L’est de la France n’a pas été épargné par la tempête Eleanor. Mercredi 3 janvier, des vents violents ont balayé notre région, semant la destruction sur leur passage. Et une fois le calme revenu, ce sont les rivières qui sont sorties de leur lit, envahissant routes et champs. Petit tour d’horizon, en ce début d’année mouvementé.
Pas mal d’arbres déracinés, en forêt ou dans les vergers vieillissants. Localement, la tempête a fait rage. En témoignent les arbres abattus entremêlés, davantage stigmates d’une tornade que d’un coup de vent. Dans le Pays de Hanau, la tempête a atteint son paroxysme mercredi de 7 h 30 à 8 h environ, avec des seaux d’eau, voire de la grêle et de fortes rafales de vent. Les dégâts, nombreux, restent sans gravité : de nombreuses poubelles renversées, des branches d’arbres arrachées, parfois sur la chaussée…
Ailleurs, les serres maraîchères les plus anciennes n’ont pas résisté. Un petit tour sur le site internet de la ferme Diemer, à Kolbsheim, permet de mieux se rendre compte de la violence de cette tempête. Thibaut Diemer raconte : « Dans les tunnels en place depuis vingt ans, les pignons se sont envolés, les arceaux ont plié et les plastiques se sont déchirés. Je vais devoir tout débâcher pour les remplacer. Les nouvelles serres ont été endommagées au niveau des entrées : les pignons avant et arrière ont cédé. Ils sont conçus pour être roulés afin de permettre le passage du tracteur. » Les avaries se sont produites dans la journée, précise l’agriculteur.
L’heure est à la remise en état : « Je suis en train de démonter les arceaux. J’attends le passage du monteur qui doit établir un devis des réparations, ainsi que celui de l’expert de Groupama. Ensuite, il faudra voir ce que l’assurance prend en charge, en fonction de la vétusté. » En attendant, Thibaut Diemer n’est pas vraiment inquiet : « Les cultures d’hiver - mâche, épinard, salade - ne craignent pas trop le froid. S’il ne gèle pas, cela devrait bien se passer. »
À Meistratzheim, la tempête Eleanor n’a pas fait trop de dégâts, d’après le maire. Elle a quand même emporté des tuiles de l’église, couché des panneaux de signalisation et quelques arbres dans le Bruch, emporté un hangar métallique… et le plastique des serres du jeune maraîcher qui s’est installé l’année dernière.
Évelyne Metz, exploitante agricole à Erstein, rapporte elle aussi des dégâts dans les serres, avec des entrées d’air et des déchirures. Résultat, 30 à 35 % des serres tunnel à pied droit sont débâchées. Si les structures en arceaux sont intactes, il va falloir les rebâcher avant le printemps.
« Un peu plus d’entretien hivernal à prévoir »
Comme lors de la tempête Lothar en 1999, les vergers ont relativement bien résisté. « En cette saison, les arbres n’ont pas de feuilles, donc peu de prise au vent », explique Hervé Bentz, responsable du Verger expérimental d’Alsace. Un peu de casse tout de même dans certains vergers, mais sans cas extrêmes. Quelques branches arrachées, quelques arbres déjà fragilisés achevés, des structures de palissage abîmées, des filets paragrêles libérés de leurs chaînes et éparpillés dans les vergers… Bref, rien de catastrophique, mais « un peu plus d’entretien hivernal à prévoir que d’habitude », philosophe Hervé Bentz.
Côté élevage, les bâtiments n’ont pas été épargnés. Partout, on signale des tôles de toiture envolées, des portes de granges anciennes abîmées. Mais surtout, des coupures de courant de plusieurs heures ont perturbé la traite des vaches laitières. Ceux qui s’étaient équipés de groupes électrogènes suite à la tempête Lothar ne l’ont pas regretté. À Zœbersdorf, Daniel Staath, du Gaec des Lilas, raconte : « Notre exploitation est située à la sortie du village. À 7 h 30, un gros coup de vent a emporté les trois quarts de la toiture de notre hangar de stockage, un bâtiment bois rond datant de 1994. Nous avons fait la déclaration à notre assureur et dès que l’expert sera passé, nous commanderons de nouvelles plaques pour réparer les dégâts. En attendant, nous avons déplacé le stock de foin pour le mettre à l’abri. »
Dans les champs, ce sont surtout les précipitations intenses qui ont suivi le passage d’Eleanor qui marquent les esprits. Conséquence : des crues parfois impressionnantes ont inondé des prairies. Mais aussi, de manière générale, des sols gorgés d’eau, qui devraient le rester longtemps. Quel en sera l’impact sur les cultures en place, dont le système racinaire risque l’anoxie si la situation perdure, et sur les prochains travaux de préparation du sol ? Réponse dans quelques mois.
Tuiles, arbres et inondations
Dans le Haut-Rhin, de nombreuses tuiles de maisons d’habitation ont volé sous le vent. « Dans le village, c’est impressionnant. On ne compte pas les toitures qui ont perdu au moins l’une ou l’autre tuile. De nombreux arbres ont été déracinés et des branches se trouvent un peu partout, constate le maire de Gommersdorf, Denis Nass. Mais nous nous en sortons bien. En 1999, la tempête avait été pire. » Quelques bâtiments ont également souffert. C’est le cas à Balgau, à Ueberstrass ou encore à Heimersdorf par exemple. Des pylônes électriques en béton d’une hauteur de 5 mètres ont été étêtés.
À Rimbach, la forêt a payé un lourd tribut. Des sapins ont été déracinés, cassés, entraînant dans leur chute les poteaux électriques, ce qui a occasionné des coupures de courant. Les fermes du Riesenwald et du Ruchberg ont dû être secourues avec la mise en place de groupes électrogènes, de générateurs, de citernes fioul. Les coupures de courant ont été nombreuses pendant les trois jours qui ont suivi la tempête.
Les inondations ont ensuite donné des sueurs froides à la population. Comme souvent, c’est le secteur d’Illhaeusern qui a été fortement impacté. Les riverains de l’Ill n’avaient plus connu une crue de cette ampleur depuis plusieurs années. Si à Ostheim et à Guémar, les digues ont joué leur rôle, à Illhaeusern, cela a été bien plus compliqué. Les champs ont été largement inondés et de nombreuses rues ont été interdites à la circulation dans le village. Les rivières sont également sorties de leur lit du côté de Meyenheim, dans la banlieue de Mulhouse ou encore dans le Sundgau. Là également, les agriculteurs sont inquiets de l’impact de cet épisode sur les cultures.
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