Floriculture
Des fleurs parmi les fruits et légumes
Floriculture
Publié le 02/06/2023
Marie Mathis-Ballesta est floricultrice au Jardin d’Agnès, à Ittlenheim, dans le Kochersberg. Bio, locales, de saison, ses fleurs et compositions florales ravissent les clients de la ferme maraîchère de Vincent Schotter, son patron, et quelques fleuristes. Après deux ans, l’atelier de diversification est à l’équilibre.
« Je suis née dans les fleurs », constate Marie Mathis-Ballesta, fille de Brigitte Mathis, détentrice alsacienne d’un Jardin de France, labellisé. Pour un beau bouquet, il faut associer cinq types de fleurs et végétaux : « des fleurs stars (dahlia, tournesol, chrysanthème), des disques (type marguerites : soucis, nigelle, bleuet), des fleurs en ombelle (fenouil, panais, carotte ; pour réutiliser les produits de la ferme), des épis (muflier, campanule) et du feuillage (buplèvre, molucelle mais aussi feuilles d’asperge et de fraisiers, mélisse et menthe) », énumère Marie, qui a éclusé les tutoriels Youtube. La trentenaire a réalisé son rêve, celui d’être floricultrice… Entre autres, grâce à Vincent Schotter, son ancien maître de stage (lors de la reconversion de Marie via un BPREA maraîchage, au CFPPA d’Obernai en 2020-2021) et son actuel employeur. Le chef d’exploitation de l’EARL Le panier du Jardin d’Agnès, à Ittlenheim dans le Kochersberg, laisse carte blanche à Marie Mathis-Ballesta, sur 0,5 ha. 10 ares sous serre et le reste en plein air, donnent l’opportunité à sa salariée de tester plus de cent espèces de fleurs, de vingt familles botaniques différentes. « Cela permet une rotation en plus et, donc, de couper le cycle des maladies, notamment des solanacées. Par exemple, les tomates ne reviennent qu’une fois tous les trois ans, sur la même parcelle. Aussi, les fleurs amènent plus de biodiversité, dont des auxiliaires des cultures, des pollinisateurs et… des lérots, une espèce classée quasi menacée ! » pointe Marie, une des sept UTH à l’année du Jardin d’Agnès. Gagnant-gagnant Récoltées, les fleurs fraîches sont vendues au marché (lire l’encadré), en même temps que les fruits et légumes du maraîcher bio : gagnant-gagnant. Les bouquets sont composés d’avance, pour plus d’efficacité. À l’occasion de la fête des mères, des kits à bouquets - des godets de huit espèces de fleurs destinées à être coupées, pour jardiniers en herbe qui souhaitent les faire pousser à domicile - seront aussi proposés. Marie approvisionne en plus, quatre fleuristes, avec sa production. Le surplus de fleurs est séché et la jeune femme réalise des couronnes, boucles d’oreilles et fioles avec les corolles déshydratées. Mais le but est d’écouler un maximum de fleurs en frais. L’atelier de diversification paie le salaire (minimum) de Marie et les investissements, qui s’élèvent à près de 5 000 euros par an (bulbes, semences, terreau). De janvier à février, Marie commande les semences ; en août, elle achète les bulbes. De janvier à mars, elle sème. Puis, elle plante d’avril à juin, sauf les bulbes plantés en automne (qui fleurissent dès février). « On récolte de février à fin octobre. Et je fais sécher les surplus partout, au fur et à mesure », conclut la floricultrice, qui glane aussi pour ses créations en sec, des fleurs sur sa commune de Flexbourg, avec l’accord de la municipalité. La reconvertie sait quoi cueillir, puisqu’elle est… paléobotaniste de formation ! Docteure, diplômée de l’université de Lyon 1, cette passionnée de fleurs a séjourné quatre ans aux États-Unis, où elle était en parallèle de ses activités, bénévole dans des jardins botaniques. Vers la fin de l’été, l’autodidacte réalise la majeure partie de ses créations en fleurs séchées. Elles sont principalement vendues de novembre à janvier, notamment au marché de Noël Off, de Strasbourg. Pour une première, l’an passé, elles ont remporté un franc succès : Marie rebelote donc, avec son ami vigneron Yann Durrmann qui l’héberge sur son stand, en décembre 2023. « Gérer seule toute la production et la vente de fleurs est un travail de titan. Mais ça vaut le coup dans notre cas. Nos étals aux marchés sont beaux, attirent encore plus les regards. Et je suis heureuse d’aider à faire vivre une entreprise de maraîchage, que les fleurs soutiennent l’agriculture vivrière. J’espère bientôt entrer dans une routine qui permettra de dégager du bénéfice », conclut Marie, sécateur à la main, dans la serre baignant à plus de 25 degrés, fin mai.












