Vigne

Journée technique Vitisphère Alsace

Mildiou : ne pas se louper sur le premier traitement

Publié le 10/02/2017

Le 18 janvier, Vitisphère Alsace proposait sa journée technique, avec comme thématique « la physiologie et les mises en réserve de la vigne ». Avec en point d’introduction, le mildiou.

La question de la physiologie des mises en réserve de la vigne peut contribuer à expliquer pas mal de comportements vis-à-vis des maladies que sont le mildiou, l’oïdium et peut-être même les maladies du bois. Pour y voir plus clair, l’équipe Vitisphère Alsace proposait le 18 janvier une journée de réflexion sur ce sujet. Les attaques sur le feuillage, par exemple de mildiou, pénalisent la photosynthèse, et entravent ensuite la maturation, décrit Philippe Kuntzmann. Pour comprendre l’intensité des attaques de ce millésime, il faut bien comprendre le cycle de ce parasite phytophage « proche de l’algue », fortement dépendant de la température et de l’humidité. La contamination primaire, germination des oospores, se fait dès que la température atteint 11 °C et qu’il y a de l’eau. La durée d’incubation dans la vigne peut alors être de six jours au minimum. « Une bonne curativité de traitement systémique ne doit pas dépasser 30 % du temps d’incubation. » En d’autres termes, le vigneron a 48 heures pour intervenir après la première contamination si l’incubation est très rapide. « D’où l’intérêt de bien raisonner la lutte au démarrage. » Attention, le mildiou contamine et sporule par la face inférieure des feuilles uniquement. Donc le premier traitement de contact doit être bien positionné, tandis qu’un produit systémique « migre de la face supérieure vers la face inférieure et dans toute la plante ». Une fois la plante contaminée, les choses peuvent aller très vite ! La durée des germinations des conidies est de 16 h à 6 °C, mais elle est de 10 minutes à 20 °C. « Ce qui importe à ce stade, c’est la durée d’humectation. Une pluie qui sèche rapidement ne fait pas sporuler les taches. Mais une pluie de fin de journée et dont l’humidité est conservée la nuit provoque des sporulations. » Une année précoce en mildiou Cette année, la maturité des œufs d’hiver était acquise dès le débourrement de la vigne. Il faut cependant la trilogie : 11 °C pendant 3 à 4 h, présence d’eau plutôt stagnante et un végétal réceptif, soit des feuilles avec des stomates, rappelle Philippe Kuntzmann. « Officiellement, la position alsacienne a toujours été d’attendre les premiers foyers primaires et de confirmer leur présence pour déclencher les traitements. En 2015 et 2016, nous avons conseillé d’intervenir au plus tard à la date de sortie des foyers primaires, aussi bien en bio qu’en conventionnel, explique le responsable technique Vitisphère Alsace. Et en bio, c’est encore plus important car on ne peut pas compter sur des produits de rattrapage. » Cette année, la maturité des œufs d’hiver était acquise au débourrement, il importait donc d’intervenir dès le stade de réceptivité de la vigne, soit les premières feuilles avec stomates. Au stade 3-4 feuilles ? « Tout va dépendre des conditions météorologiques à partir de ce débourrement. En 2013, il a fait ensuite très frais. Ce qu’il faut c’est intervenir au bon moment ! » L’année a cependant été délicate pour les interventions : « On supposait d’après les modèles qu’il y avait de grosses contaminations primaires. Mais les données météorologiques n’étaient pas très bonnes et il y a des risques de ne pas avoir de fenêtre pour traiter et ce d’autant que les conditions réglementaires de traitement deviennent restrictives. » Enfin, plusieurs précautions ont été rappelées : alterner les molécules curatives et systémiques en raison des résistances, adapter la dose au feuillage surtout en début de traitement. En cas de conditions fraîches et humides, on peut observer une plus grande sensibilité des inflorescences qui restent plus humides… « Un autre élément important, c’est la qualité de pulvérisation. Et la qualité de couverture en fin de saison, pour garantir la bonne photosynthèse pour une bonne mise en réserve. » Enfin, Philippe Kuntzmann rappelle la question de la « préventivité vieillissante » des traitements : « Au bout de 10 jours, l’efficacité est de 0 %, le cymoxanil est dégradé à 5 jours dans la plante, le fosétyl assure la protection à 14 jours. Il faut donc considérer le grammage de fosétyl par hectare. »

Université des grands vins

La minéralité des chenins d'Anjou

Publié le 03/02/2017

Claude Papin et Eric Morgat, deux vignerons ligériens, présentaient à L’Université des grands vins, leurs vins angevins, ainsi que ceux de Nicolas Joly et de Patrick Baudouin. Avec comme approche, ce cépage sans concession qu'est le chenin.

Pour cette première session de l'année ligérienne, l’Université des grands vins abordait la question des terroirs angevins sous l’angle, une fois n’est pas coutume, du cépage. Mais pas n’importe lequel ! Le chenin. « Un cépage exigeant comme le riesling. C’est un cépage de minéralité. Il est sensible au stress hydrique. Il oblige à gérer la charge. Cousin génétique du savagnin et du gewurtz, mais de caractères phénotypiques très différents, le chenin est cependant un cépage de pellicule fine,  sensible au botrytis et à toute les autres maladies d’ailleurs », explique Eric Morgat. Si bien que sous l’impulsion des exigences de productivité au siècle dernier, le chenin a laissé la place aux cépages massifiés que sont le sauvignon, le chardonnay ou le cabernet. Sans disposer de chiffres précis, ses surfaces ont été plus que divisées par deux. Et c’est notamment à l'initiative de vigneron comme Patrick Baudouin, dont deux vins ont été dégustés dans la soirée, qu’il a été réintroduit, pour pianoter sur ces terres de contraste angevines, à la conjonction de deux grands ensembles géologiques que sont le Bassin parisien et le Massif armoricain. A l’ouest d'Angers, dans l’Anjou noir, certains vignerons vouent une passion immodérée à l’adéquation chenin – schistes. Vigneron sacerdotal, Éric Morgat n’a pas hésité à abandonner son vignoble familial pour en reconstituer un autre afin de se consacrer . Tout excès sanctionne la qualité Bien qu’on se situe à une centaine de km de l’océan, les pluviométries sont faibles, de l’ordre de 600 mm. «Ici, les vignes ont les feuilles en Bretagne et les racines en Roussillon», résume Éric Morgat. Avec le chenin, sensible au stress hydrique, les vignerons doivent en conséquence conduire une viticulture au fil du rasoir, d'autant qu'on se situe souvent sur des sols squelettiques. Tout excès de rendement, de fertilisant, d’expression de vigueur foliaire, sanctionnent immédiatement la qualité en réprimant le niveau de maturité physiologique.    « Nous avons une densité entre 4000 et 6000 pieds/ha. Avec 20 % d’ensoleillement en moins qu’en Alsace, nous avons le souci de bien ventiler les souches, surtout en fin de cycle. La gestion de la sensiblité au stress hydrique nous impose de préserver la qualité biologique de nos sols et à gérer leur couverture herbeuse », résume Eric Morgat. « En cas d’excès de charge, le chenin, de cycle végétatif long, part immanquablement en pourriture avant de murir», explique Claude Papin, « surtout au moment de l’arrivée des grandes marées océaniques », ajoute Eric Morgat. On comprend par ailleurs que l’obtention des grands liquoreux ligérien ne souffre d’aucun compromis viticole sur les rendements, et qu’une maturité aboutie des baies est la condition sine qua non pour que le botrytis noble s’installe quand les brouillards océaniques de ces grandes marées inondent les vallées du Layon et de l’Aubance. Quart de chaume : 3 passages en 7 semaines Pour illustrer le propos, Claude Papin a apporté un Quart de chaume du Château de Pierre Bise, millésime 2011.   «Nous avions accumulé une année de déficit de précipitations : dès le 10 octobre nous avions 25° d'alcool potentiel par passerillage, nous avons récolté 1/3 des raisins. 10 jours plus tard, sous la sécheresse la vigne reprend l'eau des raisins. Nous récoltons 15 % de la parcelle. Puis, nous avons attendu 5 semaines, fin novembre, pour récolter les raisins au même degré potentiel, mais avec du botrytis à flétrissement. Une vendange effectuée en 3 passages sur 7 semaines. Quart de Chaume est une anomalie, un endroit peu ventilé, là où le botrytis s'installe le plus lentement. C'est le microcosme de la douceur angevine.» Chenin : il a du génie à table «Avec la réintroduction du chenin, il a fallu réinventer l'élaboration, la fermentation, la malo, l'élevage en barrique, explique Eric Morgat, se réapproprier le cépage, dont il re-cultive 37 variantes massales. Le Chenin n’a pas de version fruit, il est utilisé en bulles, en sec, en liquoreux, sa version variétale est limitée, donc il va exprimer le terroir». «Il a du génie à table», écrit Eric Morgat. «Sur les grès siliceux, il confère de la puissance et de l'acidité, sur les terres pauvres de rhyolite, il présente une certaine austérité, et sur les schistes de l’ordovicien, il exprime de la tendreté et du volume», explique Claude Papin. Mais comment révéler ces expressions car le chenin aurait une fâcheuse tendance à se refermer dans sa prime jeunesse : «Il faut lui donner le temps de s’éloigner du variétal. Nous visons des doses de S02 plus faibles, et mettons en bouteille le plus tard possible», explique Éric Morgat. «Faire simple ne veut pas dire simpliste», lance le vigneron, soucieux de ne pas élaborer «des vins envahissants». Passage en revue de quelques terroirs : la cuvée Effusion de Patrick Baudouin est un chenin sur poudingues, cendres volcaniques, et schistes. Sa cuvée Les gats est également issue d'une parcelle pierreuse de schistes durs, et de sables du cénomanien de la rive gauche du Layon. Dégustée également au cours de la soirée, La coulée de serrant de Nicolas Joly et le prolongement de ce terroir, la Roche aux moines du château de Pierre Bise et la cuvée Fidès d'Eric Morgat, le terroir volcanique de Savennières. De ce coté droit de la Loire, on est sur le contrefort du Massif armoricain, constitué de géologie primaire faite ici de schistes de l'ordivicien, bande de spilite et grès sur le haut en appui sur de vieilles cheminées de rhyolite», explique Claude Papin. Des vins tintés d'une certaine «austérité moniacale», décrit Claude Papin, «froids, sérieux, il faut apprendre à les aimer». Chaque parcelle a son équilibre amer et acide, fait remarquer Eric Morgat.  

70e assemblée générale de la cave de Cleebourg

Un millésime et un exercice très bons

Publié le 01/02/2017

Tous les indicateurs sont au vert pour la cave de Cleebourg : elle a engrangé un très beau millésime 2016 qui regarnit ses stocks et améliore ses ventes en bouteilles, notamment au caveau. La cave la plus septentrionale du vignoble a également bien valorisé son vrac de la campagne 2015-2016. Sa 70e assemblée générale s’est donc déroulée dans une ambiance chaleureuse.

« Grâce à un état sanitaire exceptionnel, nous pouvons affirmer que nous aurons de très beaux vins pour ce millésime de 2016 : frais, élégants avec une belle finesse aromatique », a indiqué Gilles Theilmann, président de la cave de Cleebourg, lors de la 70e assemblée générale de la cave. Elle se déroulait, samedi 14 janvier, en présence des différents maires des communes viticoles de la cave - Oberhoffen, Bremmelbach, Cleebourg, Steinseltz, Rott, Riedseltz, Wissembourg -, du député Frédéric Reiss, du conseiller départemental Paul Heintz, ainsi que des 129 coopérateurs - sur un total de 171 adhérents. Pour une surface totale de 205,5 hectares, Cleebourg a engrangé en 16 000 hl de vins d’Alsace. Sur la campagne 2015-2016, elle a vendu 6 800 hectolitres pour un peu plus de 1,94 million d’euros (M€), contre environ 7 600 hl en 2014-2015 (pour 2,042 M€). « La demande en vrac est restée soutenue avec des prix bien orientés », indique le président. Quant à la commercialisation des vins en bouteilles, elle a représenté l’équivalent de 8 233 hl contre 8 527 hl en 2014-2015 pour un montant respectif de 5,25 M€ en 2016 et 5,31 M€ en 2015. Le stock en fin d’exercice dépasse légèrement les 16 250 hl, contre près de 15 000 hl fin août 2015, ce qui est « suffisant pour répondre à toutes les demandes », a-t-il précisé. Autre motif de satisfaction pour la cave de Cleebourg, le succès du caveau dont les ventes ont encore progressé cette année de 1,4 % avec un chiffre d’affaires de 2,60 M€ HT, « fruit d’un excellent professionnalisme du personnel du caveau et de l’engagement des viticulteurs lors des permanences et diverses manifestations à la cave ». Avec un excédent brut d’exploitation de 1,10 M€, pour un total bilan de 11,70 M€, l’exercice 2015-2016 affiche un résultat s’élevant à près de 362 000 €, contre un peu plus de 226 000 € en 2014-2015, a indiqué Gabriel Thomas, expert-comptable. L’assemblée a reconduit dans leurs fonctions les administrateurs sortants : Christophe Hecky (Steinseltz), Roland Lortz (Seebach), Rémy Michael (Cleebourg), Denis Muller (Steinseltz) et Jean-Luc Ruffy (Ingolsheim). Belle dynamique d’investissements La cave de Cleebourg a réalisé 220 000 € d’investissements sur la campagne 2015-2016, notamment 110 000 € en matériel d’outillage et 44 000 € en matériels de transport. Pour les trois prochaines années, elle envisage d’investir dans la couverture du quai de déchargement par un auvent, une pompe, une table de tri et des cuves de macération carbonique, dans un projet s’élevant à 1 M€. Coté chaîne d’embouteillage, il convient également d’envisager de remplacer l’imprimante laser pour le marquage des cartons, ainsi que le changement de l’étiqueteuse pour l’utilisation d’étiquettes adhésives. Dans une intervention remarquée, le directeur adjoint du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Gilles Neusch, a rappelé que l’interprofession est à la disposition des caves pour la valorisation de leurs produits. Il a présenté les missions de l’institution, allant des statistiques à l’assistance technique, en passant par le marketing ou la promotion des vins d’Alsace en France et à l’étranger. Après avoir rappelé quelques chiffres clés du vignoble alsacien, que celui-ci est le premier vignoble producteur de vins blancs d’AOC de France et que ces vins sont consommés dans 130 pays, Gilles Neusch a souligné que l’Alsace détient « le vignoble le plus vert de France ».

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