Jeunes Agriculteurs de Saint-Amarin/Masevaux
« Nous voulons pouvoir chasser »
Jeunes Agriculteurs de Saint-Amarin/Masevaux
Publié le 28/01/2021
Les Jeunes Agriculteurs de Saint-Amarin/Masevaux sont lassés des dégâts de gibiers observés sur les parcelles des exploitations. Ils veulent chasser. Mais les lots sont difficiles à acquérir. Ils viennent d’écrire aux maires du canton pour qu’ils privilégient des locaux et demandent qu’on stoppe cette « chasse business ».
Ils sont installés, ouvriers agricoles et parfois jeunes élus locaux. La nouvelle équipe dirigeante des Jeunes Agriculteurs (JA) de ce canton des Hautes Vosges d’Alsace ne manque pas de projets. Mais, comme ailleurs dans la région, ils sont occupés par un problème récurrent : les dégâts de gibiers. « Nous n’en pouvons plus. Nous sommes confrontés au quotidien à ces sangliers et cervidés qui nous empêchent de travailler sereinement. Il faut que cela bouge. Sinon de nombreux jeunes ne vont pas reprendre les exploitations de leurs parents. Une génération part à la retraite dans les prochaines années. Si nous ne les remplaçons pas, il n’y aura plus d’agriculture dans le secteur », explique Lucas Burgunder. Âgé de 20 ans, il est depuis un an le président des JA du secteur. S’il exploite des terrains, il n’est pas installé et travaille dans le bâtiment. « Néanmoins, nous nous sentons tous concernés. Ici, nous vivons la ruralité », ajoute-t-il. Dans ce débat, ils réclament de pouvoir chasser. Certains ont déjà leur permis. C’est le cas de Marc Gewiss. Âgé de 25 ans, cet ouvrier agricole dont les parents gèrent la ferme-auberge du Kohlschlag au-dessus de Soultz, chasse depuis déjà dix ans : « Dès mes 15 ans, j’ai commencé. Mon père est lui-même chasseur. Je l’ai suivi avant de me lancer. Le problème de la chasse, ce sont les prix des différents lots. Ils représentent un coût trop important pour des jeunes comme nous. La plupart du temps, les communes privilégient les gens qui ont un certain pouvoir d’achat. C’est pour cela que dans notre vallée, il y a beaucoup de personnes qui viennent d’ailleurs et qui chassent pour leur plaisir. C’est ce que j’appelle la « chasse business ». Or, dans le même temps, la population de gibier augmente. Cette situation n’est plus acceptable ». La nouvelle génération « n’est pas aussi patiente que la précédente » Les JA du canton de Saint-Amarin/Masevaux ont donc décidé d’interpeller les maires des villages de la vallée. « Nous leur rédigeons un courrier. Dans trois ans, en 2024, il y a les adjudications. Les lots de chasses vont devoir être renouvelés. Nous souhaitons pouvoir défendre notre cause. En tant que chasseurs locaux, nous voulons avoir notre mot à dire et une chance d’obtenir ces lots. Pas pour nous, mais pour pérenniser l’activité agricole de notre vallée », précise Joanie Lutz, secrétaire des JA du canton et jeune adjointe à l’urbanisme et aux activités agricoles de la commune de Goldbach-Altenbach. Avec son collègue, Benjamin Ludwig, paysan dans le village et également adjoint en charge précisément de la chasse, ils se sentent concernés. « Nous tenons à préciser que nous n’incriminons personne. Il y a des communes où cela se passe très bien. La chasse est très bien gérée. Mais nous voulons agir là où il y a des difficultés. Et quand c’est le cas, des locaux doivent pouvoir intervenir dans la chasse. Il faut faire respecter le cahier des charges qui précise d’ailleurs clairement les choses », insiste Benjamin Ludwig. Le sujet est d’autant plus d’actualité que la chasse et le foncier seront le thème de la table ronde organisée lors de la prochaine assemblée des Jeunes Agriculteurs le 11 février, dont le sujet principal concernera les circuits courts. « La chasse est désormais un dossier que nous évoquons dans toutes nos discussions. Il y a actuellement des pics de population de gibiers et dans certains lots, on ne chasse pas. Ce n’est plus acceptable. Car ce sont nos parcelles qui sont saccagées. Nous devons chercher nos fourrages de plus en plus loin. Cela représente un coût toujours plus important. Sans parler de l’équilibre agro-sylvo-cynégétique. Il y a une nouvelle génération qui arrive, mais elle n’est pas aussi patiente que la précédente. Si la société veut que nos paysages de montagne soient préservés, il faut soutenir l’agriculture. Car c’est bien elle, et donc nous, exploitants, qui entretenons ces paysages », conclut Florent Pierrel du Gaec Schoeffel-Pierrel à Fellering.












