A la une

Le digestat de méthanisation

Plus concentré en azote que le lisier frais

Publié le 05/05/2021

L’exploitation de Jean-Frédéric Fritsch, à Friesenheim, n’a pas grandi ces vingt dernières années. Mais il n’a cessé d’innover. Grâce à son unité de méthanisation, il produit de l’électricité, depuis 2013. Naisseur engraisseur de porcs, en conventionnel, il cultive 52 de ses 77 ha en bio, dès 2017. Ses terres profitent du digestat de méthanisation, plus riche en azote que le lisier frais.

En 2017, Jean-Frédéric Fritsch, éleveur de 400 truies à Friesenheim, un pionnier de la méthanisation en Alsace, est autorisé à injecter 1 100 kW d’électricité dans le réseau. Sa production équivaut à la consommation annuelle d’une ville de 8 000 habitants. L’eau chaude générée chauffe l’unité et la porcherie. « La ferme ne consomme plus d’énergie fossile, sauf le fioul des tracteurs », pointe Jean-Frédéric. Ses deux digesteurs et son post-digesteur absorbent tout le lisier frais de la ferme, soit 60 % de l’alimentation de l’unité de méthanisation. Les 40 % restants proviennent aussi de l’agriculture : ensilage de plantes entières, de cultures dérobées, déchets de silo et d’amidonnerie, paille et ensilage de maïs, marc de raisins. Avec les méthaniseurs historiques du coin, ils se sont structurés pour s’approvisionner dans un rayon de 25 km autour de leurs exploitations du Ried alsacien. Grâce à ces intrants 100 % agricoles, Jean-Frédéric échappe à l’hygiénisation des boues. « C’est une usine à gaz un peu compliquée à gérer », relève-t-il. Jean-Frédéric, qui emploie cinq salariés à temps plein, compte transmettre l’exploitation à son fils Mathis, déjà très investi malgré son jeune âge (14 ans). Rien à ajouter L’agriculteur peut épandre son digestat sur toutes ses cultures bio, aujourd’hui ; les autres ne sont pas accessibles aux engins. Le digestat est certifié utilisable en bio (UAB), pour l’instant. La réglementation l’obligera, en 2022, à avoir une ligne de fermentation dédiée à la bio. Jean-Frédéric Fritsch investit donc pour augmenter les capacités de stockage de l’unité qui s’élèvent, actuellement, à 8 000 m3. Le temps de séjour dans les cuves, pour valoriser au mieux l’intrant, est de 90 à 100 jours. Jean-Frédéric espère le rallonger encore. Il épand le digestat de méthanisation tous les ans, après la récolte, sous couverts en période hivernale, et au printemps. Il est passé d’une rampe de 12 m de large à une rampe de 18 m, en 2013, lorsqu’il a pu pour la première fois tester le digestat. « Le produit est plus concentré en azote et en minéraux que le lisier frais, donc il faut une plus grande largeur, observe-t-il, simplement. Il est plus riche en matière sèche et en éléments fertilisants ». Jean-Frédéric épand 30 m3/ha de digestat de méthanisation. Il épandait 40 m3/ha de lisier de porcs classique. Tous les ans, le Comptoir agricole procède à une campagne d’analyses sur quatre parcelles de Jean-Frédéric. « Il y a plus d’humus. Le digestat de méthanisation est une fumure complète qui remplace l’engrais minéral de synthèse. On trouve six à sept unités d’azote au m3 de digestat et, entre deux et quatre, en phosphore et en potasse », livre l’agriculteur. Qualité et quantité au rendez-vous « Mon blé est à 14 % de protéine, alors que la moyenne est à 11,5 %. Le grain est plus riche. Si on l’utilise dans l’alimentation animale, on peut baisser la part de soja dans la ration », développe Jean-Frédéric. Il affiche aussi de bons rendements pour de l’agriculture biologique : l’an passé, en blé d’hiver, il a fait 70 q/ha, par exemple. Toutes ses cultures bio sont irriguées, faut-il ajouter. 2021 devrait être encore une bonne année, selon lui. Maïs, blé d’hiver, orge se partagent l’assolement : chacun un tiers. La seule difficulté de l’agriculteur, ce sont ses terres lourdes, qui ont du mal à « se reprendre », dit-il, si elles sont compactées : matériel le plus léger possible, large, pour éviter les passages de roues, et pneumatiques basse pression sont de mise. Un sol sec et bien ressuyé est une condition sine qua non à l’épandage. « C’est important d’enfouir vite le digestat, précise encore Jean-Frédéric Fritsch. On essaie de le faire dans la journée pour que les éléments nutritifs ne se volatilisent pas. » Puisqu'il traite le double de digestat par rapport au lisier, aujourd’hui, il estime que cela lui coûte plus cher : « il y a deux fois plus de matière à sortir ». L’éleveur ne vend pas le digestat. Le but est d’en épandre au maximum chez soi donc. Aux preneurs voisins, il demande une participation au m3 épandu pour le matériel d’épandage mis à disposition et les contraintes liées au process pour les preneurs bio.   À revoir :    

Publié le 04/05/2021

À Rosenwiller, Jordane Meyer a rejoint le domaine familial, tourné majoritairement vers la vente de vin en vrac. Une orientation qui conduit à cultiver un lien étroit avec les négociants.

Jordane Meyer fait volontiers visiter ses deux caves, où sont logées les cuves qui servent à la vinification. Pas de foudres en bois centenaires, pas d’alignement de cuves en inox dernier cri, mais une majorité de cuves en fibre de verre qui, sans être de la première jeunesse, permettent de travailler dans de bonnes conditions d’hygiène. Ce qui, pour la viticultrice de Rosenwiller, est la base du métier. « Nous avons une capacité de 900 hl, mais nous ne les produisons pas », explique la jeune femme, qui s’est installée en 2019 en EARL avec ses parents, Fabien et Évelyne. Le domaine a fait beaucoup de vrac par le passé. Près des trois-quarts des 10,5 ha en production y sont toujours dédiés, mais les volumes ont baissé au point d’atteindre un plancher ces dernières années. La diminution du rendement autorisé de l’AOC Alsace a contribué à cette évolution. « En fonction des millésimes, 650 hl à 700 hl suffiraient. La cave du haut nous permettrait d’accueillir tout le stock. » Avant de devenir viticultrice, Jordane s’est d’abord formée à la comptabilité tandis que sa sœur s’engageait dans la sommellerie. « Il paraissait logique que ce soit elle qui reprenne. » Finalement, les projets personnels de sa sœur et l’attachement de Jordane à ses racines et au patrimoine viticole familial ont rebattu les cartes. Elle sait qu’elle peut compter sur ses parents : son père, qui travaille en équipe chez Kronenbourg, est très actif sur le domaine, tout comme sa mère, alors cheffe d’exploitation en titre. Il lui faut tout de même trouver sa place, faire ses preuves et réussir à imposer ses idées, ce qui, reconnaît-elle, n’est pas forcément facile pour une jeune femme qui n’aime pas forcer le passage mais qui revendique sa « part de jeunesse » et son droit à faire ses propres choix. Avant de se lancer, Jordane suit pendant un an les cours des CFPPA de Rouffach et d’Obernai, qui la conduisent à décrocher un BPREA (brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole). L’encépagement en question Le parcellaire du domaine se répartit sur les communes de Rosenwiller, Rosheim et Dorlisheim. Il comporte quelques très vieilles parcelles, notamment de sylvaner. « Nous venons d’arracher 50 ares qui dataient d’avant-guerre, expose Jordane. Nous préférerions garder les parcelles anciennes car les terroirs s’y révèlent le mieux, mais dans certains cas, nous sommes obligés d’arracher et de replanter pour faciliter le passage du tracteur. » Toute la difficulté est de savoir quel cépage replanter pour coller à la demande du marché, qui fluctue d’une année sur l’autre. La question de l’encépagement se pose aussi au regard de l’évolution climatique. Sur le lieu-dit Westerberg, une colline calcaire située sur le ban de Rosheim et orientée plein sud, la jeune vigneronne s’interroge sur la pérennité du riesling, qui souffre de plus en plus de la sécheresse. Dans les vignes, dont les trois-quarts sont en coteaux, l’interrang est enherbé naturellement pour éviter l’érosion. Dans les parcelles où le risque d’érosion est moindre, le sol est travaillé mécaniquement un rang sur deux, ce qui n’est pas encore le cas du cavaillon. Dès sa sortie de BPREA, la jeune viticultrice engage le domaine dans la certification HVE (haute valeur environnementale), quand bien même ses acheteurs ne lui promettent aucune plus-value à la clé. Passer en bio exigerait des investissements qu’elle ne se voit pas engager dans le contexte actuel. Cela nécessiterait également du travail en plus, qu’elle et ses parents ne pourraient absorber sans embaucher. Ce qui n’est pas non plus d’actualité, en dehors d’un saisonnier, qui vient en renfort pour les pointes de travail - plantation, palissage, récolte et occasionnellement pour la taille et la descente des bois. « On essaie de faire nous-mêmes. » Dans ces conditions, Jordane caresse l’espoir plus modeste d’investir dans des cuves en inox thermorégulées, plus faciles à nettoyer que les cuves en fibre de verre. « Ce serait un bon compromis, juge-t-elle. Si les prix remontent, c’est un projet réalisable et qu’on pourra rembourser. Sinon… » Un peu plus d’un quart de la surface est livré en raisins à deux négociants. Une partie des raisins est vendangée à la main, notamment les pinots noirs livrés en totalité chez Arthur Metz à Marlenheim pour l’élaboration du crémant, une autre est récoltée à la machine. Le domaine suit le planning de récolte fixé par les négociants, mais pour les surfaces destinées au vrac, il peut se permettre d’attendre que le raisin soit à la maturité recherchée. « C’est l’avantage quand on vinifie chez soi », souligne Jordane. La vinification s’effectue sous le contrôle d’un œnologue. Conformément à la demande de la maison Hauller, à qui est destiné le vrac, le domaine produit plutôt des vins secs. « Même si on ne va pas jusqu’à la bouteille, on a quand même la fierté d’arriver jusqu’au bout de la fermentation », se réjouit la vigneronne, qui ne se satisferait pas de ne faire que du raisin. Elle considère la dégustation, et plus globalement la vinification, comme la partie « la plus amusante et la plus passionnante du métier ».

Publié le 03/05/2021

À Berstheim, Louis Steinmetz s’est installé comme éleveur-sélectionneur sur l’élevage familial, qui compte 60 mères limousines. Son objectif est « de travailler intelligemment pour gagner du temps » et continuer à grandir professionnellement.

Pendant sept ans, Louis Steinmetz a conseillé les éleveurs limousins de Midi-Pyrénées et du Grand Est dans l’amélioration génétique de leur troupeau. En 2020, il quitte le herd-book limousin pour prendre la tête de l’élevage familial, guidé par la volonté de « conserver un patrimoine déjà travaillé » par son père Joseph, éleveur-sélectionneur de limousines depuis 40 ans. Il part avec quelques atouts dans son jeu. « Les bâtiments sont super fonctionnels et déjà amortis, le parc matériel est à jour, le fonds de génétique et la clientèle sont là », expose Louis, qui est titulaire d’une licence en génétique animale. Mais il a aussi une contrainte : un parcellaire morcelé et en partie éloigné. Les 122 ha sont répartis en deux sites. En Alsace Bossue, 20 ha de prairies permanentes non mécanisables sur 54 ha accueillent les génisses pleines, celles de l’année et les vaches suitées. Le reste est fauché en foin ou consacré au pâturage tournant. Les gestantes sont rentrées entre le 15 octobre et le 15 novembre, soit 15 jours à trois semaines avant le vêlage pour être vaccinées contre les diarrhées et supplémentées en minéraux (sélénium, magnésium, vitamines A, D et 3E). « Cela se ressent sur l’expulsion et sur la vitalité du veau. » Cette supplémentation compense la moindre consommation d’herbe et sa moindre richesse en oligo-éléments observée depuis quatre ans en raison de la sécheresse. Le jeune éleveur considère qu’elle a également un effet positif sur la santé globale des animaux en hiver. Les vêlages se déroulent du 25 octobre jusqu’à Noël, avec une pointe de 40 veaux en cinq semaines sur les 55 à 60 naissances annuelles. Cette concentration des vêlages permet d’avoir des lots homogènes. À Berstheim et alentours, où sont situés le reste des pâtures et les terres labourables, ce sont les couples mères/mâles qui sont mis au pâturage l’été. Louis choisit une dizaine de mâles, « les tout meilleurs de l’année », pour les dresser à la corde. « Je les tonds, les alimente tous les jours à la même heure et je les dresse. Ce sont des animaux à forte, voire très forte valeur ajoutée qui font deux à trois fois le prix d’un animal issu d’un système classique », explique Louis. Ces mâles-là exigent « une surveillance journalière ». Certains seront sélectionnés pour la station nationale de Lanaud, près de Limoges. La commission chargée du recrutement fait ses choix en fonction d’une trentaine de critères, dont la morphologie, l’ascendance et le génome de l’animal. Selon les années, la ferme Steinmetz réussit à placer deux à quatre mâles en station. Ils quittent l’élevage vers l’âge de 10 mois et sont vendus aux enchères entre 13 et 14 mois. L’an dernier, deux sont partis à Lanaud. L’un a dépassé 4 000 €. Les mâles non sélectionnés sont vendus comme taureaux reproducteurs à une clientèle locale (Alsace, Moselle, Meurthe-et-Moselle et Allemagne) ou lors de concours (Agrimax à Metz).   Publiée par Louis Steinmetz sur Lundi 8 avril 2019   Viser le maximum d’autonomie Comme les vêlages, la reproduction s’étale sur une courte période. Elle est précédée d’un flushing (apport énergétique) permettant aux femelles d’extérioriser leurs chaleurs. Pour sa première année d’installation, Louis puise dans le catalogue d’Elitest pour trouver des taureaux à vêlage facile et à fort développement musculaire pour ses génisses. Il utilise par ailleurs un taureau d’IA pour éviter la consanguinité. Enfin, il complète la palette des reproducteurs avec deux taureaux achetés à Lanaud, choisis pour leur largeur de bassin, leur fort potentiel de croissance et laitier. Ils doivent donner « des vaches productives, performantes et lourdes ». « L’achat des taureaux, c’est l’investissement principal sur l’exploitation. Toute la complexité du travail de sélection est d’arriver à juger un taureau sur une dizaine de veaux, pour pouvoir réagir rapidement. S’il n’est pas bon, il faut arrêter les dégâts et en trouver un meilleur. » L’expérience acquise au herd-book lui a permis d’avoir un œil aguerri. « Après, ce qui est important, c’est de sortir, de voir les animaux en station, dans les concours pour tenir son œil à jour. » En matière d’alimentation, l’objectif de Louis est de parvenir à « un maximum d’autonomie ». Il l’est pour toutes les vaches en production et pour les bêtes d’élevage, mais il achète du correcteur pour les animaux à l’engraissement. Il en distribue à raison de « même pas 2 kg/jour/bovin » et y ajoute du minéral (100 g/bête). En septembre dernier, l’éleveur a implanté 5 ha de luzerne. « C’est une plante résistante à la sécheresse, qui ramène le plus de protéines à l’hectare et qui est riche en bêtacarotène, ce qui aide à la reproduction. » La recherche d’autonomie vaut aussi pour le travail : même s’il peut toujours compter sur son père pour l’aider, Louis se fixe pour objectif de travailler au maximum tout seul. C’est dans cet esprit qu’il envisage de s’équiper d’un couloir de contention pour pouvoir peser, vacciner et déparasiter les bovins seul et en toute sécurité. L’acquisition d’un système de surveillance des vêlages devrait aussi lui permettre de dégager du temps pour sa vie personnelle et pour continuer à « grandir professionnellement » sans augmenter la taille de son cheptel ou faire de culture supplémentaire.

Pages

Les vidéos