Vigne

Publié le 09/01/2017

À Dambach-la-Ville, Doris et Christophe Speitel ont surmonté plusieurs coups durs. D’innover dans leurs vinifications et la mise en avant de ces vins permet de relancer doucement leurs ventes en bouteille.

Le domaine Speitel existe depuis 1870. Quatre générations s’y sont déjà succédé. Mais sa surface reste modeste. Elle n’a augmenté que de quelques ares depuis 1991, l’année de l’installation de Christophe. Cette stabilité trouve son origine dans le montage imaginé au départ : le domaine ne fait alors qu’un avec un hôtel-restaurant qui va, au fil des années, jusqu’à absorber 40 % des vins produits. Ce courant commercial se maintient une fois que cet ensemble est scindé en deux entités. Mais il s’arrête brutalement en 2007 quand l’établissement de restauration ferme. « Nous avons immédiatement porté de un à quatre le nombre de salons auxquels nous participions » indique Doris Speitel. Avec Christophe, elle cherche à en fréquenter davantage. Pour l’heure, ces manifestations accueillent de 25 à 350 exposants. Trois sont en Belgique. La perte nette d’un débouché n’est pas la seule difficulté que le couple a dû surmonter dans sa carrière. Comme tout le monde, il a fait face à trois années de faible récolte. Si les sols argileux de plaine ont résisté, les terroirs granitiques, légers et filtrants ont souffert. Christophe et Doris récoltent en moyenne 49 hl/ha 2013 et 42 hl/ha en 2014. C’est encore pire en 2015 : 36 hl/ha à peine en raison de la grêle. « L’absence de sinistre nous avait incité à ne plus nous assurer. La perte est sèche » constate Christophe. Les huit lits de deux gîtes procurent certes quelques recettes et clients supplémentaires, mais pas assez. Alors, depuis deux ans, Christophe et Doris proposent des prestations de taille, de palissage et de liage. Dans le même temps, ils dynamisent leur carte de vins. Ils sélectionnent leurs « coups de cœur » personnels et les mettent en avant. Il y a par exemple un pinot gris 2015 passé en barrique et un pinot noir 2014 « authentique » car il n’a pas été filtré. « Nous ne voulions pas le dénaturer, lui enlever de la structure. C’est une première, mais certainement pas une dernière » explique Anthony, 23 ans, le fils du couple, salarié viticole sur un autre domaine de la commune, mais déjà fortement impliqué sur le domaine familial. Ces deux vins sont en tout cas bien accueillis. « Notre clientèle de particuliers a tendance à réduire ses achats en volume, mais demande davantage de bouteilles haut de gamme » note Doris. Pour continuer à approvisionner ce qui ressemble à un filon Christophe prépare un gewurztraminer 2016 barrique en plus d’une vendanges tardives 2015. Remettre le sylvaner sur la carte Christophe conduit en conventionnel ses vignes dont il alterne le rang enherbé tous les deux à trois ans. En 2013, 2014 et 2015, il contrôle l’herbe du cavaillon par un buttage/débuttage, mais en 2016, faute d’être suffisamment équipé, il revient au glyphosate sur une bande de quinze à vingt centimètres sur le rang. Il emploie de un à deux systémiques par campagne, le premier étant systématiquement positionné avant fleur. En 2016, Christophe a appelé le technicien qui suit le domaine au moins une fois par semaine. Il refait un systémique après fleur « pour sauver la récolte ». Sur l’ensemble de l’année, il sort huit fois son pulvérisateur, deux fois plus qu’en 2015. Christophe fait récolter mécaniquement les deux tiers de la surface. Il vinifie 70 % de ses raisins en sulfitant de 1 à 2 g/hl une vendange saine, qu’il enzyme ensuite avant un débourbage d’une trentaine d’heures. Il ne levure pas le moût car il estime que cette pratique donne « plus de diversité » à ses vins. Christophe les élève en cuves uniquement inox sur lies fines avec un objectif de 19-20° de température de fermentation. Si ce niveau est dépassé, il soutire 5 hl d’une cuve et les passe dans un tank à lait où ils sont refroidis en trois-quatre heures à 5° avant réincorporation. Les vins peuvent fermenter longtemps. Ils sont arrêtés en dessous de 1 000 et vinifiés en sec. La mise intervient entre avril et juin, mais peut aussi être décalée en septembre. Le couple a fait le choix de ne pas produire son propre crémant. Il achète des bouteilles nues à l’opérateur à qui il livre ses raisins. Le sylvaner est absent de la carte car sa parcelle est entièrement cédée en raisins. Mais Anthony ne désespère pas d’en refaire. Les viticulteurs misent sur l’augmentation de leurs ventes en bouteille. Pour cela, ils essayent de fidéliser leur client en réservant une attention à leurs clients fidèles (tablier, seau à glace, sommelier…), développer l’accueil de groupes, être visibles par leur site sur la toile. Il ne déplairait pas à Anthony de rejoindre ses parents, mais pour cela « il faudrait de un à deux hectares en plus ». Dans l’immédiat, le plus urgent est de combler le trou de trésorerie laissé par la grêle. Il est probable que le calendrier de vente du vrac, de 20 à 40 % selon le millésime, soit avancé en 2017.

Agreste. Bilan conjoncturel 2016

Les prix des vins AOP sont repartis à la hausse

Publié le 06/01/2017

Bonne nouvelle pour les cours du vrac : Agreste, le service de statistiques du ministère de l’Agriculture, vient de publier son bilan conjoncturel 2016, qui fait état d’un retour au dynamisme des prix des vins d’appellation dans leur globalité, à la propriété et au commerce. Une tendance qui ne devrait pas s’infléchir pour 2017.

« 2016 : une année marquée par la baisse généralisée des récoltes sous l’effet des intempéries », introduit la note de conjoncture d’Agreste, publiée en décembre dernier. Elle passe en revue toutes les productions, viticulture y compris. « Selon les estimations établies au 1er novembre 2016, la récolte viticole s’établirait à 43,2 millions d’hectolitres (Mhl) en 2016, inférieure de 10 % à celle de 2015 et de 6 % à la moyenne des cinq dernières années. » Malgré ce repli, la France se maintiendrait devant l’Espagne, au deuxième rang mondial derrière l’Italie, note Agreste. Par région, les répercussions au niveau des récoltes ont été très marquées : - 31 % en Val de Loire, - 23 % en Champagne et - 20 % en Bourgogne. Toujours selon Agreste, seules l’Alsace et le Bordelais seraient épargnées par cette baisse de production : une vingtaine de pourcents en plus pour l’Alsace et + 7 % avec 6,052 Mhl pour Bordeaux. Agreste revient ensuite sur le bilan de la campagne de commercialisation. Au sortir de la vendange 2015, les stocks d’AOP étaient en augmentation de 2,8 % (et de 27 % pour les IGP). Mais les disponibilités (ensemble formé par la récolte et les stocks à la propriété en début de campagne) étaient en repli de 1,4 % pour le total AOP, en raison de la petite récolte 2015. Dans ce contexte, les prix des vins d’appellation à la production ont progressé de 3 %, selon les données de l’indice des prix agricoles à la production. De même, à la commercialisation, les prix des vins d’AOP (hors champagnes) sont également en hausse significative + 7,5 %, se situant systématiquement au-dessus des cours 2015. La tendance n’est hélas pas aussi bonne pour les autres vins (IGP, VSIG) dont les prix de commercialisation 2016 se sont établis en deçà des prix 2015 (- 4 %) « avec un repli prononcé depuis juin 2016 par rapport aux mois précédents ». Des prix d’IGP et VSIG peut-être à rapprocher des chiffres d’importations de vins en vrac qui atteignent des « niveaux records », des vins importés sous forme de vrac (78 % du total des importations), et essentiellement en provenance d’Espagne qui représente à elle seule 81 % en volume de toutes nos importations de vin. Vrac espagnol importé qui doit donc sérieusement concurrencer les VSIG et IGP français sur le marché français. Globalement, les exportations de vins d’appellation en 2016 ont fléchi en volume de 2,5 % (chiffre de juillet 2016), et en valeur (- 0,5 %) après avoir cependant connu + 3 % sur la campagne précédente. En 2016, seuls les champagnes progressent à l’export de 3 % et 6 % respectivement en volume et en valeur. Mais globalement, Agreste note que c’est l’Europe qui affecte ces baisses d’exportation. Car les exportations vers les pays tiers augmentent de 3,4 % en volume et de 5,3 % en valeur. Avec principalement la Chine et les États-Unis comme moteurs de ces exportations de vins d’AOP. Cette progression vers les pays tiers ne compense pas encore le recul des exportations en Europe. Enfin, retenons qu’Agreste adresse cette note d’optimisme : « Pour la campagne 2016-2017, les disponibilités limitées pour les vins pourraient maintenir les prix à un niveau élevé ».

Publié le 03/01/2017

Le 24 décembre à Blienschwiller, on a vendangé du sylvaner que le vigneron Pierre Meyer a laissé surmûrir dans le but d’en faire une cuvée exceptionnelle.

« Qui reprend un peu de vin chaud ? Et des bredeles de Noël ? » Jocelyne, la maman de Pierre Meyer, est affairée devant une grande marmite de vin chaud fumant dans la cuisine extérieure, d’où proviennent des effluves généreux. Dans la cour, la petite équipe familiale et d’amis proches déguste avec plaisir ce remontant de saison et les bredeles faits maison. Pendant ce temps, Pierre distribue les sécateurs devant la caméra de France3 Alsace, venue filmer cette récolte un peu particulière. Parce qu’on n’est pas là que pour s’amuser ! Il est prévu d’aller vendanger trois petites parcelles dans lesquelles Pierre Meyer a laissé surmûrir du sylvaner, comme en 2014, où il a remporté le prix d’excellence du meilleur sylvaner du monde à Strasbourg avec la cuvée Éclat d’ambre. Depuis 2014, après Hubert, le papa, c’est Pierre qui a repris la destinée du domaine familial de 11 hectares, existant depuis dix générations. Voilà, c’est parti pour la première parcelle située près de l’église, en plein cœur du secteur estampillé Appellation communale sylvaner de Blienschwiller. Et là, stupeur ! Dans les rangs à vendanger, sur des secteurs entiers, il ne reste que des rafles : les étourneaux ont précédé les vendangeurs et ont picoré toutes les baies ! Du travail propre, comme à la machine à vendanger… Pierre prend la voiture pour aller à la seconde parcelle, d’où il revient rapidement avec une mine déconfite… « Là-bas c’est encore pire ! Pas besoin d’y aller. Ils ont tout pris. » Du coup, la petite équipe cueille consciencieusement ce qui reste et en une demi-heure le tour est joué. Retour à la parcelle dans le jardin, d’où est réalisé le passage en direct pour le journal de la mi-journée de la chaîne régionale. Une fois le tout vendangé, ce sont près de 350 kg de sylvaner bien juteux qui ont été récoltés, au lieu des 800 à 1 000 kg escomptés. Philosophes, Pierre et Hubert ne se plaignent pas trop : « Cette année nous avons fait une belle récolte, en qualité et en quantité, après plusieurs années très moyennes. Cette cuvée spéciale, ç’aurait été la cerise sur le gâteau ! » Tout est rapidement chargé dans le pressoir d’où commence à couler un nectar foncé bien sucré. En mesurant avec le réfractomètre la teneur en sucre des premiers litres, Pierre annonce fièrement l’équivalent de 14,8 ° d’alcool ! Pendant que le pressoir tourne, une choucroute royale servie par Jocelyne redonne du baume au cœur des vendangeurs et du vigneron. À présent, il faudra attendre quatre à cinq mois pour goûter ce délicieux nectar qui sera la seconde cuvée Éclat d’ambre, que Pierre espère aussi aboutie que la première.

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