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Frédéric Bierry

Retour vers l’Alsace

Publié le 31/01/2023

Le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Frédéric Bierry, dans ses vœux à la presse et aux autres médias d’informations, jeudi 26 janvier, a affirmé le retour à une Alsace institutionnelle, d'ici 2028, avec le soutien de l’exécutif français, dans le cadre de la loi de décentralisation qui sera votée en 2024.

Le Grand Est freine, Paris pousse. L’Alsace institutionnelle, avec toutes les compétences qui sont passées à la Région aujourd’hui (économiques et sur la formation, notamment) et avec le budget attenant, devrait, au plus tard, être effective en 2028. En résumé, c’est ce que Frédéric Bierry, le président de la CEA, a fait savoir aux journalistes, surtout politiques, présents à sa présentation des vœux à la presse. « Les planètes sont alignées. Ça va dans le sens de l’Histoire », a-t-il martelé. En 2024, la loi de décentralisation devrait être adoptée… Le détricotage des grandes régions sera-t-il alors au rendez-vous ? La majorité présidentielle, assure Frédéric Bierry, et toute l’aile droite politique française, est pour. La CEA et son président sont dans les starting-blocks. Fort du vote « pour » de 154 000 Alsaciens consultés au sujet de la sortie de l’Alsace du Grand Est, Frédéric Bierry veut que l’Alsace soit pionnière et exemplaire, en France. Côté monde agricole et compétences actuelles de la CEA, on le savait déjà, les agriculteurs seront exonérés de la taxe poids lourds pour livrer leurs coopératives. Ces dernières non, mais elles ne seront pas ou peu impactées, sait Frédéric Bierry. Nouveauté : les PL pesant moins de 7,5 t seront aussi exonérés de la taxe car une directive européenne récente le permet. Le président de la CEA espère que 2023 sera l’année de la consolidation de la contribution citoyenne aux projets politiques. Il souhaite coconstruire avec les habitants du territoire. Si les modalités de ces nouveaux échanges ne sont pas encore connues, l’intention est « d’incarner la démocratie européenne »… en s’inspirant de la Suisse et de ses consultations.    

Publié le 31/01/2023

Alors que dans d’autres régions de France qui ont fait de la pomiculture une spécialité, les producteurs arrachent des vergers, la surface consacrée à la production fruitière continue de croître en Alsace. Une exception liée à la densité du bassin de consommation et à la structuration la filière. Elle pourrait néanmoins être fragilisée par la conjoncture actuelle : la hausse des coûts de production combinée aux effets du changement climatique, pèse dans les comptes des exploitations fruitières.

Les images ont fait le tour des journaux télévisés et des réseaux sociaux : des producteurs de pommes, armés de tronçonneuses, abattent leur outil de production. Des images glaçantes, lorsqu’on sait le temps qu’il faut à un verger pour devenir productif, et les investissements que cela requiert, en termes de matériel végétal, de temps de travail, de main-d’œuvre… Il faut que les producteurs soient arrivés au bout du supportable, pour scier la branche qui les nourrit !     En effet, les producteurs interrogés sur les ondes nationales expliquent qu’avec la hausse des charges, et même s’ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour la contenir, produire des pommes n’est plus une opération rentable. Dès lors, s’ils arrachent des vergers, c’est pour arrêter une hémorragie dont leurs exploitations pourraient ne pas se relever. D’où leur revendication, portée par la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) : « + 20 centimes/kg, c’est ce que réclament les producteurs de pommes à la grande distribution et aux transformateurs… pour simplement survivre. » La situation dans laquelle se trouvent actuellement ces producteurs n’est pas que conjoncturelle, mais aussi structurelle. Elle est le fruit de l’érosion de la pomiculture française : « En 20 ans, la surface dédiée à la production de pommes a reculé de 20 à 30 % en France », indique Hervé Bentz, responsable du verger expérimental Verexal à Obernai. Thomas Burger, producteurs à Steinseltz, rappelle : « Il y a encore quelques années, la France était le premier producteur européen de pommes. La France était non seulement autosuffisante, mais aussi exportatrice de pommes. » Mais au cours des années 2000, la Pologne a détrôné la France, sous l’effet notamment de la Pac, « qui a permis de financer des outils de production dans les Pays de l’Est », analyse Thomas Burger. Un choix de politique européenne dont les producteurs français récoltent aujourd’hui les fruits. Dans son rapport sur la compétitivité de la Ferme France, le Sénat, décortique la dégringolade de la filière : « La France perd chaque année des parts de marché à l’exportation à une vitesse effrénée : le volume exporté a été divisé par deux en moins de 7 ans, passant de près de 700 000 t en 2014 à moins de 350 000 t en 2021… La chute des exportations explique l’érosion du solde commercial français de la filière pommes. Il est passé en volume en moyenne d’un solde excédentaire de 600 000 t/an entre 2004 et 2015 à un niveau de 250 000 t en moyenne depuis 2019… Pour la première fois, la France est même devenue déficitaire vis-à-vis du reste de l’Union européenne en pommes en 2021, tout en maintenant un léger excédent, largement inférieur à la moyenne historique, avec les pays tiers », peut-on lire. Des petites structures, diversifiées, et résilientes L’Alsace semble surnager dans ce marasme. Producteur de fruits à Kriegsheim et président de la Cuma Alsa Pomme, Patrick Vogel explique cette exception alsacienne par plusieurs facteurs : « Les producteurs alsaciens bénéficient d’un bassin de consommation dense, et attaché aux produits locaux. Nous profitons également de l’organisation des filières, avec des structures comme l’interprofession Fruits et Légumes d’Alsace, qui contribue à l’amélioration des relations commerciales entre les différents maillons des filières. » Autre élément d’explication : la taille et le profil des structures. Avec 100 ha de pommes, la Cuma Alsa Pomme fait figure de mastodonte dans le paysage pomicole alsacien, mais c’est « une goutte d’eau », comparée aux exploitations spécialisées, qui cultivent plusieurs centaines d’hectares de vergers. La petite taille des fermes fruitières alsaciennes s’avère être un atout. Par exemple, pour employer de la main-d’œuvre. « Trouver dix personnes, c’est plus facile que d’en trouver 50 », expose Patrick Vogel. Plus petites, les structures alsaciennes sont aussi plus diversifiées. Une diversification qui agit comme un amortisseur, en cas de difficulté dans une filière. L’Alsace bénéficie aussi d’une situation géographique privilégiée : Franche-Comté, Bourgogne, Lorraine… aucun des territoires limitrophes n’est un acteur majeur de la production de pommes. Ce marché relativement peu concurrentiel joue en la faveur des producteurs alsaciens au niveau tarifaire, « y compris auprès de la grande distribution, même s’ils ne sont quand même pas très généreux », rapporte Hervé Bentz. En outre, bon nombre de producteurs multiplient les canaux de commercialisation, entre grande distribution, grossistes, vente directe… ce qui fait que les producteurs alsaciens n’ont généralement « aucun problème de débouché, contrairement aux grands bassins de production », témoigne Patrick Vogel. Parmi les facteurs explicatifs de la résistance alsacienne, Pierre Barth, producteur à Furdenheim, avance aussi les investissements qui ont été consentis par la Cuma Alsa Pomme. Alors que dans d’autres bassins de production, les structures logistiques et commerciales ne sont pas toujours à la hauteur de la production, la station de conditionnement de Brumath permet de préserver la qualité et de bien gérer la commercialisation des pommes d’Alsace. L’Alsace n’arrache pas, mais la situation économique se tend Du fait de ces particularités, l’Alsace n’arrache pas de vergers, au contraire, il s’en plante. « Depuis 2016, la surface des vergers est passée de 80 à quelque 100 ha », estime Patrick Vogel. Cette dynamique est néanmoins menacée. D’un côté, les producteurs sont confrontés à des coûts de production qui augmentent, « surtout en post-production, stockage, emballage, transport, et main-d’œuvre », pointe Pierre Barth, qui chiffre la hausse des charges à « au moins 15 cts/kg de pomme ». Aux coûts de production s’ajoutent des frais que l’on pourrait qualifier d'« annexe » s’ils n’étaient pas devenus essentiels. Patrick Vogel a ainsi mis en place quatre certifications sur son exploitation : Vergers écoresponsables, GlobalG.A.P., charte Fruits et légumes d’Alsace, et HVE. « Ça me coûte 2 000 €/an. Mais, sans ça, je n’ai pas accès à la grande distribution », précise-t-il. La hausse du coût de l’énergie inquiète tout particulièrement les producteurs. La Cuma Alsa Pomme est, pour l’instant, relativement épargnée grâce à un contrat signé avant le début de la crise et qui court jusqu’en 2025. « Nous sommes malgré tout, confrontés à des hausses significatives du coût de l’électricité », rapporte Patrick Vogel, qui souligne que, si on peut baisser le chauffage de quelques degrés dans son salon en enfilant un pull, il n’est pas envisageable de faire de même dans les cellules réfrigérées où sont stockées les pommes. En effet, la moindre variation de température se paie au niveau de la qualité. Même son de cloche au Verexal, qui est pour l’instant relativement bien protégé de la hausse du coût de l’électricité par un contrat d’approvisionnement qui court jusqu’en août 2023. Mais la perspective de son renouvellement est source d’inquiétude. Et puis, en 2023, d’autres charges vont s’ajouter, comme « l’augmentation du Smic, la hausse du coût des matériaux », indique Pierre Barth. Car si le verger alsacien plante encore des arbres, cela coûte de plus en plus cher aux producteurs en termes de piquets et autres matériels de palissage. « Globalement tout a pris 30 %. Ça va devenir compliqué pour les trésoreries », pronostique Pierre Barth. D’autant que les producteurs ne vont pas pouvoir répercuter ces hausses des coûts de production comme ils le voudraient : « Il faut rester aligné au prix du marché si on veut vendre », pointe Thomas Burger. La liste des menaces ne serait pas complète sans celle du changement climatique. Les Burger ont perdu les trois quarts de leurs poires à cause du gel l’année dernière. « Pour nous, c’est le principal problème : il nous manque du volume, et nous avons des charges en hausse, que nous n’avons pas pu répercuter. » Pierre Barth déplore aussi une récolte « pas énorme » mais un prix payé au producteur « qui n’augmente pas ». Le Verexal, également, a vu sa production amputée par le gel. D’ailleurs, si le retour du froid est une bonne nouvelle car il retarde la croissance et donc une émergence trop hâtive de la végétation, les effets de la douceur qui a précédé ne sont pas pour autant effacés : « Tout démarrage précoce de la végétation augmente le risque de dégât de gel. Et plus l’état végétatif est avancé, plus les dégâts risquent d’être importants », rappelle Hervé Bentz.

Publié le 30/01/2023

La Cuma des terroirs est en train de construire un hangar collectif, à Stotzheim. Il abritera le matériel de ses six adhérents, tous agriculteurs et viticulteurs, ainsi qu’une aire de remplissage et de rinçage des pulvérisateurs.

C’est un projet qui a mûri, pendant deux ans, avant de se concrétiser, voici quelques mois. À la sortie de Stotzheim, la Cuma des terroirs construit un hangar collectif. Créée en 2014, la structure réunissait au départ cinq agri-viticulteurs de Stotzheim, rejoints, par la suite, par un sixième membre, d’Epfig. Grâce à la Cuma, les adhérents investissent dans du matériel de grandes cultures, ainsi que dans des machines nécessaires à la conduite et à l’entretien de la vigne en bio. Coopérateurs ou vendeurs de raisins au négoce, ils sont, en effet, tous labellisés bio ou en cours de conversion, ce qui nécessite l’utilisation de matériel spécifique. Ces différentes acquisitions - une quarantaine de machines, en tout - nécessitent un espace commun pour le stockage et l’organisation des chantiers. Or leurs corps de ferme sont situés au cœur du village et aucun n’est assez spacieux pour accueillir l’ensemble du matériel. La dispersion des machines chez les uns et les autres engendre des déplacements, susceptibles de gêner la circulation dans le village. Les membres de la Cuma font appel à la FRCuma, qui leur propose de réaliser un DiNA bâtiment (dispositif national d’accompagnement des projets et des initiatives). Il s’agit de mettre toutes les données à plat, de définir les besoins en surface de stockage, tout en intégrant les prévisions d’évolution des exploitations concernées. « Nous sommes rapidement tombés d’accord sur la nécessité d’investir », retrace Geoffrey Schultz, l’un des adhérents. Reste à trouver le terrain adéquat : un site central par rapport au parcellaire des membres de la Cuma et facile d’accès. C’est chez l’un des leurs, Pierre Huchelmann, qu’ils le trouvent. La Cuma achète les 60 ares situés à proximité de la départementale contournant le village et menant à Benfeld. Ceux-ci sont classés en zone agricole dans le PLU (plan local d’urbanisme) mais plusieurs contraintes s’imposent à la Cuma. Il faut que la construction soit éloignée de 50 mètres par rapport à la route et qu’elle soit soumise à l’approbation de l’architecte des Bâtiments de France. En effet, le château du Grunstein, un manoir ancien, est situé à 200 m du site à vol d’oiseau. Une fois que le projet est défini dans ses grandes lignes, la Cuma des terroirs fait appel au service bâtiment de la Chambre d'agriculture Alsace pour le finaliser. Patrice Denni, conseiller bâtiment, réalise plusieurs plans. De leur côté, les adhérents de la Cuma visitent des bâtiments collectifs, dont celui construit par la Cuma de la Zorn, à Littenheim. Ils optent pour un bâtiment à structure métallique en deux parties : une partie fermée de 540 m2 pour le petit matériel, les tracteurs - la Cuma en possède deux - et l’atelier ; une partie ouverte de 780 m2 pour le stockage du gros matériel et, l’aire de remplissage et de lavage des pulvérisateurs. « Compte tenu de notre matériel, dont une partie est utilisée de façon très saisonnière, cette disposition est la plus intéressante, relève Geoffrey Schultz. Un bâtiment unique avec une allée centrale nous aurait fait perdre de la place. » Du photovoltaïque en toiture L’aire de lavage et de remplissage sera couverte par une travée. « C’est une bonne solution pour ne pas avoir à gérer les eaux de pluie. » Cet équipement permettra aux adhérents de récupérer et de traiter leurs effluents de pulvérisation, au lieu de rincer leur matériel au champ. Un forage est prévu pour alimenter l’aire de lavage en eau. Les membres de la Cuma vont également faire poser 1 200 m2 de panneaux photovoltaïques, en toiture, afin de produire de l’électricité. Une partie sera autoconsommée, l’autre sera vendue afin d’amortir une partie des charges du bâtiment. « Nous avons obtenu le permis de construire assez rapidement. Ce qui nous a permis de boucler le financement et de passer les commandes, dans la foulée. Au final, on ne s’en est pas trop mal sorti par rapport à la flambée des coûts des matériaux », juge Pierre Huchelmann. L’investissement total s’élève à 600 000 € HT, dont 350 000 € pour le bâtiment et 250 000 € pour la partie photovoltaïque (raccordement compris), avec des durées d’amortissement respectives de vingt ans et quinze ans. Après des travaux de terrassement et le creusement des fondations, le montage du bâtiment a commencé, un peu avant Noël 2022. Vont suivre la couverture, la pose du bardage et le coulage d’une dalle de béton, sous la partie couverte. Il restera ensuite à aménager l’intérieur et à végétaliser les abords. « On espère une mise en service, cet été », indique Geoffrey Schultz. La réalisation de ce bâtiment collectif permet aux membres de la Cuma d’envisager l’avenir plus sereinement, souligne pour sa part Marc Metz. La Cuma des terroirs a, en effet, pour particularité de compter autant d’adhérents proches de la retraite que de jeunes adhérents : un écart générationnel dont elle a réussi à faire une force.

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