Méthaniseur des deux vallées
« Si vous baissez les bras à la première embûche, pas la peine de commencer »
Méthaniseur des deux vallées
Publié le 14/06/2018
Le méthaniseur de Scherwiller a commencé à produire de l’électricité fin avril. Les quatre associés ont présenté le projet à une quarantaine de visiteurs, mardi 5 juin, la veille de l’ouverture du salon Expobiogaz, à Strasbourg.
Cinq ans. Le temps nécessaire pour voir accoucher le projet de Méthaniseur des deux vallées. Entre hostilité des riverains et problèmes administratifs, la réalisation de la centrale a traîné en longueur. Elle a commencé à fonctionner fin avril à Scherwiller. Mardi 5 juin, les associés ont partagé leur expérience d’entrepreneurs avec des paysans et professionnels du bâtiment. À l’origine, deux agriculteurs : Bernard Winterhalter et Guy-Loup Botter, basés à Sainte-Croix-aux-Mines. Ils voient un intérêt écologique et économique à la méthanisation. En effet, les deux hommes veulent écouler leur fumier dans les cuves de leur centrale. Car en montagne, le lisier leur reste sur les bras. « Nos champs sont inclinés à plus de 5 % et situés près de cours d’eau, donc c’est interdit d’épandre », explique Bernard, porte-parole d’un jour. Une épine dans le pied de pas mal d’agriculteurs de la vallée. Les deux fondateurs réunissent une troupe de paysans motivés par les énergies renouvelables. « Il y a eu une étincelle », raconte Bernard. Les associés cherchent un lieu d’implantation dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. Problème, que faire des digestats ? Impossible d’épandre sur les pentes vosgiennes. Les paysans ne sont pas plus avancés. « Mais on ne s’est pas laissés abattre, relève Bernard. Si vous baissez les bras à la première embûche, pas la peine de commencer. » Le groupe cherche alors des soutiens dans le val de Villé, à quelques kilomètres de leurs exploitations. Là, ils trouvent des agriculteurs intéressés, un lieu adapté et même un maire prêt à signer le permis de construire. Alléluia. Hélas les élections municipales de 2014 approchent et l’opposition des riverains au projet se fait plus forte. L’édile se rétracte. « Je n’arrivais plus à leur parler » La troupe cherche donc son bonheur dans la plaine. Ils sont rejoints en cours de route par deux nouveaux associés : Bertrand et Annick Utard d’Heidolsheim et Marc Haegeli d’Hilsenheim. « Ici aussi, les gens ont eu envie de participer car c’est valorisant », estime Bernard. Ils se tournent alors vers les maires des communes autour de Sélestat. « Ils nous ont poussés dans les bras d’Enedis et RGDS. » Enedis, filiale d’EDF, cède un terrain de 1,8 ha dans le parc d’activité du Giessen, à Scherwiller. RGDS (Réseau gaz naturel de Strasbourg) assure le conseil aux apporteurs. « Ils nous ont beaucoup aidés », note Bernard. Un soutien dans un domaine inattendu : les négociations politiques. Car comme souvent dans ce type de projet, une association de riverains se monte. Ils refusent de voir un centre de méthanisation se construire à proximité de leurs maisons. Ils y voient une source de mauvaises odeurs et de pollution. De danger aussi avec une augmentation du trafic routier pour convoyer le fumier, les pommes de terre et le marc de café vers les cuves. Au début, les associés tentent de prouver leur bonne foi. Ils feront tout le nécessaire pour limiter les nuisances au maximum. Mais les voisins ne lâchent pas. « Je n’arrivai plus à leur parler, les discussions étaient au point mort, se souvient Bernard. RGDS a joué le rôle de médiateur. » La situation se débloque. En juillet dernier, la construction du méthaniseur débute. Le 27 avril, les premiers watts sont injectés dans le réseau. Les premières semaines d’exploitation ont permis d’éteindre la plupart des inquiétudes du voisinage. Désormais le porte-parole du projet participe à une rencontre mensuelle avec des membres de l’association. « Maintenant on se dit les choses, on se tutoie », jure Bernard. De quoi voir l’avenir avec le sourire !












