Pratique

Publié le 15/03/2019

Fondée en 2015, la start-up Ekylibre s’est donné pour mission d’aider les agriculteurs à gérer leur ferme de manière optimale. Son logiciel tout-en-un promet gains de temps et d’argent.

Factures, TelePac, déclaration TVA, registres d’élevage… Des mots à hérisser le poil de nombreux agriculteurs. Simplifier les démarches administratives arrive d’ailleurs en tête des revendications des représentants syndicaux. Les paysans passeraient plus de temps dans leurs bureaux que sur leurs champs. Mais l’administration française a ses raisons que la raison ignore. Faute de pouvoir éliminer les lourdeurs administratives, des entreprises de l’Agtech (pour « agriculture et technologie ») développent une multitude d’outils de gestion. Ces logiciels aident les fermiers à accomplir les corvées réglementaires. C’est le but de la start-up Ekylibre, présente au Salon international de l’agriculture de Paris. « Notre objectif est de diminuer le temps passé par l’agriculteur sur l’administratif », pose Florent Chollet. Il est le cousin du fondateur de l’entreprise et suit son développement depuis le début, en 2015. La start-up bordelaise propose un logiciel de gestion tout-en-un pour 30 € par mois. « Il lie toutes les données de la ferme », explique le jeune ambassadeur. Concrètement, l’agriculteur renseigne les informations de parcelles, le nombre de têtes dans son cheptel, ses stocks, ses achats et ventes… La plateforme web se charge ensuite d’en tirer des statistiques. « On l’utilise tous les jours, quand on met les vaches en pâture, quand on stocke du grain », énumère Florent Chollet. L’outil informatique estime la productivité et l’état de santé de la ferme en temps réel. Surtout, le site web préremplit certains documents récurrents. Exemple : « Si vous facturez souvent un même client, le logiciel édite une facture avec les noms, adresses, numéros de téléphone, SIRET, déjà renseignés. » Finies les heures à indiquer pour la énième fois les mêmes informations. Autre avantage, de nombreuses fonctionnalités du site sont accessibles sans connexion internet. Pratique quand les champs ne sont pas reliés à la fibre. Calculez votre indice de masse administrative Pour vendre son produit, la start-up a inventé un « indice de masse administrative ». Cette donnée évalue le poids des tâches réglementaires dans une ferme. Un tableau de bord sur la page d’accueil du site compile une série de paramètres. L’internaute indique le nombre de parcelles exploitées, s’il irrigue ses champs, s’il vend à la ferme… Le nombre d’heures annuel passé sur l’administratif et son coût s’affichent sur la droite. Un bandeau vante les économies de temps et d’argent réalisées si on utilise Ekylibre. Ainsi, on apprend qu’un paysan avec 10 parcelles, 30 bovins et une activité de vente à la ferme passerait 346 heures par an dans la paperasse. Soit 10 392 € de perdus. Le logiciel de gestion lui ferait économiser 160 heures et 4 798 € par an. Un joli coup de marketing. Et la prise en main ? Inutile d’acheter un outil censé simplifier la vie si on s’arrache les cheveux pour le maîtriser. « Le logiciel est assez simple d’utilisation et une formation en ligne de deux heures est proposée aux nouveaux clients », rassure Florent Chollet. Donc pas de rendez-vous physique avec un conseiller. L’appareil ne s’adresse pas aux novices en informatique. La société revendique tout de même 3 000 fermes clientes. Comme quoi, les agriculteurs se sont mis à l’informatique. Fondée en 2015 à Bègles, près de Bordeaux, Ekylibre emploie aujourd’hui 16 salariés. David Joulin, son cofondateur, a signé un livre blanc en faveur des logiciels libres en agriculture. En effet, le code informatique d’Ekylibre est disponible gratuitement. « N’importe qui peut le copier, l’améliorer, le développer dans son pays », précise Florent Collet, le cousin. À la clé, des avancées plus rapides sur l’outil de gestion. Mais le codage du logiciel reste réservé aux geeks de haut niveau.

Mutualité sociale agricole d’Alsace

Un « coup de pouce » pour se connecter

Publié le 08/03/2019

Pour la troisième année consécutive, la MSA d’Alsace organise actuellement sa formation « coup de pouce connexion » destinée aux actifs agricoles qui ne sont pas à l’aise avec internet et l’outil informatique. Début avril, ils deviendront enfin « autonomes » face à un monde numérique qui, pour certains, leur a longtemps fait peur.

Le geste est encore un peu hésitant, le doute toujours présent. Dans cette salle informatique de la Mutualité sociale agricole d’Alsace, à Colmar, neuf actifs agricoles, salariés et exploitants, font, pour certains, leurs premiers pas dans le monde de l’informatique et d’internet. Des univers que ces hommes et femmes âgés de 40 à 60 ans pensaient jusque-là réservés aux autres. À leurs côtés, Patrick Soubiran, formateur en informatique à la MSA d’Alsace, Josiane Ringeisen et Olivia Mallet, assistantes sociales, sont là pour les guider progressivement dans cet espace numérique. Pendant douze séances d’une demi-journée, à raison d’une séance par semaine, ils vont peu à peu apprivoiser la souris, le clavier, le courrier électronique, la recherche sur internet ou encore le traitement de texte pour, enfin, devenir « autonomes » avec ces technologies devenues incontournables aujourd’hui. « Dans le cadre de leur accompagnement, les travailleurs sociaux ont détecté des personnes en grande difficulté avec ces outils. Certaines étaient même persuadées que ce n’était pas pour elles, ou qu’elles avaient simplement passé l’âge. Du coup, elles devaient à chaque fois faire appel à leurs enfants ou à des proches pour effectuer des démarches en ligne. De là est venue l’idée de proposer une formation aux actifs agricoles désireux de devenirs enfin indépendants avec le numérique », explique Olivia Mallet. C’est la troisième année que la MSA anime cette formation. Les deux premières, dans le Bas-Rhin, avaient déjà fait salle comble. « Quand on leur propose cette formation, les gens acceptent tout de suite », précise-t-elle. D’autant plus que la formation est entièrement gratuite et permet, à ceux qui ne sont pas encore équipés, d’acheter un ordinateur, fixe ou portable, à moindre coût, la MSA prenant en charge une partie de l’investissement. Outre la maîtrise basique de l’ordinateur et d’internet, les participants vivent une « expérience de groupe, une expérience humaine ». « Ils reprennent confiance en eux. Ça les valorise de réussir à faire des choses qu’ils pensaient réservées aux autres. Une fois la formation terminée, ils peuvent par exemple remplir en ligne leur déclaration MSA ou nous contacter par e-mail. Ils se sentent dans l’air du temps. Ils n’ont plus peur. »

Publié le 15/02/2019

La Bourse de commerce de Strasbourg a organisé une réunion sur le phénomène des basses eaux du Rhin, particulièrement marqué cet été, et qui semble amené à se répéter et à s’intensifier sous les effets du changement climatiques. Assurer ce risque apparaît comme une solution, parmi d’autres.

Le Rhin a retrouvé un niveau acceptable. Mais pour combien de temps ? Ce retour à la normale ne doit pas faire oublier l’intensité du phénomène de basses eaux qui a plombé la rentabilité des nombreuses transactions commerciales utilisant le fleuve comme vecteur de marchandises. « Le phénomène des basses eaux du Rhin représente un gouffre financier contre lequel il n’y a pas de solution unique, mais plusieurs, dont les assurances », indique Jean-Laurent Herrmann, président de la Bourse de commerce de Strasbourg. Pour présenter ce pan de solution, la Bourse de commerce de Strasbourg avait invité Charles Maury, courtier d’assurance, gérant de Climate Insurance. Son Job ? « Concevoir des produits d’assurance avec les clients, qui répondent à leurs problématiques particulières. » Bref, élaborer pour les clients des solutions d’assurance sur mesure, plutôt que de souscrire à des produits d’assurance touts faits. Une fois le produit d’assurance ad hoc finalisé, Climate Insurance se charge de trouver un assureur sur le marché assurantiel : « Il s’agit d’assureurs de premier plan, à la solidité financière élevée », assure Charles Maury. Un risque qui coûte cher Le risque de basses eaux est devenu un risque élevé, qui coûte cher : « Aucun acteur ne souhaite le prendre à sa charge. Une des solutions est donc de l’assurer. Car cela permet de fluidifier les rapports entre les vendeurs et les acheteurs », présente Charles Maury. Concrètement, il n’y a pas d’expertise de sinistre, mais une formule mathématique, qui intègre un certain nombre de paramètres, et qui permet de déclencher l’assurance lorsque le niveau de risque critique, préalablement déterminé par l’assuré et son courtier, est atteint. Parmi ces paramètres, il y a les volumes de marchandises qui transitent par un certain point à assurer, le niveau d’eau considéré comme critique, le nombre de jours de basses eaux que le client supporte, et le nombre de jours de basses eaux - pas forcément continus - qu’il souhaite assurer, la période sur laquelle court l’assurance… Pour résumer, l’indemnisation est fixée sur le nombre de jours de basses eaux que le client a au préalable décidé d’assurer. Il s’agit donc d’être raisonnable : « Si on demande à être assuré sur un nombre de jours de basses eaux trop élevés, les assureurs ne vont pas suivre », conseille Charles Maury. Le courtier d’assurance l’avoue sans embarras, assurer le risque de basses eaux est une nouveauté. Mais la méthodologie est similaire à celle employée pour assurer d’autres risques, notamment dans le milieu agricole : « Il est possible d’assurer des baisses de rendements sur la base de données issues de stations météorologiques, d’images satellites, ou encore d’assurer les marges des coopératives, d’inclure une garantie de rendement dans la fixation du prix de vente de produits phytosanitaires, de semences… » Par analogie, Charles Maury argumente : « Pouvoir garantir au client une indemnisation du risque de basses eaux incluse dans le prix de vente constitue aussi un moyen de se différencier en proposant une sorte de prestation de service garantissant un coût du fret constant, qu’il y ait basses eaux ou pas. » Un marché déjà fragilisé Quoi qu’il en soit, « acheteurs, vendeurs et affréteurs devraient intervenir », estime Jean-Laurent Herrmann, qui prévient : « Le risque de basses eaux ne va pas tarder à faire réfléchir les acheteurs de céréales », qui pourraient se détourner de l’origine Alsace et se tourner vers d’autres fournisseurs. D’après un participant, c’est même déjà le cas de certains clients hollandais qui se sont déjà détournés vers l’Ukraine. Restaurer les glaciers « dont la fonte a une importance notable dans le soutien des apports d’eau au cours des phases d’étiages extrêmes survenant vers la fin de l’été sur le Rhin moyen et le Rhin inférieur (Stahl et al., 2016) » aurait été un bon travail pour Hercule. Mais dans la pratique, c’est illusoire. Il s’agit donc de mettre en œuvre tout un panel de solutions. Lors de cette réunion ont été cités : la création d’infrastructures de stockage d’eau, le réaménagement du Rhin, la fédération des utilisateurs du Rhin pour faire avancer politiquement la problématique dans les différents pays concernés… La révision de la taille des bateaux, surdimensionnés pour charger des volumes importants de marchandises, et de leurs hélices, surdimensionnées pour gagner en puissance, a également été évoquée. Car ces ouvrages ne peuvent naviguer sur le Rhin que quand le niveau d’eau est suffisant. Revenir à des embarcations de tailles plus raisonnables permettrait de transporter certes moins de marchandises d’un coup, mais sur une période plus longue. D’autres matériaux que le métal pourraient être envisagés pour la construction des navires… Autant de solutions qui vont être approfondies dans le cadre d’une étude menée par la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR). De quoi rassurer un peu les usagers du Rhin, qui sont néanmoins bien conscients que la plupart de ces solutions ne porteront leurs fruits que dans plusieurs décennies. Et qu’il s’agit donc de les impulser rapidement.

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