A la une

Publié le 25/05/2023

« On se dirige vers une année moyenne, assez équilibrée, d’une exploitation à l’autre, hormis en mirabelle, pour laquelle les rendements seront, a priori, meilleurs que l’an passé », résume Philippe Jacques, conseiller arboricole, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA).

Un vrai printemps d’il y a quarante ans ! Des alternances de chaud/froid, pluie/sec ; des températures basses mais sans gelée, suivies de pics à 26 °C, marquent ce retour « aux standards » en Alsace, après six campagnes caractérisées par le gel au printemps et enfin, un « vrai » hiver 2022-2023. Conséquence : les charges dans les vergers, sont hétérogènes, de parcelles en parcelles et même de branches en branches ! Volumes et qualités sont disparates, surtout en prunes (prunes bleues et quetsches d’Alsace), témoigne le conseiller Philippe Jacques. Cerises et poires en berne Les conditions humides à la floraison des cerisiers et des poiriers, ont eu une incidence sur la pollinisation car très peu d’abeilles étaient de sortie : les charges sont très, voire trop légères pour ces deux productions, enchaîne-t-il. Par contre, la mirabelle s’en est mieux sortie cette année qu’en 2022, et par rapport aux autres fruits, une belle récolte est attendue en 2023, même si les températures assez basses des dernières semaines ont une influence sur les calibres. Les fruits des mirabelliers seront petits… sauf s’il pleut beaucoup cet été. Correct en pommes En pomme, on est en pleine période de régulation de la charge des arbres actuellement. Il faut s’adapter aux conditions de chaque parcelle, prévient Philippe Jacques, car la floraison s’est longuement étalée du 15 avril au 20 mai, voire encore plus tard, selon les variétés. « La campagne en pommes est toujours plus homogène, comparée aux autres cultures, grâce à la régulation. Cette année, les techniciens ont du travail car on annule carrément la régulation dans les vergers peu chargés, et on l’accentue ailleurs. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu autant de disparités », s’exclame-t-il. La récolte sera moyenne à bonne. « Il y a peu de tavelure. C’est propre. Et le carpocapse est déboussolé… comme nous ! Il y a peu de pontes car on a rarement atteint les 15 °C (nécessaires pour l’espèce) à la tombée de la nuit. Je pense donc qu’on devrait être proche des objectifs en production de pommes, en 2023 », conclut le conseiller de la CAA. RAS en petits fruits En petits fruits, Lilian Boullard, conseiller en culture légumière, fraises et petits fruits, chez Planète Légumes, est confiant pour le moment : la campagne débute avec une semaine de retard mais aucune maladie n’est à déplorer. Dès qu’il commencera à faire chaud par contre, il faudra surveiller les framboisiers : un acarien s’est pointé l’an passé.

Publié le 24/05/2023

Dimanche 21 mai, à Orschwihr, la Tournée des terroirs faisait escale sur les hauteurs du village, au cœur du lieu-dit Bollenberg. La cinquième étape d’un événement conçu pour les 70 ans de la Route des vins d’Alsace.

1. Les membres du syndicat viticole d’Orschwihr, présidé par Frédéric Schmitt, se sont pleinement investis dans l’organisation de cette journée, dont la logistique est assurée par le Civa. Ils ont sélectionné 27 vins, disponibles au bar, dont les caractéristiques sont résumées dans un carnet de dégustation remis à chaque visiteur. Dans la famille des vins secs, je demande… le 7, un muscat 2020 du domaine Bernard Haegelin provenant du grand cru Pfingstberg. 2. Après celui sur les grands rouges du Bollenberg, le deuxième atelier du jour est une dégustation comparée de 11 vins issus du lieu-dit Bollenberg et du grand cru Pfingstberg. Le premier est à dominante calcaire, le second est marno-calcaro-gréseux. Il s’agit de repérer les marqueurs de chaque terroir sur des rieslings, indépendamment du millésime. Un exercice particulièrement utile dans le cas du Bollenberg, où le syndicat viticole a déposé des demandes de premier cru sur l’Effenberg, le Neuberg et le Luft. Deux ateliers spécifiques à ces futurs premiers crus du Bollenberg ont conclu la journée. 3. Tout est fait pour que les visiteurs puissent se détendre et profiter de l’instant présent : des voiles d’ombrage protègent le bar du soleil, des banquettes en palettes recyclées sont posées dans l’herbe haute. Des food-trucks assurent la restauration tandis que le DJ fait chauffer les platines. 4. Au programme de la journée, la visite des landes sèches du Bollenberg, un site classé Natura 2000 abritant une faune et une flore très particulières : orchidées sauvages, lézard vert, huppe fasciée… Claudia Caridi, du Parc naturel régional des ballons des Vosges, explique les interactions subtiles entre les plantes et leurs pollinisateurs. 5. Les abords de la chapelle Sainte-Croix, où l’on accède à pied en gravissant un chemin pentu, offrent un magnifique point de vue sur le vignoble et le village en contrebas. Il suffit de se poser sur un transat pour admirer le paysage.

Publié le 20/05/2023

On dénombre trois fois plus de terriers de grand hamster en Alsace aujourd’hui qu’il y a dix ans, et ils sont plus de 80 % à être localisés dans un périmètre engagé en mesures agricoles visant à sa protection. Dix ans… c’est l’âge de l’association Agriculteurs faune sauvage Alsace (Afsal). Coïncidence ? Que nenni. À l’occasion de l’anniversaire d’Afsal, Laurent Fischer, le président, est revenu sur l’histoire de ce groupe d’exploitants maillant volontairement le territoire de cultures favorables au rongeur.

Afsal a fêté ses dix ans le mercredi 10 mai 2023, à Blaesheim, zone pionnière dans la préservation du grand hamster d’Alsace, là où cette aventure a commencé. En une décennie, trois fois plus d’agriculteurs se sont engagés à protéger l’espèce menacée, dont le nombre de terriers a lui aussi triplé, selon les derniers comptages de 2022, réalisés par l’Office français de la biodiversité (OFB). Aujourd’hui, ils sont 216 agriculteurs adhérents à Afsal à mailler des territoires de 100 à 500 ha de cultures favorables au rongeur. 4 300 ha sont ainsi engagés en mesures agricoles aujourd’hui, contre 1 438 ha en 2013, au tout début du volontariat. De Hurtigheim à Ernolsheim-sur-Bruche, en passant par Oberschaeffolsheim, au nord ; de Dorlisheim et Obernai à Geispolsheim, au centre ; et dans le Ried, à cheval sur les deux départements alsaciens, le taux moyen de cultures favorables au grand hamster, au sein des périmètres en mesures collectives, est passé de 27 à 43 % environ, en une décennie. Céréales à paille d’hiver (blé, orge, avoine, triticale, épeautre, seigle), luzerne et mélanges de légumineuses fourragères, protéagineux d’hiver (féverole, lupin, pois) et méteils d’hiver (mélanges céréales/légumineuses) constituent l’alimentation et le refuge du grand hamster. En complément d’un assolement propice au rongeur, les agriculteurs volontaires laissent de petites surfaces non récoltées tout l’été (le grand hamster hiberne) à proximité des terriers, et/ou implantent des Cipan. De 319 en 2013, le nombre de terriers est passé à 960 en 2022. 82 % de ces habitats ont été observés par l’OFB dans des périmètres gérés collectivement par les adhérents d’Afsal, alors qu’en 2013, seuls 23 % des terriers étaient répertoriés dans ces zones.     « Dynamique positive » Laurent Fischer, le président d’Afsal, est persuadé que cette « dynamique positive » continuera à convaincre. Le dispositif de gestion collective des parcelles de volontaires, en faveur d’une espèce protégée, est non seulement efficace mais aussi « unique en France, voire en Europe », ont insisté tout au long de la fête, les agriculteurs coordonnant Afsal et les services de l’État, main dans la main. Et c’est à Blaesheim que tout a commencé… Si en 1995, beaucoup de hamsters communs y étaient encore dénombrés, il n’en restait presque plus en 2008, selon l’OFB. La commune a donc accueilli le premier relâché de hamsters d’élevage, avec le soutien du maire actuel Jacques Baur, un ancien agriculteur. « En 2012, ça n’a pas été simple de décider les exploitants », se souvient l’édile local, qui avait promis que les cultures à forte valeur ajoutée, telles que les choux, betteraves, pommes de terre et légumes, soient préservées dans le même temps. Jusqu’en 2012, des contrats individuels étaient proposés aux agriculteurs par l’Office de la chasse et de la faune sauvage, avec un soutien de la Chambre d’agriculture, pour favoriser le grand hamster. À partir de 2013, des mesures collectives, telles les mesures agro-environnementales Hamster (2015 – 2022 et 2023 – 2028) et les mesures compensatoires extensives, ont été mises en œuvre. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), en collaboration avec les services de l’État (OFB, DDT, Dreal), la Région Grand Est et Afsal, a animé leur déploiement. L’État a souhaité en déléguer la gestion à une structure tierce, et les agriculteurs ont accepté de se regrouper au sein d’Afsal, qui a été créée le 10 avril 2013 par douze agriculteurs réunis à la mairie de Blaesheim. 19 représentants, désignés par les agriculteurs de chaque territoire engagé, siègent aujourd’hui à son conseil d’administration (CA). Lors de la mise en place de mesures collectives sur un territoire, l’ensemble des agriculteurs adhèrent et signent un contrat avec Afsal, et si l’ensemble des engagements individuels permet de respecter le cahier des charges, c’est le président d’Afsal qui engage le territoire, au nom de l’association, vis-à-vis de l’État ou des financeurs privés. Un million d’euros par an « Soyez sympas avec les agriculteurs, ils vous le rendent mille fois », s’est exclamé Laurent Fischer, fort d’un bilan qui dépasse les espérances. Entre 2013 et 2022, plus de 5,2 millions d’euros ont été versés par la DDT du Bas-Rhin, à ces derniers, afin de prendre en charge les surcoûts de production liés aux assolements spécifiques (pour un montant total de 4,4 millions d’euros) et d’indemniser les cultures de céréales laissées sur pied (pour un montant de plus de 810 000 euros). À compter de 2023, le montant des aides a été revalorisé, avec le nouveau cahier des charges de la « mesure Hamster », qui exige 35 % de cultures favorables d’hiver, 3 % de cultures favorables de printemps et 5 % de cultures favorables de type prairies temporaires, contre 26 % de cultures favorables auparavant. Aussi, il est prévu la pratique obligatoire de la fauche alternée sur les parcelles de luzerne de plus de 0,5 ha. Et, pour les bandes de non-récolte, le maintien sur pied des céréales d’hiver à proximité immédiate des terriers est obligatoire et elles ne peuvent être détruites avant le 15 octobre. Ainsi, près d’un million d'euros par an sera consacré, par le ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, à la protection du grand hamster. « Joyeux anniversaire et longue vie à Afsal ! », a souhaité, en conclusion Nicolas Ventre, directeur de la DDT du Bas-Rhin, heureux de cette collaboration exemplaire, qui permet de « concilier une agriculture moderne, innovante, performante, avec la protection de la biodiversité ».

Pages

Les vidéos