Pratique

À Kolbsheim, débat autour de l’agriculture

Changement de mentalités

Publié le 31/12/2017

Le club de l’amitié et de la solidarité de Kolbsheim proposait une table ronde sur l’agriculture, avec Thomas Diemer, jeune agriculteur maraîcher installé en 2014, et Christian Ehrhardt, agriculteur bio à Oberschaeffolsheim.

Les tables rondes s’enchaînent et drainent chaque fois plus de monde à Kolbsheim, sous la houlette de Michèle Halter, la présidente, et du Pasteur Pierre Berger, l’animateur. Pour ce mardi 5 décembre était proposé le thème de l’agriculture, « parce que notre terre est un héritage… Comment la préserver pour nos enfants, dans le respect de notre environnement ? », a introduit Pierre Berger. Dans l’assistance - 80 personnes - essentiellement composée de sexagénaires ou plus, de tous horizons, quelques agriculteurs retraités, et tous préoccupés par l’agriculture et les questions qu’elle induit sur la santé des agriculteurs et l’impact sur l’environnement. Plusieurs questions sont posées en guise d’introduction sur la valorisation des productions, comment vivre dignement du métier, accompagner la transformation pour mieux répondre aux attentes, avoir une consommation saine, sûre et durable… Bref, les mêmes thèmes qui ont animé les États généraux de l’alimentation. Des consommateurs friands de transparence Thomas Diemer est engagé sur 65 ha, avec une partie céréalière et du maraîchage. Chaque jour, il commercialise ses productions aux nouvelles halles de Schiltigheim et a, pour ce faire, fait revenir son frère sur l’exploitation. Figurant parmi les dix fermes du réseau Écophyto, son exploitation est conduite en production intégrée. Dans les serres, les insectes auxiliaires des cultures ont remplacé les insecticides. Et il sélectionne les fongicides qui ont le moins d’effet insecticide. Une approche qui requiert une observation soigneuse des cultures, afin d’anticiper les attaques et pouvoir commander cinq jours à l’avance les insectes auxiliaires prédateurs des ravageurs. Intéressé par l’agriculture biologique, Thomas Diemer explique être très sollicité par sa clientèle, friande d’explications sur ses pratiques. S’agissant des grandes cultures, il utilise par exemple une désherbineuse de betterave, ou pratique les semis sous couvert sur les pentes érosives. Installé depuis plus de 40 ans, Christian Ehrhardt fustige certaines pratiques de l’agriculture conventionnelle. Il emploie deux salariés sur ses terres et dix autres dans son magasin bio de 500 m2. Christian Ehrhardt croit en une agriculture biologique capable de nourrir le monde, si toutefois l’homme diminue sa consommation carnée, qui représente « 45 milliards d’animaux abattus par an ». Hériter et faire perdurer Ce qui frappe le plus les débatteurs de la soirée, c’est l’évolution de la pensée des consommateurs depuis 15 ans, sous l’effet d’une préoccupation écologique croissante. D’abord parmi les jeunes : « Aujourd’hui, il n’est plus question de leur dire ce qu’ils doivent faire ou manger », observe Christian Ehrhardt. Et ils veulent savoir comment est produit ce qu’ils mangent, confirme Thomas Diemer qui s’évertue à expliquer, avec des tableaux disposés aux halles, ses méthodes de production. Mais pas seulement parmi les jeunes générations… Ayant connu les Trente glorieuses, les sexagénaires s’interrogent désormais sur les modèles productifs qui les ont accompagnées. La conclusion est revenue à Thomas Diemer, qui a rappelé à l’assistance qu’une ferme se transmet de génération en génération : « Ce n’est pas évident ! Je suis héritier de mes parents, et je leur suis reconnaissant d’avoir fait, il y a vingt ans, les choix qui me permettent de continuer aujourd’hui. »

Restaurant Julien Binz à Ammerschwihr

Les quadratures gastronomiques

Publié le 23/12/2017

Depuis qu’il a posé ses valises de cuisine à Ammerschwihr, le synesthète Julien Binz, l’une des étoiles montantes de la gastronomie alsacienne, voue un culte immodéré aux quadratures gustatives. Et allie l’imprévu à l’improbable, avec la rigueur et la précision d’un horloger.

C’est un chef perfectionniste. Ses pairs disent de lui qu’il est un stakhanoviste du piano, il dit en tout cas aimer magnifier la matière vivante. Chef de partie chez Antoine Westermann, puis second de Marc Haeberlin, Julien Binz peut enfin s’adonner à sa créativité avec la précision d’un horloger. Sa signature ? Réaliser d’improbables quadratures gastronomiques comme ce filet de bar accompagné d’un jaune d’œuf enfermé dans des feuilles d’épinards pour satisfaire la pointe ferrugineuse d’un riesling de schistes du Rheingau d’Eva Fricke. « Je propose une cuisine traditionnelle évolutive », explique le chef, qui apprécie de cuisiner à l’huile d’olive, par exemple avec des pointes de gingembre, citronnelle, des goûts vifs et frais. « Il faut de la mâche, de la souplesse, de la douceur. J’aime le produit vrai, non dénaturé, travailler sur les acidités, la fraîcheur, les textures, les couleurs », en témoigne sa « noix de saint jacques, sur palet de riz croustillant, chutney d’ananas, sauce crustacés thaï, émulsion citron vert - coco »… À peine a-t-il été fondé avec sa compagne Sandrine Kauffer, que le restaurant a obtenu début 2017 une première reconnaissance par une étoile au guide Michelin. Et c’est à Ammerschwihr ! Un retour aux sources pour cette étoile montante mais déjà bien couronnée de la gastronomie alsacienne. « Première rencontre, première claque » Car l’histoire du chef Julien Binz a commencé juste en face, chez Philippe Gaertner, aux Armes de France. Après un BEP et un stage en forme de révélation dans un 2 étoiles à Grenade sur Adour - le restaurant Pain, Adour et Fantaisie, du chef étoilé Didier Oudill -, il poursuit en bac pro, mais ne termine même pas son cursus : « Je voulais sortir de la blanquette et du rôti ». Il rejoint illico le chef d’Ammerschwihr : « Première rencontre, première claque », lance-t-il. Une année après, Philippe Gaertner le recommande à Antoine Westermann à Strasbourg. Il restera cinq années au Buerehiesel durant lesquelles ce sera « une remise en question quotidienne et de la rigueur. On fait et refait jusqu’à ce que ce soit bien fait. » L’appel du service national vient interrompre ce curriculum vitæ prometteur, mais il est affecté comme chef au mess du palais du Gouverneur. Jusqu’à 4 mois de la quille, où d’impénétrables voies gustatives en très haut lieu viennent interrompre son service national, afin qu’il puisse intégrer l’équipe de Paul Haeberlin. « J’avais envoyé un CV, j’ai d’abord essuyé un refus. Subitement, il a fallu que je me présente un lundi à « L’Auberge ». Tous les papiers étaient prêts pour sortir… » À Illhaeusern, il découvre « une tout autre ambiance, une équipe et une maison familiale »… D’abord commis, il finira au terme de cinq années bras droit du chef triple étoilé avant d’aspirer à de nouvelles responsabilités : « Je cherchais une place de chef ». Après s’être essayé dans une brasserie, il s’installe à L’Auberge d’Artzenheim où il propose la cuisine de terroir qu’il affectionne. « Mais je n’avais pas d’assise financière pour reprendre l’affaire ». Marqués par leur limite d’âge, ses tenanciers s’arrêtent. On le retrouve au château d’Isenbourg à Rouffach où il peut parfaire sa notion des chiffres et des ratios, puis il se consacre à un projet d’hôtel de luxe sur le mont Scharrach à Scharrachbergheim qui ne verra jamais le jour, il s’est installé ensuite plus durablement comme chef du Rendez-vous de chasse - le Bristol à Colmar aux côtés de Richard Riehm où il récupère une étoile Michelin, et assure un intérim au Relais de la Poste à La Wantzenau. « Je fais les choses comme elles me font plaisir » Le changement de propriétaire du Bristol, avec l’arrivée de Jean-Pascal Scharf, signe pour lui le besoin d’ouvrir de nouveaux horizons plus personnels. Et c’est donc à Ammerschwihr, anciennement L’Arbre vert, que le couple a trouvé chaussure à son pied : « On s’y est tout de suite senti bien ». Mais un imprévu administratif l’oblige à se conformer aux normes les plus actuelles. Après de lourds travaux, le restaurant ouvre le 16 décembre 2015. Pour la carte des vins, il s’est adjoint les services de Pascal Leonetti, dont les choix viniques exigeants font régulièrement l’objet de soirées dites « harmonie » : « Dans ce cas, avec Pascal, on identifie les typicités et on compose le plat autour. » Mais Julien Binz mise également sur des incontournables comme ses « médaillons de homard, ravioles d’épinard, bouillon de gruyère ». Homard et gruyère : là encore un style gastronomique en forme de quadrature ! « Je fais les choses comme elles me font plaisir. Mes créations se nourrissent des goûts de saison, d’expériences personnelles ou de réminiscences. » Aux cuisines, l’ambiance avec ses quatre mousquetaires Alexandre, Maelig, Éli et Olivier, est des plus concentrées… Pour Julien Binz, l’histoire continue de s’écrire avec des étoiles dans la tête. Reconnu par une première étoile, le chef compte bien être un jour consacré. Avec Sandrine Kauffer, journaliste spécialisée dans la restauration avec son journal des Nouvelles gastronomiques, qui dispose d’une tour d’observation avec vue imprenable sur la gastronomie française, le couple peut raisonnablement nourrir des ambitions pour surprendre les papilles par d’incroyables accords.

Vignoble de la Couronne d’or

Noël dans un flacon

Publié le 20/12/2017

Dans le cadre du marché de Noël, les vignerons de la Couronne d’or proposaient, jeudi 7 décembre à Strasbourg, une dégustation associant vins d’Alsace, foie gras et pain d’épices.

Jeudi 7 décembre, les vignerons de la Couronne d’or ont organisé leur deuxième dégustation dans le cadre du marché de Noël de Strasbourg. Ils avaient convié le grand public sous le chapiteau de la corporation des boulangers, à quelques pas de la place du palais des Rohan, où ils se relaient tout au long du mois de décembre pour faire découvrir leurs vins. Dans la perspective des fêtes de fin d’année, ils ont souhaité associer à leurs produits deux spécialités alsaciennes, le foie gras et le pain d’épices, que l’on retrouve couramment sur les tables à cette époque de l’année. Les participants ont pu apprécier l’association de trois vins, dégustés avec des toasts foie gras - pain d’épices. Du foie gras de canard, proposé par la maison Lechner, de Pfettisheim, membre de l’association régionale Gänzeliesel. Une exploitation familiale qui perpétue la tradition du foie gras d’oie et gave environ 200 oies et 2 000 canards, précise sa représentante. Son onctuosité fait écho à la douceur du pain d’épices aux fruits secs et confits proposé par les boulangers du Bas-Rhin : il contient de l’orange, du citron, de l’abricot, des quetsches macérés dans un sirop avec du miel pendant une à deux semaines, ainsi que des noix, des noisettes et des amandes torréfiées. « C’est un pain d’épices pur miel, tout simple à faire », précise le boulanger présent sur place en énumérant la liste des ingrédients utilisés pour sa fabrication : « du miel, du beurre, des œufs, de la farine de blé et de seigle et des épices à l’infini : de la cardamome, du poivre, de la cannelle, du gingembre… » À leur tour, Maurice Heckmann, de Dahlenheim, et Julien Schmitt, du domaine Roland Schmitt à Bergbieten, présentent les trois vins sélectionnés. Maurice Heckmann a ramené un riesling vendanges tardives 2011, avec de beaux arômes de fleurs blanches, Julien Schmitt un gewurztraminer vendanges tardives 2015, « un peu plus nerveux, plus riche en alcool » provenant de l’Altenberg de Bergbieten, l’un des 51 grands crus d’Alsace. Les participants peuvent également déguster le pinot gris VT 2015 de la maison Bohr à Gimbrett, avec ses fines notes de coing et de prune, qui constitue le degré intermédiaire dans une échelle de sucrosité croissante. Devant les mines approbatrices du public, les deux vignerons commentent la diversité des profils aromatiques, qui résulte de l’alchimie du cépage et du terroir et de l’action du botrytis. S’ensuit une explication sur les conditions de développement du champignon et sur la distinction entre pourriture noble et pourriture grise, donnée par Julien Schmitt. Pendant que son mari boit les paroles du vigneron, Sylvie note sur un carnet les références des trois vins dégustés. Le seul regret de cette Parisienne, venue au marché de Noël de Strasbourg en TGV ? Devoir se contenter d’une ou deux bouteilles pour ne pas surcharger ses valises. Une nouvelle dégustation vins, foie gras et pain d’épices est prévue le jeudi 21 décembre à 16 h sous le chapiteau des boulangers, place du Marché aux poissons à Strasbourg. Trois domaines seront représentés : Laurent Vogt (Wolxheim), Maxime Brand (Ergersheim) et Vincent Heydmann (Nordheim).

Pages

Les vidéos