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Vendange 2020 en Alsace

Des stocks encore importants

Publié le 19/01/2021

Malgré une baisse drastique des conditions de rendements en 2020, le volume global vendangé par la filière des vins d’Alsace serait de 955 000 hl (source : presse locale). Les capacités de mise en marché du vignoble se situaient fin novembre à 845 000 hl.

Selon une information parue dans la presse quotidienne régionale, « les volumes de la vendange 2020, en Alsace, devraient être de l’ordre de 955 000 hl (hectolitres), dont 280 000 hl pour le crémant, au vu des déclarations de récoltes enregistrées ». Soit un volume de vendange inférieur de 7 % par rapport au millésime 2019 qui avait atteint 1 028 000 hl », précise l’article. Ces volumes de vendange 2020 dépassent donc les capacités de mise en marché qui étaient à fin novembre de 845 000 hl. Soit un excédent de 110 000 hl et ce, bien que le vignoble ait décidé en 2020 de durcir ses conditions de production en abaissant le rendement des AOC cépages de 80 hl/ha à 65 hl/ha, sans possibilité de compensations butoir dans certains cépages. En 2019, la filière des vins d’Alsace avait également connu un excédent de production puisque ses volumes commercialisés se sont établis à 932 000 hl pour 1 028 000 hl de vendange, soit 96 000 hl d’excédents. Et, en 2018, la production totale du vignoble a atteint 1 180 000 hl pour 909 000 hl commercialisés, soit un excédent de 271 000 hl. Conséquence, les stocks d’appellation, excédentaires depuis trois ans, connaissent une augmentation significative. En fin de campagne 2015-2016, soit au 31 juillet 2016, le vignoble comptabilisait 1 445 000 hl de stocks de vins. Fin juillet 2020, soit quatre années plus tard, il enregistre un stock global de 1 950 000 hl de vins d’Alsace. Pour 2021, les volumes distillés, l’allongement du vieillissement sur lattes des crémants et le vieillissement choisi des vins pour bonifier devraient néanmoins atténuer le poids des excédents en vin d’Alsace, dont le volume total s’approche désormais des trois années de capacité de mise en marché. Seulement 28 000 hl étaient enregistrés à la distillation de crise fin juillet 2020. Tous les cépages sans exception connaissent un gonflement des stocks, y compris les crémants (+7,5% par rapport à 2019) avec 652 000 hl de stocks. Néanmoins, les volumes des catégories VT/SGN étaient en baisse par rapport à 2019, juste avant les vendanges.

Publié le 18/01/2021

Puisque le contexte actuel empêche de déguster les vins au caveau, certains vignerons se lancent dans les dégustations en ligne. À Wihr-au-Val, le domaine Schoenheitz tente l’expérience via des séances retransmises en direct sur Facebook.

17 h 30, en ce deuxième jeudi du mois de décembre, la cour du domaine Schoenheitz est plongée dans l’obscurité mais à l’intérieur du caveau, les préparatifs vont bon train. Martine Leray et sa fille Charlotte, du restaurant la Nouvelle auberge à Wihr-au-Val, dressent les assiettes derrière le comptoir. Quentin Gachon, webmaster à l’office de tourisme de la vallée de Munster, installe sa caméra sur un pied et procède aux derniers réglages. L’objectif est dirigé vers la table en bois rectangulaire où sont disposés verres, couverts et serviettes décorées. Une couronne de l’Avent faite de brindilles et de pommes de pin est posée au centre de la table. « On enlève la couronne pour le micro ? », demande Adrien Schoenheitz. Pour cette deuxième dégustation organisée au domaine et retransmise en direct sur Facebook, le vigneron a sélectionné quatre vins. « Si on en met plus, on dépasse la demi-heure », avec le risque de voir l’audience du live s’effriter en cours de route. Faire du chiffre n’est pourtant pas l’objectif premier de cette dégustation filmée : « Il est plutôt de faire du lien, de se faire plaisir et de remplacer les événements qu’on aurait dû avoir s’il n’y avait pas eu le confinement », précisent Adrien Schoenheitz et Aude Olive, chargée de communication du domaine. Tandis que Martine pose les mini-kougelhopfs sur la table, Clément, le compagnon de Charlotte, s’installe sur un banc à l’écart : il doit veiller au respect du temps, d’un geste de la main. Rendez-vous a été donné aux abonnés Facebook à 18 h. Charlotte, Adrien et Martine prennent place à table. « On a Jean Castex en face de nous ce soir », prévient Aude. Allusion au Premier ministre qui intervient au même moment à la télévision pour présenter l’évolution des mesures de confinement. « Restez orientés vers moi tout en discutant », rappelle Quentin. Chacun prend la parole à tour de rôle pour un test son et le tournage commence. « Bonsoir à tous nos abonnés Facebook. Nous sommes réunis avec Martine et Charlotte Leray, au domaine Schoenheitz, pour un apéritif étoilé autour des accords mets-vins, commence Aude. Avec des vins du domaine Schoenheitz et des mets gastronomiques de la Nouvelle auberge, pour une soirée 100 % Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster. » Dans le prolongement du premier confinement, le domaine Schoenheitz avait déjà réalisé une série de vidéos postées sur sa page Facebook. Adrien, debout face à la caméra, y présentait quelques-unes des productions du domaine, un verre à la main. Décrire ses vins en 1 à 1 min 30 tout en sachant qu’on peut recommencer la prise ou couper au montage est une chose. Tenir 30 minutes en échangeant à quatre sur des accords mets-vins en est une autre. Il faut interagir avec ses compagnons de table en toute convivialité, « sans se louper » ni monopoliser la parole. Les images étant diffusées en direct sur le réseau social, il n’y a pas de rattrapage possible. Quelques arômes tertiaires et une jolie complexité Adrien présente le crémant millésime 2013 du domaine qui a été dégorgé deux semaines plus tôt. Élaboré à partir de pinot auxerrois, il a passé 6,5 ans sur lattes. « C’est un crémant brut avec zéro sucre », précise le vigneron qui débouche la bouteille en apportant des précisions sur le millésime 2013. Il est servi avec un petit kougelhopf salé aux noix et au lard de la vallée. Le crémant apporte « quelques arômes tertiaires et une jolie complexité qui lui permet de tenir face aux noix et au lard », commente Charlotte. Elle apprécie « son côté frais qui réveille les papilles en début de repas ». Martine trouve qu’il irait aussi très bien avec une entrée froide de poisson. « Et pour ceux qui n’aiment pas les bulles ? », relance Aude. Martine suggère un pinot blanc qui apporterait un peu plus de rondeur ; Charlotte, un pinot gris issu du lieu-dit Linsenberg, dont le côté fumé pourrait s’accorder avec le lard du kougelhopf. Passées les premières minutes de direct, tout le monde a oublié la caméra. À commencer par Adrien, qui ne s’est pas spécialement préparé pour cette dégustation : « Au domaine, je m’occupe des clients professionnels, des restaurateurs et des clients export. Il m’arrive d’accueillir des clients au caveau, j’ai l’habitude d’expliquer la partie technique. » Charlotte, qui a intégré la Nouvelle auberge en tant que sommelière au printemps dernier, a passé une matinée au domaine pour préparer la dégustation et discuter des accords mets-vins avec le vigneron. Martine a consciencieusement fait des fiches, qu’elles ont relues quelques heures auparavant. Elle apprécie les vins de la famille Schoenheitz, qui figurent sur la carte du restaurant depuis 25 ans, et n’a aucun mal à rebondir quand Aude lui demande une alternative au vin proposé ou une astuce de cuisine. Tandis que Quentin alterne plans larges et plans serrés pour dynamiser la présentation, les accords mets-vins s’enchaînent : la cuvée Audace 2017, un riesling provenant du Linsenberg, apporte sa vivacité au saumon fumé maison de la Nouvelle auberge, chantilly d’huîtres et pain au sarrasin. Un pinot noir Val Saint Grégoire 2018 se marie avec une mousse de betteraves tandis qu’un riesling 2013 élaboré à partir de raisins passerillés trouve à s’accorder avec le foie gras. Du rouge, du blanc, des bulles, résume Aude, qui clôt la dégustation en invitant à découvrir la « très belle vallée de Munster » et le village de Wihr-au-Val.    

Ferme Lammert à Ensisheim

« J’ai vu un avant et un après »

Publié le 17/01/2021

Il y a cinq ans, Benjamin Lammert, agriculteur à Ensisheim, et sa compagne, Marie Casenave-Péré, ont créé un site internet pour présenter leur exploitation et le métier de céréalier dans la plaine d’Alsace. Un support de communication qui leur a permis progressivement de nouer un dialogue « constructif » et « apaisé » avec le grand public.

Sois le communicant que tu veux voir dans ta profession. Il y a cinq ans, Benjamin Lammert, agriculteur à Ensisheim, et sa compagne, Marie Casenave-Péré, salariée à mi-temps de l’exploitation, ont créé leur site internet présentant leur exploitation et le métier de céréalier dans la plaine d’Alsace. Un constat se faisait jour : le besoin quasi constant de devoir communiquer sur l’agriculture. Au-delà des institutions et des syndicats habitués à l’exercice médiatique, il manquait « un segment » à leurs yeux : le paysan qui parle directement sans filtre, sans étiquette, armé d'un discours pragmatique et argumenté. Voyant que rien n’émergeait au niveau collectif, Marie et Benjamin ont essayé de communiquer par leurs propres moyens. Une manière d’anticiper la crise « d’image » qui pointait le bout de son nez. « Il y avait déjà des débats sur le bien-être animal et on se disait qu’on aurait peut-être d’autres problèmes à cause des produits phytos. Trois ans plus tard, on était en plein dedans », se remémore Benjamin. Un premier pas à faire Mais concevoir un site internet, qui plus est clair et attrayant, demande des compétences ; tout comme une communication efficace avec un public pas ou très peu familiarisé avec le jargon technique agricole. Exit aussi les sujets polémiques qui font la une des médias. « Notre objectif était clair : dire ce qu’on fait, pourquoi on le fait, sans avoir à nous justifier comme si on était coupable de quelque chose, ou rentrer dans une contradiction stérile », explique le couple. Les faits, rien que les faits, la pédagogie en prime. Il a fallu pour cela rédiger des textes pertinents, illustrés par des photos parlantes, le tout classé dans des catégories claires et sans équivoque : « La ferme », « Les champs », « Nos pratiques », par exemple. « On doit traduire avec des termes non agricoles ce qu’on dit et ce qu’on fait », résume simplement Benjamin. Plusieurs mois ont été nécessaires pour faire naître ce portail de communication. C’est Marie qui a mis la main dans le cambouis en apprenant les rudiments de programmation. Grâce au bouche-à-oreille et à la puissance des réseaux sociaux, la plateforme se fait connaître. Les médias en font l’écho. TF1 et France 5 contactent Benjamin pour leur reportage sur le soja. Mais c’est aux abords de ses champs que l'exploitant constate l’impact de cette stratégie de communication. « J’ai vu un avant et un après. Avant, les promeneurs qui passaient à proximité étaient un peu gênés quand ils nous voyaient dans le tracteur. Ils n’osaient pas nous parler et ne savaient pas s’ils nous gênaient. Et puis ils ont découvert notre site. Ils ont vu qu’on était ouverts et qu’on ne demandait qu’à créer un dialogue. Maintenant, ils nous saluent, n’hésitent pas à s’arrêter pour poser des questions. Quand je traite mes parcelles et que des gens approchent, j’arrête le temps qu’ils passent. Derrière, ils font un signe pour me remercier. Clairement, avoir fait le premier pas a détendu tout le monde », témoigne Benjamin. Accepter les critiques sans culpabiliser Pour Benjamin, parler en public est un acquis issu, entre autres, de son parcours professionnel et syndical (il fait notamment partie du bureau de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux). Progressivement, il a appris les techniques de communication qui font mouche. Mais pour lui, comme pour tant d’autres, il y a eu une première fois. « C’est jamais facile, quand on se lance. Prendre la parole, devant un parterre de gens muets, peut être déstabilisant. Mais, si on sait de quoi on parle, qu’on s’exprime avec ses tripes et qu’on fait l’effort de rentrer dans la tête des gens pour rendre son discours compréhensible, ça doit rouler », poursuit-il. Au fil des échanges avec les personnes extérieures au monde agricole, Marie et Benjamin ont relevé deux caractéristiques très fréquentes : la méconnaissance des sujets et, parfois aussi, une vision de l'agriculture dictée par la peur. « Beaucoup de personnes nous servent la soupe des médias, à base de messages simplifiés. Mais, si on les écoute, qu’on les comprend et qu’on commence à répondre intelligemment, on se rend aussi compte que le bon sens n’est jamais très loin. Les choses bougent doucement mais elles bougent. Par contre, cela sous-entend aussi de savoir faire preuve d’humilité sur ses pratiques. Comme tout le monde, nous devons accepter les critiques si elles sont justifiées et constructives », analyse Benjamin. Cela veut dire aussi que les agriculteurs doivent arrêter de « culpabiliser » quand ils se sentent pointés du doigt. « Certains voudraient nous faire passer pour les grands méchants. Il faut arrêter de croire à ça. Nous sommes des sentinelles de l’environnement. C’est une question qui nous intéresse et nous sommes capables d’aller de l’avant. On est prêt à faire le job que la société attend de nous, à condition qu’il y ait des solutions. Si on trouve une alternative au glyphosate, aussi efficace, au même prix ou moins cher, on sera les premiers à y aller. Ça, c’est une réponse pertinente et argumentée qui permet d’apaiser le débat. » Retour aux fondamentaux Si tous les arguments techniques, rationnels et de bon sens devaient ne pas suffire pour convaincre, il en reste un, essentiel : la faim. Sans agriculteur, pas de nourriture. « Avec l’épidémie de Covid-19, cette notion de sécurité alimentaire est revenue en force. La souveraineté de nos approvisionnements est redevenue un sujet prioritaire. Surtout, cela a donné un coup d’arrêt à l’agribashing qui prenait des proportions inquiétantes avec des actes de vandalisme, des menaces verbales ou physiques. Tout à coup, on nous a à nouveau regardés pour ce que nous sommes : des femmes et des hommes qui sont là pour nourrir leurs semblables. Bien sûr, l’agribashing peut revenir et il y a toujours des dossiers sensibles. Mais, aujourd’hui, quand on discute avec des amis qui ne sont pas du milieu agricole, ils nous disent que notre métier a un côté très attractif, en pleine nature. Par les temps qui courent, c’est une forme de liberté qui est enviée. Et pour nous, c’est un argument de plus pour parler positivement de l’agriculture et des agriculteurs », conclut Marie.        

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