A la une

Publié le 27/03/2020

Si la plupart des organismes d’élevage continuent à assurer un service minimum, Elitest a suspendu son service d’insémination dans quatre secteurs du sud de l’Alsace.

Vendredi 20 mars, Elitest a suspendu son service d’insémination dans quatre secteurs du sud de l’Alsace en raison du Covid-19 : Ferrette, Altkirch, Dannemarie et les collines sous-vosgiennes. « Nous avons pris cette décision suite à l’explosion des cas chez des éleveurs du Sundgau et dans leur entourage, explique Lilian Sellenet, responsable des inséminateurs chez Elitest. Et parce qu’une de nos inséminatrices présentait des symptômes qui l’ont obligée à être confinée. » La coopérative d’insémination a ainsi voulu protéger les inséminateurs dont la santé est fragile, et ne pas exposer davantage ses adhérents. Cette suspension du service a été décidée « jusqu’à nouvel ordre ». « On espère que cela ne va pas durer plus de quinze jours car le cycle d’une vache est de trois semaines », indiquait, ce lundi, Lilian Sellenet, mais en pleine période de crise sanitaire, il est difficile de faire des prévisions. Les éleveurs concernés - ils seraient autour de 250 - ont été avertis par courrier. « C’est une mesure exceptionnelle. Dans le passé, même en cas de fièvre aphteuse, nous n’avions jamais suspendu l’activité », souligne Lilian Sellenet. Dans le reste de l’Alsace, Elitest assure un service minimum : « Nous privilégions les inséminations et les échographies ou les constats de gestation sur les lots, notamment sur les génisses qui sortent à l’herbe. » Les inséminateurs, qui n’ont pas d’autre choix que de se rendre dans les élevages, respectent des consignes d’hygiène strictes. « Tant qu’on a pu, on leur a distribué du gel hydroalcoolique pour qu’ils puissent se nettoyer les mains. » Lorsque celui-ci a manqué, les éleveurs ont été priés de mettre à disposition de l’eau et du savon. L’épidémie prenant de l’ampleur, la coopérative a demandé à ses adhérents de bloquer les vaches à inséminer, de laisser les documents à disposition, d’éviter les contacts entre eux et l’inséminateur. Maintenir l’activité aussi longtemps que possible, tel est l’objectif d’Elitest, qui fait du respect des gestes barrières une priorité.     Contrôle laitier : le conseil… à distance Pour le contrôle laitier, l’activité tourne aussi au ralenti. « La collecte des échantillons de lait a été stoppée, indique Laurent Clarys, du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Même chose pour le contrôle de performances en vaches allaitantes. » Les conseillers élevage continuent à assurer le conseil à distance, sur la base des données d’élevage enregistrées ces dernières semaines. Il leur est demandé de maintenir le contact téléphonique, d’être à l’écoute des problèmes rencontrés par les éleveurs, de répondre aux questionnements qui peuvent se poser. Bref, d’avoir un rôle d’accompagnement des éleveurs confrontés à une situation inédite et pleine d’incertitudes. Les seuls conseillers élevage autorisés à se rendre sur le terrain - sans contact avec les éleveurs - sont ceux qui procèdent à des relevés de la pousse de l’herbe. En effet, avec l’arrivée du printemps, la diffusion des flashs consacrés à la mise au pâturage et à la prochaine récolte des fourrages a repris. Compte tenu de la situation, la CAA envisage d’élargir leur diffusion au-delà du cercle des abonnés. Par ailleurs, toutes les activités liées à l’Identification pérenne généralisée (IPG) - déclarations de naissance, édition de passeport, boucles - sont maintenues tant que La Poste fonctionne. Pour faire face à la baisse d’activité liée au Covid-19, le service élevage a par ailleurs devancé la vérification annuelle du matériel de pesée, qui a généralement lieu en été. Les agents qui peuvent se former à distance ou prendre des congés ont été encouragés à le faire. Collecte laitière maintenue L’heure est grave, mais il faut garder espoir, répète Marc Hoenen, directeur d’Unicoolait. La coopérative laitière a informé ses producteurs qu’elle continuait à assurer la collecte du lait, le dépannage des tanks à lait et autres équipements de traite, ainsi que la livraison de l’agrofourniture. Les diagnostics pour la charte Cap avenir et Visa qualité sont suspendus. « On n'assure que le strict nécessaire », résume le directeur d’Unicoolait. En interne, toutes les mesures d’hygiène ont été mises en place et il a été demandé aux éleveurs de respecter quelques mesures simples pour protéger les chauffeurs : laisser la porte de la laiterie entrouverte, assurer l’hygiène et la propreté autour du tank à lait, mettre à disposition de quoi se laver et s’essuyer les mains, respecter les distances de sécurité. L’épidémie intervient au moment où la collecte de lait est à son maximum. Les craintes sont grandes que les industriels ne puissent transformer le lait faute de personnel suffisant. Face à ce risque, Marc Hoenen n’hésite pas à rappeler que les mesures de prévention et de confinement sont indispensables pour venir à bout du Covid-19.

Horticulture alsacienne

Une filière en grand danger

Publié le 26/03/2020

Pour l’horticulture alsacienne, réunie au sein du groupement Fleurs et Plantes d’Alsace, la crise du Covid-19 arrive au plus mauvais moment de l’année. C’est précisément entre les mois de mars et juin que plus de 50 % voire 80 % du chiffre d’affaires est habituellement réalisé. Aujourd’hui, les points de vente sont fermés et l’activité est à l’arrêt. Les entreprises horticoles alsaciennes pourront-elles se relever de cette situation ? Rien n’est moins sûr.

Au Point vert Eichinger à Hochstatt, la production de printemps arrivée à maturité la semaine dernière s’est retrouvée bloquée dans les serres. À Brumath, l’entreprise Sonnendrucker a 1,5 million de plantes en culture, soit une valeur de stock d’1 million d’euros. Or les contrats de culture signés avec les chaînes de jardinerie ont été stoppés net, et les Grandes et moyennes surfaces (GMS) ont laissé tomber le végétal. Conséquence « vingt rolls* sont sortis de nos serres la semaine passée, là où il en sort 400 d’habitude, soit 5 % de notre activité » précise Laurent Sonnendrucker. Même son de cloche pour l’entreprise Geny, située à Cernay, spécialisée dans les jeunes plants de légumes. L’entreprise, qui produit plusieurs millions de plants sur la saison, n’a à ce jour aucune visibilité sur la vente. Des plantes perdues par millions À Sand, les Goerger travaillent en famille et viennent d’investir dans de nouvelles serres. Si le début de saison s’est traduit par la mise au rebut de toutes les fleurs précoces (primevères, renoncules…) et la perte de 15 000 € de stock à la fleuristerie, la situation n’est pas encore catastrophique, mais elle risque de le devenir très rapidement. « Nous mettons des milliers de plantes en culture, mais on ne sait pas où on va. C’est tout ou rien. Si dans un mois les choses s’améliorent, on s’en sort, si on reste dans la situation actuelle, ça va être très dur ! » décrit Anthony Goerger. Stéphane Schwarz, horticulteur à Geudertheim, fournit une quarantaine de communes de sa région en plantes diverses destinées au fleurissement municipal pour un chiffre d’affaires de 400 000 €. À ce jour, il est dans le flou total. « Si les communes me lâchent, je ne sais pas ce que je deviens. Tous les jours, on joue à la roulette russe. Je plante, je rempote, je cultive, mais y aura-t-il quelqu’un pour acheter ma production ? Nul ne le sait », souligne Stéphane Schwarz. Demain, des potagers déserts Au sein du groupement Fleurs et Plantes d’Alsace, on estime à 5 millions le nombre de plants qui ne seront pas plantés si la situation perdure. L’Alsace est une terre de jardiniers amateurs. L’entretien d’un jardin potager nourricier et le fleurissement des maisons relèvent de la tradition. Par-delà la dimension esthétique d’une absence de géraniums aux fenêtres, balcons et terrasses de la région, la non mise en culture des jardins potagers représente une réalité économique dont on ne prend pas la mesure. Prenons l’exemple de la tomate. Sachant qu’un plant produit en moyenne de 10 à 15 tomates soit 2 à 3 kg sur une saison, que quelque 750 000 plants de tomates sont commercialisés par les horticulteurs de Fleurs et Plantes d’Alsace, nous aurions, pour les seuls jardiniers amateurs se fournissant chez ces derniers, un manque de production de 1 900 000 kg soit autant de légumes à trouver ailleurs. Aujourd’hui, la filière horticole alsacienne est très fragilisée par la crise du Covid-19. Avec des producteurs locaux de plus en plus exposés aux aléas climatiques, cette crise est un coup dur supplémentaire. Nombre de producteurs ont aujourd’hui des doutes quant à leur capacité à se remettre financièrement d’une telle épreuve.     Communiqué

Vie des exploitations

Au rendez-vous des magasins fermiers

Publié le 25/03/2020

La vocation première des agriculteurs est de nourrir la population. En cette période compliquée, ce travail est plus que jamais nécessaire. Il est également reconnu. De nombreux consommateurs, des fidèles mais également des nouveaux, se rendent, depuis le début du confinement, dans les magasins de producteurs.

C’était le cas, jeudi 19 mars, au magasin de vente de la ferme avicole Meyer-Wioland à la sortie de Spechbach en direction de Bernwiller. L’exploitation propose une gamme complète de produits naturels à base de volailles. La « boutique », refaite à neuf il y a quelques années, est facilement accessible avec un parking d’une dizaine de places. À l’arrière, se situent les laboratoires de transformation et préparation des produits. L’ensemble des locaux est strictement conforme aux normes d’hygiène et comporte des outils sophistiqués pour garantir une grande qualité. Les parents, Agnès et Bernard Wioland ont pris leur retraite. C’est désormais Mathieu qui est à la tête de l’entreprise. Il est notamment accompagné de sa sœur, Rachel. Cette dernière, avec deux autres employées, était présente pour accueillir les clients. « Depuis le début du confinement, nous avons adapté nos horaires d’ouverture. En l’occurrence, du mardi au vendredi de 8 h à 18 h en continu et le samedi de 8 h à 13 h. Auparavant, nous ne faisions pas cette continuité. Nous l’avons décidé pour étaler les visites de nos clients. Par ailleurs, nous ne faisons plus les marchés pour protéger nos équipes et les consommateurs », explique Rachel Wioland. Au tout début du confinement, elle a constaté une hausse des visites. Les jours suivants, la fréquentation est redevenue normale. « En revanche, les gens achètent différemment. Ils ont tendance à prendre un plus grand nombre de produits », explique la professionnelle. Elle s’inquiète évidemment de cette situation sanitaire et du temps qu’elle va se prolonger. « Jusqu’à présent, nous produisons de la même façon. Nous essayons d’avoir tous les produits habituels. On a simplement demandé à se faire livrer davantage de lait, de beurre et d’autres produits laitiers », conclut Rachel Wioland.     Lors de notre passage, deux clients ont accepté de répondre à nos questions. Deux fidèles. Michel, 48 ans, domicilié à Illfurth. « Je viens régulièrement ici toutes les trois semaines à un mois. La situation actuelle ne change rien sur ce point. J’achète pour deux personnes comme d’habitude. J’ai arrêté de travailler. Je suis cependant d’astreinte en exerçant dans la fonction territoriale. Cette actualité me permet simplement de faire mes courses en journée. C’est très important que de tels magasins poursuivent leurs activités », estime-t-il. Pour sa part, Maeva, 29 ans, arrive de beaucoup plus loin. D’Oltingue dans le Haut Sundgau. « Je suis venue une fois, par hasard, il y a quelques années, et depuis je n’ai plus changé. Venir ici, c’est bien mieux que d’aller dans les grandes surfaces. Déjà en temps normal, la qualité est là. Et désormais, il y a moins de monde ici que dans les GMS. C’est important de soutenir ce qui est local », précise la jeune femme. « Pas envie de prendre de risque » À l’Îlot fermier à Hirsingue, l’activité se poursuit également. Un balisage à l’extérieur explique aux consommateurs comment entrer et sortir du magasin. À l’intérieur, quelques affiches ont été installées. « SVP, prenez les légumes et fruits que vous aviez en main. Merci de votre compréhension et de votre collaboration ». Il y a également un balisage au sol avec un sens unique. « Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas plus de quinze personnes dans le magasin. Nous désinfectons régulièrement les poignées, les TPE et autres endroits plus sensibles. Pour le moment, tout se passe relativement bien. Il y a peut-être un peu moins de monde. Mais, il y a trois fois plus de gros paniers. Ce sont souvent des clients habituels. Mais, aujourd’hui (jeudi 19 mars), on a vu trois nouvelles personnes qui veulent éviter la foule des grandes surfaces », explique le responsable du magasin, Eric Monmarché.     Concernant les marchandises, les professionnels regroupés au sein de l’Îlot fermier poursuivent tous leurs activités et viennent régulièrement apporter leurs produits dans les rayons. À une exception près. Emilie Schmitt de la Ferme de la Petite prairie à Ranspach-le-Haut. Elle avait déjà fait le choix de stopper son activité de vente directe de produits laitiers et yaourts sur le site de l’exploitation familiale. Cette fois, elle a livré pour la dernière fois, le temps de la crise sanitaire, le magasin. « Je n’ai pas envie de prendre des risques pour mes clients, mes proches, ma fille. Dans la situation actuelle, il faut avant tout penser à notre santé. Et puis, il y a assez de travail à la ferme. Du coup, je ne serais peut-être plus en retard sur ma comptabilité et je vais pouvoir faire le grand nettoyage au-dessus du local de l’exploitation. Après, je réagis ainsi car j’ai la chance de pouvoir arrêter. Tout le monde n’a pas cette possibilité », précise Emilie Schmitt. Une certaine organisation Retour à Spechbach, cette fois au magasin les Champs de l’Ill. Jeudi 19 mars, c’était le premier jour d’ouverture depuis la mise en place du confinement. Le magasin continuera d’être ouvert les jeudis, vendredis et samedis. « Nous avons mis une certaine organisation en place avec des affiches et des règles à respecter. Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas plus de cinq clients en même temps dans le magasin avec des distances à respecter. Nous avons également mis à la caisse un meuble pour préserver cette distanciation et du plexiglass. Nous avons également demandé aux vendeurs de se laver les mains après chaque passage d’un client car on pourrait manquer de gants à l’avenir. De toute façon, le monde médical en a beaucoup plus besoin que nous. Enfin, nous désinfectons régulièrement », assure le responsable de l’entreprise, José Pflieger. Avant l’ouverture, il reconnaît qu’il n’était pas tranquille face à cette situation. Il a rapidement été rassuré. Les clients respectent les consignes. Parmi les 26 professionnels qui apportent leurs produits, une seule, de Haute-Saône, a demandé à ne plus faire de permanence tout en acceptant de venir livrer quand il n’y a personne. Notamment, les mardis et mercredis. « Nous avons demandé aux producteurs de ne pas venir livrer en même temps. Pour les horaires d’ouverture, nous avons décidé de ne pas les changer. La question s’était posée. Mais, c’est trop compliqué pour nous. Il faut quand même rappeler que nous avons encore les travaux de la ferme à réaliser. Ce matin (jeudi 19 mars), on s’est, par exemple, levé à 5 h du matin pour faire les abattages. Une centaine de poulets. Il n’y a aucune crainte à avoir concernant le stock. C’est l’avantage de la production locale. En revanche, on est comme tout le monde, un peu « paumés » par rapport à cette situation sanitaire. On ne sait pas comment elle va évoluer », ajoute José Pflieger. En attendant, les clients sont bien là. Des fidèles et quelques nouveaux, ravis de découvrir la variété proposée, pas moins de 300 à 400 produits différents. Dans le même temps, son fils, Jérémy, s’occupe de la production dans les champs. Avec le climat actuel, il sème les lentilles, la féverole et bientôt les pommes de terre précoces.    

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