Vigne

Publié le 26/10/2017

Des vignerons de Beblenheim ont vendangé en tenue d’apiculteur. Leurs vendanges tardives sont butinées par des milliers d’abeilles.

« C’est la première fois qu’on voit ça », s’exclame M. Wolfensperger, viticulteur de la cave de Beblenheim. Lui et son équipe ont vendangé mardi 17 octobre les pinots gris vendanges tardives du lieu-dit Héring, en tenue d’apiculteur. « Et tous les viticulteurs ce matin sont dans le même cas. Il y a environ quatre à cinq abeilles par grappe ». Les raisins titrent 18,5° d’alcool potentiel, et c’est le sucre qui attire probablement les butineuses. Si la présence des abeilles semble rassurer le vigneron sur la santé environnementale de sa parcelle de vigne, en revanche ce comportement apparaît comme plus inquiétant aux yeux des apiculteurs. Tim Tucker, apiculteur, président de la Fédération américaine d’apiculture, avait expliqué que les abeilles peuvent récolter n’importe quel sucre disponible si les fleurs viennent à manquer, ou en cas de sécheresse. Or, avec les chaleurs inhabituelles de ce mois d’octobre en Alsace, les abeilles redoublent d’activité, sauf que la réserve en fleurs est à cette époque bien maigre. Elles se reportent donc sur toutes les ressources sucrées à leur disposition, dont les raisins de vendanges tardives. Fait œnologique remarquable, contrairement aux baies altérées par des piqûres de guêpe ou de drosophile suzukii, les abeilles semblent avoir un rôle thérapeutique sur les raisins : les parcelles ne sentent pas la piqûre acétique, tel que cela se produit avec des attaques de guêpes. C’est peut-être que les abeilles assurent le service de nettoyage après l’attaque de guêpe. Ou bien, pense M. Wolfensperger, il faut attribuer l’absence de pourriture acétique à la présence du botrytis noble qui exerce un effet antagoniste contre les bactéries acétiques. En tout état de cause, l’observation des abeilles montre qu’elles ne butinent que les baies déjà percées par les guêpes.

Aménagements des chemins du vignoble

Plaidoyer pour les dalles béton à gazon

Publié le 25/10/2017

Moins onéreuses, plus écologiques et beaucoup plus respectueuses du paysage que les traditionnels chemins en béton plein, les dalles béton à gazon ont séduit les vignerons de Beblenheim. Frédéric Schwaerzler, à la Chambre d’agriculture, voudrait convaincre le vignoble de les utiliser.

« J’essaie de convaincre les communes viticoles, mais cela ne prend pas partout, et pourtant c’est mieux que le béton coulé », explique Frédéric Schwaerzler, technicien conseil à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Depuis plusieurs années, il tente de convaincre le vignoble que les dalles béton à gazon présentent de multiples intérêts écologiques, économiques, environnementaux et paysagers. Elles seraient même plus simples à mettre en place que les dalles classiques. Mais les pratiques ont la vie dure, observe le technicien qui voudrait convertir tous les chemins du vignoble qui vont être refaits avec ce matériau. « Ça se pose en plaques de 40 sur 60 cm. Quand c’est bien préparé, un chargeur est nécessaire et il suffit de déposer les plaques. Il faut songer à la durabilité, et les dalles peuvent s’enlever facilement, comparées au macadam ou au béton coulé. » Mais au-delà, les dalles à gazon présentent notamment l’avantage de casser la vitesse d’écoulement de l’eau, lors de précipitations intenses, et d’éviter ainsi la formation de ravines. À Beblenheim, Serge Birckel, premier adjoint et vice-président de la cave vinicole confirme : « C’est très stable, l’herbe repousse. Nous avons posé 400 mètres linéaires en une demi-journée. La vitesse de l’eau est brisée, nous n’avons plus de coulées. » Et quelques années après, le gazon s’installe, laissant un parterre vert bien plus agréable à la vue que des chemins en béton.

Publié le 21/10/2017

2 016 bouteilles de crémant prennent actuellement mousse dans les entrailles du fort de Mutzig. Elles donneront selon toute vraisemblance naissance à la « cuvée de la paix » qui servira à commémorer en 2018 le centenaire de la fin de la grande guerre.

Deux hommes ne sont pas de trop pour soulever l’épaisse plaque carrée en acier. L’ouverture donne accès à ce qui est devenu par la force des choses une cave. À près de quatre mètres en contrebas, l’œil distingue dans la pénombre les reflets argentés de la structure des mailles métalliques de quatre containers qui retiennent 2 016 bouteilles nues de couleur vert sombre. Elles contiennent un assemblage de 70 % de pinot blanc et d’auxerrois, de 20 % de pinot gris et de 10 % de chardonnay du millésime 2014. Elles reposent là depuis mars dernier pour prendre mousse. « La température est constante à 12-13°. C’est l’idéal » lance Bernard Bour, président de l’association du fort de Mutzig qui gère la partie du monument ouverte au public. Les murs qui entourent la pièce sont larges de 2,50 m. Pour y accéder, il faut franchir une première porte métallique, une deuxième, blindée, et emprunter un couloir. Une bonne échelle est indispensable pour atteindre les bouteilles. Les amener ici en mars 2017 a donc un peu tenu du parcours du combattant. Une quinzaine d’adhérents de la cave du Roi Dagobert a constitué une chaîne humaine depuis le plateau du tracteur qui a transporté le vin jusqu’à proximité de la cave improvisée. « L’endroit est bien sécurisé » glisse, pince-sans-rire, Christophe Botté, directeur de la cave du Roi Dagobert. Les bouteilles ressortiront de la même façon au printemps 2018. Une fois dégorgées à la cave, elles seront vraisemblablement étiquetées « cuvée de la paix ». Leur destin est d’ores et déjà tracé. Elles seront servies lors des événements qui commémoreront la fin de Première Guerre mondiale, en 1918. Le principal projet consiste à faire converger vers le fort le week-end des 29 et 30 septembre des marcheurs partis de Molsheim, Mutzig, Still et Soultz-les-Bains. Leur itinéraire d’une demi-douzaine de kilomètres environ les fera parcourir les vignes jusqu’aux plus proches de l’enceinte de la fortification, à une centaine de mètres à peine. La cuvée de la paix sera présentée à cette occasion aux 4 000 personnes attendues. L’association du fort s’en réservera un contingent pour ses propres manifestations. « Cette cuvée n’est pas une démarche marketing. Elle marque le coup, mais n’a pas vocation à être pérennisée » précise Christophe Botté. Une salle restaurée, une bouteille ouverte ! La première prise de contact entre l’association et la cave du Roi Dagobert remonte à une dizaine d’années. Le dynamisme de Bernard Bour et de son équipe de quatre-vingts bénévoles a fait le reste. Les deux entités sont devenues des partenaires. Au dos de chaque billet adulte vendu au guichet figure une invitation à se rendre à la cave pour y bénéficier d’une réduction. Chaque été, la cave met à disposition crémant, riesling et gewurztraminer pour des dégustations gratuites à une partie des 25 000 visiteurs qui passent annuellement sur le site. « Les gens ne viennent pas pour le vin servi à l’issue de leur périple dans les entrailles du fort. C’est un petit plus. C’est tant mieux si des synergies peuvent jouer sur le même territoire » juge Bernard Bour. L’association veut achever dans les trois ans les travaux de restauration de la partie du fort ouverte à la visite. Dans ce cadre, elle prévoit de consacrer une salle à la dégustation de vin de la cave, en attendant certainement que la même offre soit reprise par la boutique qui devrait être construite à terme à l’entrée du site. Et chaque fois qu’une salle est restaurée, comptez sur les membres de l’association pour l’inaugurer en débouchant une bouteille ! Question cuvées, la cave du Roi Dagobert n’en est pas à son coup d’essai. En 2014, elle a sorti la cuvée du millénaire pour saluer le début de la construction de la cathédrale de Strasbourg. Cette sélection de pinot gris a fait un tabac avec son étiquette reproduisant la rosace de l’édifice vue de l’intérieur. Elle a été pérennisée et étoffée avec un crémant qui reprend lui la rosace vue de l’extérieur. Une partie de la vente est versée à l’œuvre Notre-Dame qui gère le monument. Cette année, la cave, trois vignerons indépendants de Traenheim et un de Balbronn ont décliné la cuvée 1517 en riesling, pinot gris, pinot noir et crémant pour célébrer les 500 ans de la Réforme. La cave a livré l’effervescent. Ces initiatives plaisent parce qu’elles « confèrent une connotation historique et culturelle à un vin de qualité. Elles n’ont aucun aspect commercial. Mais elles servent l’image et la notoriété des vins en général, celle de Dagobert en particulier » souligne Christophe Botté.  

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