A la une

Publié le 27/02/2023

À Riedseltz, les frères Gerber élaborent leur propre concentré de production qu’ils distribuent à leurs montbéliardes au robot de traite. La maîtrise de leur coût alimentaire est une de leurs priorités, alors que le prix des aliments atteint des sommets.

L’EARL Diefenbach, située à quelques kilomètres de Wissembourg, est l’un des rares élevages 100 % montbéliardes subsistant dans le Bas-Rhin. Installés au début des années 1990, les frères Gerber - René, l’aîné, et Albert, son cadet - élèvent une soixantaine de vaches laitières, inscrites à l’OS montbéliarde. Partis d’un troupeau mixte constitué par leurs parents, les deux frères ont basculé vers cette race en achetant des femelles en Franche-Comté et dans le Haut-Rhin pendant quelques années. « La montbéliarde permet une valorisation bouchère parallèlement à la production laitière », justifie René. Lui et son frère engraissent tous les mâles nés sur l’exploitation, pour les vendre avant deux ans « selon les opportunités du marché ». Quant aux vaches, qui ont accès à 7 ha de pâture en saison, elles produisent du lait reconnu « de pâturage » depuis trois ans. Parce que « la salle de traite et les bonshommes prenaient de l’âge », Albert et René ont récemment investi dans un robot de traite, sachant la relève prochainement assurée par leur neveu, Patrick Ehrismann. Leur choix s’est porté sur un robot Fullwood Packo, qui leur permet d’intervenir sur les animaux depuis une fosse pour le tarissement et les traitements. Ce modèle d’une place, mis en service en avril 2022, les limite de fait à 70 vaches en production. Un effectif qu’ils pensent atteindre d’ici peu en ajoutant cinq places à l’étable des vaches laitières. En attendant cette extension, les deux éleveurs s’attachent à retrouver un niveau de production de 9 000 litres/vache/an. Ce qui semble en bonne voie, maintenant que divers ajustements ont été opérés suite à la mise en route du robot. Du tourteau de colza à la place du blé Malgré le changement du système de traite, Albert et René n’ont pas renoncé à fabriquer leur concentré de production à partir de leurs propres céréales. Les deux frères avaient l’habitude de fabriquer à la ferme de la farine qu’ils distribuaient à leurs laitières en mélange (blé et maïs à parts égales) en ration complète. Leur objectif était de garder la farine de maïs - un amidon lent - pour la distribuer au robot plutôt que d’acheter un aliment de production de type VL, plus coûteux. « Le problème, c’est que le maïs grain broyé seul ne coule pas, il fallait ajouter du blé pour le faire couler. » Or, le blé est acidogène. « Consommé au robot, il pose un problème de stabilité ruminale car il contient beaucoup d’amidon très fermentescible », indique Julien Wittmann, conseiller nutritionniste à la Chambre d’agriculture Alsace, qui suit l’EARL Diefenbach. Après réflexion, les deux éleveurs remplacent donc le blé du mélange par du tourteau de colza non OGM. Celui-ci est ajouté à la farine de maïs à hauteur de 20 %. Albert réalise le mélange à la pelle mais le jeu en vaut la chandelle : il estime à « 200 € la tonne maximum » le coût de ce mélange fermier, contre 420 €/t pour un VL du commerce. Il ajuste la quantité au niveau de production de chaque vache, en privilégiant celles qui sont en début de lactation. Le blé, quant à lui, est réintégré dans la ration de base distribuée à l’auge sous forme de ration semi-complète. Celle-ci contient en outre du maïs ensilage, de l’ensilage d’herbe, des drèches de brasserie, du tourteau de colza, des minéraux, du sel, du bicarbonate et du bon foin. Si elle se justifie économiquement, la volonté d’être autonome sur l’aliment de production a tout de même des contraintes : pour pouvoir bénéficier d’un prix intéressant, les éleveurs doivent commander les tourteaux de colza par camion de 25 tonnes - ce qui mobilise de la trésorerie - et pouvoir les stocker dans un silo. Albert et René ont pris le pli : ils travaillent par contrat avec un négociant pour éviter les fluctuations de prix trop importantes. Malgré tout, le dernier camion de tourteaux de colza (à 34 de protéines) leur est revenu à 365 € la tonne. Le calcul de la marge sur coût alimentaire permet d’approuver la stratégie mise en œuvre par les deux éleveurs. « L’objectif est d’avoir la marge sur coût alimentaire la plus élevée, signale Julien Wittmann. On utilise ce critère pour valider des réglages, par exemple au moment d’un changement de silo, et optimiser tous les facteurs. » Dernièrement, les frères Gerber ont ainsi rajouté un kilo de céréales dans la mélangeuse. La production laitière induite par ce rajout a été d’1,8 kg/vache, d’où une hausse de la marge sur coût alimentaire de 7,70 €/vache/jour à 8,16 €/vache/jour. Albert, René et leur conseiller sont persuadés que ce critère va encore s’améliorer. « La prochaine étape, c’est 30 kg au robot. On n’en est plus très loin. » Pour y parvenir, ils feront porter leurs efforts sur la préparation au vêlage et la réduction de l’intervalle vêlage-vêlage.

Wine Paris & Vinexpo Paris

Bienvenue sur la planète vin

Publié le 23/02/2023

Le salon Wine Paris & Vinexpo a ouvert ses portes pour trois jours, du 13 au 15 février, au Parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris. 72 maisons alsaciennes ont fait le déplacement pour cet événement et ses quelque 30 000 visiteurs professionnels attendus.

Des petits domaines familiaux aux grandes coopératives ou maisons de négoce, 72 exposants alsaciens sont présents à cette édition 2023 de Wine Paris et Vinexpo Paris. Un salon incontournable qui, en quelques années, semble avoir trouvé le bon format, selon Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa. « C’est un grand salon, mais il reste praticable. Les connexions se font bien, les conférences et les masterclasses sont d’un très bon niveau. Grâce à sa localisation à Paris, il véhicule l’image du made in France dans le monde », décrit Philippe Bouvet. L’interprofession fédère 37 entreprises sur son stand collectif de 380 m2 qui s’affiche « au cœur des tendances, à la fois en termes de consommation, de compréhension des marchés et de savoir-faire ». Sur cet îlot, un espace de dégustation libre, réapprovisionné tout au long de la journée, permet de découvrir les vins d’Alsace dans leur diversité. « Des vins au goût du jour, respectueux de la nature et porteurs de sens », selon la narration déroulée par l’interprofession alsacienne dans ses actions de promotion. Le message s’incarne sur chacun des emplacements du stand collectif. En parallèle, le deuxième jour, Thierry Fritsch, conférencier du Civa, anime une masterclass très suivie sur le thème « Cassez les idées reçues sur les vins d’Alsace » : trois effervescents, trois vins frais et secs, trois grands crus d’exception et trois rouges surprenants pour apporter la preuve que les principaux clichés sur les vins d’Alsace ont du plomb dans l’aile. Se concentrer sur l’aspect commercial Le Civa ayant pris en charge toute la logistique du stand collectif, les professionnels peuvent se concentrer sur l’aspect commercial. « C’est très bien organisé, approuve Ludovic Hauller, responsable commercial de la maison Hauller (40 ha à Dambach-la-Ville). Pour un petit vignoble comme l’Alsace, c’est judicieux de se regrouper pour être plus forts. Seuls, on n’arriverait pas à une prestation de cette qualité. » Accompagné d’un commercial, il présente la gamme du domaine, dont les rieslings, fer de lance de Famille Hauller, avec pour objectif de « trouver de nouveaux clients sur tous les marchés ». Créateur de la marque Niderwind, des vins d’assemblage vinifiés à Strasbourg, Igor Monge vise plutôt les acheteurs français. « Pour l’instant, mes vins sont surtout distribués à Strasbourg, je veux élargir le cercle tout doucement, sans partir dans tous les sens », dit-il, conscient que ses petits volumes ne lui permettent pas de répondre à des commandes importantes. Il reste tout de même à l’affût des opportunités. Au premier jour du salon, il a d’ailleurs enregistré une commande d’un client coréen avec lequel il était déjà en relation. Adepte du salon allemand Prowein (Düsseldorf), devenu « trop cher », Martine Becker s’est recentrée sur Millésime Bio (Montpellier) et sur Wine Paris. Pour un domaine travaillant « à 90 % sur le marché français », cette présence est justifiée, assure la vigneronne de Zellenberg. Ne serait-ce que « pour montrer aux clients qu’on est toujours là » après deux années chahutées par le Covid. Le passage d’un client hollandais sur le stand et le retour des Japonais lui semble de bon augure. Entretenir les relations avec les clients existants, c’est aussi l’objectif de Céline Metz, du domaine Hubert Metz (10 ha à Blienschwiller), qui partage un stand avec trois autres Divines d’Alsace. Mais ce n’est pas le seul : « L’export représente 10 % de nos ventes, nous n’en sommes qu’au démarrage. » Cécile a préparé sa visite en amont pour essayer d’accrocher de nouveaux clients à l’export. La plateforme du salon permet en effet de faire un tri et d’envoyer un message aux visiteurs sélectionnés en fonction de leur pays d’origine, de leur catégorie ou de leur pays ou région d’intérêt. Un travail dont elle espère un retour avec des contacts de qualité. Un maximum d’acheteurs en un déplacement Dans le prolongement d’une année 2022 à forte croissance, Bestheim a fait le choix d’un stand de 36 m2 indépendant du stand du Civa. La coopérative de Bennwihr, qui a renforcé ses équipes commerciales l’an passé, souhaite améliorer sa visibilité et valoriser sa marque. « Comme tous les salons qui gagnent en maturité, Wine Paris nous permet de rencontrer un maximum d’acheteurs en un seul déplacement », souligne Agathe Prunier, assistante marketing. Deux petits salons permettent d’accueillir les clients ou potentiels clients pour des rendez-vous. Bestheim espère élargir ses débouchés à l’export, notamment en Espagne et en Italie, en s’appuyant sur l’engouement pour les effervescents, qui ont tiré sa croissance l’an passé (+23 % en valeur). La cave profite aussi du salon pour mettre en avant ses engagements RSE (la cave est en cours de certification Vignerons engagés) et son offre d’œnotourisme, grâce à un casque de réalité virtuelle qui permet de s’immerger dans les vignes et dans le chai tout en restant confortablement assis dans un fauteuil. Wine Paris est le seul salon auquel participe la maison Henri Ehrhart d’Ammerschwihr, qui travaille essentiellement avec la grande distribution. Accompagnés de Cyrielle Albisser, responsable commerciale de l’entreprise, Henri, Sophie et Cyrille Ehrhart ont fait le déplacement jusqu’à Paris avec la volonté de développer l’export et leur présence dans le réseau CHR (cafés, hôtels, restaurants). Premier exportateur de vins d’Alsace au Japon, ils sont déjà présents en Belgique, en Angleterre, aux États-Unis, en Chine, en Russie et en Corée-du-Sud. Pour développer les ventes, ils misent notamment sur le crémant, dont la gamme s’est étoffée depuis cinq ans avec la sortie de plusieurs références premium (jusqu’à 48 mois d’élevage sur lattes). Signe de ses ambitions, l’entreprise a investi dans une chaîne de dégorgement des crémants dernier cri, ce qui lui permet d’en maîtriser le processus d’élaboration de A à Z.

Agriculture de conservation et eau, journée BASE à Obernai

Des systèmes mieux adaptés aux effets du changement climatique

Publié le 21/02/2023

« Le changement climatique est une réalité qui a des conséquences hydrologiques majeures », a rappelé Lionel Alletto, directeur de recherche à l’Inrae, lors de la journée BASE, à Obernai. Le chercheur, qui a scruté la dynamique de l’eau, a décelé plusieurs leviers actionnés en agriculture de conservation (AC), permettant de favoriser l’infiltration et la rétention de la précieuse ressource.

S’adapter aux événements climatiques pluvieux extrêmes, aux sécheresses et canicules, qui jalonnent de plus en plus souvent les saisons, demande d’actionner plusieurs leviers. L’AC, qui s’appuie sur les principes suivants : le non-travail du sol, la présence de cultures intermédiaires et la rotation des cultures, est propice à la mobilisation de ces différents leviers. Le chercheur de l’Inrae, Lionel Alletto, qui a ouvert la journée BASE en visioconférence, en compte une dizaine. Ils favorisent l’infiltration et la rétention de l’eau dans des sols agricoles préservés, l’objectif étant, bien sûr, de produire. Le premier levier consiste à réduire l’énergie cinétique des pluies, donc le lessivage des sols, l’érosion. Pour ce faire, un couvert végétal à la surface du sol et/ou un mulch sont tout à fait appropriés. Des études scientifiques prouvent que 4 t/ha de résidus stoppent tout ruissellement et toute érosion, quand, sur un sol nu, l’eau « fuit » à 45 %, entraînant 12 t/ha de terre avec elle. Pour que l’eau s’infiltre au mieux dans la terre (levier n°3), Lionel Alletto conseille de « stabiliser les agrégats » (levier n°2) et, pour cela, d’accroître les teneurs en carbone des sols, « surtout en surface » ! Les capacités d’infiltration (levier n°3) sont encore augmentées par le non-travail du sol, favorisé lui, par cette teneur en carbone augmentée. « Plus le sol est dense, portant, plus les capacités d’infiltration sont grandes, puisqu’il y a plus de microporosité », souligne Lionel Alletto. Comme dans une forêt. Le phénomène est étudié, depuis les années 1990, relève le chercheur, exemples à l’appui. L’agroécologie comme levier Les leviers 4, 5 (pour faire face aux pluies diluviennes), 6, 7 et 8 (pour supporter les sécheresses) ne sont pas l’apanage de l’AC. Dans tous les systèmes, ils sont déjà ou peuvent être actionnés. Ils consistent à recréer des ruptures de pente, réduire la longueur des parcelles (levier n°4) ; maintenir ou réintroduire des infrastructures agroécologiques dans et en périphérie des parcelles (haies, agroforesterie, bandes enherbées, etc.) (levier n°5) ; reconcevoir des systèmes de culture plus diversifiés, avec des cultures moins consommatrices ou plus efficientes dans l’utilisation de l’eau (la voie génétique est privilégiée) (levier n°6) ; adapter les itinéraires techniques (opter, par exemple, pour la stratégie d’esquive, qui consiste à décaler les stades phénologiques les plus sensibles au déficit hydrique, souvent la floraison, par le choix de variétés précoces ou de semis anticipés) (levier n°7) et maintenir les sols couverts (par un végétal vivant ou un mulch) (levier n°8), ce dernier levier favorisant autant la rétention de l’eau dans le sol que son absorption. Surmonter une sécheresse nécessite d’améliorer la rétention en eau des sols (levier n°9) et donc de remplir le « réservoir utilisable » du sol, qui représente la quantité d’eau maximale que le sol peut contenir et restituer aux racines pour la vie végétale, et qui dépend de la texture de la terre, de la teneur en éléments grossiers et de la profondeur du sol. Lionel Alletto observe que les successions culturales modifient, à moyen terme, la réserve en eau utile des sols. Alterner cultures et prairies semble, d’après des expériences de terrain, la meilleure voie pour retenir l’eau et la rendre disponible, jusqu’à 1 m sous la surface. Conjugué au non-labour et à la couverture des sols permanente qui amène encore de la matière organique, comme préconisé en AC, cette rotation fait des merveilles : photos à l’appui, montrées par le chercheur. Par contre, irriguer en hiver pour augmenter la réserve utile lui semble vain, puisque les besoins se font sentir en été et que certaines cultures n’apprécient pas l’eau, en hiver. Des champignons amis Le dixième levier à actionner pour s’adapter au changement climatique consiste à améliorer l’alimentation hydrominérale des plantes. Se basant sur les récents travaux d’Arthur Maes (2018-2021), Lionel Alletto relève qu’en AC, la mycorhization est plus importante, sans doute due à la couverture des sols. Cette mycorhization, des racines de la plante, permet une meilleure absorption de l’eau, notamment car les racines prospectent plus. Lionel Alletto conclut son exposé par une synthèse de ses recherches. Selon lui, les systèmes agroécologiques, tels ceux potentiellement développés grâce à l’AC, peuvent permettre d’améliorer ou de restaurer plusieurs fonctions écosystémiques : la rétention (+ 5 à 12 %) et l’infiltration d’eau (x 1,5 à 5), l’atténuation des effets du changement climatique (par stockage de carbone, notamment), l’activité biologique et microbiologique ; de maintenir ou d’améliorer les performances économiques des exploitations agricoles (notamment par une moindre dépendance aux intrants) et de réduire certains impacts environnementaux (érosion, lixiviation de nitrate, etc.). Cependant, l’utilisation des pesticides demeure un talon d’Achille, notamment en AC, remarque-t-il, quant à la gestion qualitative de l’eau. Pour que les fonctions et services suscités s’améliorent, le chercheur a identifié un objectif prioritaire : accroître les quantités de matières organiques des sols afin de bonifier le couplage des cycles du carbone, de l’azote et de l’eau.

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