Vigne

Publié le 01/01/2017

Les vignerons de l’association Vignes Vivantes s’alarment de la perte de diversité génétique intra-variétale des vieilles souches de vignes, sous l’effet conjugué de la restructuration du vignoble et de l’absence de dispositif conservatoire de ces anciennes variétés des cépages alsaciens

« Nous observons actuellement beaucoup d’arrachage de vieilles vignes. Souvent la décision est prise assez subitement. Les bois sont définitivement perdus », s’alarment les vignerons de l’association Vignes Vivantes. Or, ils sont la mémoire d’une « diversité intra-variétale », explique Vincent Fleith. Le vignoble alsacien connaît actuellement une forte restructuration de son parcellaire, impulsée par la concentration des exploitations viticoles et par les aides européennes fléchées par FranceAgriMer vers la rénovation des vignes en sélections clonales exclusivement. Ainsi, les vignes de plus de 60 ans sont arrachées, emportant avec elles des trésors de diversité génétique acquise au fil des siècles, pour laisser place à des sélections clonales. Une soirée débat était proposée à la Maison des vins d’Alsace par le président de l’association Vignes Vivantes, Matthieu Boesch. Les bienfaits de la diversité génétique Si la sélection clonale offre une certaine garantie sanitaire en matière de virus, les vignerons de l’association Vignes Vivantes souhaitent pour leur part recourir à la sélection massale et donc à plus de diversité génétique à l’intérieur d’un même cépage. Cette sélection massale contribue au final pour chacun à affirmer sa stylistique de vins qui est l’un des piliers de la réussite commerciale du domaine viticole. Et la diversité génétique est selon eux un bon moyen de lutter ou tout du moins d’atténuer les effets des multiples maladies à dépérissement qui guettent la vigne actuellement. Disposer d’une plus grande diversité en ressources génétiques permet en outre de mieux se prémunir face aux accélérations du changement climatique. Et les vieux bois de porte-greffe D’où l’idée de préserver les génétiques des vieilles vignes plantées à une époque où la sélection clonale n’existait pas encore. Pour conserver cette diversité génétique, l’idée consisterait à inventorier les vieilles parcelles du vignoble et à systématiquement prélever des bois pour les cultiver en pépinière conservatoire. Une pratique conservatoire qui serait également nécessaire pour les vieux bois de porte-greffe, estiment les vignerons. Cette approche conservatoire a déjà été mise en œuvre à des échelles plus collectives dans le vignoble par les vignerons de Scherwiller, explique Yves Dietrich. Les vignerons du cru ont constitué en commun une parcelle conservatoire des vieilles souches de riesling, « car nous manquons de ressources génétiques en riesling pour nos sols les plus pauvres ». Même approche avec le Ceta viticole, explique Frédéric Schwaerzler ; les vignerons ont procédé à une sélection massale de Bergheim à Ammerschwihr, mais avec cependant le souci sanitaire d’ôter tous les plants porteurs du virus du court-noué et de l’enroulement. Des sélections locales pour des usages locaux Lors de ce débat, la trentaine de vignerons a alors écouté le pépiniériste Christophe Hébinger, bien connu pour proposer des sélections massales. Lequel défend l’idée que tous les virus ne sont pas systématiquement néfastes à la vigne, que certains contribuent à l’expression de la qualité et qu’il y a un équilibre viral. Notion pour l’heure difficile à faire admettre par les autorités sanitaires préoccupées par les risques de multiplication de viroses pathogènes. C’est pourquoi, le pépiniériste d’Eguisheim propose aujourd’hui trois types de sélections ciblée, parcellaire ou conservatoire, privées. Chaque vigneron peut engager un processus d’affirmation de sa propre génétique. Avec une diversité des géologies et des climats extrêmement affirmée en Alsace, les vignerons ressentent qu’il est hasardeux d’imposer un même (ou quelques) couple(s) porte-greffe - clone sur des terroirs aussi variés que des lœss, argilocalcaires, schistes, ou granitiques… D’où cette idée de retour à des sélections ciblées pour des usages plus locaux, et surtout adaptées au terroir, au microclimat et au style de vin, tant d’ailleurs pour les bois de greffon que pour les bois de porte-greffe. Une manière de revenir finalement à des sélections plus locales, « comme le faisaient nos anciens », observent les vignerons.

Publié le 28/12/2016

Le vignoble alsacien est une terre de vins mais aussi de légendes, aujourd’hui presque totalement oubliées. Stéphane Herrada les met en scène pour mieux les raconter.

« Mon métier ? Mais c’est de raconter des histoires ! ». Même s’il part d’un grand éclat de rire en répondant, Stéphane Herrada dit vrai. Cela fait un peu plus de dix ans qu’il a fait une croix sur sa carrière dans l’agro-alimentaire pour lui préférer ce qu’il n’envisageait jusque-là que pour occuper ses loisirs. « Depuis mes années de lycée, j’ai toujours fait beaucoup de théâtre. Je suis membre de plusieurs associations de théâtre et de conteurs amateurs. Le conte m’a bien parlé. Et comme je ne pouvais pas galoper en permanence sur deux fronts, j’ai tenté d’être conteur » glisse Stéphane. Le cadre de la ferme lui semble le plus indiqué pour démarrer. « Il se prête bien aux contes et aux légendes » dit Stéphane. Pendant un été, il s’imprègne de cette vie en se rendant régulièrement un ou plusieurs jours par semaine dans cinq exploitations de la vallée de Saint-Amarin. Il y prend note des indications qui lui servent ensuite à construire un spectacle mêlant la vie des paysans de montagne aux légendes des environs. Le succès est au rendez-vous. En 2006, Stéphane joue dans d’autres vallées haut-rhinoises et dans les Vosges. Notre conteur est lancé ! Stéphane produit ses spectacles de A à Z. Il travaille le plus souvent un thème par an. Il trouve son inspiration dans une quinzaine d’ouvrages anciens, parfois traduits de l’allemand, et d’autres plus contemporains traitant du légendaire alsacien. Il lui arrive d’emprunter un personnage et une trame à une histoire et de « rhabiller » le tout autrement. Avec lui dès lors, les lutins, les géants, les sorcières, les fées, les animaux fabuleux, prennent vie et corps. Stéphane crée un monde, son monde. « Je répète à haute voix chez moi. La musique de mes propres mots doit me plaire. Devant le spectateur, je refais le film de mon histoire et je raconte ce que je vis. J’utilise souvent les mêmes mots. Mais ils peuvent changer d’une fois sur l’autre. Il y a un espace de liberté dans le récit. Ce n’est pas la restitution d’un texte comme au théâtre. Je me place dans la situation du témoin, même fictif de la légende, comme je l’ai vue. Cela me donne du crédit et fait que les spectateurs y adhèrent » explique-t-il. Quand, dans son public, un enfant se retourne pour voir la personne imaginaire dont il parle, Stéphane sait qu’il tape dans le mille… Le dragon de Turckheim La vigne et le vignoble fournissent leur petit lot de légendes à Stéphane. Connaissez-vous celle de Bacchus ? Ayant ramassé une jeune plante, en réalité un plant de vigne, il la plante successivement dans un os d’oiseau, dans un os de lion et dans un os d’âne. Voilà pourquoi celui qui en boit le vin est d’abord gai comme un pinson, puis fort comme un lion et à la fin entêté comme un âne ! Il y a plus local. Jadis les vignes alsaciennes étaient parcourues par le Schellemannala, le petit lutin aux grelots. En les faisant sonner, il éloignait l’orage, la grêle, le gel de printemps et contribuait finalement à ce que la vendange soit abondante. À Gueberschwihr, c’est le diable du Schrankenfels qui hantait les esprits. Deux copains d’enfance en quête de fortune apprennent d’un sorcier comment dénicher un trésor. En le découvrant au pied des ruines du château, ils aperçoivent le diable. Effrayés, ils brisent le vœu de silence qui leur avait été imposé et le coffre disparaît. Mais la légende la plus emblématique du vignoble reste celle du Brand à Turckheim. Car le sang du dragon qui y a été vaincu en a rendu la terre fertile ! Stéphane Herrada ne court pas l’Hexagone, mais s’adresse à tous les publics. « On aime me classer dans la rubrique jeune public, mais mes histoires ne sont pas que pour les enfants. D’ailleurs, de plus en plus d’adultes qui viennent avec leurs enfants, reviennent sans eux » précise-t-il. Le conteur se produit ainsi dans des écoles, mais aussi dans des bibliothèques, sur des domaines viticoles, devant des groupes de quinze à cinquante personnes. « Je veux travailler sur le légendaire du territoire sur lequel je vis. La vigne et le vin sont une thématique logique » confie-t-il. En salle, Stéphane a un penchant pour la veillée. Il capte alors son public pour une bonne heure. À l’extérieur, il aime les ballades contées dans le vignoble, sur deux heures avec des arrêts de dix minutes et une dégustation. « L’idée est de se poser pour raconter trois à quatre histoires, de permettre aux gens de respirer autrement et en même temps de découvrir le milieu viticole » indique Stéphane qui a déjà conté ses histoires à la cave du Vieil Armand à Wuenheim en 2014 et au domaine de l’école du lycée de Rouffach en 2015. Investir un caveau, une cave lui va comme un gant. Un tel lieu aide à recréer l’ambiance souvent sombre des contes et légendes. Et quand Stéphane Herrada vous dit qu’il aime vous raconter des histoires, il faut le prendre au mot. Et l’écouter !  

Université de Haute Alsace. Conférence Vigne, vin et vignerons

Introduire la notion de temps en analyse sensorielle

Publié le 24/12/2016

Le profil DTS (dominance temporelle des sensations) introduit au cours d’une analyse sensorielle du vin la notion du temps. Ce qui permet d’avoir une image théorique un peu plus fidèle entre le profil sensoriel d’un vin et ce qui est effectivement ressenti d’un point de vue neurosensoriel.

Pascal Schlich est chercheur de la plateforme ChemoSens, du Centre des sciences du goût et de l’alimentation à Dijon. Il était invité par l’Université de Haute Alsace, dans le cadre du cycle de conférences Vigne, vin et vignerons, à venir exposer ses derniers travaux en analyse sensorielle. Dans le centre ChemoSens, on isole les molécules olfactives, on les analyse, les identifie par chromatographie gazeuse. On pratique également le sniffing. Après leur ségrégation fine dans des chromatographes, chaque molécule olfactive est sniffée par une personne formée à leur détection. On regarde également ce qui se passe dans la bouche et le nez, et on prélève même des molécules olfactives dans les narines juste avant qu’elles n’atteignent l’épithélium olfactif. Dominance temporelle des sensations À la différence d’une analyse sensorielle classique, où le chercheur note l’intensité de différents arômes qu’il identifie en mastiquant un aliment ou en buvant du vin, la méthode DTS consiste à introduire la notion de temps. On ne parle plus d’intensité mais de dominance temporelle : « Je prends l’exemple de la barre mars : nous percevons d’abord du chocolat, puis du caramel puis encore du chocolat, explique Pascal Schlich. On prend en compte les sensations au fur et à mesure de leur perception. » Concrètement, le chercheur note telle ou telle perception à l’instant T1, T2, T3… C’est la dominance temporelle des sensations, dite profil DTS. Elle permet de décrire la succession de sensations perçues au cours d’une dégustation. Phénomènes neurosensoriels, par essence dynamiques Par rapport à une analyse sensorielle classique qui propose une image sensorielle fixe, l’introduction de l’échelle temps dans une dégustation permet de donner une image plus fidèle de ce qui est ressenti. L’introduction de cette notion de temps en analyse sensorielle permet d’être plus en phase avec les phénomènes neurosensoriels qui sont par essence dynamiques. En pratique, le dégustateur indique sur la base de descripteurs simples (sucré, astringent, croquant, acide, tel ou tel arôme) ce qu’il ressent depuis le moment où il porte l’aliment à la bouche. Et il borne ses sensations dans le temps. Le traitement statistique de l’information donne des courbes, avec en abscisse le temps et en ordonnée « le taux de dominance en pourcentage des dégustateurs, qui perçoivent le descripteur à un temps donné ». Dans le profil DTS « la notion de dominance est plus importante que la notion d’intensité, rappelle Pascal Schlich. Les courbes DTS nous donnent une image gustative temporelle. » Appliquée au vin Cette technique d’analyse sensorielle a été appliquée à des vins pour identifier les grandes lignes de l’effet gustatif entre une cuvaison en rouge classique et de la macération carbonique. Elle a également été appliquée pour identifier l’effet gustatif des techniques de désalcoolisation. Pascal Schlich a enfin utilisé cette méthode sur les accords vins et fromages, en associant du comté, roquefort, crottin de Chavignol, époisses, avec des sauternes, bourgognes, sancerres, madiran… Car dans une dégustation de produits associés, la notion de temps s’avère particulièrement pertinente pour saisir l’enchaînement des séquences gustatives et les dominances de goûts à l’œuvre. « Le vin n’est pas bon, sortez du fromage » L’analyse des résultats a confirmé des informations que chaque dégustateur amateur pouvait pressentir. Globalement, les fromages n’ont pas d’effet négatif sur l’appréciation des différentes composantes gustatives du vin. « Aucun des fromages n’a vu son appréciation hédonique altérée par le vin. » Mieux, les fromages améliorent globalement la perception du vin. « Le vin n’est pas bon, sortez du fromage », lance Pascal Schlich. Au-delà, la méthode DTS permet, selon Pascal Schlich, de sortir l’analyse sensorielle des laboratoires classiques. Elle est applicable par les consommateurs eux-mêmes. D’ailleurs, le laboratoire ChemoSens propose un logiciel en ligne qui permet de réaliser une analyse sensorielle selon cette méthode DTS sur www.timesens.com.

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