Les Jardins En-Chantants, c’est un hectare de maraîchage polyculturel. Musicien, Gabriel Willem souhaite faire de cet espace un lieu d’échange entre culture et agriculture. La production de légumes y côtoie la découverte artistique. Rencontre.
Gabriel Willem est musicien - maraîcher. Né d’une mère prof de français et d’un père prof de philo, rien ne le prédestinait à travailler la terre. Il avoue même volontiers : « Petit, je n’aimais pas jardiner, je préférais aller au Mc Do ». La fibre artistique, par contre, l’habite depuis sa plus tendre enfance. Il pratique d’abord la musique. Puis après avoir usé ses jeans sur les bancs d’Herrlisheim-près-Colmar, dont il est originaire, il « monte à Paris ». Il veut être comédien. Il suit le Cours Simon. Et perce. Il obtient des rôles sur les planches, derrière les caméras… Et vit de son art. Lors d’une résidence de création internationale au Burkina Faso, « je prends une grosse claque : je chichitais sur mon costume alors qu’un comédien africain montait sur scène en pleine crise de paludisme. Je me suis rendu compte que je faisais du théâtre le pour quitter, mais que je ne savais pas ce que j’allais trouver. Je me suis donc fait la promesse intérieure de ne pas remonter sur scène tant que je n’avais pas trouvé le feu intérieur dont j’avais besoin ». S’ensuit un retour aux sources : l’Alsace, et la musique. Il a 28 ans, une fille, et un duo, Audriel.
C’est sa fille qui impulse sa réflexion sur la nourriture. Il profite de son retour en Alsace pour se mettre au jardinage. S’intéresse à la permaculture, à l’agroécologie, se documente. Il lit notamment Jean-Martin Fortier, « la star des néopaysans », dont l’ouvrage best-seller, « Le jardinier-maraîcher », l’inspire fortement. Mais il précise : « Je n’ai fonctionné qu’à l’instinct, je n’avais pas de business plan. » Il passe une annonce pour trouver un terrain. Une agricultrice de Logelheim lui répond et lui propose à la location les 10 ares de l’ancien jardin familial. C’est là que Gabriel Willem met vraiment la main à la terre. Plus tard, c’est lui qui voit une annonce dans le bulletin municipal, pour une location de terres communales. Pour obtenir le terrain, il se bat, mais la fleur au fusil : « Je n’ai pas fait d’étude d’agriculture, je n’ai pas suivi le parcours à l’installation, je ne suis pas entré dans ce cadre-là. » Et une chose est sûre : il veut rester musicien. C’est ce qu’il plaide devant le conseil municipal : sa volonté de créer un lieu d’échange, de spectacle vivant, mêlant culture et agriculture. Il convainc. Et emporte la parcelle.
« Humilité et ambition »
Le credo de Gabriel, c’est « humilité et ambition » : « Je porte un message d’ouverture, pas d’opposition, mais aussi une envie de construction, de changement. » Mais avant de changer quoi que ce soit, « j’ai d’abord dû apprendre à bien faire pousser des légumes », sourit-il. Il commence plutôt bien : par une analyse de terre. Qui révèle une faible teneur en matière organique. « J’ai donc semé un engrais vert. J’avais envie de mettre un peu de tout alors j’ai mis un peu de tout. J’ai invité des gens à un chantier participatif de semis à la volée, avec des chevaux. Mais le couvert n’a pas levé, parce qu’il n’a pas plu derrière », rigole Gabriel Willem. C’était il y a cinq ans. Gabriel Willem en est désormais à sa troisième année de production maraîchère, labellisée bio depuis un an. Il a essuyé quelques plâtres, et gagné en assurance. « Au début, j’ai copié collé le modèle des planches de Jean-Michel Fortin. Parce qu’il est assez facile d’accès, et que sa vision économique de valorisation du travail me plaisait. À l’époque où je débutais, j’ai rencontré pas mal de gens qui font ce métier. J’ai été frappé de constater que de nombreux maraîchers sont cassés, usés, et ont tendance à brader leur travail. J’estime nécessaire d’être rémunéré à la hauteur du travail qui a été fourni. C’est pourquoi mes légumes sont souvent plus chers que les autres. Ça a demandé un gros travail de pédagogie : faire goûter, faire visiter… » Lors de ces visites, il explique pourquoi il n’utilise que des variétés non hybrides, souvent anciennes : « Dans la nature rien n’est droit, rien ne se ressemble, pourquoi faudrait-il que les légumes soient calibrés ? » Pourquoi il ne travaille que très peu le sol. Pourquoi il n’utilise quasiment que du compost… Et tout ce que cela implique en termes de charge de travail.
Avec sa compagne, Léa Pallagès, costumière de spectacle, ils se sont peu à peu spécialisés dans des produits originaux, comme des salades fleuries : du mesclun avec des fleurs de coriandre, de cressonnette… Une idée qui a germé pour valoriser de la cressonnette montée à graine. Et une expérience qui illustre bien les passerelles qui existent entre culture et agriculture : « Quand j’improvise en tant que pianiste, je dois réagir face à une situation qui n’était pas voulue. En maraîchage ça arrive souvent aussi. » Et puis travailler la terre lui a permis de « gagner en structure de main ».
Découvrez le premier clip de Gabriel Willem :