A la une

EARL du Haut-Village (Bas-Rhin)

Feu vert pour le bois déchet

Publié le 31/03/2023

Florian Christ, de la Ferme du Haut-Village à Woellenheim, est déjà aux manettes d’une unité de méthanisation qui recycle les effluents de son élevage de laitières. Il vient de créer une chaufferie bois déchet. L’installation alimente en énergie naturelle la fromagerie de l’exploitation.

À Woellenheim, rue de l’Église, dômes, hangars et cheminées poussent non loin de l’édifice religieux. Une nouvelle religion se développe à la Ferme du Haut-Village, reprise du père par les frères Christ, récemment rejoints par Christian Richert, un ami de la famille, et Émilie Bondoerffer, la compagne de Florian Christ : le 0 déchet, allié à l’autonomie et aux 100 % énergie renouvelable. Pionnier de la méthanisation dans la région du Kochersberg, l’EARL du Haut-Village compte un troupeau de 150 vaches laitières pour Alsace lait, ainsi que plus d’une cinquantaine de jersiaises pour une production de fromages (depuis fin 2022). À cela s’ajoutent 130 ha de SAU et environ 200 ha de prairies fauchés ou pâturés. Si les productions de la ferme ne sont pas labellisées bio, principalement parce que le fourrage et le grain achetés à d’autres agriculteurs voisins pour nourrir le troupeau ne le sont pas, Florian Christ se présente en écologiste, soucieux d’avoir recours à une source naturelle d’énergie pour confectionner du fromage fermier, de même pour l’hygiénisation des biodéchets, intrants de méthanisation. Tout est lié « J’ai des principes mais l’économie suit », assure-t-il, alors que les terres alentour sont couvertes en mars par la féverole, précédant le maïs. L’agriculture de conservation des sols a trouvé sa place, dans le modèle de la ferme en perpétuelle réflexion. « Courant 2020, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de valorisation intelligente des palettes de bois sur lesquelles arrivaient les déchets alimentaires, pour l’unité de méthanisation, car les chaufferies industrielles n’en voulaient pas, à l’époque. Au centre de compostage, où je les amenais, le tas de bois déchet, dédié à l’énergie, était peu consommé. Une ressource était donc disponible. C’est comme ça que m’est venue l’idée de la chaufferie bois déchet », raconte Florian Christ, qui prend la relève de son père, quant à présider aux destinées de l’entreprise familiale. Taille intermédiaire Lorsqu’il a fallu dimensionner le projet, subventionné à hauteur de 50 %, Florian s’est affranchi du bureau d’études, voyant trop haut. Au total, la chaufferie a coûté 750 000 euros, contre 950 000 annoncés, mais 25 % de plus que prévu par Florian Christ, surtout à cause de la guerre en Ukraine et de l’envolée des prix des matières premières. Après des visites d’autres chaufferies bois déchet en Allemagne, en France et en Suisse, l’éleveur du Kochersberg a décidé de dessiner le schéma de flux d’eau, lui-même. Si tout ce qui est tuyauterie a été sous-traité, Florian était maître d’œuvre et d’ouvrage du chantier, qui s’est déroulé de 2021 au printemps 2022. La chaudière est une petite chaudière industrielle suisse Schmid de 500 kW, avec un poussoir sur-mesure. « C’étaient les seuls à proposer cela », pointe Florian Christ. La mise en route a eu lieu, en septembre 2022, en même temps que la fromagerie fermière. Pour l’instant, l’outil de production d’énergie ne fonctionne pas au maximum de sa capacité. Avec l’hygiénisation des biodéchets, sous peu, il montera en puissance. « Nous trouverons toujours du bois déchet pour notre chaufferie en approvisionnement local (à moins de 10 km), mais les industriels tapent aujourd’hui dans la ressource, crise oblige… Sur le long terme, les professionnels des chaudières sont inquiets : le bois ne suffira pas à toutes les alimenter », conclut Florian, qui a donc du mal à conseiller à ses pairs de se lancer dans une aventure similaire.    

Projet Energiessen (Bas-Rhin)

L’énergie en circuit court

Publié le 28/03/2023

Portée par la volonté d’assurer la résilience énergétique de son territoire, la Communauté de communes de la vallée de Villé s’est transformée en laboratoire de montage d’une centrale photovoltaïque en autoconsommation collective à ciel ouvert. Après des industriels et des collectivités, les premiers agriculteurs rejoignent le projet. Comme la ferme du Jodie qui, bientôt, vendra non seulement ses produits alimentaires en circuit court, mais aussi de l’énergie.

Agriculteur à la ferme du Jodie, à Steige dans le Bas-Rhin, David Lavigne produit de la viande de porc, de volaille et de bœuf, qu’il valorise en circuits courts, soit transformée dans son magasin de vente directe, soit en carcasse auprès d’un réseau de bouchers. Bientôt, il sera aussi producteur d’énergie photovoltaïque. Comme bon nombre d’agriculteurs qui valorisent les toitures de leurs bâtiments en y adjoignant des panneaux photovoltaïques. Sauf que David Lavigne va vendre son énergie en circuit court, à des consommateurs situés à une distance maximum de 20 km autour de son exploitation. Pour ce faire, la ferme va intégrer le projet d’autoconsommation collective Energiessen porté par la Communauté de communes de la vallée de Villé. « J’avais pour objectif d’autoproduire de l’énergie, pour diminuer ma facture d’électricité », raconte David Lavigne. Dans le cadre du PLUI, son permis de construire a été étudié par la Communauté de communes. C’est alors que Thierry Froehlicher, responsable du pôle Aménagement du territoire, lui a parlé du projet Energiessen. L’exploitant est interpellé : « En effet, en journée, je vais produire plus d’énergie que je n’en consomme. La perspective de la valoriser localement m’a séduit ». Un territoire en quête de résilience Le projet Energiessen est intimement lié à l’histoire et à la géographie de la vallée de Villé. « Nous sommes situés sur un territoire hybride, à le fois rural et péri urbain, puisque nous sommes sous l’influence de Sélestat, Colmar, Strasbourg et Saint-Dié », décrit Serge Janus, maire de Breitenau, et président de la Communauté de communes de la vallée de Villé. Mais la vallée garde de son passé de territoire montagnard enclavé un certain « réalisme rural », une volonté de « compter sur nous-même plutôt que sur les autres ». La résilience énergétique du territoire est donc dans les tuyaux depuis des lustres. « Il y a déjà eu pas mal d’idées évoquées, certaines ont été rangées dans des cartons, d’autres ont vu le jour, comme l’équipement solaire thermique qui alimente le centre aquatique Aquavallées de Bassemberg », décrit le président. L’autoconsommation fait partie de ces aspirations. « En 2010, un projet avec du photovoltaïque avait été écarté. La technologie n’était pas encore assez aboutie, et la réglementation trop contraignante. » Les acteurs locaux se sont alors tournés vers l’hydroélectricité. Mais cette idée capote également : le débit des cours d’eau n’est pas assez important, trop variable, et leur hauteur de chute n’est pas assez importante. Retour à la case photovoltaïque donc. « À ce moment-là, l’autoconsommation collective était réservée à l’échelle d’un producteur et un consommateur raccordés au même transformateur. Le montage des dossiers était compliqué et coûteux », rembobine Serge Janus. Mais les règles évoluent en même temps que les acteurs se creusent les méninges. Et lorsqu’une entreprise de la zone industrielle de Villé qui compte quatre transformateurs, envisage de couvrir la toiture d’un nouveau bâtiment de panneaux photovoltaïques, la possibilité de construire un noyau de production d’énergie à proximité d’un réseau existant émerge. Au final, ce bâtiment n’est jamais sorti de terre. Mais la réflexion engagée a impulsé les actions : les entreprises ont été sondées sur leur consommation et leur production d’énergie, ainsi que sur leur intérêt pour un projet d’autoconsommation collective. Sondage dont il est ressorti un vif intérêt pour la question, avant même la crise énergétique. Une PMO pour coquille De quoi booster les acteurs, qui se sont donc retroussé les manches. D’abord pour trouver la meilleure forme juridique pour encadrer le projet : ce sera une PMO, pour personne morale organisatrice, soit un modèle associatif de droit local, au sein duquel les ouvrages sont financés sur les fonds propres des entreprises, qui en restent propriétaires, ce qui facilite les amortissements. À tout moment, des membres peuvent intégrer ou quitter la PMO, « dont l’objectif n’est pas de faire du bénéfice mais de faciliter la création d’un maillage gagnant-gagnant », souligne Serge Janus. Actuellement, le noyau, ou premier cercle de la PMO, compte cinq entreprises et deux collectivités locales : Bürkert, Egelhof, Ejot, Super U, Sengler, la Ville de Villé et la Communauté de communes de la vallée de Villé. Les entreprises seront à la fois productrices et consommatrices d’énergie. La communauté de communes joue un rôle important : celui d’exutoire énergétique, le centre nautique absorbant le surplus d’énergie produite. À plus long terme, la station d’épuration, qui est « un autre gouffre énergétique », devrait aussi rejoindre le dispositif. Pour monter le projet, les acteurs ont demandé et obtenu en février 2022 une dérogation du Ministère de la Transition écologique afin de faire sauter le verrou de la distance entre producteur et consommateur d’énergie. « La forme de la Vallée a été un atout puisque, dans le principe, une dizaine de kilomètres séparent Steige de Neubois les deux communes les plus en amont et en l’aval de la vallée. » Cette dérogation obtenue, les porteurs du projet ont communiqué auprès des acteurs locaux et le premier cercle, décrit plus haut, est en train de s’élargir à d’autres industriels, communes ainsi qu’à des agriculteurs. « Le troisième cercle sera l’ouverture au public », annonce Serge Janus. Or ces derniers seront surtout des consommateurs d’électricité, qui plus est avec des pics et des creux de consommation assez importants. « Pour faire face à ces importantes variations de consommation, il faudra à la fois un volume suffisant de consommateurs, et qu’ils soient équipés de compteurs connectés », pointe Serge Janus. La crise énergétique a donné un coup d’accélérateur au projet. L’autoconsommation collective présente en effet des atouts par rapport à l’autoconsommation avec simple vente du surplus, notamment en termes tarifaires. En effet, le tarif de l’électricité est décidé au sein de la PMO, qui peut le faire évoluer, à l’inverse de la revente simple, où le producteur signe un contrat à un tarif fixe pour un certain nombre d’années, sachant que « le prix de l’électricité ne peut qu’augmenter », constate Serge Janus. En outre, les entreprises membres de la PMO doivent faire du bénéfice. Il y a donc tout intérêt à ce que le tarif de l’électricité pratiqué au sein de la PMO soit tamponné. « Le tarif de référence, qui sert de base à la négociation, est le tarif réglementé. L’objectif est d’aboutir à un tarif inférieur à ce tarif réglementé, et si possible légèrement supérieur au tarif de rachat en revente totale, pour être attractif à la fois pour les vendeurs et les consommateurs », explique-t-il. Changer de paradigme Pour l’instant, les agriculteurs consomment relativement peu d’électricité, « de 10 à 15 % de leur production », estime Thierry Froehlicher. Sauf quand, comme David Lavigne, ils ont opté pour les circuits courts, qui impliquent de la transformation, donc des chambres froides, des fours et autres équipements fonctionnant à l’électricité. Alors la part d’autoconsommation augmente. En outre, devenir producteur d’électricité les incite à penser et à investir différemment. Ainsi, David Lavigne, qui va produire quelque 250 kWatt d’électricité, grâce à 1 350 m2 de panneaux photovoltaïques, envisage de profiter du tarif avantageux, dont il va bénéficier, pour investir à moyen terme dans une pailleuse électrique et, peut-être aussi, un valet de ferme électrique. Thierry Froehlicher cite encore la possibilité de recharge toutes sortes de petits équipements, comme des tronçonneuses, avec l’électricité produite à la ferme. Sans oublier qu’avec l’électricité, il est possible de produire de la chaleur. « Il y a des innovations tous les jours, donc le champ des possibles est très large. L’autoconsommation collective donne en tout cas davantage de certitudes sur les tarifs de l’énergie à l’avenir, et de résilience pour le territoire », souligne Thierry Froehlicher. Avec la réalisation de deux ouvrages : des ombrières sur le parking du supermarché de l’enseigne Super U et une extension de toiture chez Bürkert, toutes deux couvertes de panneaux photovoltaïques, la PMO va atteindre une production d’1 Mwatt à l’été et 3 Mwatt dans 2 ans. « Notre ligne rouge, c’est la consommation de foncier », souligne Serge Janus, qui compte notamment sur les progrès techniques en matière de conception de panneaux photovoltaïques pour arriver à couvrir un maximum de surfaces existantes, sans artificialiser de terres. Le pari de la résilience énergétique étant en passe d’être relevé, la Communauté de communes commence à travailler la question de la ressource en eau, avec pour objectifs de l’économiser, la mutualiser et désimperméabiliser des surfaces afin que l’eau qui tombe sur le territoire s’y infiltre.

Chrysomèle des racines du maïs

La surveiller pour bien lutter

Publié le 27/03/2023

La chrysomèle des racines du maïs fait désormais partie de la liste des ravageurs du maïs en Alsace. Une lutte efficace contre l’insecte passe par un suivi attentif des populations, afin de mettre en place les mesures qui s’imposent. La plus efficace est la rotation à l’échelle territorialisée pour couper les vivres à l’insecte.

On ne présente plus la chrysomèle des racines du maïs. Rappelons tout de même que ce sont les larves de ce ravageur qui causent le plus de dommage au maïs, en consommant leurs racines, et que, de ces larves, émergent des adultes, généralement début juin, qui vont s’accoupler, et produire une nouvelle génération de larves, en pondant dans le sol. Rappelons aussi que, depuis que le ravageur a été détecté en Alsace, sa population n’a cessé de croître, malgré les différents dispositifs de lutte mis en place. L’année 2022 a été particulière. En effet, les adultes ont émergé particulièrement tôt, le 20 juin, et de manière très groupée. Le climat, chaud et sec, n’est sans doute pas étranger à cette accélération du rythme de l’insecte. En outre, la majorité de l’envol a eu lieu fin juin début juillet, puis « quasiment plus rien, alors que d’habitude, les envols sont réguliers de juillet à août », décrit Florence Binet, d’Arvalis - Institut du végétal, qui avance une hypothèse pour expliquer ce phénomène : les traitements effectués pour maîtriser les populations de pyrales ont pu avoir un effet sur la chrysomèle en réduisant le nombre d’adultes en juillet. Mais cette diminution du nombre d’adultes ayant aussi été observée dans des parcelles non traitées, ce n’est pas la seule explication.     Une chose est sûre, ce décalage du cycle de la chrysomèle a pénalisé son suivi : « Les pièges ont été installés trop tard, nous avons donc raté le début et les deux premières semaines de vol. Il nous manque une part significative des informations. Si bien que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la dynamique de la population en 2022 », indique Florence Binet. Cette année, Arvalis va poser des cages d’émergence dans les parcelles de maïs bien en amont, pour anticiper un éventuel avancement des dates d’émergence et ne pas louper les premiers vols des adultes. Car c’est à ce moment-là que les agriculteurs doivent poser les pièges de détection qui doivent permettre de quantifier le nombre d’adultes par mètre carré dans les parcelles, critère qui détermine les moyens de lutte à mettre en œuvre (cf tableau). La rotation devant être appliquée « de préférence de manière territorialisée, en concertation avec les voisins, pour plus d’efficacité ». Cibler les larves, vérifier l’état des racines Côté lutte insecticide, pas de changement : « Il convient de privilégier la lutte contre les larves car ce sont elles qui pénalisent le rendement, avec des traitements au semis, sous forme de microgranulés », souligne Florence Binet. Lutter contre les adultes sera moins efficace, voire contreproductif. La campagne précédente a très bien illustré les effets secondaires délétères des insecticides sur les auxiliaires : « Les traitements effectués contre la pyrale ont eu des effets sur les populations d’auxiliaires qui, d’habitude, modèrent celles d’acariens. Résultats : les acariens ont proliféré dans les parcelles, ce qui n’a pas aidé des maïs déjà soumis au stress hydrique et thermique », décrit Florence Binet. Pour la campagne suivante, la spécialiste encourage les agriculteurs à équiper leurs parcelles des pièges qui vont leur permettre de prendre les bonnes décisions. Ainsi qu’à régulièrement aller constater les dégâts, en déterrant quelques pieds de maïs afin d’observer leurs racines, pour voir si elles sont consommées, nécrosées… En effet, Florence Binet l’a constaté : « En situation irriguée le maïs compense les attaques de chrysomèles en refaisant des racines. Du coup l’impact du ravageur est moins visible qu’en situation non irriguée. Mais il n’empêche que, même si le maïs arrive à compenser les nécroses racinaires grâce à l’irrigation, le potentiel de rendement est pénalisé. Car l’énergie que le maïs produit à refaire des racines, il ne la met pas dans les composantes du rendement. »

Pages

Les vidéos