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Publié le 13/01/2021

À Marlenheim, Xavier Muller a réduit ses surfaces de 8 ha pour se recentrer sur les 11 ha restants. Un choix dicté par la conjoncture et par la volonté de développer la vente en bouteilles.

Au plus fort de son activité, Xavier Muller cultive 26 ha de vignes, dont il vend les raisins à une maison de négoce. « Quelque chose me manquait. Je sentais que je n’allais pas au bout de mon métier », explique le vigneron de Marlenheim. En 2002, il acquiert un ancien moulin sur l’île de la Thomanns Muehle, au bord de la Mossig. Tout en continuant à vendre une partie de sa production sous forme de vrac ou de raisins, il élabore et commercialise ses propres vins. En 2014, son fils aîné, Franck, s’installe à son compte : il lui cède 7 ha. En 2019, nouveau virage : Xavier se défait de 8 ha en location pour se recentrer sur les 11 ha restants. « C’était la dernière limite pour trouver des repreneurs. Aujourd’hui, il est difficile de louer quand on ne sait pas quoi faire du raisin. Ce que le vignoble vit aujourd’hui, on le sentait venir », indique le vigneron. En tant que vendeur de raisins, il connaît bien la stratégie des grands metteurs en marché, qui n’achètent que ce qu’ils peuvent vendre. S’il a réduit sa surface de 8 ha, ce n’est pas parce qu’il souhaite vivre mieux, assure-t-il, mais « pour mieux m’occuper de ce que j’ai et développer la vente en bouteilles. Je veux consacrer plus de temps à mes clients, sans avoir éternellement le nez dans le guidon », dit Xavier, aujourd’hui âgé de 56 ans. Il dirige le domaine avec l’aide de son fils cadet, Pierre, en charge de la partie commerciale, de son épouse, de sa nièce et d’un apprenti. S’il ne vend pour l’instant qu’aux particuliers, Xavier Muller ne veut se fermer aucune porte : d’où le choix de conduire ses 11 ha selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), très prisé de la grande distribution. Pour autant, il n’opte pas pour le bio, préférant tester différentes techniques sur son domaine plutôt que d’adopter un modèle tête baissée. À la recherche d’une vigne « équilibrée », il utilise très peu d’engrais et depuis quatre ans, il sème du seigle un rang sur deux sur l’ensemble de ses surfaces pour conserver l’humidité du sol. « Nos vignes en coteaux sont très vite en manque d’eau », argumente-t-il. Il estime qu’une vigne qui n’a pas été stressée, ni conduite pour produire le maximum donne un raisin sain, apte à la vinification. Xavier s’efforce de travailler le sol « quand c’est utile » et n’utilise plus de désherbant qu’à faible dose. Il suit de près les essais de son fils aîné, qui a acheté l’an dernier une charrue pour travailler sous le rang. Suite à une formation à la méthode Simonit & Sirch, Franck l’a également sensibilisé aux avantages d’une taille vers l’extérieur du pied, telle qu’il l’avait vue pratiquer sur les arbres fruitiers. En évitant les plaies de taille et les entassements de végétation, Xavier peut se passer d’anti-botrytis depuis quelques années. En plus du soufre et du cuivre, il ne s’interdit pas d’autres produits en fonction de la situation sanitaire. 300 camping-cars à l’année Les raisins récoltés manuellement sont légèrement macérés et pressurés entiers par cycles de 4 à 8 heures, en fonction de leur état sanitaire. En cave, le vigneron limite le recours aux intrants. Il vinifie toutes ses cuvées à l’identique, sous le contrôle de l’œnologue Paul Borja, qui le conseille depuis qu’il s’est lancé dans la bouteille. Il utilise des levures sélectionnées pour assurer un départ en fermentation sous 48 h. Compte tenu du volume vinifié, de 200 à 250 hl en moyenne, il n’a pas la possibilité de faire des cuvées différentes d’un même cépage, ce qui n’incite pas à prendre des risques. « Si je loupe ma cuvée de riesling ou de gewurztraminer, tout est loupé », dit-il. Pour la même raison, il sulfite ses moûts. Il élève ensuite ses vins sur lies fines. Pour écouler ses 30 000 bouteilles, Xavier mise notamment sur la vente au caveau. D’avril à octobre, hormis en 2020 à cause du Covid, il reçoit 300 camping-cars sur son domaine. Il accueille aussi des bus, propose des dégustations, des visites du vignoble au printemps et en été, et reçoit des « vendangeurs d’un jour » au moment de la récolte. « C’est le touriste qui nous fait vivre », dit-il. Cette politique d’accueil et de fidélisation de la clientèle lui a permis de sauver la fin de l’année 2020, avec des ventes sur novembre-décembre comparables à celles de l’année précédente. Les vins du domaine sont également vendus via la Ruche qui dit oui de Marlenheim - le domaine accueille les distributions chaque mercredi -, à la cave des Hospices de Strasbourg, où le vigneron élève deux cuvées, et au magasin de producteurs la Nouvelle Douane à Strasbourg, où Xavier assure une permanence par roulement avec quatre autres viticulteurs. La situation du domaine, au cœur de 8 ha de prairies mais pas très éloigné de la ville, laisse entrevoir d’autres possibilités, comme l’aménagement de gîtes, de chambres d’hôtes ou d’une salle de réception à l’étage. Des projets qu’il appartiendra à son fils Pierre, de développer, seul ou avec un investisseur.   Notre domaine s'est lancé dans une nouvelle aventure... Le BIB ! Retrouvez dès maintenant, au caveau, les bibs Pinot Noir et Rosé en format 5L pour votre plus grand plaisir gustatif???? Publiée par Domaine Xavier Muller - Marlenheim sur Mercredi 26 août 2020  

Solidarité alsaco-bretonne

Un jumelage qui part en fromage

Publié le 12/01/2021

Confronté à de grandes difficultés pour écouler sa production de munsters depuis le début de la crise sanitaire, Mathieu Hunzinger a vu sa situation s’apaiser grâce au jumelage de sa commune, Muhlbach-sur-Munster, avec celle de Kermaria-Sulard en Bretagne. Ses habitants lui ont acheté depuis le mois de mars plus d’un millier de fromages.

Le jeune éleveur de 30 ans, installé sur l’exploitation familiale à la suite de ses beaux-parents, n’a pas vu arriver le premier confinement au mois de mars. Sa cave était remplie de fromages : munster, saint-grégoire, bargkass, tomme. « Du jour au lendemain, mes revendeurs ont tous fermé. Malgré quelques ventes avec la clientèle locale, il a donc fallu jeter du fromage. Jusqu’au jour où j’ai pu échanger avec le maire de Muhlbach-sur-Munster, Patrick Althusser, lors du week-end pascal quand il est précisément venu s’approvisionner à la ferme. Je ne lui ai pas caché mes difficultés. Il a alors informé de ma situation le comité de jumelage. Tout est ensuite allé très vite. Des mails, des appels téléphoniques, de la pub dans les journaux bretons. Je pensais que 200 à 300 fromages allaient trouver preneur. Ce qui était déjà bien. Finalement, ce sont plus de 1 500 munsters et saint-grégoire qui ont été commandés. Nous avons fait deux livraisons fin mars et fin mai. Il y a encore eu des commandes par la suite », se félicite Mathieu Hunzinger. La belle histoire se répète lors du second confinement. Là, ce sont 850 fromages (moitié munsters et saint-grégoire) qui partent en Bretagne. « D’après ce que j’ai compris, 90 % des habitants de Kermaria-Sulard ont au moins fait une commande. Ce soutien fait chaud au cœur. Pour Noël 2020, une nouvelle opération a été menée, plus habituelle. Nous avons fait l’échange avec les huîtres. 200 bourriches ont été commandées », note le jeune éleveur. Son stock a donc baissé et ses pertes financières se sont atténuées. Une autre bonne nouvelle : le retour de la clientèle locale. Le deuxième confinement a en effet eu un côté vertueux. « Les gens ont pris conscience de l’importance de soutenir les commerces locaux. Proximité et solidarité vont bien ensemble. J’espère que, désormais, ces bonnes habitudes perdureront. En attendant, ces échanges avec la Bretagne m’ont permis de sauver les meubles pour l’année 2020 », précise Mathieu Hunzinger. En revanche, l’incertitude demeure pour l’avenir. « Il faut que les entreprises soient réellement aidées et soutenues. Il ne faut pas seulement des effets d’annonces du gouvernement. Je ne compte pas faire de prêt pour continuer mon activité car je n’ai pas envie de m’endetter alors que c’est encore l’inconnu au niveau sanitaire pour ces prochains mois. Du coup, j’ai tari les vaches en fin de lactation pour avoir moins de lait », conclut l’éleveur.   Le comité des fêtes et de jumelage de Muhlbach sur Munster organise à nouveau une commande groupée d'huîtres de Bretagne... Publiée par Patrick Althusser sur Vendredi 27 novembre 2020   Tout de même 25 000 € de pertes Installé sur l’exploitation familiale depuis quatre ans, Mathieu Hunzinger n’est pas arrivé au bon moment. La sécheresse tout d’abord, puis la crise sanitaire l’ont obligé à revoir sa stratégie. Il a réduit à une vingtaine de vaches son cheptel. On y trouve historiquement des vosgiennes, mais également des brunes des Alpes. « Les premières ont un tempérament bien marqué et elles sont évidemment adaptées à notre relief. Les secondes sont dociles, productives avec une bonne richesse du lait. Néanmoins, avec le nouveau cahier des charges pour le munster, cela va me poser des difficultés. J’ai aussi quelques aubrac pour la viande que je propose en colis. Tout est vendu en direct ici. La viande donc et le fromage », explique Mathieu Hunzinger. Il y a encore cinq à dix ans, les vaches pouvaient pâturer jusqu’au milieu du mois d’octobre et les coupes d’herbe étaient suffisantes pour passer tranquillement l’hiver. « On arrive désormais à la moitié de ce que nous avons besoin. On entame les stocks d’hiver dès la fin du mois d’août. Il n’y a donc plus le choix. Soit il faut acheter du foin et de la paille ailleurs, soit il faut réduire le cheptel. Et puis, le Covid-19 est arrivé. Nous avons une clientèle de locaux et de touristes. Ces derniers ne sont plus là. On peut donc estimer la perte des ventes de fromages à 25 000 €. J’ai été contraint de jeter une des huit tonnes de ma production annuelle », ajoute Mathieu Hunzinger. S’il est encore aidé par ses beaux-parents retraités, il est néanmoins le seul actif de la ferme. Une situation d’autant plus complexe qu’outre la sécheresse et la crise sanitaire, il déplore aussi des dégâts de sangliers toujours plus importants. Le troisième fléau de cette année 2020 décidément bien compliquée.

Publié le 11/01/2021

La communauté d’agglomération de Haguenau (CAH) et la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) ont signé une convention de partenariat. L’objectif : promouvoir une agriculture durable et performante sur les 36 communes de la CAH, et garantir une cohabitation harmonieuse entre les agriculteurs et les autres acteurs du territoire.

Signée le 10 décembre dernier à l’EARL du Vieux Pré à Schirrhein, la convention de partenariat liant la communauté d’agglomération de Haguenau et la Chambre d’agriculture d’Alsace court jusqu’en 2026. Elle consacre l’intérêt déjà ancien porté à l’agriculture par les 36 communes qui composent la collectivité du nord de l’Alsace : en témoignent la concertation avec la profession agricole lors des opérations d’aménagement, l’engagement en faveur de la préservation des espaces agricoles ou le soutien à l’abattoir intercommunal de Haguenau. Dans son projet de territoire 2030 adopté en février 2018, la CAH avait prévu de fédérer les acteurs du territoire œuvrant au service des entreprises et de l’emploi, en particulier ceux du domaine agricole, via une démarche de partenariat. La convention signée le 10 décembre avec la CAA vise à conforter la place des entreprises et filières agricoles dans le tissu économique local et d’en renforcer la compétitivité afin « de garantir aux agriculteurs une juste rémunération ». Elle a également pour objectifs d’assurer une offre de produits locaux de qualité accessible à l’ensemble de la population de l’agglomération et de promouvoir une agriculture répondant à de multiples enjeux : celui d’un développement « durable et équilibré » du territoire, la préservation de la qualité des paysages, de la nappe phréatique et de la biodiversité. Enfin, elle vise à garantir « une cohabitation harmonieuse entre les agriculteurs et les autres acteurs du territoire ». Les actions développées dans le cadre de la convention viendront en complémentarité des dispositifs existants, en particuliers ceux soutenus par l’Europe, l’État, la Région Grand Est et le département (le texte a été signé avant la création officielle de la Collectivité européenne d’Alsace). Plusieurs axes de collaboration ont été définis : le premier porte sur la connaissance du territoire et de ses acteurs. Il s’agit de connaître plus finement les 322 exploitations du territoire, leur typologie, leur mode de production, et les filières dans lesquelles elles s’inscrivent, mais aussi de les localiser précisément grâce à une cartographie. La collaboration entre la CAH et la CAA permettra d’identifier leurs forces et leurs faiblesses, ainsi que les enjeux fonciers et environnementaux liés à leur activité. Des visites trimestrielles d’entreprises agricoles sont prévues associant les représentants des deux partenaires. Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs Le deuxième axe consiste à soutenir et développer l’économie agricole. À la fois en préservant le foncier agricole (près de 14 000 ha à ce jour), en intégrant les contraintes propres à cette activité dans l’aménagement de la voirie et en facilitant l’accès à la ressource en eau pour les cultures spéciales. La convention prévoit également de promouvoir les démarches d’innovation, de soutenir les opportunités liées à la transition énergétique et d’encourager la mutualisation des moyens en matière de production-transformation-commercialisation. L’appui à la constitution de filières et la mobilisation de la commande publique au profit des productions locales font partie des moyens envisagés. Le soutien à l’installation des jeunes agriculteurs figure en bonne place dans ce chapitre. La CAH et ses membres prévoient ainsi d’orienter les terres encore libres dont elles sont propriétaires vers des jeunes en phase d’installation. Le développement d’une agriculture durable et en phase avec les attentes de la société constitue le troisième axe de cette convention. Les deux signataires se fixent pour objectif d’encourager les pratiques respectueuses de l’environnement (respect de la biodiversité, préservation de l’eau, lutte contre les coulées de boue, respect du bien-être animal). Les leviers utilisables sont nombreux : promotion des mesures agro-environnementales, soutien à la conversion à l’agriculture biologique et au développement des aires de lavage et de remplissage collectives. Pour encourager le développement des circuits courts, la CAH et la CAA étudieront notamment la faisabilité d’un dispositif d’accompagnement à la mise en place de points de vente collectifs et assureront la visibilité des productions locales sur les marchés. La convention liant les deux partenaires prévoit - c’est là son dernier axe - de mettre en valeur l’excellence agricole sur le territoire de l’agglomération de Haguenau. Cela passera notamment par l’organisation d’événements rapprochant les agriculteurs et les habitants, en particulier les scolaires, par la mise en place de parcours découverte et par une signalétique permettant de rendre visible l’engagement des agriculteurs dans la préservation de l’environnement.

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