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Publié le 05/03/2020

Reconnu coupable de multiples malversations comptables par le tribunal correctionnel de Colmar, Jean Albrecht n’aurait paradoxalement causé aucun préjudice moral à ses 140 vignerons créanciers. Excepté pour une douzaine d’entre eux, victimes de chèques en bois, et pour le liquidateur. Les constitutions de partie civile des syndicats Ava, Confédération paysanne, et de la MSA, sont jugées irrecevables.

Jean Albrecht était renvoyé devant le tribunal correctionnel en novembre dernier. Le verdict était prononcé jeudi 27 février. Ni Jean Albrecht, ni l’expert-comptable et les commissaires aux comptes, présumés complices, n’avaient fait le déplacement pour assister à ce prononcé de jugement. Dans cette faillite qui laisse 140 vignerons impayés de tout ou une partie de leur récolte et 14 millions d’euros (M€) de passif, le vigneron d’Orschwihr est reconnu coupable d’émission de chèque malgré des injonctions bancaires, de falsification de bilan comptable, d’abus de biens sociaux pour un compte courant d’associé débiteur, de banqueroute par tenue de comptabilité fictive et par détournement d’actif. Le parcours du combattant pour les victimes Jean Albrecht écope de trois ans de prison avec sursis, une peine assortie d’une interdiction à vie de gérer une entreprise. Il est condamné à indemniser ses associés de la SA Albrecht. Paradoxalement, le tribunal a estimé qu’aucune des 140 victimes n’a subi de préjudice moral consécutif à la faillite. On se souvient qu’il leur avait déjà fallu aller jusqu’en Cassation pour faire admettre le bien-fondé de leur plainte. Pour cette nouvelle déconvenue, le tribunal correctionnel de Colmar s’est appuyé sur un arrêt de la Cour de cassation du 17 juin 2014 (1383-288), où la jurisprudence établit que « les préjudices invoqués […] consécutifs au non-paiement du vin n’ont pas de lien direct avec les faits de banqueroute et de complicité de banqueroute ». Jean Albrecht est réputé insolvable, il est coupable de malversations ayant conduit à la faillite, il est certain qu’il ne pourra pas rembourser ses créances, mais le tribunal estime qu’il n’y a pas de préjudices moraux… Un préjudice reconnu pour certains chèques en bois Néanmoins, une douzaine de vignerons toucheront 1 000 € de dédommagement et le montant du chèque qu’ils n’ont jamais pu encaisser. À leur encontre, Jean Albrecht est rendu coupable d’émission de chèques frappés d’une injonction bancaire. Tout aussi paradoxalement, les associés de la SA Albrecht se verront indemnisés, le montant n’a pas été précisé. Ceci touche à la question des abus de biens sociaux « qui ne causent des préjudices qu’à la société elle-même et à ses actionnaires », a précisé le président Poli. Le président du tribunal s’est longuement attardé sur le cas des comptables, l’expert et les commissaires aux comptes, bien que leur responsabilité, reconnue, ne concerne qu’une part mineure du passif portant sur 500 000 €. L’expert-comptable, relaxé, est néanmoins inculpé de complicité de banqueroute par tenue de comptabilité fictive. « Le cabinet comptable n’avait aucune obligation d’assistance à l’inventaire des stocks. Dans ces conditions, il n'y a aucune présomption de complicité sur cette question des faux stocks », a précisé le président du tribunal. Rappelons qu’il était question de 6 000 hl de vin sur le bilan pour une cuverie ne pouvant en contenir que 3 500. En revanche, l’expert-comptable est reconnu coupable du même chef d’inculpation sur le volet de la cession fictive de matériel pour 500 000 €. Il écope de douze mois de prison avec sursis. Le commissaire aux comptes est également reconnu coupable du même délit et est condamné à la même peine. La société pour laquelle il effectuait les contrôles est condamnée à 20 000 € d’amende. Les constitutions de partie civile de la plupart des 140 vignerons, de la MSA d’Alsace et des deux syndicats Ava et Confédération paysanne d’Alsace, sont jugées irrecevables. Celle du liquidateur est retenue.  « L’appellation d’origine contrôlée n’est pas remise en cause » Si les syndicats professionnels sont parfaitement fondés à « exercer des droits concernant des faits portant des préjudices directs ou indirects à l’intérêt collectif de la profession qu’ils représentent », le tribunal estime qu’il n’a pas « été saisi de faits de fraudes ou de falsification » et que finalement l’appellation d’origine contrôlée « n’est pas sérieusement remise en cause ». Et ce, bien que l’affaire Albrecht a concerné des ventes à pertes ayant engendré 7 M€ de pertes, représentant un volume de transaction de vrac concernant jusqu’à 20 % du marché du vrac des vins d’Alsace pendant quatre années. De plus, « les faits poursuivis, à savoir les abus de biens sociaux et la banqueroute d’une société propriétaire d’un domaine, quelle qu’ait pu être sa renommée, ne constituent pas une situation relevant de l’intérêt collectif de la profession de la viticulture », estime le juge Poli. Quelles issues ? Bien sûr, ce jugement interpelle et enjoint le vignoble à demander un peu plus d’explications à la justice par voie d’appel. Une expertise est toujours en cours, notamment sur la question des reventes à perte qui représentent 7 M€, soit la moitié du passif. Selon nos sources, l’expert qui avait déjà rencontré d’importantes difficultés à se faire remettre le grand livre comptable, rencontre tout autant de difficultés à se faire communiquer les chiffres du marché des vins d’Alsace. Les premiers éléments sont donc bien insuffisants pour constater une quelconque responsabilité et intention.   A lire aussi : « Plus de questions que de réponses », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Plus de 300 viticulteurs dans les rues de Colmar », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « La confédération paysanne dénonce « une justice orientée » » ; « Des vendanges amicales pour le nouveau préfet du Haut-Rhin », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Les vendanges dès le 12 septembre », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Jérôme Bauer a rencontré le juge d'instruction », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Entretien avec l’avocate Marie-Odile Goefft et Jérôme Bauer », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « C'est lent, beaucoup trop lent ».

Publié le 04/03/2020

Améliorer le confort des vaches est un gage de performance économique. C’est aussi un plus grand confort de travail pour l’éleveur. Explications.

La taille des cheptels augmente mais celle des bâtiments d’élevage ne suit pas forcément. D’où des problèmes de saturation qui rajoutent du travail et font monter le stress chez les éleveurs comme chez les animaux. Tel est le constat fait lors des réunions hivernales animées par les conseillers élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Les chiffres sont là : en l’espace de dix ans, les effectifs ont augmenté de 30 % dans les élevages, pour atteindre 72 vaches en moyenne en 2019. Cette augmentation des effectifs a pu entraîner une dégradation du confort des animaux et, avec elle, des pertes économiques : on chiffre à 250 € le coût d’une boiterie, à 200 € celui d’une mammite. « Une vache est totalement cyclée, explique Cécile Michel. Quand on rompt quelque chose dans le cycle, on perturbe son métabolisme et son fonctionnement. » En 24 h, les vaches passent par une succession de cycles de deux heures : elles mangent environ 30 minutes, font un tour à l’abreuvoir, puis retournent se coucher pendant 1 h à 1 h 30. Le temps de couchage est très important, insiste la conseillère. D’où la nécessité de prévoir une logette par vache pour le couchage. Le temps de traite et de contention, lui, représente 3 h dans la journée d’une vache, soit 1 h 30 maximum matin et soir dans l’aire d’attente, ou bloquées au cornadis. Or, ce temps est très souvent dépassé ce qui engendre des problèmes de pattes. Une place à l’auge L’alimentation et l’abreuvement des animaux sont l’un des cinq fondements de la performance en élevage laitier. Un manque de place à l’auge induit une concurrence accrue entre les vaches. Celles qui ne peuvent pas s’alimenter en premier se ruent sur ce qui reste une fois que leurs congénères sont rassasiées. Cette prise excessive de nourriture entraîne un déséquilibre ruminal. Indépendamment du nombre de places à l’auge, il arrive que les vaches n’aient pas accès à la nourriture à certains moments de la journée ou de la nuit car l’auge est vide ou le fourrage inaccessible. Ce que révèlent les images prises par caméra Timelapse. « Il est important que la ration soit disponible tout le temps et soit repoussée », souligne la conseillère en élevage. Autre constat : une table d’alimentation surélevée de 15 à 20 cm facilite l’ingestion, de même qu’une inclinaison du cornadis de 20° vers l’avant. La qualité et la quantité d’eau distribuée aux vaches laitières sont d’autres paramètres à surveiller. Les besoins journaliers sont évalués à 100 l par vache par une température de 15 °C. Il faut prévoir un point d’eau pour dix vaches laitières (VL), ou huit cm minimum/VL, et un débit suffisant, soit 15 à 20 l/minute. La hauteur de l’abreuvoir doit être de 65 à 75 cm et la température de l’eau comprise entre 8 °C et 14 °C. Attention à l’eau du puits, avertit la conseillère en élevage : « Si vous avez des butyriques, ça peut venir de l’eau. » Elle recommande également de nettoyer régulièrement l’abreuvoir car les vaches préfèrent une eau propre. « Le premier embêté, c’est l’éleveur » À surveiller également, la note d’état corporel : celle-ci ne doit pas augmenter de plus de 0,5 point au tarissement, sans quoi la vache risque de faire du gras et d’avoir des problèmes au vêlage. Entre le vêlage et le pic de lactation, la perte se limitera à 1,5 point. Si la note d’état corporel baisse trop, la vache court plusieurs risques : acétonémie, déficit énergétique, baisse de la production, problèmes de reproduction, immunité affaiblie. La note d’état optimale est à adapter selon la race : aux alentours de 2,5 en prim’holstein et de 3 en simmental et en vosgienne, par exemple. Le confort des vaches est un autre facteur de la performance. On veillera d’abord à leur propreté car « quand les vaches sont sales, le premier embêté, c’est l’éleveur », qui doit passer plus de temps à nettoyer les pis. De plus, la saleté augmente les risques d’infection. Leur assurer un bon confort de couchage est un autre élément important : c’est quand elles sont couchées que les vaches produisent le lait. Bien régler la logette - il existe des référentiels pour cela -, régler la barre au garrot en fonction du gabarit des vaches, éviter les arrêtoirs et les bottes de paille entre les logettes sont quelques-unes des préconisations. Enfin, le confort des vaches laitières passe par la régulation de la température et de l’humidité à l’intérieur de l’étable. Les éleveurs ont pu le constater : les vaches supportent mieux le froid que les grosses chaleurs. À partir de 25 °C, elles rentrent en stress thermique. Il faut donc ouvrir le bâtiment au maximum et si la ventilation naturelle ne suffit pas, recourir à une ventilation forcée (ventilation, brumisation…). Du colostrum au bon moment Troisième fondement de la performance : limiter la douleur. Qu’il s’agisse des blessures et des boiteries ou des mammites, il s’agit d’intervenir tôt. Prévenir plutôt que guérir, comme le dit l’adage. Pour l’écornage aussi, mieux vaut agir avant un mois. Après, l’anesthésie est obligatoire. L’écornage thermique est réputé moins douloureux. Pour renforcer l’immunité des animaux, l’apport de colostrum à la naissance est essentiel. Il faut l’apporter « en quantité, en qualité et au bon moment », c’est-à-dire le plus tôt possible, souligne la conseillère, et privilégier la tétine pour stimuler la salivation. Favoriser les comportements naturels est recommandé. Cela passe par l’accès à une aire d’exercice, à un parcours, ou tout simplement au pâturage. Les aires d’exercices et les couloirs doivent avoir une largeur suffisante et une bonne qualité de sol. Scarifier celui-ci permet d’éviter les glissades. Il faut aussi assurer la propreté de ces espaces en passant le racleur le plus souvent possible. Dernier élément : maintenir une distance d’évitement permet à la fois d’avoir des animaux calmes et, d’assurer la sécurité de l’éleveur et de tous les intervenants présents à proximité des vaches. « Il faut être à la fois l’ami et le chef des animaux », résume la conseillère.   Lire aussi : « Boiteries : lever le pied pour bien les détecter », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Publié le 03/03/2020

Pour sa 10e édition, les Trophées du tourisme misent sur le monde viticole, acteur phare de la culture touristique alsacienne. Le but : faire découvrir cette activité autrement. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 20 juillet 2020.

Chaque année, depuis 2009, les acteurs du tourisme alsacien organisent un concours qui récompense tous ceux qui souhaitent donner un coup de frais et d’originalité au tourisme local. Professionnels, artisans, restaurateurs, start-up, viticulteurs : tous peuvent s’inscrire pour espérer remporter les trophées qui seront remis à l’automne. À la clé, une dotation de 1 000 euros, un peu de publicité et surtout l’assurance de voir se pérenniser l’activité économique et culturelle alsacienne. Trois partenaires de l’événement ont lancé le concours : le Réseau des offices de tourisme d’Alsace (RésOT-Alsace), Alsace destination tourisme (ADT) et le Crédit Agricole Alsace Vosges. Tous trois sont revenus sur les règles pour participer au concours, dont justifier de moins de deux ans d’activités ou de productions dans le tourisme. Le monde viticole très attendu Sous le feu des projecteurs cette année : l’œnotourisme, « activité phare de la culture alsacienne », selon les trois organisateurs. Pour Marc Levy, directeur général d'ADT, les viticulteurs doivent être forces d’idées pour booster l’image du vignoble local. « De nombreuses initiatives existent déjà : visites de caves théâtralisées, paniers gourmands à découvrir dans les caves, par exemple. Mais ces actions ne sont pas assez connues du grand public », a-t-il précisé. Certes, la Route des vins est fortement appréciée par les visiteurs. Mais est-ce suffisant ? Non, d’après le directeur général d’ADT : « Si le client ne peut pas toucher, voir, comprendre comment l’agriculteur travaille sa vigne, de cette façon et pas autrement, ça n’a pas d’intérêt touristique. » Nouveau partenaire du concours cette année, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) est représenté par Nicole Bott, membre du conseil de direction. D’après elle, « la viticulture a besoin d’un coup de pouce car l’export ne se porte pas très bien en ce moment, notamment vers les États-Unis, avec la taxe du président Trump, le coronavirus… ». Et Marc Levy d’ajouter : « Le Civa cherche à mettre davantage le vin alsacien dans les restaurants de la région. Si un candidat répondait à cette attente, ce serait une belle candidature et je suis sûr qu’elle serait soutenue… » Déjà des candidats viticoles Parmi les premiers inscrits, Christophe Bergamini, directeur de l’Office du tourisme de la vallée de Kaysersberg, témoigne : « Nous avons lancé, il y a quelques années, le projet « La parenthèse vigneronne », qui fait appel aux cinq sens, associés au vin. Un moment privilégié pour les clients d’une heure et demie avec le vigneron, pour découvrir la vigne autrement. Par exemple, combiner vin et chocolat ou vin et fromage, faire du Qi Gong (gymnastique traditionnelle chinoise, Ndlr) dans les vignes, la biodynamie pour les nuls… »  

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