Pratique

Financement de la méthanisation, exemple chez Freddy Schneider à Wintzenbach

Le Crédit Agricole passe à la vitesse supérieure

Publié le 22/06/2018

Une dixième unité de méthanisation agricole est sortie de terre en Alsace chez Freddy Schneider à Wintzenbach (67). Le Crédit Agricole Alsace Vosges est partie prenante dans l’accompagnement de la réalisation de cette unité, réalisée en un temps record. Avec cependant toutes les précautions prises quant aux garanties de réussite qui entourent cet investissement d’avenir.

L’aboutissement de la construction de la 10e unité de méthanisation alsacienne chez Freddy Schneider à Winztenbach dans le nord du Bas-Rhin marque une nouvelle étape dans la révolution énergicole qui est en train de s’opérer en agriculture. Il a fallu 12 mois, de son état de projet à sa mise en service, pour que l’unité de méthanisation sorte de terre et injecte ses premiers kW sur le réseau. Quand auparavant, des dossiers pouvaient demander jusqu’à six ans de gestation. Tout a été mené tambour battant, confirme Freddy Schneider, le porteur du dossier : « Le dossier de subventions a été accordé en juin dernier. En juillet, il a fallu hâter la récolte de céréales sur la parcelle de manière à laisser place au chantier. Les prêts bancaires ont été accordés à l’automne. » À peine le béton des murs était-il sec, que les silos de maïs ont engrangé l’ensilage (15 % de la biomasse) à méthaniser. Ce dossier de méthanisation mené à son terme dans un délai réduit hors norme a été accompagné par la Chambre d’agriculture et France Biogaz pour la faisabilité. Et financé par le Crédit Agricole Alsace Vosges. Les perspectives de développement de la biométhanisation agricole, tant en cogénération électrique qu’en injection directe du biométhane sur le réseau de gaz, sont exponentielles. Et le Crédit Agricole, dont « l’équipe méthanisation » du Crédit Agricole Alsace Vosges (CAAV), est à pied d’œuvre depuis 2011 pour s’engager dans cette transition énergétique à laquelle l’agriculture est partie prenante. « Nous avons financé jusqu’à présent 35 projets sur les départements de l’Alsace et les Vosges. Et 15 sont en cours, dont beaucoup en injection », indique Patrick Brandt, du marché de l’agriculture au CAAV et responsable des engagements. D’ailleurs, le CAAV vient d’étoffer ses équipes dédiées à la méthanisation avec l’arrivée d’Arthur Masson, ingénieur agronome, dont le rôle est de « vérifier, analyser et construire un plan de financement adapté ». « Nous accompagnons de fond en comble les projets et nous intervenons le plus en amont pour guider le porteur de projet dès le début de sa réflexion », poursuit l’ingénieur qui intervient désormais au coté de Samuel Protin, « monsieur méthanisation » au CAAV. Les experts méthanisation au CAAV pourront également s’appuyer sur de solides références nationales avec des données mutualisées et remontées depuis l’ensemble des Caisses régionales. Pour accompagner le développement de la méthanisation, la « banque de l’agriculture » compte également sur sa forte implantation locale et son expertise globale en agriculture pour mener à bien la réussite de cette mutation. « Ce qui nous différencie, c’est notre proximité avec le client, la connaissance de son exploitation de longue date, c’est notre implication dans le tissu agricole, notre connaissance du terrain », résume Michel Freyss, responsable filière agriculture au CAAV. Il n’est donc pas question de développement effréné et tous azimuts : « Dans nos critères de financement, il y a la technicité de l’exploitant, le choix du constructeur que nous avons référencé, la sécurisation de l’autonomie en intrants de biomasse à 80 %. Il faut également se préparer à une nouvelle organisation du travail, avec une présence et personne dédiée et formée à la méthanisation et qui doit être secondée », explique Patrick Brandt. Mais les spécialistes du financement au CAAV entrevoient déjà l’avenir de la méthanisation à plus long terme et veulent anticiper les risques de sur-concurrence en biomasse d’où la nécessité de protéger l’accès à la matière organique comme ressource de base pour la viabilité du méthaniseur.

Congrès du Syndicat national de la presse agricole

La montée du véganisme est-elle inéluctable ?

Publié le 22/06/2018

Pour répondre à cette question, il faut comprendre les origines de la montée en puissance de ce mouvement. Décryptage avec Francis Wolff, professeur émérite de philosophie à l’École Normale Supérieure de Paris.

Réunie en congrès au Futuroscope à côté de Poitiers, la presse agricole et rurale s’est interrogée sur la montée en puissance du mouvement végane dans la société. Francis Wolff, professeur à l’École Normale Supérieure (ENS), a apporté des éléments de compréhension de ce phénomène dont les origines remontent aux années 1970 aux États-Unis et en Australie. Les idées prennent racine dans les universités où apparaissent des disciplines, comme le droit animalier ou l’éthique animaliste, portées par des professeurs militants, puis se propagent par les médias et se développent ensuite dans la société. Deux doctrines coexistent : les welfaristes, qui militent pour le bien-être animal, et les abolitionnistes, qui visent à supprimer toute exploitation animale par l’homme. Le chercheur souligne que la France a longtemps été « en retard » sur les questions de protection animale, et « comme bien souvent en France, lorsque les idées modérées ne passent pas, on passe aux idées révolutionnaires ». Il considère qu’il n’y a pas de corrélation entre la conscience animaliste et la conscience humanitaire. Pour preuve, la France des années 1980 était portée par des élans humanitaires sans s’interroger sur la cause animale et la société actuelle a plus d’empathie pour les animaux que pour les migrants qui bravent la Méditerranée. Perte de contact avec les animaux réels La société est en perte de contact avec les animaux réels. Les citadins sont entourés d’une nouvelle faune d’animaux de compagnie « spécifiquement créés pour qu’ils ne fassent rien alors que l’homme a toujours travaillé aux côtés de l’animal et réciproquement ». Et c’est à travers cette faune qu’est vu désormais le règne animal avec une forme d’aristocratie des animaux de compagnie et un prolétariat constitué des animaux de rente (d’élevage). À cette cause immédiate s’ajoute une cause plus profonde sur la place de l’homme dans la société : « Nous ne savons plus qui nous sommes ! » Pendant des siècles, les religions ont véhiculé l’idée que l’homme avait une fonction, une spécificité et une responsabilité et que les espèces animales étaient au service de l’homme. Une vision qui s’est écroulée avec la laïcisation de la société. Les hommes ne sont pas des animaux comme les autres Aristote distinguait trois niveaux chez les animaux : les dieux immortels, les hommes et les bêtes. Les dieux partagent la raison avec les hommes. Les hommes sont mortels comme les bêtes. Les bêtes sont dépourvues de raison. Aujourd’hui le transhumanisme laisse entrevoir l’immortalité. Nous ne croyons plus aux dieux immortels et espérons que l’homme le devienne. Et l’analyse du patrimoine génétique, à travers la biologie, les neurosciences, place l’homme dans une forme de continuité avec l’animal : il n’y a plus de différence entre l’homme et l’animal et les limites, les hiérarchies, volent en éclats. « Il est désormais de plus en plus difficile pour nos contemporains d’appréhender les différences fondamentales entre l’homme et l’animal » et pourtant il y en a une : « Nous sommes des êtres moraux, et donc pas des animaux comme les autres ». Or, la jeunesse a besoin d’idéaux. Mais les utopies marxistes ne font plus rêver. Les quêtes d’absolu ont démontré leurs dérives totalitaires. Alors ces mouvements généraux cherchent les dernières victimes de notre société : l’animal incarne la victime « absolue » de l’homme. Les mouvements véganes, en héritiers, reprennent la phraséologie des mouvements de libération. Mais si l’intention est généreuse, elle n’exclut pas la dangerosité avec des mesures radicales telles que la stérilisation de tous les animaux de compagnie (car ce sont des espèces anthropophisées) et l’élimination de tous les animaux d’élevage. Pour démontrer les limites du mouvement abolitionniste, il convient de pointer les confusions sur lesquelles reposent ses théories. La première est qu’il n’existe pas de notion unique de l’animal. Un chien et une puce sont tous deux des animaux et l’homme n’a pas le même type de relations avec ces deux espèces. Par conséquent la notion d'« animal être sensible » est pour le philosophe, un non-sens. Il réfute également l’idéologie de la libération car « certains animaux ont gagné leur compagnonnage avec l’homme ». Que vaut la libération d’un animal qui ne veut pas l’être ? Autre erreur : animalisme et écologie iraient de pair ? « C’est faux ! » On a répandu l’idée que la nature était bonne et que l’homme avait conquis la nature. « Mais la nature n’est ni bonne, ni mauvaise ! Il existe des proies et des prédateurs. » Et les droits des animaux sont contradictoires entre eux. Accorder le droit de vie au loup revient à le retirer au mouton et vice-versa. L’animaliste se préoccupe de souffrance et de la mort des animaux quand l’écologiste s’intéresse aux équilibres globaux et non aux droits individuels de chaque espèce. Les agriculteurs, porte-parole de la bientraitance Enfin la limite du raisonnement tient aussi dans les objectifs défendus par les associations abolitionnistes. L214, la plus active en France, surfe sur les questions de bientraitance par ses vidéos chocs alors que son but n’est pas précisément d’améliorer la bientraitance des animaux mais de supprimer purement et simplement l’élevage. C’est pourquoi, le chercheur encourage les agriculteurs à être les porte-parole du welfarisme pour s’opposer et se distinguer des abolitionnistes. S’il estime que ce mouvement prendra encore de l’ampleur, ce n’est pas pour autant qu’il faut rester bras croisés car progressivement les confusions dans la société sur les objectifs recherchés par ces associations vont se dissiper. Les hommes doivent définir leurs devoirs vis-à-vis des animaux, qui ne sont « pas les mêmes pour les chiens que pour les puces ». Il propose d’établir ces devoirs à proportion de nos dettes : l’animal de compagnie mérite l’affection, l’animal d’élevage mérite la protection contre les prédateurs, le climat, la faim, la peur, le stress. Les espèces sauvages quant à elles engendrent un devoir écologique afin de respecter les équilibres naturels, lutter contre la propagation des espèces nuisibles et maintenir la biodiversité. « Tant que nous raisonnons en termes humanistes, nous avons des chances de nous en sortir ! »

Publié le 14/06/2018

Avec des perspectives de développement exponentielles, les filières du biogaz, notamment agricole, sont en plein essor. Quelles sont les nouveautés à venir en matière de politique de développement du biogaz agricole français ?

La révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie fait actuellement débat. Les grands choix énergétiques devraient être fixés jusqu’à l’horizon 2028. Mais d’ores et déjà, la loi de transition énergétique impulse une nouvelle dynamique pour les énergies renouvelables, avec un objectif de 32 %, dont le biogaz. La question du rôle de l’agriculture dans le bouquet énergétique français ne fait plus débat aujourd’hui. D’ailleurs, Francis Claudepierre, agriculteur, l’un des pionniers de la méthanisation, passé du statut de lanceur d’alerte dans les années 2000 à celui de président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), avait largement voix au chapitre de cette édition 2018 du salon Expobiogaz très fréquentée. Le 26 mars dernier, Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, dévoilait les conclusions du groupe de travail méthanisation, dont l’objectif est d’accélérer le développement de la méthanisation. Mais l’État français vise comme objectif d’avoir une filière méthanisation structurée et économiquement performante. Se différenciant ainsi de la politique énergétique allemande qui a misé sur un développement effréné et surtout sans compter de sa biométhanisation. En clair, l’objectif de produire le biogaz le plus performant économiquement. Donc l’enjeu désormais est de diminuer les coûts d’exploitation, car l’économie française s’est habituée avec le nucléaire à de l’énergie peu onéreuse. C’est pourquoi, d’ici l’été 2018, de nouveaux appels d’offres s’ajoutant aux existants devraient donner la possibilité aux actuelles unités de méthanisation, d’accroître leur production et d’injecter du biogaz en plus de la cogénération. L’idée est ainsi de diminuer les coûts de production du biogaz. Autre nouveauté à attendre : les règles de soutien tarifaire pour le rachat de l’énergie aux installations de 500 kW à 1 MW devraient être simplifiées. Reste le problème de l’accès au financement qui est clairement un frein au développement de la filière biogaz. Stéphane Travert a annoncé 100 millions d’euros (M€) de fonds consacrés aux garanties BPI pour les projets méthanisation. Mais sur le terrain, le recours aux garanties BPI est jugé trop coûteux… D’autres objectifs : Simplification et accélération de l’instruction du dossier ICPE (installation classée pour l’environnement) - moins de 6 mois Augmentation du seuil d’application ICPE de 60 t/jour à 100 t/jour Création d’un guichet unique méthanisation Simplification de la réglementation « loi sur l’eau » qui exonérerait les méthaniseurs de l’enquête publique et de l’étude d’impact Et enfin : élargissement du potentiel de méthanisation par l’accès aux biomasses d’origine extra-agricoles, types biomasses de l’industrie agroalimentaire ou boues de station d’épuration. Sur ce dernier point, les membres de l’AAMF, par la voix de leur président Francis Claudepierre, émettent certaines réserves et restent vigilants sur les risques de pollutions diffuses induites par le retour de ces digestats sur les terres agricoles. Même si les conclusions du groupe de travail préconisent que les digestats de boues de STEP méthanisées, soient soumis à arrêté préfectoral et décision au cas par cas.

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