A la une

Publié le 20/04/2023

En assemblée générale de l’Ava, Krystel Lepresle, déléguée générale de l’association Vins et société, a livré une analyse de la déconsommation qui est liée à un effet générationnel de perte de la culture du vin. Avec leurs désirs de santé, de naturalité, de simplicité, comment les jeunes générations, dites Y et Z, peuvent-elles se raccrocher à cette culture alimentaire ?

La transmission de la culture du vin au fil des générations pose un véritable défi à la filière. En 1957, le philosophe Roland Barthes écrivait dans Mythologies que « le vin est ressenti par la France comme un bien qui lui est propre au même titre que ses 360 espèces de fromages, et sa culture ». Omniprésent dans la culture française, bu quotidiennement, le vin est-il toujours une « boisson totem » ? Les générations qui ont suivi ont-elles emporté avec elles ces symboles d’identité française du vin, ses régions, sa religion, sa gastronomie et sa santé ? La tranche d’âge des 25 et 35 ans est déterminante, car on emporte avec soi la boisson que l’on consomme à cette période, explique Krystel Lepresle, déléguée générale de Vins et Société  Ces notions identitaires du vin ont été bien transmises aux babyboomers. Mais les générations X, Y, Z qui ont suivi, ont « manifesté une difficulté de compréhension à l’égard des appellations, mais aussi une prise de conscience croissante à l’égard des risques de santé ». Ainsi les moins de 25 ans ont intégré que deux verres de vin par jour, « c’est beaucoup trop et ça renvoie à un problème avec l’alcool ». Ils considèrent toujours le vin comme un produit de tradition, de partage et de convivialité, mais il leur est impossible cependant de le situer géographiquement. Du père aux pairs De nombreuses explications sociétales expliquent cette rupture : l’éclatement de la cellule familiale avec une multiplication par trois des familles monoparentales assumées à 84 % par des femmes. Tandis que 10 millions de Français vivent seuls. Or, la transmission du vin s’effectue principalement par le père ou le grand-père. Désormais, cette transmission s’effectue par « les pairs » en communauté. « On assiste à une féminisation des valeurs de la société, où l’attention est portée sur la santé, l’écologie, le développement durable », dans un monde qui s’urbanise, de plus en plus en recherche de valeurs naturelles. « Les femmes achètent moins de viande, moins d’alcool et plus de fruits et légumes. » Autre évolution notable, celle de la place des repas qui se simplifient, s’internationalisent, se prennent en snacking, où l’alimentation est mise en scène, et est de plus en plus associée aux loisirs. Elle précise que les jeunes sont aussi sensibles à l’engagement RSE des entreprises. Les plus de 65 ans représentent 46 % des achats de vin Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la consommation de vin a baissé de 60 %. Des boissons comme la bière s’en sortent mieux. La consommation du vin est très générationnelle. Les plus de 65 ans représentent 46 % des achats vin en volumes. Et les 40-64 ans représentent 40 % des volumes achetés. « Les moins de 35 ans représentent très peu pour notre secteur. » Les tendances de marchés confirment cet effet générationnel de la déconsommation du vin. « La question de l’entrée par les générations est importante parce que les moins de 35 ans vont emporter avec eux leurs habitudes de consommation. C’est un challenge important pour la filière. » Que veut cette jeune génération Y et Z ? Le digital, les communautés vont jouer à plein. Cette génération Y (on ne sait pas encore pour la Z) exprime un désir de simplicité, elle ne comprend pas la structuration de l’offre, et elle demande une consommation ludique. « La compréhension des AOC questionne. » Elle demande une information instantanée. La dématérialisation sur les étiquettes est très importante. En résumé : « simplicité, divertissement et accès immédiat à l’information produit. Donc nous préconisons de favoriser l’accès à l’information et la transmission intra et intergénérationnelle », conclut Krystel Lepresle.

Dégâts de gibier sur prairie

2022 : une année historiquement calme

Publié le 19/04/2023

Du nord au sud de l’Alsace, les dégâts de sangliers sur prairie ont été bien moins conséquents, en 2022, qu’en 2021 et 2020. Ils ont été divisés par cinq, en 2022, par rapport à l’année d’avant. Les causes seraient multifactorielles.

Dans le Bas-Rhin, en 2022, sur 654 ha de cultures détruites par le gibier, 84 ha étaient des prairies. En 2021, 535 ha de prairies sur 982 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 215 ha de prairies sur 1 208 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Bas-Rhin, en 2022, par rapport à 2021 : exceptionnel ! Les principales communes touchées, en 2022, étaient Ingwiller avec 9,5 ha de prairies détruites, Wingen avec 6,5 ha, Wissembourg avec 5 ha, Lichtenberg avec 4 ha et le secteur de Reipertswiller avec 3,5 ha, partage Pascal Perrotey, directeur du Fonds départemental d’indemnisation des dégâts de sangliers du Bas-Rhin (FIDS 67). Les cinq bans totalisent plus de 20 % des dégâts de sangliers, dans le département nord de l’Alsace, l’an dernier. « Si 18 000 sangliers ont été tirés, dont le quart de nuit (une première), il faut aussi noter que, par chance, il y avait peu de larves de hannetons, dans les prés, en 2022 », constate Pascal Perrotey, expliquant, ainsi, la baisse significative des dégâts de sangliers sur les prairies, l’an passé. Le directeur du FIDS 67 prévient : il n’y a pas de science infuse. L’avenir est donc difficile à prévoir. « 2023 sera sûrement identique à 2022 », estime, tout de même, Pascal Perrotey. « On commence à entendre, ici ou là, que les dégâts reprennent mais dans des proportions limitées. Reste quelques zones récurrentes compliquées », abonde Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. « Il suffit que deux ou trois locataires de chasse laissent filer… Nous sommes tous égaux, face aux sangliers », lâche Pascal Perrotey. Le directeur du FIDS 67 donne une astuce pour contenir les sangliers. « Dans quatre zones, qui sont le secteur Lembach, Grendelbruch, Obernai - Muhlbach et Gresswiller, Albé - Breitenbach, celui d’Harskirchen - Sarre-Union, celui du Val de Villé et celui de la Vallée de la Bruche, les chasseurs agrainent avec des pois protéagineux, que les sangliers assimilent comme des protéines animales. C’est comme s’ils mangeaient des larves donc ils ne se cassent plus le groin à creuser le sol, et les prairies sont préservées », détaille Pascal Perrotey. Des études de l’Office français de la biodiversité (OFB) montrent que l’agrainage n’aide pas la fécondité, ni donc la prolifération des sangliers, car les quantités d’agrainage restent toujours moindres par rapport aux profusions qu’offre la nature, les bonnes années, d’après le directeur de la FIDS 67. « Dans le Haut-Rhin, au col du Bonhomme, un essai a déjà été réalisé, à savoir que l’agrainage avait été arrêté et cela avait été une catastrophe », sait Pascal Perrotey. S’appuyant sur les chiffres de 2022, il remarque que les dégâts en montagne sont insignifiants, cette année. Au sud Dans le Haut-Rhin, en 2022, sur 957 ha de cultures détruites par le gibier, 206 ha étaient des prairies. « Des chiffres qui restent néanmoins à affiner, précise Marie-Joëlle Bellicam, conseillère Montagne à la Chambre d'agriculture Alsace. Des déclarations d’agriculteurs de montagne n’ont pas encore été effectuées. » En 2021, 1 018 ha de prairies sur 1 640 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 484 ha de prairies sur 1 614 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Haut-Rhin, en 2022, par rapport à 2021, tout comme dans le Bas-Rhin : une « baisse spectaculaire », admet Alexandre Bosserelle, le directeur du FIDS 68. Les principales communes touchées, en 2022, étaient Sainte-Croix-aux-Mines avec 20 ha de prairies détruites, Le Bonhomme avec 15 ha, Soppe-le-Bas avec 13,8 ha, Orbey avec 9,7 ha et Fellering avec 7,5 ha, partage le directeur du FIDS 68. Ces cinq bans avec ceux d’Oderen, de Kruth, de Soppe-le-Haut, de Pfetterhouse, de Breitenbach (dans le Haut-Rhin), de Kirchberg et d’Heimersdorf totalisent près de 50 % des dégâts de sangliers, dans le département sud de l’Alsace, soit 102,5 ha, l’an passé. « Il semblerait qu’il y a eu, en 2022, moins de sangliers que les années précédentes et la sécheresse, dès le printemps, a probablement joué. Mais les causes principales de la baisse des dégâts de sangliers sur prairies sont difficilement identifiables, d’autant plus que les dégâts en plaine n’ont, eux, que peu diminué. Météo, taux de reproduction, mortalité hivernale des jeunes, prélèvements par la chasse, etc., l’augmentation ou la diminution des dégâts est multifactorielle », énumère Alexandre Bosserelle. D’après lui, dans le Haut-Rhin, les dégâts démarrent calmement, en 2023. « Pour le moment, il n’y a pas d’alerte majeure mais tout peut aller très vite », poursuit-il. Claude Schoeffel, éleveur à Fellering, confirme : « Les dégâts ont recommencé il y a trois semaines, en l’espace de deux nuits seulement. J’ai sollicité immédiatement les lieutenants de louveterie qui sont intervenus rapidement. Pour nous, l’embellie constatée en 2022 ne se confirmera probablement pas cette année. »

Publié le 19/04/2023

Capitale alsacienne du sucre, Erstein mène une politique en faveur des planteurs de betteraves, qui y sont exonérés de taxe foncière. Elle essaie aussi de préserver au maximum les terres arables, en densifiant l’espace urbain : elle s’attaque en priorité, aux dents creuses.

« Les agriculteurs sont essentiels. Leur nombre diminue et ce n’est pas facile pour eux. Je suis outré d’ailleurs, lorsque les prix augmentent en magasin, mais pas pour eux. Heureusement, il y a des reprises d’exploitations par des jeunes ici : chez les Voelckel et les Wetterwald, par exemple », partage Benoît Dintrich, le maire d’Erstein. Petit-fils d’éleveurs laitiers du côté de son père, le sexagénaire, natif de Benfeld, est retourné aux sources à Erstein, la ville de sa mère, il y a plus de trente ans. Cet ancien cadre supérieur de santé est d’autant plus sensible à la cause agricole qu’à Erstein est installée la sucrerie de Cristal Union qui porte le nom de la ville. 55 ha de terres agricoles sont dédiés à la culture de la betterave. « Nous avons quatre planteurs de betteraves sur la commune d’Erstein, y compris Erstein Krafft », dénombre Laurent Rudloff, responsable betteravier de l’usine. Et 32 salariés en CDI travaillant à la sucrerie, habitent Erstein. Pour inciter les agriculteurs à planter de la betterave et faire tourner l’usine, la commune exonère les betteraviers de taxe foncière. Benoît Dintrich recense « beaucoup de maïs et du blé, de l’orge, des fruits et légumes » aussi sur le ban communal, mais seulement trois élevages. Forêt patrimoniale Erstein est une des plus grandes communes forestières du Bas-Rhin, comptant près de 1 000 ha de forêts, dont elle est propriétaire pour plus de la moitié. Elle en confie la gestion à l’Office national des forêts (ONF). Réserve naturelle, polder, cours d’eau, plan d’eau de Plobsheim : la valeur patrimoniale de la sylve et de la trame bleue est aussi riche que la forêt est pauvre… « Aujourd’hui, on ne gagne plus d’argent avec notre forêt. Elle coûte plus cher qu’elle ne rapporte, notamment à cause de la chalarose du frêne et du changement climatique. Mais même si on ne sera a priori plus bénéficiaire, il y a des choses importantes à faire pour une exploitation raisonnée. Vers Krafft par exemple, en forêt du Krittwald, 4 000 copalmes d’Amérique (ou liquidambars) seront plantés sur environ deux hectares, pour remplacer peut-être à terme l’érable sycomore, qui a du mal à s’adapter aux nouvelles températures. Cette espèce représente aujourd’hui 90 % de la régénération naturelle de la forêt », développe Benoît Dintrich. Le maire ajoute que le manque à gagner lié à la diminution des ventes de bois d’œuvre, impacte peu le budget de la ville. Attractivité Toujours en lien avec le changement climatique, la commune d’Erstein a troqué certaines espèces ornementales dans ses espaces verts, contre des plantes plus résistantes. « On essaie d’abaisser notre consommation d’eau, mais aussi de récupérer les eaux de pluie, dans des cuves enterrées notamment, sur deux sites : elles peuvent contenir jusqu’à 80 m3 », précise Benoît Dintrich. La ville d’Erstein est attractive. « Il y a quelques années, le quartier de la Filature, à peine créé, s’est rempli de 2 000 habitants. Entre 700 et 800 personnes sont attendues prochainement à la zone d’aménagement concerté (Zac) Europe, avenue de la Gare. C’est la dernière extension urbaine d’Erstein et la seule prévue », confie le maire. La municipalité est en phase d’acquisition des terrains. L’édile rappelle que le Schéma de cohérence territoriale (Scot) de Strasbourg impose trente logements à l’hectare en termes de densité, lorsqu’une zone d’habitation est créée. « On a changé d’époque. Une commune qui ne grandit pas n’évolue pas. Mais notre souhait est de ne pas prendre sur le terrain agricole », insiste le maire d’Erstein, qui relève tout de même le paradoxe entre le Scot et la démarche Zéro artificialisation nette des sols, qui est un objectif national pour 2050. Pour laisser la terre aux agriculteurs, le plan local d’urbanisme (PLU) d’Erstein prévoit de densifier la partie déjà urbanisée de la ville prioritairement ; comme l’avenue de la Gare, précitée. « Les terres sont riches, fertiles, très productives ici. Nous sommes dans une zone inondable, où certains espaces sont sanctuarisés. À Krafft, il n’y a plus aucun terrain constructible », souligne Benoît Dintrich. Mais il y a beaucoup moins d’inondations à Erstein depuis la mise en route du canal en 1870, souligne-t-il, soucieux de rendre compte de la réalité. Concertation L’agribashing ne serait pas un problème ici, selon le maire, qui veille à faciliter le travail des agriculteurs en leur permettant de circuler un maximum hors de la ville ; une action réalisée avec l’association foncière dont il est le président de droit, en tant qu’élu. « Je ne vois que peu les agriculteurs », admet Benoît Dintrich, qui met un point d’honneur à ne pas s’immiscer dans ce qui fonctionne. Ainsi, qu’il s’agisse de réaffectation des terres, quand une location touche à sa fin, de tailles de haies ou de chemins à entretenir, l’édile n’est jamais sollicité directement en sa qualité de maire. Au sujet des terres, les agriculteurs semblent s’entendre, laisse-t-il filer. À propos des dégâts de gibier, les discussions avec les chasseurs ont l’air tout aussi fructueuses. Aucune plainte ne lui a été remontée. « En 2022, dans la forêt du Rhin, 46 sangliers dont quatre laies ont été tirés, pour un seul lot de chasse, se souvient le maire. Vers Gerstheim, des clôtures ont été mises en place entre les champs et la forêt. » À Erstein, huit lots de chasse seront renouvelés en 2024. D’autres espèces sauvages moins problématiques que les sangliers, abondent dans les parages. Animales et végétales, elles gagneraient à être recensées, pense le conseil municipal. Une maison de l’environnement et du développement durable verra donc bientôt le jour à Erstein Krafft. Outre un atlas de la biodiversité ambiante, les énergies nouvelles y auraient une belle place. Le projet n’en est qu’à ses débuts. Il devrait aboutir dans quatre ans. Avec ses trois fleurs et ses trois libellules, l’industrielle Erstein est une commune ancrée dans son terroir, qui tente de trouver le plus juste équilibre entre espaces naturels sauvages et cultivés, et urbanité.

Pages

Les vidéos