Pratique

Section des anciens exploitants du Bas-Rhin. Conférence du professeur Marc Berthel

Permettre au malade en fin de vie d’exprimer ses attentes

Publié le 27/12/2018

Directives anticipées, personne de confiance… À l’invitation de la section des anciens exploitants du Bas-Rhin, Marc Berthel, professeur émérite de gériatrie, a répondu à toutes les questions que l’on n’ose pas poser sur la manière de gérer la fin de vie.

Petite mise au point déontologique. Le rôle du système de santé est de préserver la vie et de soulager les symptômes. « La main qui soigne n’est pas la main qui tue », insiste le professeur Marc Berthel. Or, 90 % des Français seraient en faveur de l’euthanasie, pour les malades incurables ayant perdu la dignité. « Cela soulève une question : qu’est-ce que l’indignité ? Handicap, incontinence, pauvreté, vieillesse, douleurs ? » Ces dernières années, les évolutions législatives ont été nombreuses : loi du 2 mars 2002 (loi Kouchner) - le malade détermine avec son médecin les soins qui lui seront délivrés ; loi du 22 avril 2005 (loi Léonetti) - les soins de fin de vie ; loi du 2 février 2016 (loi Léonetti-Claeys) - le nouveau droit des malades en fin de vie. « Ce système légal souligne de façon forte le droit de chacun de définir le niveau de soins, en fonction des propositions des médecins », explique Marc Berthel. Il connaît bien le sujet, il a dirigé le service gériatrie de l’hôpital de La Robertsau. Les médecins doivent conseiller, pas imposer. Seule dérogation, une situation d’urgence, comme une fracture du col du fémur. Il y a deux façons de faire connaître son choix en matière de niveau de soins. La volonté exprimée, tout d’abord. Chaque personne a le droit de fixer le niveau de soins qu’elle accepte. « Ceci est fait après une information claire de la part du médecin. La volonté du malade prime sur toutes les autres opinions. » Le médecin a l’obligation de respecter la volonté de la personne après l’avoir informée. En cas de désaccord, il peut se retirer et confier le patient à un autre médecin. Les directives anticipées, quèsaco ? Les directives anticipées constituent la deuxième façon d’exprimer ses attentes. Un document écrit sera utilisé seulement si le patient n’est plus en mesure de s’exprimer. Ce document peut être conservé par le patient ou déposé chez un homme de loi. Il a une validité permanente. « Les directives anticipées s’imposent au médecin depuis la loi de 2016, sauf en cas d’urgence vitale. » Un registre national, rassemblant toutes ces directives, devrait être créé. « Seuls 3 à 4 % de gens ont rempli leurs directives anticipées », indique Marc Berthel. Une étude réalisée dans les Ehpad a révélé que peu de pensionnaires l’ont déjà remplie. Par contre, la plupart d’entre eux ont désigné une personne de confiance. « Lors d’une hospitalisation, on demande au malade de désigner une personne de confiance qui peut l’assister lors des entretiens avec le médecin. » C’est aussi elle qui donne les directives pour les soins en cas d’inconscience ou d’incapacité du malade. Dès son arrivée à l’hôpital, un texte précisant la notion de personne de confiance est remis au patient. Celle-ci doit exprimer la volonté du proche malade, pas ce qu’elle pense elle-même. « Il est préférable de ne pas désigner le conjoint, pris dans un tourbillon émotionnel. Pas son ennemi non plus… » En l’absence de directives anticipées et de personne de confiance, quelle est la procédure ? L’équipe médicale demande aux proches quelle serait l’opinion du malade. Mais cela peut poser problème en cas de désaccord entre les membres de la famille. Dans ce cas, le médecin ne décide pas seul. Il requiert l’avis de l’équipe soignante et engage une discussion avec un médecin auquel il n’est pas subordonné. « C’est une discussion collégiale. Mais c’est le médecin qui porte la responsabilité finale de la décision. » Quand les personnes sont sous tutelle, c’est plus complexe : si la tutelle est plus large que la tutelle aux biens, la loi prévoit que la volonté de la personne protégée est toujours première. « Mais on constate qu’en pratique, les professionnels cherchent à se tourner vers le mandataire ou le juge des tutelles. » Si la loi Léonetti 2005 interdit l’euthanasie, elle proscrit aussi l’obstination déraisonnable (acharnement thérapeutique), promeut les soins palliatifs et réaffirme l’importance de la volonté du malade. « Une loi excellente, votée à l’unanimité, mais mal connue et mal comprise. Une situation exceptionnelle (l’affaire Lambert) a servi de prétexte pour reprendre le débat. » La loi Léonetti-Claeys de 2016 accentue la lutte contre l’obstination déraisonnable. « On peut même arrêter les traitements quand cela n’a plus de sens pour permettre « un atterrissage en douceur ». C’est la maladie et l’épuisement qui tuent, pas l’arrêt des traitements. » Soulager la douleur et la souffrance Par contre, toute personne a le droit de recevoir des traitements visant à soulager la douleur. Ainsi, dans certains cas, les traitements analgésiques prescrits auront pour « effet secondaire » d’abréger la vie en toute légalité. « La douleur fait crever. L’absence de douleur permet plus de confort, de paix. » Une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience peut ainsi être maintenue jusqu’au décès. Cette procédure est engagée lorsque le patient est atteint d’une affection grave et incurable et que son pronostic vital est engagé à court terme. Dans ce cas, « mon objectif prioritaire sera de soulager les souffrances du malade et de l’assister moralement. » Une philosophie que le professeur Marc Berthel résume ainsi : « Je n’abrégerai pas votre route, mais je vous aiderai à enlever les pierres sur votre chemin. »

Publié le 26/12/2018

Les offres d’emploi dans le secteur agricole sont reparties à la hausse ces dernières années. Désormais, les patrons bataillent pour attirer des candidats de plus en plus exigeants.

Un niveau jamais atteint depuis la crise de 2008. L’an dernier, l’Apecita, le Pôle emploi de l’agriculture, a géré 1 073 offres d’emplois dans le Grand Est. Un bond de 30 % par rapport à 2016. Résultat, « les candidats ont plus de choix », explique Véronique Jan, conseillère auprès de l’organisme paritaire. Elle intervenait lors d’une réunion régionale, vendredi 30 novembre à Schiltigheim. Quelques chiffres illustrent cette nouvelle donne. L’année dernière, 1 627 candidats se sont inscrits auprès de l’organisme. Mais leurs vœux ne correspondent pas tous aux offres déposées. Ainsi, 31 % des postulants souhaitent travailler dans le secteur de l’environnement, alors que seules 8 % des petites annonces concernent ce domaine. À l’inverse, 27 % des employeurs proposent des jobs dans l’agrofourniture. Mais le secteur n’intéresse que 19 % des candidats. En 2018, les chiffres se tassent un peu, mais la dynamique reste identique. La problématique touche en particulier le Bas-Rhin et la Marne. Ainsi, le département alsacien concentre 20,4 % des offres pour seulement 14,6 % des postulants du Grand Est. Ce déséquilibre est devenu flagrant en août et septembre. Lorsque les vignerons ont peiné à recruter des saisonniers pour les vendanges. La Marne, elle, regroupe 21,3 % des annonces pour 14,5 % des candidats. Reconnaissance et bien-être au travail Les entreprises doivent donc redoubler d’imagination pour séduire les collaborateurs potentiels. « On pousse les employeurs à être le plus séduisant possible », témoigne Mylène Gabaret, directrice de l’Apecita. D’autant plus que les mœurs ont changé. Le salaire n’est plus le seul critère pour la génération des « millenials » (personnes nées dans les années 1990). « Aujourd’hui, les gens cherchent de la reconnaissance et du bien-être au travail », confirme Philippe Bayou, consultant en ressources humaines pour le cabinet Alternego. Alors comment convaincre un ingénieur d’aller travailler en rase campagne ? « Il faut mettre en avant le projet, les valeurs de l’entreprise », selon Mylène Gabaret. Désormais, le salarié veut trouver du sens à son travail. Les atouts du territoire peuvent aussi faire pencher la balance. Prendre le contre-pied de la vie citadine. Loyers accessibles, crèches non saturées, activités d’extérieur… « On travaille pour voyager, aller au parc avec ses enfants », théorise Philippe Bayou. Et plus seulement pour se nourrir et se loger. Le rapport de force employeur - candidat s’est presque inversé en dix ans. Presque ? Oui, car au final, « le salaire reste le nerf de la guerre », tranche la directrice de l’Apecita. Les patrons n’y couperont pas. Ils vont devoir mettre la main à la poche.

Publié le 19/12/2018

Dans le cadre du mois de la bio, une cinquantaine de personnes a assisté à une journée d’information sur la conversion bio en grandes cultures, le 15 novembre à Schwindratzheim. Les animateurs de la Chambre d'agriculture ont rassuré ceux qui hésitent à se lancer.

Dépasser les peurs afin de sauter le pas de la conversion. Voilà l’objectif de la journée d’information organisée le 15 novembre à Schwindratzheim dans le cadre du mois de la bio. Cinquante personnes, dont de nombreux agriculteurs, ont répondu présent à l’appel de la Chambre d'agriculture et de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). « La bio c’est quoi pour vous ? » La question de Benoît Gassmann peut paraître simpliste. Mais elle a le mérite de lancer la discussion. Le conseiller bio a la Chambre d'agriculture privilégie les échanges directs aux présentations PowerPoint. Le format semble plaire à l’auditoire. Les réponses fusent. « La bio, ce sont des produits sains et moins de pollution », tente un jeune homme. « Ça demande plus de vigilance, d’observation et de technique », lance un autre participant. Pour répondre aux interrogations et aux doutes, Benoît Gassmann s’est allié à Julien Jacob. Ce jeune agriculteur de Wickersheim a amorcé sa conversion en 2017. « La bio a été un vrai tremplin dans le cadre de mon installation », témoigne-t-il. Bref, la preuve par l’exemple. Ainsi, le jeune paysan répond à toutes les craintes. La bio coûterait plus cher que l’agriculture conventionnelle ? Faux, rétorque Julien. « L’achat de matériel peut être subventionné à hauteur de 60 %, contre 40 % en conventionnel. » De plus, les économies sur les produits phytosanitaires compensent une bonne partie de l’augmentation des charges de main-d’œuvre. Le soja à 1 000 € la tonne La bio manquerait de débouchés ? Oui, mais la situation s’améliore à vitesse grand V. « La filière s’est structurée de manière impressionnante ces dix dernières années », insiste Benoît Gassmann. Le lait par exemple. Hélène Claire, de l’Opaba, prend le relais : « Biolait collecte dans le Haut-Rhin depuis 2015 et ils ne sont pas opposés à l’idée d’aller en Alsace du Nord. » Unicoolait s’y est déjà mis depuis plusieurs années en Alsace Bossue. L’agriculture biologique alsacienne cacherait même quelques pépites. Le soja en tête. « On fait du très bon soja bio, avec des taux de protéines intéressants », se félicite Benoît Gassmann. Résultat : la tonne de soja se vendrait environ 700 €. Les meilleurs stocks s’arracheraient même à 1 000 €. Autre préoccupation des agriculteurs : le désherbage. Pour apaiser les âmes sensibles, Benoît Gassmann diffuse une série de photographies de champs bios. Les parcelles apparaissent propres et bien entretenues. Le secret ? « Semer le plus tard possible », selon le conseiller Chambre. Fin octobre, voire mi-novembre, afin d’éviter les mauvaises herbes et les parasites. Mais le principal frein à la conversion reste la peur de l’inconnu. « Ça nous pousse à sortir de notre zone de confort », traduit un participant. Toutefois, les producteurs peuvent recevoir de l’aide et des conseils de la part de la Chambre d'agriculture et de l’Opaba. Les deux organismes proposent différentes sessions d’information. Elles sont générales ou spécialisées sur un type d’activité, en groupe ou individuelle, chacun y trouve son compte. De toute façon, Benoît Gassmann coupe court aux tergiversations. « En bio, on peut tout faire, il suffit de se lancer. » Avis aux volontaires !

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