Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA) Alsace Moselle
Eau et agriculture sont indissociables
Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA) Alsace Moselle
Publié le 08/01/2019
« Eau, agriculture, filières agricoles : quelles synergies pour demain ? » Tel était le thème de la table ronde organisée lors de l’assemblée générale du SDEA Alsace Moselle. Les agriculteurs ont autant besoin d’eau que du sol ou du soleil pour remplir leur mission de nourrir leurs concitoyens. Le monde agricole est donc convaincu de sa responsabilité vis-à-vis de la préservation de cette ressource. Mais cette responsabilité doit être partagée.
Animée par Denis Riedinger, vice-président du Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA), cette table ronde réunissait Célia Blauel, présidente d’Eau de Paris, Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est, et Marc Moser, président du Comptoir agricole. Celui-ci rappelle que l’agriculture a contribué à l’évolution du niveau de vie, si bien que la part du budget alloué à l’alimentation par les ménages est passée de 30 à 12 %, et que les agriculteurs vivent mal la stigmatisation de leurs moyens de production, qui ont évolué à cette fin. Il convient : « Les aspects environnementaux ont été trop longtemps négligés, comme pour les autres activités économiques. Le monde agricole a entamé sa mutation, mais elle a un coût qu’il faut pouvoir supporter. » Pascale Gaillot rejoint cette analyse : « Les considérations environnementales sont posées sur la table en couperet, avec des temps de réaction qui ne sont pas agronomiques. Cela engendre un questionnement sur la capacité à préserver le potentiel de production d’un territoire tout en protégeant les ressources naturelles. » Réduire les pollutions de l’eau d’origine agricole Pour réduire les pollutions de l’eau d’origine agricole à la source, Eau de Paris encourage les changements de pratique, notamment la conversion à l’agriculture biologique. La structure a également acquis 575 hectares de terres agricoles pour y mettre en place des baux environnementaux, aide à la mobilisation des MAE, à la structuration des filières, par exemple en soutenant la création de légumerie afin de faciliter la commercialisation de la production maraîchère à l’échelle locale, détaille Célia Blauel. Fière d’annoncer que 7 tonnes de lentilles produites sur les aires de captage ont été consommées dans les cantines locales grâce à la structuration des agriculteurs en coopérative. Pour Marc Moser, l’agriculture biologique est une solution, mais pas miracle : « En bio on a autant besoin de protéger les cultures qu’en conventionnel ». Simplement, on n’utilise pas les mêmes produits. Pour lui, l’opprobre qui est jeté sur les produits phytosanitaires conventionnels est d’ailleurs disproportionné : « Les produits phytosanitaires sont testés avant d’être mis sur le marché, leur utilisation est encadrée par une réglementation stricte et les agriculteurs font preuve d’expertise pour en utiliser le moins possible ». De son côté, la Région Grand Est a lancé un Appel à manifestation d’intérêt sur la structuration des filières à bas intrants. « Nous avons voulu encourager des projets qui émergent des territoires car, pour que ces filières soient durables, les cultures bas intrants doivent trouver leur marché », explique Pascale Gaillot. 67 dossiers ont été déposés, 42 projets ont été retenus pour un budget de 4,2 millions d’euros. Marc Moser confirme : « On peut produire beaucoup de choses, encore faut-il pouvoir les valoriser et les vendre ». C’est ainsi qu’un partenariat avec les pâtes Heimburger a permis de commencer à cultiver du blé dur en Alsace et qu’une convention avec Bretzel Burgard pour la production de mauricettes bios devrait contribuer à l’essor du blé bio en Alsace. Le Comptoir agricole travaille au montage d’une filière de soja non OGM pour fournir de l’aliment local non OGM aux éleveurs. Il en profite pour expliquer : « Il n’est pas normal que le « lait non OGM » soit payé aux éleveurs le même prix que le « lait OGM », alors qu’acheter de l’aliment non OGM représente une charge supplémentaire pour les éleveurs ». Pour lui, il s’agit d’un cas d’école qui illustre les difficultés du monde agricole. Prêt à répondre aux attentes sociétales, il ne peut le faire qu’en étant rémunéré équitablement. Eau, agriculture et changement climatique À Denis Riedinger, qui s’interroge sur la prise en compte du changement climatique dans la gestion de la ressource en eau, Pascal Gaillot détaille quelques enseignements de l’étude Climagri, menée conjointement par la Région Grand Est et l’Ademe en 2017-2018 pour mieux cerner les liens entre agriculture et changement climatique. Car l’agriculture en est tout à la fois victime et, selon les orientations qu’on lui donne, contributrice ou atténuatrice. Pour que ce soit ce dernier effet qui prédomine, l’étude préconise davantage d’agriculture biologique, une adaptation des systèmes d’élevage vers plus d’autonomie fourragère… « À nous d’accompagner ces mutations, qui sont contraignantes pour les agriculteurs », constate Pascale Gaillot. C’est pourquoi le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) de la Région Grand Est comprend l’objectif de diviser par deux la consommation de foncier à l’horizon 2050. Marc Moser rappelle que les agriculteurs sont en premières lignes du changement climatique : « Il y a dix ans, il était impensable de cultiver du blé dur ou du soja en Alsace. Aujourd’hui, c’est possible. » Autre effet palpable : l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des orages printaniers accentue le phénomène de coulées d’eau boueuse. « Nous sommes convaincus de notre part de responsabilité, mais elle est partagée », indique Marc Moser. Ce phénomène entraînant la disparition des meilleures terres agricoles, l’agriculture a « fortement intérêt » à s’en préoccuper. « Le Comptoir agricole accompagne ses 6 000 adhérents pour diversifier les productions et adapter les pratiques agricoles, mais il faut encore avancer sur ce sujet », constate Marc Moser. Mieux gérer les volumes Le changement climatique risque aussi de se traduire par une augmentation des épisodes de sécheresse estivale. Pour Marc Moser, l’enjeu dépasse alors le secteur agricole car il s’agit de continuer à pouvoir nourrir la population avec une production régulière et de qualité, mais aussi de préserver les flux des cours d’eau, car des étiages trop importants pénalisent la biodiversité. Pour lui, il faut donc encourager l’irrigation et le stockage d’eau. Conclusion des débats par Célia Blauel : « Il faut sortir des caricatures faciles. Les agriculteurs ne sont pas des pollueurs, et les urbains ne sont pas des zozos. Personne n’a la science infuse, mais il faut arrêter de considérer la protection de l’environnement comme une contrainte : on n’a pas le choix, il faut changer de braquet. Et pour cela, il faut plus de prix et moins de subventions. Je n’ai jamais compris pourquoi ceux qui nous nourrissent sont aussi parfois ceux qui ont du mal à se nourrir à la fin du mois. »












