade-Wurtemberg se sont rassemblés devant le Parlement européen de Strasbourg. À deux semaines du scrutin européen, les militants ont rappelé leurs revendications partagées des deux côtés du Rhin. Ils ont aussi réaffirmé la puissance du couple franco-allemand.

Une trentaine d’agriculteurs tendent deux banderoles, jeudi après-midi, devant le Parlement de Strasbourg. La première en Français : « Ensemble, labourons les sillons de l’avenir agricole ! » La seconde en Allemand : « Wir ackern für Europa* ! » Car la manifestation a été placée sous le signe du couple franco-allemand. À quelques jours des élections européennes, les FDSEA du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de Moselle et les Jeunes Agriculteurs ont invité les responsables de la BLHV, le syndicat agricole du Bade-Wurtemberg. L’objectif premier : encourager les agriculteurs à voter le 26 mai. « Nous sommes des Européens convaincus, il faut voter pour des partis proeuropéens », défend Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. L’après-midi devait d’ailleurs s’achever par une table ronde avec les candidats alsaciens aux élections. Mais faute de réponses positives (seule la candidate LR, Anne Sander, a accepté l’invitation), les participants ont plutôt déroulé leurs doléances. Car « agriculteurs allemands et français, même combat », selon Denis Nass, vice-président haut-rhinois de la Chambre d'agriculture. La Pac : pilier de la construction européenne Les paysans des deux pays ont des intérêts communs. D’abord, ils demandent une uniformisation des règlements européens. « Aujourd’hui, de petits producteurs français et allemands se font concurrence à 500 m d’écart », regrette Franck Sander. Et Werner Räpple, président de la BLHV, d’appuyer : « Nous avons besoin de règles réellement communes ». Ensuite, ils appellent à renoncer aux accords de libre-échange avec des pays qui ne respectent pas les mêmes exigences sanitaires, environnementales et sociales que l’Union européenne (UE). « N’importons pas l’agriculture dont nous ne voulons pas », implore le président de la FDSEA 67. Les deux parties exigent aussi de sauvegarder le budget de la Pac. Celui-ci pourrait être amputé de 5 % de ses crédits d’après les propositions de la Commission européenne sur le futur cadre budgétaire de l’UE. « La Pac doit avoir un budget à la hauteur des défis de l’agriculture de demain », plaide le syndicaliste bas-rhinois. Werner Räpple préfère invoquer le passé. « La Pac est un pilier de la construction européenne, rappelle-t-il. Il ne faut pas oublier que l’Europe s’est construite sur des années de souffrances. » L’argument en filigrane : toucher à la Pac revient à remettre en cause l’existence même de l’Union européenne. Une communauté qui garantit la paix sur le continent depuis 70 ans. « On est tout petit » « C’est le début de quelque chose », se réjouit Danielle Bras, présidente du Ri2, une instance de coopération rurale transfrontalière. Ici, tout le monde se félicite de l’initiative. Car les positions communes dévoilées cet après-midi laissent entrevoir la nécessité de se serrer les coudes entre collègues. « À l’échelle du monde on est tout petit, sourit Franck Sander. Donc il faut se défendre. » Et quand on est petit, la stratégie de défense la plus efficace reste de nouer des alliances. « On cherche des alliés à droite, à gauche », confirme Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin. Des manifestations communes à l’avenir ? « Tout dépend du sujet, commence le jeune agriculteur. Beaucoup de problèmes sont causés par l’État français, dans ce cas on demande à l’UE de cadrer la France. » Les Allemands ne sont pas concernés par ces querelles franco-françaises. Mais les syndicalistes se disent prêts à collaborer sur des sujets qui dépassent le cadre national. « Il y a toujours des dossiers sur lesquels on peut faire cause commune », confirme un participant au rassemblement. Car à plusieurs on est toujours plus forts. Les syndicats agricoles l’ont bien compris.

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