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Syndicat ovin du Bas-Rhin

Les bergers suivent leur (bonne) étoile

Publié le 09/03/2023

À l’assemblée générale du syndicat ovin du Bas-Rhin, il a surtout été question du loup et du lynx, avec les agents de la Direction départementale des territoires du Bas-Rhin et de l’Office français de la biodiversité : sujet passionnel, s’il en est. Les éleveurs connaissent enfin les critères sur lesquels les techniciens se basent pour « ne pas exclure une attaque » de grand prédateur sur leurs animaux et ainsi, être indemnisés. D’autres nouvelles plus gaies ont émaillé la rencontre.

Le marché du mouton français se porte bien. Tant et si bien que le débat a très peu porté sur les prix, jeudi 2 mars, au restaurant à l’Étoile d’or à Batzendorf, lors de l’assemblée générale annuelle du syndicat ovin du Bas-Rhin (SO 67), auquel sont affiliés quelques éleveurs du Haut-Rhin, puisque la production est surtout « nordiste ». L’agneau est payé entre 7,60 et 8,10 €/kg de carcasse à l’éleveur, soit plus de 6 % d’augmentation en un an. Malheureusement, les prix de l’énergie, des aliments et des engrais, depuis le début de la guerre en Ukraine, ont plus crû, encore. Mais la campagne passée, la météo a été relativement clémente : les prés ont bien pu être pâturés au printemps et durant l'arrière saison. L'été a été plus compliqué. Voilà pour les tensions extérieures. Le SO 67, fort de près de 80 adhérents, dont la moitié devait être présente à l’AG, a de son côté, travaillé un maximum à la promotion de la filière ovine l’année écoulée… ce qui n’a pas été sans effet sur ses comptes, puisque le bilan est positif, grâce aux fonds récoltés lors des différentes manifestations auxquelles le syndicat ovin a participé. Un petit bénéfice est enregistré, a pointé Jean-Luc Knorr, à la trésorerie. Festival de l’élevage avec exposition de races et gigot d’agneau, cinquième édition de la Fête des bergers fréquentée par 5 000 personnes, exposition de races et démonstration de tonte à la Finale départementale de labour du Bas-Rhin, présence à la Foire européenne avec un burger du berger, notamment, Finale régionale des ovinpiades des jeunes bergers, dont un finaliste s’est classé quatrième au Salon de l’agriculture à Paris, récemment. « L’année passée a été riche en événements. Nous sommes minoritaires dans le paysage agricole alsacien, mais nous faisons de grandes choses », a résumé Simon Maier, secrétaire général du SO 67. Il a rappelé qu’il reste des vêtements floqués au logo du syndicat. Dynamique locale Tous les éleveurs et invités présents ont ensuite rendu hommage, lors d’une minute de silence, à Henri Breitenbucher, berger décédé récemment. Virginie Ebner, présidente du SO 67, a attaqué son discours en réaffirmant le rôle du syndicat : défendre les éleveurs ovins à tous les niveaux. La guerre en Ukraine, la déclinaison française de la Pac (rendue publique fin août 2022), les 4 % de SAU non productives imposés par l’Europe sont autant d’adversité, mais la jeune femme s’empare de ces sujets pour insister sur les bienfaits des pâturages dédiés à leurs bêtes, en matière de biodiversité et de captation du carbone (gaz à effet de serre) : 760 kg/ha. « Pour compenser la hausse des charges, communiquons sur nos atouts ! » enjoint Virginie Ebner. Fermes ouvertes aux scolaires et à tous en mai 2023, seront des occasions à saisir pour ce faire, et au final, vendre ; d’autant plus, dans un contexte alsacien, où les produits locaux sont plébiscités à 15 à 20 %. Ici, chaque départ à la retraite est remplacé par une installation, félicite encore la présidente. Si l’avenir de l’abattoir de Haguenau (déficitaire) inquiète, d’autres bonnes nouvelles compensent : les débuts de la coopérative Mos-Laine, à laquelle adhère le SO 67, l’agrivoltaïsme, le Festival de l’élevage de Brumath, programmé les 13 et 14 mai 2023, et une virée fin août, pour les syndiqués, en Allemagne. De chauds remerciements ont été adressés par le secrétaire général et la présidente à différents acteurs, appuyant le SO 67 : le Crédit Mutuel dont Jean-Luc Beil qui cède sa place à Emmanuelle Pagniez, à l’animation du marché agricole, le Crédit Agricole, la Chambre d’agriculture (CAA) et spécialement Jean-Pierre Saulet, Cobevim, Interbev, la FDSEA du Bas-Rhin et ses animatrices Léa Froehlicher et Corinne Steyer, et la députée européenne (démocrates-chrétiens) Anne Sander, qui a pris la parole, avant de s’éclipser au Parlement, justement. Après avoir félicité le syndicat, elle a rappelé son soutien à leurs causes : pour changer le statut du loup (aujourd’hui strictement protégé), notamment. Elle a fustigé les politiques européennes environnementales caduques et l’accord commercial à venir avec la Nouvelle-Zélande. En tant que conseillère régionale, elle a réaffirmé l’engagement du Grand Est auprès de Mos-Laine, en faveur des avancées génétiques, et des mesures contre les prédateurs. Mais c’est le sujet de l’abattoir de Haguenau qui intéressait le plus les éleveurs, préoccupés. Si Anne Sander et son pair Patrick Bastian sont conscients de ses difficultés financières, l’élue n’avait rien à annoncer, le 2 mars. Mises à mort L’abattoir de Haguenau est le seul abattoir alsacien et alentour à ne pas bénéficier d’aides publiques, a remémoré Simon Balzer, gérant de la société d’exploitation, présent à l’AG. Gourmand en énergie, l’abattoir « perd » des éleveurs, régulièrement, puisque le coût de l’abattage y est plus élevé qu’ailleurs. « Si le budget n’est pas équilibré, il mettra la clé sous la porte », prévient le gérant. Certains bergers et techniciens ont souligné leur attachement à cet outil de travail, qui garantit la vertu de leur filière Agneau Terroir d’Alsace (ATA), 100 % locale, notamment. « On a compris l’urgence », a conclu Anne Sander. La Direction départementale des Territoires du Bas-Rhin (DDT) et l’Office français de la biodiversité (OFB) se sont exprimés sur les grands prédateurs, présents en Alsace : le loup et le lynx. Ainsi, se sont succédé au micro, cartes, photos et chiffres à l’appui, Robert Tonnelier et Aurélien Jeanleboeuf, de la DDT, et Marie-Laure Schwoerer, de l’OFB. Par chance, aucun dommage n’avait encore été constaté dans le Bas-Rhin, au 2 mars 2023, pour l’année en cours. Par contre, en 2022, on en dénombre 22 dont huit pour lesquels la responsabilité du loup et un pour lequel la responsabilité du lynx étaient non écartées, donnant suite à indemnisation. 5 130 € et quelque ont été versés aux éleveurs l’an passé, pour les animaux tués (16), blessés (10) et/ou disparus (4), à raison de plus de 400 € pour un adulte mort, et près de 150 € pour un agneau. Tous étaient des ovins. Mais d’où vient l’argent, s’est interrogée la salle ? L’origine des fonds est bien le budget de la Pac. Vague de mécontentement parmi les éleveurs. Si des zones de présence permanente (ZPP) sont certifiées au Champ du feu et au Donon (donnant lieu à des aides pour les mesures préventives), depuis l’an passé, les pièges photos n’ont détecté aucun loup, a insisté la représentante de l’OFB. Quant aux lynx, solitaires, ils seraient une dizaine (dont une femelle) en Alsace, surtout dans les Vosges du Nord, près du Palatinat allemand, où ils ont été réintroduits en 2016. Présomption d’innocence La prédation est avérée lorsque beaucoup de sang est retrouvé dans l’environnement de la victime, que des perforations hémorragiques ou des hématomes sont décelés sur le cadavre, et qu’il y a des blessures. Un lynx fera moins de six victimes et généralement, il n’en fera qu’une seule. Une perforation d’un diamètre inférieur à 3 mm sera sa marque, quand les dents de loups sont d’un diamètre supérieur à 3 mm. La profondeur de la morsure sera supérieure à 10 mm s’il s’agit d’une attaque de loup. Le lynx tue uniquement par morsure à la gorge. Le loup s’attaque au cou et au postérieur. Il peut consommer l’épaule et le poitrail. Lorsque de multiples morsures sont constatées, la piste des chiens est privilégiée. Si, dans la formulation « attaque n’excluant pas la responsabilité » du loup ou du lynx, le doute semble bénéficier à l’éleveur, la présomption d’innocence est de mise. Et tant pis si les charognards ont fait leurs œuvres et qu’il est impossible de déterminer les dégâts précisément. C’est là que le bât blesse : les éleveurs assurent être face à des scènes de crime sans précédent et sentent leur parole discréditée. Pour clore le sujet sur une note plus positive, Aurélien Jeanleboeuf est revenu sur les aides à la prévention des troupeaux contre la prédation. Dans les Vosges du Nord et l’Alsace centrale, grâce aux ZPP, les communes sont maintenues en cercle 2 et 3 en 2023, même quand aucun dommage n’a été constaté. Les aides, pour 80 % du ministère de l’Agriculture et du Feader, comprennent l’acquisition, le dressage et l’entretien (815 €/an) de chiens de berger, accessibles à tous les éleveurs des cercles 2 et 3. Ceux situés en cercle 2 ont droit à des aides pour investir dans du matériel électrifié et dans une analyse de vulnérabilité. En plus, des crédits d’urgence, à hauteur de 2 000 €/an, sont mis en place par la DDT, qui a acquis du matériel de protection. Dernière nouvelle : jusqu’au 31 juillet 2023, il est possible de demander au Parc naturel régional des Vosges du Nord la mise en place d’un chantier de bénévoles pour installer des clôtures, à l’automne prochain.

Publié le 08/03/2023

Commune forestière, Lalaye ne compte aucun agriculteur mais elle accueille, sur ses pâturages, cinq éleveurs des villages avoisinants. Leurs vaches, moutons et chèvres aident ainsi à maintenir le paysage ouvert autour du village. L’exploitation du bois est la principale source de revenus de la municipalité.

« Il faut aider les agriculteurs à se maintenir. Nous avons besoin de ce dynamisme économique et social », sait Yvette Walspurger, la maire de Lalaye, commune rurale forestière mais pas agricole. C’est autant dans cette optique que pour conserver l’ouverture paysagère sur sa commune, que l’édile a encouragé les éleveurs alentour à faire venir paître leurs animaux sur le ban communal de Lalaye. Cinq d’entre eux y amènent leurs vaches, chèvres et moutons, aujourd’hui, sur 25 ha. Des prés loués pour la modique somme, au total, de 1 420 € en 2022, selon le tarif fixé par la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) ; juste assez pour participer à l’entretien des linéaires de clôtures des neuf parcs. « C’est donnant donnant. Puisque les éleveurs avec leurs bêtes, aident à débroussailler, nous les aidons à réparer les enclos », explique la maire. Créée en 1982, l’association foncière pastorale (AFP) de Lalaye-Bassemberg (Bassemberg est la commune voisine), c’est actuellement 37,5 ha : 224 parcelles, appartenant à 110 propriétaires. Ces derniers laissent en gestion leurs terres à l’AFP. Ils adhèrent gratuitement à l’association, qui ne leur reverse aucun loyer. Encore un partenariat gagnant-gagnant ! Dès son arrivée à sa première mandature, Yvette Walspurger, retraitée de la Direction départementale de l’agriculture et du Génie rural, a entrepris de retrouver les 550 propriétaires des forêts et prairies de Lalaye, afin de récupérer les biens sans maîtres et ainsi, de pouvoir les nettoyer, tout en les protégeant de l’artificialisation. « Toute ma carrière m’a permis d’apprendre ce que je fais, pour la commune », constate-t-elle. Quelle prédestination ! Les recherches, à partir de huit planches du cadastre, ont duré deux ans, mais quel bonheur de voir des animaux à l’herbe ! Car c’est notamment grâce à ce travail titanesque que l’AFP s’est développée. Cercle vertueux « Nous soutenons l’agriculture de montagne, locale, pour privilégier les circuits courts. C’est écologique. Et l’intérêt de maintenir les paysages ouverts est esthétique certes, mais aussi pratique : cela nous préserve des incendies. Les éleveurs, eux, ont de quoi nourrir leur bétail près de leurs fermes », résume Yvette Walspurger. Les cinq exploitations à profiter des vertes praires de Lalaye sont le Gaec du Chênesire, le Gaec de l’Eichmatt, Morgane Guth, Christophe Martin et David Heini. Dans ce cercle vertueux, tout le monde semble s’y retrouver : les habitants et consommateurs de la vallée aussi. Le marché de producteurs de Villé, à quelques kilomètres, en témoigne, ainsi que les nombreux randonneurs. L’Association foncière d’aménagement foncier agricole et forestier (Afafaf) gère 63 km de chemins forestiers, s’étendant sur les 8 km du ban communal de Lalaye. Elle a vocation à entretenir ces chemins, notamment à déblayer les arbres morts. Dépendante de la CAA, à Sainte-Croix-en-Plaine, l’association, dont le siège social est à Villé, est chapeautée par le Centre national de la propriété foncière (CNPF). Jacques Deybre, retraité, ancien maire de Lalaye (de 2003 à 2008), est le président de l’Afafaf. « Il faut passer une fois par semaine sur les chemins pour garantir la sécurité de tous les usagers », estime Jacky, comme l’appelle Yvette Walspurger. Près de 300 propriétaires de 820 petites parcelles, sur 765 ha de forêts, cotisent à l’Afafaf, à raison de 0,10 €/are, plus une part fixe s’élevant à 1,52 €. La maire de Lalaye est fière d’annoncer que 98 % des cotisations « rentrent » dans la caisse de l’Afafaf, depuis ses recherches cadastrales. Les quotes-parts suffisent à payer les travaux d’entretien des chemins, ajoute Jacques Deybre. Il souligne : « L’association existe depuis 1964 : c’est la première Afafaf de France. » La forêt, reine La forêt est la richesse de Lalaye, qui a adhéré à la trame verte et bleue du Champ du feu pour la continuité d’un corridor écologique, jusqu’à Fouchy. « On a créé une mare dans un parc, replanté des haies, introduit des arbres fruitiers, pour nourrir la flore et la faune », énumère la maire. L’intérêt de la forêt est aussi écologique qu’économique. « L’exploitation forestière, confiée à l’Office national des forêts (ONF), est la principale ressource de la commune », dévoile Yvette Walspurger. Sécheresse, scolytes, chalarose du frêne ont, comme ailleurs, impacté les épicéas et les feuillus. « On a eu de la chance. Il n’y a pas eu de grosses pertes, puisque nous avons réussi à vendre le bois scolyté dans le Sud-Ouest. Le bénéfice n’est plus ce qu’il était mais il suffit à payer l’entretien annuel de la voirie de Lalaye », partage la maire, consciente d’être enviée par certains de ses pairs. Pour repeupler les espaces vides de la forêt, Lalaye a bénéficié du Plan de relance. Il semblerait que les pins sylvestres et laricio aient le plus d’avenir sur le ban communal, entre ses 350 et 650 m d’altitude. Aujourd’hui, épicéas, douglas et hêtres sont les principales essences exploitées. Le reste de la sylve se compose essentiellement de châtaigniers et de frênes. Les arbres sont protégés des cerfs, puisqu’il n’y en aurait pas à Lalaye. Les sangliers, eux, ont moins pullulé l’an passé. Jacques Deybre assure que l’entente avec les chasseurs permet, dans tous les cas, de réguler au mieux la population. Une chasse communale couvre 695 ha. Deux chasses privées, 25 et 45 ha. La municipalité touche le produit de la chasse mais reverse leur part aux propriétaires fonciers, bien sûr. Yvette Walspurger est ravie d’administrer Lalaye. « On travaille tous main dans la main pour les intérêts de la commune. C’est un cocon. Nous sommes protégés… Des pics de pollution atmosphérique, notamment ! Les habitants aiment leur village et leurs forêts, et veulent les préserver », conclut la maire.

Millésimes Alsace Digitasting

Des vins d’Alsace « tellement tendance »

Publié le 05/03/2023

Du 27 février au 1er mars, la deuxième édition de Millésimes Alsace Digitasting a mis en relation 74 vignerons avec plus de 2 800 professionnels du monde du vin provenant de 41 pays. Où l’on voit que la distance ne nuit pas forcément à la fluidité des échanges.

D’un côté, 74 vignerons alsaciens présentant chacun quatre vins. De l’autre, plus de 2 800 professionnels du vin français ou étrangers. Faire se rencontrer tout ce « petit » monde et lui permettre d’échanger à distance, tel était l’objectif de cette deuxième édition de Millésimes Alsace Digitasting organisée par l’interprofession des vins d’Alsace. Pour que la discussion soit aussi concrète que possible, que les professionnels puissent découvrir les vins avant ou pendant leur rendez-vous avec le vigneron, ceux-ci avaient la possibilité de commander des échantillons de vins. Plus de 1 000 commandes ont ainsi été enregistrées en amont du salon, générant l’envoi de 8 300 coffrets, soit 33 000 échantillons de 3 cl. Un colossal travail de logistique pour le Civa et ses partenaires. Les professionnels avaient également accès à une plateforme interactive leur permettant d’obtenir des informations sur les domaines, sur leurs marchés cibles et sur leurs vins. Tout était fait pour que la fluidité des échanges compense l’éloignement physique des participants. Outre les 700 rendez-vous programmés par visioconférence, le Civa proposait, dès le premier jour, une masterclass en direct en français et en anglais. Celle-ci était visionnable en replay dans ces deux langues, ainsi qu’en allemand et en japonais. Animée par Thierry Fritsch, conférencier du Civa, elle a réuni trois intervenants : Jenni Wagoner (USA), directrice vin de la chaîne de restaurants Zuma, Yves Beck (Suisse), critique de vins, et Manuel Peyrondet (France), meilleur sommelier de France 2008. Choisi pour illustrer la tendance « so fresh », un riesling 2020 venant des vieilles vignes situées dans la Harth au nez assez discret d’agrumes et de fleurs blanches, avec une « expression variétale dans sa splendeur, sa simplicité et sa précision ». Il correspond à une demande que l’on retrouve dans les restaurants de la chaîne que représente Jenni Wagoner, « des vins frais, excitants, qui donnent envie de boire une deuxième gorgée ». Des vins « buvables, qu’on peut laisser dans le réfrigérateur et sortir n’importe quand », complète Thierry Fritsch. La fraîcheur, le côté désaltérant, c’est ce qui attire vers un vin, approuve Yves Beck qui trouve du plaisir dans la dégustation de ce riesling. Un mille-feuille de complexité Les vins d’Alsace sont aussi des vins de lieux, exprimant les caractéristiques de leur terroir de provenance. Un riesling grand cru Kitterlé 2017, terroir gréso-volcanique à pente assez forte, en apporte la preuve : on en perçoit les notes de naphte typiques. « Plus austère que le précédent, plus longiligne, il fait saliver, ce qui est la marque d’un grand vin de terroir », constate Thierry Fritsch. Qu’attendre d’un tel vin ? « Une précision, une droiture, une complexité » supérieures à celle d’un vin axé sur le cépage, répond Yves Beck. Une persistance en bouche plus importante également, suggère Manuel Peyrondet, qui parle d’un « mille-feuille de complexité ». Cette notion de terroir se révèle avec le temps et avec l’expérience de la dégustation, font valoir le critique et le sommelier. La tendance « so sweet », celle des vins de plaisir, est incarnée par un gewurztraminer 2020, issu de vignes cinquantenaires cultivées sur du granite. Un vin moelleux ? Manuel Peyrondet ne cache pas son plaisir devant ce gewurz dont il apprécie l’équilibre, comme Yves Beck. « Il faut avoir ce type de vin dans sa cave », dit-il en insistant sur toutes les possibilités d’accords gastronomiques : curry d’agneau, salade de mangue aux crevettes… « Le sucre est un allié de l’Alsace, pas un ennemi », approuve Yves Beck, qui appelle à ne pas cantonner les vins moelleux en fin de repas. Jenni Wagoner, elle, préconise de les associer à des fromages, avec lesquels ils forment « des accords fantastiques ». Minoritaires en Alsace, les rouges ont pourtant le vent en poupe : c’est la dernière tendance du vignoble alsacien, illustrée par un rouge de Rodern 2019, issu d’un terroir combinant granite et argile, élevés neuf mois en fût de chêne. Ses arômes de cerises noires, de mûre, ses tanins soyeux, sa finesse séduisent les trois dégustateurs. C’est un rouge « qui a laissé tomber les muscles pour l’esprit », dit Manuel Peyrondet. Il est la preuve de l’« excellent travail accompli en Alsace » depuis plus d’une décennie.

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