Vigne

Publié le 30/10/2017

À Marlenheim, Yannick Groh a pu s’agrandir et s’installer comme vendeur de raisins au négoce. Il a engagé sa surface en apport total sur une longue durée pour optimiser la recette à l’hectare que lui paye Arthur Metz.

Rien n’était vraiment prévu, mais le destin a finalement bien fait les choses. En 2007, Yannick Groh reçoit l’offre d’un de ses voisins qui désire vendre une partie de ses vignes. L’affaire se conclut. Elle se renouvelle en 2009 et en 2011. À l’arrivée, le jeune homme a acquis un peu plus de 5 ha. Il démissionne du poste d’ouvrier viticole qu’il occupait depuis six ans et s’installe en reprenant en sus les 2,5 ha dont Marlène, sa mère, s’occupait depuis 1997 à la suite de ses propres parents, Jacques et Marguerite. À l’époque, elle n’avait pas persévéré dans la bouteille, une activité démarrée un temps par Jacques avec une partie de la récolte. BEPA et bac pro en poche, Yannick ne reprend pas non plus ce flambeau. « Il m’aurait fallu investir dans une cave alors que je rembourse déjà les emprunts contractés pour le foncier. De plus, la vinification n’est pas un centre d’intérêt pour moi » déclare-t-il. Alors, vendeur de raisins il est, vendeur de raisins il reste. Yannick cultive un terroir à dominante argilo calcaire plutôt sec. Son vignoble est assez bien regroupé sur Marlenheim et Nordheim : 5 ha se répartissent en trois parcelles et le reste en îlots de 10 à 50 ares. « Je traite le tout en dix heures, nettoyage compris » signale le jeune viticulteur. Dans ses parcelles les moins vigoureuses, il alterne un mélange de terre de champignonnière et de fientes de volaille avec une spécialité associant engrais organique et minéral afin que la mise à disposition soit plus rapide. L’herbe naturelle, ou semée dans les jeunes vignes, a droit de cité dans tous les rangs. Elle est entretenue par deux à trois passages de girobroyeur. Yannick désherbe le cavaillon en mélangeant un antigerminatif au glyphosate afin de réduire le recours à ce dernier. Il n’écarte pas l’idée d’intervenir mécaniquement, mais en dehors du temps et du matériel nécessaires, quelques vignes en dévers ne se prêteraient pas à cette solution. Yannick discute régulièrement de sa stratégie de protection de la végétation avec le technicien de son fournisseur. Il s’autorise les produits de contact, au moins deux, voire trois, systémiques, et un anti-botrytis si la situation l’exige. Il effeuille début juillet pour gagner deux à trois jours sur ses cadences de traitement. En 2017, il a pratiqué cinq interventions anti-mildiou et anti-oïdium, trois de moins qu’en 2016. Un contrat sur douze ans En replantant à 1,90 m ces dernières années, Yannick a résolument pris l’option de développer le pinot noir. « Le Steinklotz est un coteau qui s’y prête » dit-il en signalant l’appui que le syndicat viticole local qu’il préside depuis 2012, apporte à la demande visant à permettre l’accession de ce cépage à l’appellation grand cru. Yannick livre régulièrement du riesling et du gewurztraminer grand cru, mais a cessé de tels apports en pinot gris. « Les marchés de mon acheteur fluctuent. Il n’en demande plus. Souvent, il me l’annonce alors que les arcures sont déjà faites. L’apprendre avant la taille serait mieux » juge Yannick qui avoue un objectif de production proche du rendement autorisé dans chaque appellation. Aidé par la venue en production de 80 ares de jeunes vignes, il a livré le plus gros tonnage de raisins de sa carrière en 2017. « Il n’y a que le gewurztraminer qui a souffert du gel » explique-t-il. Sa position de vendeur de raisin convient à Yannick. « J’ai une recette mensuelle. Elle me permet de mieux gérer les dépenses. C’est important quand on a des emprunts à rembourser » juge-t-il. Il estime que la grille de prix d’Arthur Metz plafonnée en degrés est « correcte », même si le riesling « pourrait être payé un peu plus cher ». « Je privilégie la sécurité de la relation avec une grande entreprise » dit-il. En 2014, il a signé un nouveau contrat. Yannick s’est engagé pour douze ans, la durée maximale. « J’ai 33 ans. Ça se justifie » glisse-t-il. Ce choix lui permet de cumuler toutes les incitations financières offertes par le négoce en matière de durée d’engagement, d’apport total et de prime de partenariat calculée à la surface. Yannick est encore remboursé pour le transport de ses raisins au vendangeoir et touche de 10 à 15 cents selon le cépage sur la partie de sa vendange qu’il récolte manuellement. Enfin il a souscrit une assurance qui le dédommagerait en cas de défaut de paiement de son acheteur. Dans une pareille configuration, Yannick ne cherche pas à s’agrandir à tout prix. « Il me reste un peu de marge en main-d’œuvre. Je ne refuserai pas une parcelle voisine des miennes, mais je ne me vois pas aller exploiter à dix kilomètres ».

Confrérie Saint-Étienne d’Alsace

Les délégations à l’honneur

Publié le 29/10/2017

Toutes les délégations étrangères étaient présentes samedi 14 octobre au château de Kientzheim pour le « chapitre solennel de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace dans le monde », afin de témoigner du rayonnement international de son vignoble.

Avec ses 70 ans d’existence, la confrérie Saint-Étienne d’Alsace affiche une jeunesse insolente. Pour célébrer l’élan d’ouverture des vins d’Alsace sur le monde, le grand maître, Pascal Schultz, avait tenu à mettre toutes les délégations internationales à l’honneur : la Suède, la Californie, le Texas, l’Irlande, les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne se sont retrouvés à « la maison mère ». Une confrérie qui rayonne à travers le monde « Grâce à vous, leur dit le grand maître dans son allocution d’ouverture du chapitre, la plus vieille confrérie de France est aussi la plus rayonnante à travers le monde, vecteur essentiel d’une politique tournée vers l’Europe, l’Amérique et l’Asie ». Comme tous les chapitres, celui-ci a respecté les rites de la maison, avec la prière du receveur, Jean-Paul Goulby, l’art de la dégustation par Jean Adam, témoin de la refondation de la confrérie en 1947 à Ammerschwihr, puis les dégustations commentées et les intermèdes musicaux avec le Weber Band pour la touche alsacienne, et les intronisations. Les quelque 21 consœurs et confrères apprentis, suivis des 19 compagnons et des 7 maîtres ont tous promis longue fidélité aux vins d’Alsace. La plupart des promus sont membres des délégations étrangères ; les vignerons d’Alsace savent que nombre d’entre eux - surtout les Suédois - sont des dégustateurs redoutables d’une extrême justesse. Paul Bance, du domaine Zusslin à Orschwihr, a ensuite été reçu confrère vigneron. Après un merveilleux riesling 1975, sa majesté Justine Schmitt, reine des vins d’Alsace, et ses dauphines Clémence Bléger et Marie Grund, ont rejoint les rangs des consœurs et confrères œnophiles, tout comme Yoshio Umeda, médecin (ancien ORL aux Hospices de Strasbourg) œnologue sommelier et à présent directeur de l’École du vin de Tokyo, et Michel Rossi, gouverneur de la noble confrérie des Olifants du Bas-Lac en Pays de Neuchâtel (Suisse). Enfin, le Général Nicolas Casanova, gouverneur militaire de Strasbourg depuis le 1er août, est entré dans le cercle restreint des confrères d’honneur ; le saint-cyrien, épicurien, écrivain à ses heures et marin puisque né à Brest, qui s’est forgé une brillante carrière militaire dans les présences françaises au Moyen-Orient et en Afrique, a montré une grande aisance à l’épreuve du loyala ! En clôture, le héraut Jean-Louis Vézien a lancé une harangue (en anglais et en français) sur l’image des vins d’Alsace à travers le monde : bien que ne représentant que 0,3 % de la production mondiale, le plus grand vignoble de blancs en France sait faire parler de lui depuis le plus haut Moyen-Âge, aujourd’hui grâce à ses nombreux ambassadeurs passionnés. Lors du dîner du chapitre qu’il avait composé, le jeune chef étoilé Jérôme Jaeglé, dont c’était la première au château, a été élevé au rang de confrère sénéchal sous les applaudissements des 190 convives ravis.

Publié le 26/10/2017

C’est une édition du Viteff en pleine effervescence qui s’est tenue du 17 au 20 octobre, avec un vignoble champenois qui continue d’entretenir avec succès son image de marque et consolide son chiffre d’affaires.

À l’heure où les vignerons élaborateurs de bulles se rassemblent dans les allées du Millésium d’Épernay à l’occasion du Viteff, c’est l’occasion de prendre le pouls de la viticulture champenoise. Le prix du raisin payé aux producteurs champenois a connu pour 2017 une flambée sous l’impulsion de Moët & Chandon. Le plus grand opérateur de Champagne force ainsi le destin de la Champagne et oblige l’ensemble des opérateurs à plus de rigueur dans la recherche des valeurs ajoutées. Le prix du kilo de raisin était jugé déjà très élevé en 2016, avec une moyenne allant de 5,50 €/kg jusqu’à 6,26 €/kg pour la cote des blancs. Le coût de la matière première, évalué en 2016 entre 6,60 et 7,51 € par col de 0,75 l, a encore augmenté pour le millésime 2017. Conséquence : plus que jamais, en Champagne, le prix du raisin élevé fixe des obligations pour les opérateurs à valoriser et cultiver la bonne image de marque. Et les oblige à dégager des marges bénéficiaires. Si les grands opérateurs de la place peuvent réaliser des économies d’échelle, le petit négoce est en revanche condamné à ne pas brader ses champagnes. Et à trouver des marchés à plus grande valeur ajoutée que la grande distribution en métropole. Les ventes de champagne en France accusent une baisse, le grand export connaît une progression de 14 % au premier semestre 2017. La Champagne reste le premier exportateur mondial en valeur et se taille la part du lion avec 55 % des échanges en valeur du marché des effervescents. Le marché allemand est très dynamique (+ 5 % en volumes). C’est pourquoi le Viteff proposait un focus sur la consommation des champagnes Outre-Rhin appelée à évoluer très favorablement. Chiffre d’affaires : de record en record Au final, le chiffre d’affaires des ventes de champagne est en hausse de 3,4 % sur le premier semestre 2017. La Champagne consolide ses résultats, après que les ventes de 2015 et 2016 ont renoué avec le record historique de 2007. Mais en 2007, il s’était vendu 339 millions de cols (Mcols), alors qu’actuellement il en est à 312 Mcols. Dans ces conditions, le salon du Viteff constitue un lieu d’effervescence où les tendances de l’innovation technologique et en marketing s’expriment fortement. Point notable, la robotique est déjà bien implantée dans les grandes unités vinicoles. La robotique s’introduit aussi dans les petites unités et même chez les vignerons indépendants avec par exemple Universal Robots, leader mondial des robots collaboratifs : « Notre cible, ce sont les TPE. C’est un robot très simple à programmer. L’UR 3 - 5 ou 10 porte respectivement 3, 5 ou 10 kg avec un rayon d’action de 500, 850 ou 1 350 mm », explique Nicolas Bouhet, directeur commercial d’HMI-MBS. Ce robot permet de soulager les tâches répétitives et lourdes comme placer les bouteilles dans un carton. L’organe préempteur de ces robots qui prennent les bouteilles par une, deux ou beaucoup plus, c’est une ventouse. À l’usage, la mécanique est très sollicitée par le poids des bouteilles translatées. C’est pourquoi Duguit Technologies, avec sa filiale Allians Robotics, propose l’impression 3D dans un alliage à base de titane de certaines des pièces du robot très sollicitées. Thimotée Duguit et Olivier Magnien ont reçu pour cela le prix de l’innovation 2017 du Viteff. Piles à combustibles : l’assurance électrique Mais pour faire fonctionner ces robots, il faut être sûr de la qualité de son alimentation électrique. Les micro-coupures peuvent causer bien des dommages sur les circuits électroniques, et subitement interrompre un robot qui alors peut lâcher les bouteilles. Gencell équipe les chais d’une pile à hydrogène de 5 kW par module, dont le temps de réactivité répond à cette problématique qui peut causer de lourds dommages à l’entreprise. « Gencell est un groupe électrogène super-réactif et extrêmement performant sur le plan environnemental », témoigne Christophe Labruyère qui distribue la pile. L’hydrogène provient de l’électrolyse de l’eau. Une pile équipe actuellement la maison de Champagne Billecart-Salmon (3 Mcols/an), dont le directeur de production Éric Coelho, a témoigné l’intérêt. Il faut compter 800 €/mois pour cette pile génératrice, qui constitue en quelque sorte une assurance sur des productions où l’informatique et la robotique deviennent prééminentes et où la charge du réseau de distribution va devenir incertaine. Au chapitre des tendances, signalons aussi la recherche à la diminution des sulfites, impulsée peut-être par la mouvance nature pour répondre à une demande, mais plus institutionnellement par le CIVC. Au total, cette édition du Viteff a enregistré plus de 22 000 entrées.

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