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Sessions de conférences Vignes, vins et vignerons

Vins, vignes et vignerons sous l’empire Gallo-Romain

Publié le 15/03/2020

Difficile de se représenter le vignoble tel qu’il était sous l’empire Gallo-Romain. Hervé Durand, un vigneron rhodanien a consacré sa passion à reconstituer ce qui aurait pu être le vin et le vignoble de cette période antique. Dans son Mas des Tourelles, haut lieu archéologique, il a reconstitué un vignoble, un vendangeoir gallo-romain et même des vins.

C’est à partir de gisements archéologiques sur le Mas des Tourelles à Beaucaire dans le Gard, que nous pouvons reconstituer la viticulture et la vinification gallo-romaine. En 1975, le CNRS y met à jour des amphores. D’où le projet d’archéologie expérimentale visant également à mieux comprendre le goût gallo-romain, explique Isabelle Soustre-Gacougnolle, maître de conférences à la faculté d’agro-marketing de Colmar, en introduction. C’est sur sa proposition qu’Hervé Durand, vigneron du Mas des Tourelles, était invité à partager ses connaissances sur ce sujet. Il est allé jusqu’à reconstituer le vin gallo-romain sur la base de données archéologiques et de recettes retrouvées à partir à partir d’écrits d’auteurs antiques et en particulier Pline (23 – 79 ap. J.-Christ) ou Columelle (4 – 70 ap. J.-Christ). Propriétaire latifundiste romain, Columelle est un remarquable descripteur de l’agriculture romaine. Reconstitution de vin L’objectif d’Hervé Durand est donc axé sur la vinification, et sur une « remise en situation pour retrouver les gestes ancestraux ». Il a reconstitué une cella vinaria. Ses sources : les textes latins retraduits, et également les données archéologiques du professeur au collège de France Jean-Pierre Brun, titulaire de la chaire de romanité. Le Mas des tourelles élabore quelque 10 000 bouteilles de mulsum, turriculae et carenum, trois vins reproduits sur la base des recettes romaines, additivés de plantes, d’eau de mer, de miel, tels que décrits par Columelle. « Leur maîtrise m’a troublé » « La maîtrise des vignerons romains m’a particulièrement troublé ». Columelle explique que les Gallo-Romains « sont de bons vignerons ». Ils caractérisent les terres, « ils goûtent physiquement la terre diluée dans de l’eau pour savoir si elle est salée, bitumineuse, amère ». Bref, « ils ont la notion de terroir avec des zones recommandées pour la production de qualité ou la production de masse. Quelle quantité ? « Entre 200 à 300 hl/ha à l’époque ». « Les Romains ont également la notion d’adaptation du cépage au terroir et font plusieurs recommandations agronomiques comme l’orientation par rapport au mistral, à l’exposition cardinale, ou la disposition des plants en carroyage et en losange. Il y a pléthore de descriptions sur les cépages à raisins de table ou de cuve. De même, entre la vigne conduite enterrée en région septentrionale gélive, celle conduite en pergolas en région méridionale, ou encore accrochée sur olivier, figuier, ou peuplier, les modes de palissages sont remarquablement bien décrits. On compte 2 ha de vigne pour un homme. De la vigne est plantée à une densité de 14 000 plants/ha. Côté maladies, comme le charbon, les Gallo-Romains « sont plutôt désarmés », ils ont beaucoup de parades rituelles, mais également des pulvérisations d’huiles et de cendres prémâchées ou des décoctions de concombres sauvages. Et contre les invasions de criquets, l’armée est appelée en renforts. Le vin est vinifié dans la cella vinaria. Les raisins transportés en panier sont foulés dans le calcatorium, par six personnes. Autour du pressoir sont disposés les dolia, sorte de jarres de 500 litres semi-enterrées. Le vin y est bâtonné avec des branches de fenouil. Les Romains disposent d’une grande gamme de vins, selon l’oxydation, jusqu’à des vins orange. Le soufre est inconnu, par contre ils ajoutent des plantes pour l’aromatisation ; du fenugrec qui confère un goût de noix. Distribution et commercialisation La Gaule narbonnaise, l’équivalent approximatif de notre Provence - Côte d’Azur - Languedoc, produit du vin à partir du premier siècle. À cette époque, l’homme boit entre 0,5 à 1 litre par jour. Une amphore de vin s’échange contre un esclave. Les courants commerciaux sont importants, on en retrouve jusqu’en Inde à Pondichéry. À l’époque, le Mas des Tourelles est un village de potiers. On y fabrique « la gauloise 4 », de forme pointue caractéristique pour faciliter le versement du vin. Son volume avoisine les 30 litres. Grâce à la constitution particulière des argiles de ce site, les amphores sont moins lourdes que leurs concurrentes italiennes ou ibériques, ce qui fait leur réputation. Les timbres apposés sur les anses permettent de les identifier. On en retrouve très loin de leur lieu de fabrication. Les gauloises 4 sont bouchées d’un liège enduit de poix, l’intérieur de l’amphore est aussi tapissé de poix, c’est-à-dire d’un goudron résineux de pin dont la térébenthine a été évaporée. Le vin est également transporté en dolias ainsi que dans des outres en peaux. Le vin tourné en vinaigre au printemps est consommé par les armées, tandis que le vin de qualité est réservé aux classes supérieures. Le transport se fait essentiellement par voie fluviale, sur barges. Arrivé au port, le vin est transvasé sur des vaisseaux de haute mer. Un vaisseau peut disposer d’une capacité de 700 hl de transport. Mais les voies romaines sont également empruntées. Le vin est servi dans les tavernes, la pratique de la fraude au mouillage semble relativement importante. Aux débuts de l’Empire Romain (27 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.) les femmes sont lapidées à mort si on les surprend à boire du vin. Les Romains reprennent la tradition du banquet grec, avec cependant un aspect plutôt ludique que philosophique. Aucun texte ne parle d’accords mets et vins, « on pense qu’ils buvaient entre les plats ». Dans les tavernes, le vin est additionné d’eau à raison d’un tiers d’eau. Généralement les amphores sont stockées sous les toits.  

Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla)

Une dynamique encourageante pour la filière

Publié le 14/03/2020

Année après année, l’Ifla confirme le bien-fondé de son organisation collégiale entre producteurs, transformateurs, grossistes et distributeurs. Une dynamique collective qui sera nécessaire pour la réussite des nombreuses opérations de communication prévues dans les prochains mois et pour l’aboutissement, ou non, d’une filière « protéines végétales » made in Alsace.

L’Ifla poursuit avec succès ses missions : informer le public sur le bienfait d’une alimentation équilibrée, organiser la filière fruits et légumes alsacienne, gérer les marchés, développer une politique de qualité et promouvoir la consommation locale. Une réussite qui doit, en premier lieu, à la nature même de cette interprofession, à savoir un dialogue et un travail constants entre les producteurs, les grossistes, les transformateurs et les distributeurs. Ensemble, ces différents partenaires ont su créer une réelle dynamique autour de la marque « fruits et légumes d’Alsace ». « Désormais, notre visuel est connu de tous. Les consommateurs se le sont approprié. Il est logiquement très utile à nos producteurs et à nos transformateurs qui font le navet salé ou le raifort. Les producteurs bios ne sont pas en reste avec leur logo vert. Seuls les grossistes l’utilisent un peu moins pour l’instant. Il y a encore un travail à faire avec eux et les restaurateurs. Et dans la distribution, des magasins jouent bien le jeu en mettant en avant ces visuels et les produits qui vont avec, d’autres moins », explique le président de l’Ifla, Pierre Lammert. Il espère ainsi que les 250 points de vente présents en Alsace sauront davantage mettre en avant les produits au cours de cette année 2020 qui s’annonce une nouvelle fois riche. Un planning com' chargé Après le lancement du navet salé le 15 janvier dernier, d’autres opérations de communication sont prévues : l’asperge avec, cette année, une opération de promotion effectuée au cœur de Strasbourg, histoire de toucher un public plus « citadin » ; la fraise ; les pommes ; peut-être les petits fruits ; la carotte, pour la première fois ; ou encore la choucroute IGP qui sera mise en avant à l’occasion de l’évènement Saveurs et Soleil d’automne prévu du 24 au 27 septembre à Illkirch-Graffenstaden. Celui-ci célébrera les quinze ans d’existence du logo « fruits et légumes d’Alsace ». « Ça sera le plus grand salon grand public de France consacré à ces produits. On attend environ 70 000 personnes », annonce Pierre Lammert. Avant ce grand rendez-vous, l’Ifla participera pour la première fois à la Fête des fruits et légumes frais organisée depuis seize ans par Interfel. « Le but est de fédérer la filière autour d’une journée particulière. Cela aura lieu le 12 juin », prévient le directeur de l’interprofession, Fabien Digel. Durant cette journée, des animations seront organisées pour promouvoir la consommation de fruits et légumes chez les enfants et dans leurs familles. Dans le même esprit se tiendra du 14 septembre au 17 octobre le « Mois des fruits et légumes d’Alsace ». L’objectif ? Inciter les restaurateurs et distributeurs à mettre le plus possible en avant les fruits et légumes d’Alsace afin d’en retrouver le maximum dans les assiettes des consommateurs.

Chambre d'agriculture Alsace

Pour une montagne vivante

Publié le 13/03/2020

Les paysages de montagne en Alsace sont magnifiques. Mais il ne faut pas s’y tromper : il n’est pas toujours simple d’être agriculteur en montagne. Ces professionnels doivent être accompagnés. C’est cette réflexion commune qui a été débattue lors de la session de la Chambre d'agriculture, le 6 mars.

Le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) Denis Nass a été le premier à en convenir. « Nous devons saluer la belle réussite de l’agriculture de la montagne. Sauf que les difficultés sont là. Il y a les problèmes liés aux dégâts de sangliers, le manque de fourrage et d’eau, sans oublier cette biodiversité. Ce beau jardin est de plus en plus visité grâce au travail des professionnels. Ce travail doit être reconnu et aidé. » La CAA, avec ses différents partenaires, s’est engagée dans une politique volontariste de soutien : dès 1995, avec les premières opérations locales de mesures agro-environnementales (MAE) suivies des contrats territoriaux d’exploitations (CET), des contrats d’agriculture durable (CAD), des mesures agro-environnementales territorialisées (MAET) et enfin, depuis 2015, des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). Ces mesures sont accompagnées au niveau national par un projet agro-environnemental et climatique (PAEC) appelé « pour une montagne vivante », couvrant la période 2015-2020 et renouvelable. « Il repose sur des secteurs et des enjeux prioritaires pour l’État français et l’Europe. Les financeurs mobilisés dans le cadre de ce PAEC sont l’État, l’Europe, les Conseils départementaux et la Région Grand Est. La Chambre d'agriculture Grand Est, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la Région, les Communautés de communes de la vallée de la Bruche et du canton de Villé assurent en partenariat les rôles d’animateurs et d’opérateurs de ce PAEC. Ses objectifs sont multiples. Il s’agit de préserver la biodiversité. Mais également de gérer et de valoriser les espaces naturels, d’ouvrir les paysages et d’améliorer le cadre de vie. Sans oublier de promouvoir une utilisation durable des espaces, d’assurer l’autonomie fourragère, de lutter contre l’enfrichement et l’abandon d’espace afin de recréer des espaces agricoles », indique Ange Loing, élu à la CAA et en charge de la montagne. Sur ces cinq années, ce sont 14 958 hectares qui ont été concernés pour une mobilisation financière de 9,3 millions d’euros. 317 exploitations ont suivi en Alsace au moins un de ces programmes. Valoriser l’herbe La volonté est de reconduire sur cinq années ce PAEC afin d’assurer la continuité des politiques de gestion du territoire et de favoriser le maintien d’une agriculture viable et respectueuse de l’environnement. Il s’agit également d’apporter un soutien fort et durable à une agriculture vivante, dans un contexte de tensions importantes. L’objectif est également de promouvoir une utilisation durable des paysages, de préserver la biodiversité, de gérer et valoriser les espaces naturels, d’assurer l’autonomie fourragère en luttant contre l’enfrichement et l’abandon d’espaces afin de recréer des espaces agricoles. Il y a également la volonté de développer des pratiques agricoles confortant la résilience des milieux herbagers dans un contexte de changement climatique. Une politique soutenue par la Région Grand Est qui, depuis 2018, a vu sa commission permanente recevoir de nombreux dépôts de dossiers des professionnels sollicitant son aide. La Région accompagne de tels projets, quand ces derniers trouvent leurs pertinences autour de trois axes : Le maintien de la compétitivité et la modernisation des exploitations de montagne ; Le développement des nouveaux marchés et l’instauration de nouvelles dynamiques de développement agricole ; La contribution à l’aménagement durable du territoire de montagne : 1,7 million d’euros ont ainsi été engagés sur la période 2018-2019 et 900 000 € supplémentaires d’aides ont été programmées pour avril 2020, soit 68 dossiers pour cette première partie de l’année. Pour illustrer ces politiques, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges a été donné en exemple. La volonté y est de poursuivre la reconquête pastorale et paysagère dans les territoires de montagne. Pour y parvenir, il a été rappelé que l’herbe était un « trésor » à préserver aux usages agricoles. Pour y parvenir, il faut innover sur la base d’un « cluster herbe » et dans les systèmes de production. Il faut parvenir à retenir l’eau dans les fermes auberges du futur. Il faut assurer une sorte de « veille foncière » afin de favoriser la reprise et les installations. Il faut également diversifier les activités et les productions, en valorisant les filières. Concernant les forêts et leurs bois, il faut favoriser les nouvelles essences et de nouveaux débouchés. Claude Schoeffel, éleveur à Fellering, a salué ces actions et a rappelé la politique volontariste du syndicat interprofessionnel du fromage de Munster (SIFM). « Nous avons là une filière qui travaille avec un cahier des charges restrictif. Il demande une part importante d’herbe dans les rations, des journées de pâturage, une autonomie fourragère. Mais c’est difficile. Le tonnage global est légèrement en baisse sauf pour les fermiers en vente directe. Alors, oui, la montagne a tout pour plaire et réussir. C’est un colosse aux pieds d’argile. Et ce travail est mis à mal par les excès de certains chasseurs. Il va falloir réagir et prendre des mesures urgentes car, actuellement, ce n’est plus possible. » Ce à quoi, René Zimpfer, responsable Chasse à la FDSEA du Haut-Rhin, répond qu’un gros travail a été effectué. « Nous avons formé des estimateurs pour les dégâts de gibiers. Pour ma part, je me bats depuis 32 ans contre l’agrainage. Le troisième plan cynégétique est actuellement mis à mal par certains représentants de lots de chasse. Or, il est positif. Et nous le constaterons dans quelques mois quand l’agrainage sera effectivement interdit. » Enfin, Franck Sander estime que sur ce sujet, « il faut autoriser la vision nocturne avec un tir de nuit ». Attention au foncier Le président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Julien Koegler a demandé une réflexion sur le loup. « Elle est nécessaire pour accompagner les éleveurs en cas d’attaque et en matière préventive. Il est nécessaire de définir un protocole pour répondre à la nécessaire indemnisation des professionnels qui seraient touchés, mais aussi pour répondre à la détresse que cela engendre. Par ailleurs, il faut rendre publiques toutes ces attaques. » Un peu plus tard, sur un autre sujet, celui du foncier, il s’est agacé des dérives constatées et qui vont au-delà du monde agricole. « Les jeunes agriculteurs sont inquiets car sur de nombreux dossiers, c’est devenu très complexe. L’exemple des deux hectares de terres libérées l’an passé à Marckolsheim est flagrant. Il serait inconcevable que ces terres ne soient plus agricoles à l’avenir ». Le président de la FDSEA du Bas-Rhin, Franck Sander dénonce pour sa part la manière dont tous les dossiers évoluent. « C’est de l’ultralibéralisme, de l’ultra-échange à chaque fois. Dans toutes nos discussions avec nos interlocuteurs, nous devons dénoncer l’agribashing que nous observons, mais également éviter que le monde agricole se ferme sur lui-même. C’est par exemple le cas dans le débat sur les ZNT. On ne peut pas accepter de ne plus pouvoir cultiver. Mais, si le débat est de trois ou cinq mètres, on peut l’entendre à la condition que les professionnels soient indemnisés. Pour la politique agricole commune, il faut être constructif pour ne pas se faire imposer des contraintes supplémentaires », a-t-il conclu.   A lire aussi : « Développer nos services et répondre aux défis de l’avenir »

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