Coordination rurale 67
« Un agriculteur doit pouvoir vivre de son travail »
Coordination rurale 67
Publié le 07/05/2023
Le 26 avril, la Coordination rurale 67 a invité la préfète de la Région Grand Est Josiane Chevalier à la ferme Adam à Wahlenheim. À la fin de la visite de l’exploitation familiale, le syndicat a organisé une table ronde afin d’interpeller l’élue sur les problèmes auxquels les agriculteurs alsaciens sont confrontés.
Partager la richesse du patrimoine et du terroir alsacien. C’était l’objectif de la venue de Josiane Chevalier à la ferme Adam. La préfète a visité l’exploitation familiale de 150 hectares et 160 vaches, qui est engagée depuis près de 60 ans dans la production de lait. En plus des élus, plusieurs agriculteurs alsaciens, actifs ou retraités, se sont joints à ce moment. Car l’enjeu de cette journée n’était pas seulement de découvrir l’exploitation de Wahlenheim. Il s’agissait aussi de faire part des conditions de travail des agriculteurs alsaciens et de montrer la réalité du métier. C’est pourquoi un moment d’échange, mené par la Coordination rurale 67, s’est tenu dans le magasin de la ferme Adam. La parole était libre, ce qui a permis à chacun de partager ses revendications mais aussi de proposer des solutions. Une retraite plus « juste » Lors de cet échange, la question des retraites était au cœur des inquiétudes. Tous les participants, élus syndicaux comme agriculteurs, demandent une retraite qui « respecte » la profession. « La réforme proposée ne résout en rien la problématique des retraites agricoles. Le recul de l’âge pour valider une retraite pleine ne prend pas en compte la pénibilité et la dureté de notre travail. Et surtout le temps de travail, un agriculteur travaille en moyenne 55 heures par semaine, contre 35 heures habituellement pour un salarié », lance Paul Fritsch, président de la Coordination rurale 67. Face à Josiane Chevalier, le syndicat agricole alsacien a donc présenté plusieurs propositions. Il demande une retraite minimale équivalente à 100 % du Smic net, et la prise en compte de la pénibilité et du temps de travail du métier. Il évoque également une revendication qu’il porte « depuis de nombreuses années » : le calcul de la retraite sur les 25 meilleures années. « Il faut le faire, car quand un jeune s’installe, on sait très bien qu’il n’a presque pas de revenus les 10 premières années à cause des investissements matériels », rappelle Paul Fritsch. « 50 % des agriculteurs ont plus de 50 ans » La ferme Adam est l’exemple même du développement d’une exploitation familiale. Crée en 1964, elle est transmise de génération en génération. Mais le renouvellement des générations est plus compliqué pour certaines exploitations, car il n’y a personne pour reprendre le flambeau, et la profession est de plus en plus vieillissante. « 50 % des agriculteurs ont plus de 50 ans », affirme Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace et président de la CAAA du Bas-Rhin. Par exemple, la production laitière est en déclin, et les chiffres sont plus qu’alarmants. « En 1984, nous avions 470 000 producteurs de lait en France. Aujourd’hui, nous sommes 50 000. Dans 10 à 15 ans, quand les plus de 55 ans auront pris leur retraite, il va rester qui ? Si on veut installer des jeunes, il faut réussir à dégager un revenu pour pouvoir faire vivre une famille, c’est fondamental », lance Francis Closquinet, président de la Coordination rurale des Ardennes. Avec une augmentation des coûts important, notamment l’électricité, l’agriculture est sous tension. Alors que certains agriculteurs avaient déjà « du mal à boucler les fins de mois », selon Paul Fritsch, qui évoque également l’après, lors de la retraite. « On n’a pas les moyens de cotiser. Car tout va dans l’achat de nouvelles machines, dans les bâtiments. Il faut être compétitif et productif, on nous l’a toujours dit. » Face à ce constat de précarité, Josiane Chevalier a rappelé la nécessité de travailler sur les conditions de travail. « Un agriculteur doit pouvoir vivre de son travail, c’est la base. Il y aura un accompagnement nécessaire. Nous avons beaucoup de travail à mener ensemble, l’agriculture fait face à des enjeux immenses. Et nous sommes dans un moment important pour le faire », dit la préfète de la Région Grand Est. En effet, une concertation sur le Pacte et projet de loi d’orientation et d’avenir agricoles a été lancée en début d’année. Le 2 mai dernier, le travail des groupes, pilotés par les Chambres d’agriculture, a été restitué.












